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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

     www.pourlecommunisme.com est un site qui s'attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l'idéal communiste, faillite économique, etc...). Il ne fait la promotion d'aucun régime existant ou ayant existé par le passé, s'efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l'avenir.

     Vous êtes anticommuniste et voulez débarasser le monde d'un jeune fou qui, selon vous, risque de faucher à nouveau des millions de vies?

Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis?

Vous voulez simplement parler du communisme?

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 01:27

 

 

A nouveau, un sujet trop long pour être traité en un article. Et surtout, je n’ai pas le temps de le finir cette semaine. Je commence donc par quelques redites pour situer

 

Le contexte


Les lecteurs de ce blog, qui sont restés aussi nombreux en ce mois de Septembre qu’au précédent, ont constaté le désert qui s’est installé ces quatre dernières semaines, qui furent pour moi fort occupées. Les annonces d’articles sur le système de santé français que j’avais faite au début du mois de Juillet sont à reporter jusqu’à nouvel ordre. J’avais cependant annoncé un article sur la question de l’immigration suite à l’article sur la francophonie.

 

L’actualité de l’été a également remué profondément cette question migratoire. Principalement avec la question des expulsions de Roms roumains ou bulgares (et certainement pas des Roms en général, n’en déplaise à certains, et uniquement pour des campements illégaux). Le PCF a participé à la manifestation du 4 Septembre contre « l’état raciste ». Le moins que je puisse dire est que je suis resté réservé sur cette initiative.

 

Il faut tout de même préciser que sur le demi-million de Roms que la France est censée compter, l’immense majorité sont de nationalité française, et donc ne seront jamais inquiétés par les services d’Eric Besson et Brice Hortefeux. Et comme la quasi-totalité d’entre eux (qu’ils soient français, ou de toute autre nationalité sauf roumains ou bulgares, soit plus de 95% d’entre eux) ne tirent pas sur des policiers, ils ne seraient pas non plus concernés par la déchéance de la nationalité pour fait criminels, quand bien même cette loi très probablement anticonstitutionnelle passerait au travers du filtre du Conseil Constitutionnel.

 

Donc la question des Roms est pour le moins marginale, ultramarginale dans la question de l’immigration en général. Je rappelle au lecteur plusieurs articles que j’ai écrit sur ce sujet, l’un en Avril 2007, un autre en Janvier 2010. Le premier donne une position générale sur l’immigration, la légitimité du droit de migrer, le gonflement de certains chiffres sur l’immigration. Le second donne plus de chiffres, des témoignages sur l’immigration en France. Le but de cet article sera de formuler des propositions pour un autre traitement de l’immigration en France.

 

Rappels numériques sur l’immigration


Cette immigration, dans les articles précités, on la chiffrait à environ 200.000 personnes par an selon l’INED, dont un peu plus de 40% sont originaires du continent africain, et 20% de l’Union Européenne, 28% si l’on intègre la Russie, la Suisse et l’ancienne Yougoslavie. Pour schématiser, on peut dire que sur quatorze immigrants légaux entrant en France en 2007, six sont africains, quatre européens, trois asiatiques (en moitié chinois ou turcs), et le dernier vient des Amériques.

 

Projetons-nous sur un siècle : au même rythme, ce ne sont pas moins de vingt millions de personnes qui vont entrer en France. Et ce sans tenir compte 1) de l’immigration clandestine, 2) des descendants de ces immigrés, qui, selon les nationalités, ont un taux de natalité différent de la population française native. Sur ces vingt millions de personnes, quatre à cinq millions seraient européennes, plus de huit millions seraient africaines. Nous recevrions également un million de chinois, sept cent mille turcs.

 

Approfondissement : de quelles immigrations s’agit-il ?


                Dans d’autres statistiques fournies par l’INSEE (Statistiques des flux d’immigration, ici pour 2006 : http://www.ined.fr/fichier/t_telechargement/21970/telechargement_fichier_fr_immigration06.pdf), on trouve plus d’éclaircissements, notamment sur l’âge et les motifs d’admission en France des migrants. Ces données confirment que les immigrants, toutes origines confondues, sont avant tout des gens jeunes, puisque 57% ont entre 20 et 35 ans, et 11% ont moins de 20 ans. Ces proportions varient selon les continents : parmi les européens, 12% des arrivants ont moins de 20 ans, 11% chez les africains, et 8% chez les asiatiques. Les 20-35 ans sont 60% chez les européens, les 57% chez les africains (et nord-africains), et 69% chez les asiatiques. Donc, contrairement à une idée reçue, les migrants venus du continent africain sont relativement moins jeunes que les européens.

 

                Dans la répartition par motifs d’admission, on voit une très nette domination de l’immigration de regroupement familial pour l’Afrique et la Turquie (70% des arrivants en 2006). La décision de mettre fin à l’immigration (légale) de travail dans les années 70 a fait que la seule zone d’où provient réellement une immigration de travail, espace Schengen oblige, est l’Europe.

 

http://img706.imageshack.us/img706/1888/compositionimmigrations.png

 

Source : INED 2007

 

                On remarque aussi que l’immigration asiatique et américaine (je désigne ici l’ensemble des Amériques) est fortement une immigration étudiante, et que les étudiants sont même majoritaires chez les chinois. Sur 38 000 personnes qui entrèrent en France en 2006 pour études (et dont une partie repartira dans les années suivantes), la moitié sont asiatiques –hors Turquie- ou américains, alors que ces continents ne fournissent que 22% de l’immigration en France.  Concernant les africains, l’immigration étudiante concerne quand même un sixième des effectifs, ce qui n’est pas négligeable.

 

Où est le problème ? 1) La question de « l’invasion »


En prenant chaque nationalité isolément, on voit qu’à l’horizon de cent ans à venir, aucun peuple n’est en mesure « d’envahir » notre territoire, aujourd’hui peuplé de 65 millions d’âmes, et sans doute 5 de plus dans quarante ans. Même les algériens (qui sont officiellement 24.000 à rejoindre notre sol chaque année, et donc deux millions quatre cent mille sur cent ans) ne le pourraient. Je sais que la référence à l’invasion choquera mes lecteurs de gauche, mais ne pas traiter ce point serait une forme d’angélisme pour ceux qui, à gauche comme à droite, sont plus critiques vis-à-vis de l’immigration. Pour ce qui est des africains dans leur ensemble, les effectifs de migrants à venir correspondent à ceux de trois régions françaises moyennes (à raison de trois millions de personnes par région) que l’on pourrait peupler ou repeupler sur un siècle avec ces arrivants. Je dis « repeupler », car il ne faut pas oublier d’inclure dans le tableau d’ensemble l’émigration de plusieurs dizaines de milliers de personnes par an, parfois des immigrés rentrant au pays, parfois des natifs issus de plusieurs générations de natifs qui s’expatrient. Si l’on parle des musulmans dans leur ensemble, on ne peut plus prendre la totalité (mais sans doute la majorité) des immigrants africains, auxquels il faut additionner les turcs, les pakistanais, une partie des libanais et des indiens. Soit là encore un gain de plusieurs millions de personnes pour cette communauté, sans compter l’accroissement naturel en France.

 

Ce n’est donc pas le problème de « l’invasion » qui nous préoccupera, puisque, démographiquement, elle n’a pas vraiment les moyens de se faire au niveau de la France. Mais au niveau d’une métropole (Marseille, Lille-Roubaix-Tourcoing, la banlieue Est et Nord de Paris), un changement de population s’est déjà largement opéré et peut s’intensifier. La démographe Michèle Tribalat, dans le livre déjà cité sur ce blog « Les yeux grands fermés », note que les trois quarts des jeunes de Seine-Saint-Denis ont de proches origines étrangères. Elle contredit en revanche l’idée d’une fuite en masse des « blancs » vivant dans ce département et plus généralement dans les banlieues à forte immigration. Mais ce qui est bien réel en revanche, c’est que peu de personnes de types européens s’installent dans ces quartiers. Faute de renouvellement, la population européenne (« blanche ») s’éteint localement et progressivement.

 

Où est le problème ? 2) La balkanisation du territoire, ethnique, démographique mais surtout sociale


                C’est une banalité que de dire que la composition ethnique des départements français a été largement contrastée par l’immigration, et que l’on a des régions à fort peuplement immigré et d’autres qui ne le sont pas. En oubliant deux points : immigré ne signifie pas nécessairement « africain » ou « asiatique » comme on l’a vu plus haut. Parmi les départements à fort peuplement immigré, on devrait aussi compter les départements du Sud-Ouest qui accueillent des retraités venus de nos voisins du Nord. Le second point est qu’aucune nationalité ne réunit à elle seule la majorité de l’immigration, même parmi les africains. On peut éventuellement parler de quartiers « arabes » (en évacuant le clivage arabe / berbère), mais parler de quartiers « noirs » ne signifierait rien sur le plan d’une conscience nationale ou identitaire qu’auraient ses habitants.

 

                Mais cette identité propre aux immigrés africains présents en France, certains essaient de la construire. Après tout, n’est-ce pas en tablant sur cette « conscience immigrée postcoloniale » que Houria Bouteldja menaçait les « blancs » français de ne plus pouvoir entrer dans les quartiers immigrés, dans une de ses élucubrations de 2006 ? Le problème est qu’entre temps cette personne n’est pas restée isolée, puisque son mouvement s’est constitué en parti, le PIR qui soit.

 

         De façon bien plus immédiate et préoccupante, cette balkanisation ethnique est aussi sociale et démographique : natalité différente entre européens et immigrés africains ou moyen-orientaux, plus grande jeunesse des seconds, et plus grande pauvreté aussi. D’où une situation financière plus que délicate des villes de la ceinture parisienne Est et Nord, cumulant de forts coûts sociaux liés à l’enfance, la jeunesse, le logement social, la promotion de l’emploi, la sécurité, et de faibles recettes fiscales. La ville de Sevran en a fait les frais récemment.

 

                Je me souviendrai longtemps de cette « une » de l’Humanité, en pleines émeutes de Novembre 2005, qui titrait «Assez de violences ! La banlieue veut les moyens de mieux vivre ! ». Le socialisme scientifique de l’Huma avait encore frappé. Alors que les évènements étaient encore en cours, le journal s’autorisait à conclure que le « soulèvement » était principalement (et même uniquement) dû à la pauvreté  - une attitude vraiment scientifique aurait été de relever les faits et de comparer niveaux de pauvreté et niveau de violence commune par commune, quartiers par quartiers. Mais surtout, la solution était toute trouvée : « Plus de moyens pour la banlieue ! »

 

                Il est normal et tout à fait louable qu’un quotidien communiste dénonce l’inégalité d’investissement de l’Etat pour les services publics entre les différentes communes, les différents départements. Il est juste de dénoncer le prélèvement de la fiscalité locale au niveau communal, que des villes comme Neuilly-sur-Seine, Courbevoie ou Puteaux tirent profit des entreprises présentes sur leur sol alors que ces entreprises exploitent des travailleurs résidant dans des communes bien plus pauvres. Et par exemple, de réclamer une redistribution inter-villes, ou un prélèvement au niveau du bassin d’emplois. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut valider le « modèle » urbain qu’une immigration de masse hâtivement gérée a contribué à créer. Et la question n’est pas tellement de savoir s’il faut plus de moyens pour la banlieue (immigrée) que de la défaire et de redistribuer sa population.

 

Où est le problème ? 3) Les immigrés eux-mêmes, souvent, ne veulent pas venir…


                Dans l’article de Janvier 2010 sur l’immigration, je citais plusieurs témoignages d’immigrants, dont trois africains (ghanéen, malien, comorienne). Dans les trois cas, même si l’un n’est pas dramatique (celui du migrant malien), la migration n’est pas souhaitée en tant que telle. C’est là encore une banalité : l’immigration, lorsqu’elle vient des continents africain, sud-américain ou asiatique, se fait principalement sous la pression de la misère.

 

Mais ce n’est que partiellement vrai. La pression des conflits, de l’insécurité politique est également majeure, et a joué pleinement pour les ressortissants algériens des années 90. Comme je l’expliquais en 2007, puisque l’émigration coûte cher, les migrants venus de pays pauvres sont parmi les moins pauvres de leurs compatriotes, avaient souvent un emploi et des revenus. Certains sont très dignement diplômés – tels les médecins formés en Afrique, qui choisissent souvent l’émigration. Et au final, si la pauvreté et la violence ont déplacé des millions de personnes en Afrique, une minorité seulement (5% ou moins) a traversé la Méditerranée.

 

                Il faut donc distinguer plusieurs courants de migrations de travail (légale ou clandestine):

 

- La migration sous le fait de la pauvreté, dans le cas d’une personne relativement peu formée, et qui est envoyée par sa famille avec l’épargne de celle-ci dans un autre pays d’où il pourra transférer ses revenus ;

 

- La migration de travailleurs qualifiés, qui pourraient dans l’absolu exercer dans leur pays d’origine ou de formation, mais n’ont aucun intérêt à le faire vu les opportunités existant dans des pays plus riches ;

 

- La migration pour cause politique, de guerre, en attendant l’amplification des migrations de « réfugiés climatiques » qu’on nous annonce pour le siècle qui s’ouvre.

 

Pour les migrants eux-mêmes, le déplacement est une charge dont ils se seraient bien passés, une charge financière, mais aussi vitale, puisque le risque de mort est présent dans le cas de la migration clandestine, une charge sur la vie personnelle et familiale. Nul doute que s’il existait pour eux un moyen d’obtenir les gains financiers sans ces inconvénients, très peu viendraient pour honorer la beauté du mélange des peuples…

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Published by DiadoreCronos - dans Nation
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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 23:53

                Logo de l'Organisation Internationale de la Francophonie

 

                  Voici encore un article qui ne se situe pas tout à fait dans le courant des luttes sociales de l’heure, mais les lecteurs savent que dans ce blog rien n’est en temps réel. Je fais encore un article dans la catégorie « Nation », pour traiter ce qui me semble crucial dans l’existence même de la nation française, sa langue. La décision m’en est venue en lisant cet article de Frédéric Martel Paru dans Le Point (http://www.lepoint.fr/culture/francais-pour-exister-parlez-english-08-07-2010-1212478_3.php ), et auquel le linguiste Claude Hagège avait déjà répondu dans un article cité sur le site du Comité Valmy (http://www.comite-valmy.org/spip.php?article792 ). Mais l’argumentaire de Hagège n’est pas tout à fait le mien. Et par la même occasion, je réponds à un autre article, paru en Mars 2009 celui-là, le fameux article anti-francophone du militant régionaliste breton Damien Perrotin publié sur Agoravox (http://www.damienperrotin.com/francophonie.html ).

                Le discours de Martel comme de Perrotin ressemble à celui de tous les anglophiles de base : l’anglais est la langue mondiale, on n’y peut rien, seuls la France et le Québec parlent français, et il faut s’y conformer à moins de faire preuve d’un sentimentalisme chauvin déplacé, c’est la langue de l’Europe (confondue avec l’Union Européenne qu’on ne peut nullement remettre en cause). Et en plus de cela, même si c’est davantage marqué dans le texte de Perrotin que dans celui de Martel, il faut en plus contester l’hypocrisie de la défense du français alors que les mêmes défenseurs de la francophonie (ou du moins ceux assimilés comme tels) ignoreraient le sort des langues régionales de France. Dans le texte de Perrotin, cela va jusqu’à se féliciter de la mort de la francophonie.

                Le présent article se veut un barrage radical contre ce discours apparemment réaliste mais pleinement idéologique qu’est l’apologie de l’anglais comme « langue mondiale », et comme « fin de l’Histoire » linguistique. Et ce non pas sur l’argumentaire de la « diversité culturelle », de la beauté de la langue illustrée par la Pléïade, mais bien dans un esprit pragmatique, et factuel. Commençons donc la destruction des mythes qui servent d’artillerie lourde aux partisans du « globish ».

Les mythes anti-francophones

"Le monde francophone est démographiquement marginal"     

Il est vrai qu’actuellement, les bases démographiques du français sont précaires : 71 millions de personnes le parlent en tant que première langue en Europe (65 millions de français –outremer inclus-, 4 millions de belges, 2 millions de suisses), et ils sont environ 10 millions en Amérique du Nord (8 millions au Canada, 1 à 2 millions aux USA). Je ne compte pas Haïti dans le total américain. Cela peut faire faible si l’on reprend le décompte des locuteurs en première langue des autres grandes langues : un milliard et plus pour le mandarin, six cent millions pour l’hindi, plus de quatre cent millions pour l’espagnol et pour l’anglais. Ce score de 80 millions nous place également derrière le portugais, le japonais ou l’allemand.

                Mais le tableau est très nettement modifié si l’on prend en compte les locuteurs en seconde langue, et plus généralement tous ceux qui vivent dans des pays où le français est langue officielle. En intégrant la France et les canadiens francophones (8 millions comme précité) , plus de 300 millions de personnes ; selon les projections de l’ONU, ils seront 400 millions en 2025, et 540 millions en 2050, soit 6% d’une humanité qui comptera 9 milliards d’habitants, ce qui est un chiffre considérable. Et je n’ai pas compté dans ce chiffre les pays ayant un usage partiel du français, par exemple les pays du Maghreb où le français n’est plus officiel, ou Madagascar où l’anglais et le français sont officiels depuis 2007. Ces quatre pays réuniront 130 millions d’habitants en 2025, et 160 millions en 2050. Je n’ai pas non plus compté des pays tels que la Pologne, la Roumanie ou l’Arménie qui sont observateurs dans l’Organisation Internationale de la Francophonie, alors que le français y est au mieux enseigné à une minorité d’élèves du second cycle.

Le total que j’ai donné pour la francophonie est bien sûr très nettement moins élevé que l’ensemble des pays ayant l’anglais comme langue officielle, qui compteront plus de 3 milliards d’habitants en 2025, soit 40 % de l’humanité, mais dont le sixième seulement sera composé de gens ayant l’anglais pour première langue, soit la même proportion que pour la francophonie. Bien sûr, il est tentant, et c’est ce que font tant ceux qui méprisent la francophonie que ceux qui se complaisent à pleurer le déclin de la France, de balayer d’un revers de main la francophonie sur le continent africain. C’est fort tentant en effet : les habitants de l’Afrique francophone utilisent nettement plus les langues autochtones que le français, ils utilisent principalement cette langue pour le contact avec l’administration, dans les études secondaires et supérieures…La langue française est celle d’une « élite » comme dit Perrotin…Mais ce fait ne condamne nullement le français dans ces pays. D’abord parce que ce qui est propre à une élite peut se démocratiser (comme la Sécurité Sociale, elle aussi l’apanage d’une élite en Afrique…). Et ensuite parce que le fait de ne parler français qu’une minorité de son temps ne fait pas moins de vous un francophone. A titre personnel, je me considérerais tout à fait comme anglophone si je devais parler en anglais ne serait-ce que 10% de mon temps. Or, n’en déplaise à ceux qui clament que l’on ne peut survivre sans l’anglais, il n’y a sans doute pas un jour complet par an où j’ai réellement besoin d’utiliser la langue anglaise, et c’est le cas de la plupart de mes connaissances. Je lis l’anglais, mais suis à peine capable de suivre une émission de la BBC. A l’inverse, en Afrique francophone, pour ceux qui ont pu suivre des études jusqu’au secondaire, la connaissance du français est plus utile que ne l’est l’anglais pour moi : alors qu’il n’y a pas, en France, de grands périodiques s’adressant au public français en anglais, il y a nombre de journaux (et sites) africains s’adressant aux africains en français. Et le français reste une langue majeure du débat politique en Afrique, du moins lorsque le débat est autorisé. Et il ne faut surtout pas oublier un « détail », l’Afrique francophone est une zone « en développement », la scolarisation de sa jeunesse, l’accession aux études secondaires et supérieures, est très loin d’être achevée. Le potentiel de progression du français y est donc énorme.

Rappelons pour finir que l’Organisation Internationale de la Francophonie estime à 160 millions le nombre de francophones dans le monde, dont la moitié (79 millions) sur le continent africain. Il s’agit d’une base absolument non négligeable. N’en déplaise aux anglophiles, l’abandon du français par les pays d’Afrique francophone ne serait pas une décision sans coût : il faudrait revenir sur cinquante ans d’enseignement du français depuis 1960, sans compter celui effectué sous le colonialisme. Aujourd’hui, l’Afrique forme des étudiants et des universitaires francophones en nombre, et elle ne peut que progresser. Que ces diplômés ou futurs diplômés soient également anglophones ne change  rien à l’affaire, et ce multilinguisme est plutôt à l’avantage des intéressés.

"Le français régresse"

Le français, future langue morte ? L’antienne est populaire. Les textes législatifs, judiciaires européens ou de la Commission européenne sont de plus en plus souvent anglophones, comme ceux des Nations Unies, comme ceux du Comité International Olympique, pourtant fondé à l’initiative de Pierre de Coubertin, les néologismes anglophones semblent envahir le langage des internautes et de la jeunesse…Que de symboles. Mais qui restent des symboles. Selon l'Organisation Internationale de la Francophonie, le français a vu le nombre de ses locuteurs progresser de quinze millions en vingt ans, essentiellement en Afrique. Pour beaucoup de langues (l’allemand, le portugais ou le japonais par exemple)  on ne peut en dire autant. Quant à l’apprentissage du français en dehors des pays francophones, lorsqu’on dispose des chiffres, il n’y a pas lieu de s’en tenir au catastrophisme. Selon Eurostat, le français était étudié par 15% des élèves de second cycle de l’Union Européenne en 1998, puis 18% en 2003, et 22% en 2007 (cf. http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/table.do?tab=table&init=1&language=fr&pcode=tps00058&plugin=1 ). Dans nombre de pays, l’enseignement du français est stable ou croissant à long terme (Italie, Espagne, Pays-Bas, Roumanie). Des régressions sont notées en Allemagne ou au Royaume-Uni, mais des rebonds sont toujours possibles (comme en Allemagne de 2002 à 2005). Notons que le chiffre global donné par Eurostat au français (22%) est quasiment le même que celui attribué à l’allemand. Et la faiblesse de l’apprentissage du français en Allemagne (plus ou moins 30% des élèves de second cycle apprennent le français) est à relier avec le déclin de la germanophonie en France, dont nous reparlerons…

En ce qui concerne les études universitaires, certaines « mauvaises nouvelles » ne sont pas si terrifiantes si on les interprète rationnellement : le fait que de plus en plus d’étudiants africains choisissent –s’ils en obtiennent les moyens- d’effectuer leurs années de césure ou la continuation de leurs études dans des universités américaines plutôt que françaises ne doit pas être vu comme une régression de la francophonie. Mais plutôt comme un signe du développement de l’Afrique francophone, qui donne davantage d’opportunités à ses étudiants pour étudier à l’étranger. Et comme les universités américaines sont nettement plus nombreuses que les françaises, il est statistiquement normal que leur part dans les choix des étudiants africains progresse. En même temps, faire une partie de ses études en anglais n’oblige nullement à oublier le français appris lors des études secondaires. De même, en France, la proposition de cursus en anglais faites par certains directeurs d’établissements (tels Richard Descoings, patron de Sciences Po Paris) n’est que partiellement scandaleuse. On peut tout à fait s’énerver de ce que des établissements décident de se rebaptiser en anglais (avec des « Schools of Economics » ou « Business School » au lieu d’ « Ecole de Commerce ») alors qu’une traduction du nom français sur les sites Internet et dans les publications suffirait. Ou encore de ce que l’on propose des cursus d’études entièrement en anglais. Mais on ne peut décemment prétendre achever des études supérieures sans être multilingue. Le fait que certains cours soient dispensés dans une autre langue que le français (mais pas forcément l’anglais) est en soi tout à fait rationnel.

"Le français ne sert à rien"

                Il est probable que Perrotin ait raison de considérer que le philippin de base n’a aucun intérêt à apprendre le français, tout comme le mongol ou le bolivien. Mais en revanche, pour ce qui est de l’Afrique francophone, le français a au moins un intérêt. Pas forcément celui de communiquer avec la France, qui n’est certes qu’un pays d’Europe, et pas le plus dynamique. Mais tout simplement pour communiquer entre eux. Sur 17 pays d’Afrique ayant le français pour langue officielle, seuls 5 ont une langue nationale africaine qui unifie le pays : le Sénégal (où la majorité de la population parle le wolof), le Mali (avec le bambara), le Burundi (avec le Kirundi), et Madagascar (avec le Malgache). On peut ajouter Djibouti (où l’afar et l’arabe peuvent aussi relier les 800.000 habitants). Pour les autres pays, aucune langue ne regroupe toute la population. Il y a bien des langues qui traversent les frontières, telles que le dioula, parlé au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Et il n’y a pas de langue qui réunisse l’ensemble des pays de l’Afrique occidentale, centrale (pas même le swahili) ou australe…Seule l’Afrique du Nord a l’arabe comme lien linguistique, et encore, à condition qu’il s’agisse de l’arabe littéraire (l’arabe usité en Algérie n’est pas le même que l’arabe égyptien ou syrien, et ces langues ne sont pas intelligibles entre elles pour qui ne connait pas l’arabe littéraire).

                En revanche, l’utilité de parler français pour communiquer avec la France, la Belgique ou la Suisse est effectivement précaire, et ne peut que le devenir de plus en plus au fur et à mesure que l’Afrique croîtra en population et par son économie. Aussi, la nécessité d’élargir la base européenne du français, tant dans l’intérêt des francophones d’Europe que de ceux d’Afrique, devrait être une préoccupation du gouvernement français.

"La francophonie est un impérialisme"

                Claude Hagège a bien raison de considérer cette accusation comme une rengaine usée. Et surtout très discutable au regard des faits. N’oublions pas que, parmi les anciennes colonies de la France, plusieurs ont momentanément choisi d’abandonner la langue française, du moins en tant que langue officielle. Ce fut le cas de la Guinée après 1958, qui a rétabli le français par la suite. Ce fut aussi le cas du Rwanda, sans doute définitivement, en 2008. Mais il est vrai que le contexte historique et diplomatique opposant le Rwanda et la France est très particulier. Je conseille à mes lecteurs de lire mon article sur l’implication française dans le génocide rwandais pour plus de détails. La victoire du Front Patriotique Rwandais en 1994 fut celle d’un mouvement dirigé par des anglophones, au premier rang desquels Paul Kagame. L’abandon du français fut le prolongement d’une rupture diplomatique survenue en 2006. Mais surtout, il faut compter les pays du Maghreb, de la Tunisie à la Mauritanie, qui ont remplacé le français par l’arabe, même si le français continue d’être couramment employé dans l’enseignement secondaire et supérieur. Un pays comme Madagascar a ajouté l’anglais à ses langues officielles (malgache et français) en 2007. Des fantaisies ont eu lieu, telles que l’instauration du français comme langue co- officielle dans l’immense Nigéria, où il n’y a quasiment pas de francophones, par le dictateur Sani Abacha en 1998, ce qui fut abrogé peu de temps après. Dans les pays de l’ancienne Indochine, le français a quasiment disparu, supplanté par l’anglais au Cambodge (où les khmers rouges avaient massacré les francophones), rejeté au Vietnam (qui a déjà sa langue nationale et pas de voisins francophones), et le Laos n’a gardé que le lao comme langue officielle.

                Même si la France tente d’exercer une influence pour maintenir le français (la DGSE aurait contribué à maintenir le français comme langue officielle en République Démocratique du Congo sous Joseph Kabila, chef d'état pourtant anglophone), force est de constater que « l’impérialisme » francophone est d’une efficacité assez limitée, et qu’il existe une réelle marge de liberté pour des pays qui souhaiteraient abandonner le français ou adopter l’anglais. Ces pays auraient peu de chances de voire débarquer les canonnières françaises pour autant. On a bien pu dire, dans les rangs du FPR, que le génocide rwandais avait été commis « au nom de la francophonie » (les tutsis étant supposés pro-anglophones), cela ne résiste pas à l’examen. Si le génocide de 1994 avait eu pour but premier de défendre la francophonie (dans un pays où elle était de toute façon faible), alors pourquoi les tutsis francophones n’ont-ils pas échappé aux massacres ?

"L’anglais est la langue mondiale"

                 Il n’y a pas de langue mondiale, et de toute façon, on n’en a pas besoin. Actuellement, si l’on s’en tient aux calculs  de David Crystal, un milliard de personnes connaissent actuellement l’anglais, si l’on inclut ceux qui l’ont appris quelque soit le pays (dont un quart des français, y compris de mauvais anglophones tels que votre serviteur). Un être humain sur six est anglophone, et même si cette fraction va sans aucun doute progresser, rien n’oblige à ce que l’anglais s’impose partout dans la communication réelle. S’il est probable que plus de trois milliards de personnes vivront dans des pays où l’anglais est langue officielle en 2025, la plupart, comme dans l’aire francophone, parleront en premier lieu d’autres langues, à commencer par l’hindi ou l’ourdou, ou encore le bengali, en Inde, Pakistan ou Bangladesh. En Inde d’ailleurs, la moitié de la population parle hindi, langue du nord de l’Inde, qui fait davantage figure de langue nationale, et aurait dû le devenir après l’indépendance si les états du Sud de l’Inde ne s’y étaient opposés, maintenant l’anglais. Même sur Internet, l’information est de plus en plus accessible via d’autres langues (français, chinois, arabe, japonais, allemand…). Les discours sur l’inéluctabilité de l’anglais adoptent le point de vue d’une minorité d’êtres humains qui participent aux échanges commerciaux internationaux, aux colloques scientifiques, ou lisent des articles dans des revues qui pourraient être traduites, ou sont amenés à de fréquents déplacements dans de nombreux pays. Bref, une minorité de l’humanité. 3% seulement des êtres humains vivent dans un pays autre que celui de leur naissance, et la plupart d’entre eux n’ont résidé que dans un ou deux autres pays que leur pays d’origine.

                Ce dont ont réellement besoin les êtres humains, c’est de connaître la langue de leur pays, plus une ou deux langues de pays voisins, avec parmi ces langues une grande langue régionale lui donnant accès à la traduction des informations venant du monde entier. L’hindi, le swahili, le malais ou indonésien, le russe ou l’espagnol peuvent très bien remplir ces conditions. Le français n’a aucune raison d’y manquer.

"L’anglais est la langue de l’Europe"

                Il faut déjà se garder de confondre la langue de l’Union Européenne et celles des européens. Si l’apprentissage de l’anglais par les élèves de second cycle dans les 27 pays de l’Union atteint la proportion de 83% en 2007 (soit près de quatre fois plus que le français ou l’allemand), ça n’en fait pas la langue réelle des européens. Nous avons beau avoir 99% de nos élèves qui étudient, en première ou seconde langue vivante, la langue de Shakespeare, il n’en reste qu’un quart des français se déclarent capables de parler anglais selon Crystal. Selon le rapport 2006 de la Commission Européenne sur l’Education et la Culture, si 52% des habitants de l’Union sont capables d’avoir une conversation en anglais, 13% l’ont comme langue maternelle. C’est moins que l’allemand (18%, et 32% avec les germanophones en seconde langue), et pas plus que le français (respectivement à 13 et 26%). Dans la réalité, être la langue réelle de l’Europe continentale serait un rôle bien plus taillé pour l’allemand, que plus de la moitié des élèves de second cycle apprennent en Europe Centrale (80% en Slovénie et Slovaquie, 70% en République Tchèque, 60% en Pologne, 50% en Hongrie), aux Pays-Bas et au Danemark. Le principal obstacle qui se pose à l’allemand est que les français et plus encore les italiens l’apprennent peu. Si une véritable appropriation de l’allemand comme seconde langue se produisait à l’Ouest du Rhin comme au Sud des Alpes, l’allemand deviendrait véritablement la langue de l’Europe continentale, avec un avantage immense sur l’anglais d’être une langue réellement pratiquée au jour le jour, dans plusieurs pays situés au centre du continent, et par de solides économies exportatrices.

                A l’Est, le russe, largement appris comme seconde langue en Ukraine et Biélorussie, et disposant toujours de fortes minorités dans les pays baltes, couvre une aire de 200 millions de personnes, sans compter l’Asie Centrale. Ce qui équivaut à pas moins de 40% de la population de l’Union Européenne.

"Reconnaître l’hégémonie de l’anglais découle d’un simple constat"

                Abordons un point essentiel de notre défense de la francophonie : l’opposition factice entre anglophiles « réalistes » et francophonistes « sentimentalistes », « aigris », raccrochés sur le passé, etc… L’imposition de l’anglais n’est pas une évidence pragmatique, mais une prétention idéologique. Dissipons un malentendu : il ne s’agit pas de dire que l’anglais en soi serait idéologiquement connoté. Il ne s’agit pas de prétendre que l’anglais serait par exemple lié viscéralement au libéralisme économique. Ce serait même un contresens historique, alors que, de Condorcet à Bastiat, de Say à Turgot, les premiers grands penseurs du libéralisme moderne furent français et francophones ! Non, si j’invoque l’idéologie, c’est pour caractériser le raisonnement qui pousse au tout-anglais. Ce serait une nécessité pour « l’international », pense-t-on, cumulant derrière ce mot tant des déplacements touristiques que des relations professionnelles. Même si beaucoup d’européens (un tiers selon les sondages de la Commission Européenne) estiment qu’il est important de connaître des langues étrangères pour être capable de travailler à l’étranger, seule une petite minorité d’entre eux s’expatrieront réellement. Et le terme « international » n’a pas de sens pour justifier le recours systématique à l’anglais, puisque la majorité des nations du monde ne l’utilisent pas comme première langue. "Mais tu ne vas pas apprendre toutes les langues d’Europe", répondent les anglophiles ! Que tout le monde utilise l’anglais est bien plus pratique, en apparence…

Mais tout est dans le « tu ». Le raisonnement est purement individualiste. Le raisonnement qui impose l’anglophonie est le suivant : vous êtes parachuté seul, sans savoir où, quelque part sur Terre. Quelle langue avez-vous intérêt à connaître ? Statistiquement, l’anglais. Sauf que la réalité n’est pas ainsi. Et même pas du tout. La réalité, c’est le travail en collectif. Dans une entreprise qui travaille avec des partenaires étrangers, il y aura rarement un seul collaborateur, mais une équipe. Si l’on communique avec des allemands, quel est l’intérêt de leur parler en anglais, si l’un des membres de l’équipe française est germanophone ? Au contraire, s’adresser à des étrangers dans leur langue est le meilleur moyen de progresser, ne serait-ce que parce que les étrangers parlant dans leur langue seront plus libres d’utiliser des concepts élaborés qu’en utilisant une tierce langue que les deux interlocuteurs n’utilisent pas au jour le jour, comme l’anglais.

Que les français deviennent tous réellement bilingues ou trilingues est bien sûr une nécessité. Mais il n’y a aucune raison que ce bilinguisme se fasse forcément en anglais. Au contraire, nous devons collectivement miser sur des bilinguismes multiples, afin d’avoir le plus souvent possible autour de nous des compatriotes germanophones, italophones, arabophones ou hispanophones. Même pour la lecture de documents scientifiques, techniques et commerciaux en « globish », une minorité d’anglophones suffit. La synergie des compétences entre français fera le reste.

Je me permettrais de supposer qu’en matière de multilinguisme intelligent, l’expansion de l’espagnol parmi les choix d’études en langues vivantes dans les collèges et lycées français n’est pas forcément une bonne chose. L’espagnol bénéficie d’un préjugé positif de par le nombre total de ses locuteurs dans le monde (450 millions). Mais la grande majorité de ces peuples vivent à des milliers de kilomètres de nous, et ne sont pas nos principaux partenaires économiques. Pour un français de métropole, la langue de Cervantès n’est en réalité pas plus utile que l’arabe, et sans doute moins que l’italien. Cette libéralité accordée à l’espagnol a renforcé l’idée que l’on apprenait une langue pour se faire plaisir, pour voyager, parce que le nombre total de gens qui la parlent est élevé, même s’ils sont aux antipodes…alors qu’un pragmatisme réel aurait dû nous conduire à nous intéresser à nos voisins réels, qui habitent à Stuttgart ou à Turin, plus qu’à Mexico ou Washington.

"La francophonie est hypocrite envers les langues régionales"

                Il y a quelque chose de vrai dans la dénonciation de la défense de la francophonie au nom de la «diversité culturelle », quand les partisans de la francophonie ne s’empressent pas de secourir le breton, le corse ou le basque. Ceci dit, l’incohérence des positions peut aussi être reprochée aux critiques tels que Damien Perrotin, qui dénigre la francophonie à la fois parce qu’elle a manqué sa course à la domination du monde (pour Perrotin, la cause du français face à l’anglais est perdue depuis deux siècles, soit depuis la perte de Québec en 1759 ou depuis Waterloo), et parce que le français a « écrasé » les langues régionales (même si, pour ma part, je refuse catégoriquement l’idée selon laquelle la République Française aurait éradiqué les langues régionales : elles ont été abandonnées par leurs locuteurs en réalité). Donc le français est moisi à la fois parce qu’il a été impéraliste, et parce qu’il ne l’a pas assez été.

                D’une manière générale, la position des certains régionalistes vis-à-vis de l’anglais n’étonnent guère, entre fascination pour la « langue mondiale », et alliance pragmatique en vue de détruire le français « oppresseur »…Je m’autorise un Godwin : ce n’est pas sans rappeler les cas de militants bretons cachant des armes en 1939, attendant que les Panzers viennent les libérer de la République jacobine…

                Si les militants de la francophonie veulent adopter une défense cohérente, alors ils doivent renoncer à l’argument de la « diversité culturelle ». En effet, la diversité des langues ne doit pas être défendue au nom de sabeauté soi-disant intrinsèque. Plusieurs milliers de langues sont menacées de disparition dans le monde ? Et bien tant pis, cela fera du travail pour les paléolinguistes. De toute façon, de la diversité linguistique, il s’en recrée en permanence dans les argots, les néologismes techniques ou non, dans les divers créoles ou pidgins que les différentes étapes de la mondialisation (dont le colonialisme) ont engendrés.

La diversité des grandes langues (c’est-à-dire celles qui ont plusieurs millions ou dizaines de millions de locuteurs, pas quelques centaines ou milliers) doit être défendue au nom du pragmatisme. En effet, posons-nous une question naïve : à quoi sert une langue ? Un peu comme une porte qui sert à la fois à faire entrer des gens et à les bloquer, une langue sert à la fois à communiquer…et à ne pas être compris. La langue est un instrument de souveraineté, qui permet d’unifier un territoire et de permettre le débat politique, les échanges économiques et culturels, et aussi de rendre plus efficace la machine militaire. Mais il est justement également important que tout le monde ne parle pas votre langue. Si toutes les nations voisines ont la même langue que vous, alors, en cas de conflit armé, chaque citoyen d’un pays ennemi peut rapidement devenir un espion. Il y aura certes toujours des espions professionnels parfaitement polyglottes, mais l’espionnage sera ici un risque bien plus massif. Sans aller jusqu’à la guerre, l’absence de barrières linguistiques entre nations, c’est aussi le risque qu’en cas de montée soudaine du chômage dans notre pays, notre population subisse une hémorragie due à l’émigration vers des contrées plus prospères. Bien sûr, ces migrations économiques finiront toujours par se produire si les écarts de taux de chômage perdurent, mais le monolinguisme mondial dont rêvent les anglolâtres le faciliterait grandement.

Même le fait d’accepter l’anglais comme langue mondiale, sans pour autant supprimer les autres langues, revient déjà à concéder aux anglophones un avantage sur tous les autres. Un texte produit par un américain ou un anglais est immédiatement transmissible à l’ensemble de la planète, tandis qu’un français qui couche ses idées sur le papier ou l’écran doit choisir entre s’adresser aux francophones ou au reste du monde. Il se crée alors un « filtre à idées » dont seuls les anglophones de naissance sont exonérés. Il est possible d’empêcher cela en permettant à des millions de gens de vivre sans avoir une maîtrise réelle de l’anglais. On peut y arriver par un multilinguisme intelligent et en coordonnant les compétences linguistiques comme nous l’avons vu plus haut. Mais nous n’en avons pas encore pris le chemin.

La défense du français, loin d’être un combat d’arrière-garde, une distraction pour chauvins pendant les dimanches pluvieux, conditionne l’existence future de la France. Une France devenue anglophone dans une Europe anglophone n’a en soi plus aucun intérêt à exister, puisqu’elle n’aurait plus ni unité ni barrières distinctives du reste du continent. Signer l’arrêt de mort de la France ne relève d’aucune nécessité, alors que sa langue a, comme nous l’avons vu, encore beaucoup de cartes à jouer en ce monde.

A l’inverse, la défense du breton, du basque ou de l’occitan revient à défendre des « nations » (terme qui n’a jamais convenu pour l’Occitanie) dont la partie s’est arrêtée depuis des siècles. Le français est l’incarnation de notre puissance nationale, qui, même relativement réduite, peut se retrouver fort utile pour défendre une nation révolutionnaire. Le combat politique pour les langues régionales est une fuite vers la faiblesse, une dispersion inutile de forces militantes.

 

Conclusion : pour défendre le français, parlons allemand, italien, arabe…

Le français ne gagnera pas seul sa lutte pour sa survie. C’est l’oubli de cette évidence qui génère la résignation face à la domination anglophone. La francophonie est pourtant à l’aube d’un siècle qui pourrait être exceptionnel pour elle, avec un possible doublement voire triplement de ses effectifs. A moins qu’une fois de plus, nos élites ne choisissent la défaite. Contre l’empire européen et sa prétendue « diversité », avec 23 langues officielles quand une petite minorité d’européens sont trilingues, nous pourrions défendre une véritable intégration culturelle librement consentie en mariant la langue de Molière avec celles de Dante et de Goethe. Un espace considérable de 200 millions d’européens, sur trois nations, bilingues dans au moins deux des trois langues, qui pourront être entendues de Brest à Palerme et à Hambourg, renforcera nettement la diffusion de l’allemand vers l’Est et du français en Afrique, et la survie de l’italien. Il faudra aussi changer radicalement les relations de la France avec ses anciennes colonies, mettre fin aux basses œuvres de la Francafrique, si l’on ne veut que le cas rwandais ne se reproduise pas. C’est d’une manière générale l’ensemble de notre politique migratoire qui est en cause, et qui fera l’objet d’un prochain article.

 

 

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Published by DiadoreCronos - dans Nation
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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 12:35

Second volet de l'article sur la dette publique: notre dette publique est-elle surtout une affaire d'intérêts? Et comment en alléger le poids?

  Est-ce que l’Etat est un puits sans fond ?

                Cette thèse est déjà défendue sur le Net, par exemple par André-Jacques Holbecq (que j’avais déjà évoqué dans un article sur son projet économique, l’écosociétalisme) et le cercle des économistes citoyens, sur leur site http://monnaie.wikispaces.com/. Sur la page suivante (http://monnaie.wikispaces.com/Arnaque), ils expliquent ce que serait la dette publique sans les intérêts, ou du moins à intérêts réels nuls (c’est-à-dire qu’une fois retirée la fraction des intérêts qui sert à faire progresser le capital au même rythme que les prix augmentent, il n’y a plus d’intérêts). Et le bilan est simple : si les administrations avait pu emprunter à 0% d’intérêt réel, alors il n’y aurait quasiment pas de dette publique aujourd’hui. Sur les comptes nationaux de l’INSEE, on trouve des chiffres légèrement différents de ceux du site d’Holbecq.

  http://img714.imageshack.us/img714/1867/deuxscenariidedficits.png

                                  http://img714.imageshack.us/img714/1867/deuxscenariidedficits.png

Source : INSEE, Comptes Nationaux 2009, et calculs personnels.

                Alors que les administrations ont toujours encaissé des déficits depuis 35 ans, les soldes primaires (c’est-à-dire sans les intérêts) ont été positifs 12 ans sur 35. Et nombre d’années de déficits, dans les années 80 jusqu’à 1991, en 1996, 2007, 2008… ont des déficits de faible ampleur. En faisant la somme des déficits primaires actualisés sur la période 1979-2008, j’arrive à une somme de 72 Mds d’euros, alors que Holbecq trouve une somme négative… mais tout cela est à comparer avec les 1535 Mds d’euros de dette réelle.

                Nous allons cependant mettre un bémol à ce raisonnement. En effet, si l’on conteste l’idée que l’Etat paie des intérêts, le minimum est de s’apercevoir que l’Etat en reçoit aussi. Les administrations encaissent des revenus du capital, principalement de deux types : les dividendes des entreprises publiques, et les intérêts de prêts que les administrations s’accordent entre elles ou au secteur privé. Certes, l’Etat reçoit très nettement moins qu’à son tour. Et il est extrêmement courant que l’Etat s’autorise ce qu’il interdit aux autres. Mais, si l’on décide de retirer aux recettes de l’Etat ses intérêts (ce qui revient à calculer les soldes publics sans les intérêts nets), et donc de ré-accroître ses déficits primaires, on aurait une projection moins rose. Sur le graphe suivant, il s’agit de la courbe verte. Elle est quand même très proche de la courbe sans aucun intérêt (rose), beaucoup plus que de la courbe réelle (bleue). Mais l’addition aurait été plus salée : en ne retirant que les intérêts nets, les déficits actualisés de 1979-2008 auraient atteint, cumulés, 317 Mds d’euros, contre 72 auparavant…

http://img256.imageshack.us/img256/809/troisscenariidedficits.png

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Source : INSEE, Comptes Nationaux 2009, et calculs personnels.

On précisera enfin que ce « bémol » est lui-même limité car, sur les intérêts que reçoit l’Etat, une partie correspond sans doute à des remboursements de prêts à intérêts nuls consentis par l’Etat, des intérêts qui ne font alors que combler l’inflation. Si c’est le cas, il n’y a pas lieu de décompter ces sommes des ressources des administrations, tout comme on conçoit que les administrations devraient quand même payer le coût de l’inflation –mais pas plus- à leurs créanciers. Donc, dans un scenario où l’Etat ne paie pas d’intérêts réels et n’en gagne pas non plus, la dette publique totale sur la période 1978-2008 se situerait entre 72 et 317 Mds d’euros. Entre 80 et 95% de moins que notre dette réelle.

                On peut donc répondre à une accusation fondamentale de la droite : non, le déficit des administrations publiques françaises n’est pas creusé par un excès de dépenses sociales, ni même d’investissements. Même les périodes de hauts déficits primaires (1993-1995, 2003-2004) pouvaient tout à fait se combler, inflation comprise. Notre dette publique est, a minima, en grande majorité un cumul d’intérêts.

Et d’où viennent donc ces intérêts ?

Et auprès de qui s’endette-t-on ?

Lorsqu’un état est en besoin de financement, il est historiquement possible de recourir à deux fournisseurs : soit le secteur privé, soit lui-même. Lorsque je dis « lui-même », il s’agit principalement des banques centrales, qui, tant qu’elles sont sous le contrôle de l’Etat, peuvent lui faire des avances : l’Etat contracte une dette qui ne lui coûte que peu ou pas d’intérêts réels. L’autre méthode, c’est l’endettement auprès des banques privées, et des particuliers (ménages et entreprises) désireuses de réaliser un placement stable, surtout dans un pays où la capacité de remboursement de l’Etat est assurée. Cependant, cette méthode implique de payer plus d’intérêts qu’en cas d’avance de la Banque Centrale. Alors pourquoi les états ont-ils été de plus en plus nombreux à privilégier le recours aux marchés obligataires, donc au secteur privé ?

Tout simplement parce que les avances au Trésor Public sont de la création monétaire sur commande, donc vue comme une source d’inflation rapide. Non pas qu’il n’y ait pas de création monétaire en temps normal, ni que toute création monétaire vienne de l’Etat, loin de là. Mais de sérieux précédents dissuadent l’usage de ce que l’on appelle généralement « la planche à billets ». On peut penser à l’Allemagne des années 20, à l’hyperinflation succédant à la destruction des économies soviétiques, dans une mesure moins galopante au recours de l’Italie à l’inflation pour réduire le poids relatif de sa dette publique (le capital emprunté se dévalue) par rapport au revenu national.

On peut résumer les choses par l’équation (simplifiée) d’Irving Fisher :

P * T = Q * V

…où P est la quantité de marchandises échangées (le nombre de marchandises produites), T le niveau moyen des prix, Q la quantité de monnaie en circulation, V la vitesse de circulation de la monnaie (le nombre moyen de fois qu’un euro passe d’un propriétaire à un autre).

                Dans la théorie monétariste qui a pris l’ascendant dans les années 70, la production (P) est insensible aux variations de la monnaie (les entreprises et ménages réagissent préventivement aux variations, déjouant les objectifs de l’Etat et des banques centrales), et la vitesse V est constante aussi. En conséquence, seuls les prix (T) monteront si Q monte.

                Les conséquences de l’inflation ne sont pas nécessairement de réduire la croissance économique et le revenu, mais elle va sûrement le redistribuer : le créancier perd sur la valeur de son capital, et si les intérêts qu’on lui verse n’intègrent pas l’inflation, ses intérêts ne le dédommageront pas. En revanche, le débiteur gagne (en sommes non-remboursées) ce que le créancier perd. Les salariés dont les salaires progressent moins que l’inflation perdent ce que gagneront les marchands, du moins si leurs fournisseurs ne font pas progresser leurs tarifs dans des proportions au moins égales. C’est là que peut intervenir un risque pour la croissance : les importateurs ont a priori plus de moyens pour faire venir de l’étranger des marchandises dont le prix sera resté stable, et les exportateurs, eux, auront des frais plus élevés, donc soit réduiront leurs marges, soit devront élever leurs prix et perdre des marchés sur le plan international. Mes configurations peuvent être très diverses : les entreprises d’un pays peuvent maintenir leurs exportations même si elles sont chères (cas allemand), ou être très menacés par la concurrence sur les coûts (cas italien). Les économies que font les importateurs ne se convertiront pas nécessairement en investissements nouveaux. Les gains que feront les investisseurs du fait de taux d’intérêts réels plus  bas peuvent être annulés par un recul de la demande dû au fait que les particuliers augmenteraient leur épargne amputée par l’inflation.

                Pour des raisons historiques, dans certains pays (comme l’Allemagne), l’inflation fait figure d’épouvantail absolu ; la crise des années 70 a montré que l’inflation ne permettait pas nécessairement de réduire le chômage. Et la mission première de la Banque Centrale Européenne est de maintenir la stabilité des prix, pas d’assurer la croissance.

                Mais il serait malhonnête de dater cette condamnation de l’inflation à la naissance de la monnaie unique, puisque c’est en 1973 que la France s’est elle-même interdit les avances de la Banque de France au Trésor Public. Votée sous Pompidou, la loi de Janvier 1973 fut maintenue sous Giscard et par la suite. A-J. Holbecq avait justement interpellé l’Ex-Président sur son blog, et obtenu de lui cette réponse : «on aurait pu remplacer un endettement visible et structuré par une simple émission monétaire. Mais ce serait ouvrir les bras au retour à l'inflation des années 1950.»   (http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=DebatVGE). Holbecq répondit entre autres que l’inflation des années 50 ne fut pas systématiquement surélevée (elle ne dépassa les 10% que trois ans sur dix), et n’empêcha pas une forte croissance. Et que l’inflation des années 60 fut encore plus sage. On peut cependant contester à l’argumentation de Holbecq que même avant 1973, l’Etat ne recourrait pas systématiquement à l’émission monétaire pour combler ses déficits (limités au demeurant, même avec le paiement des intérêts). Plusieurs emprunts (l’emprunt Pinay par exemple) eurent lieu pour ne pas avoir recours à la création monétaire et limiter l’inflation (cf également sur cet historique de la dette publique en France, qui ignore la loi de 1973 http://cpa.enset-media.ac.ma/Fixe/Dette_publique.pdf ). A l’inverse, on peut contester à l’argumentation de Giscard d’Estaing que la loi de 1973 n’empêcha nullement la France de retrouver des pointes d’inflation, en 1975 et en 1982, à l’occasion des plans de relance Chirac puis Mauroy…

Ah bon, la monnaie se crée ?

                Mais ce n’est qu’une partie de l’argumentation de Holbecq. Le plus intéressant, c’est de savoir s’il y aurait d’un côté les avances des banques centrales qui seraient inflationnistes, et de l’autre l’emprunt aux banques privées qui ne le serait pas. Holbecq pense qu’en réalité les deux le sont tout autant.

                Car les banques privées, lorsqu’elles émettent un crédit,  créent de la monnaie. Trop de gens croient ou font semblant de croire que les banques prêtent l’argent que les déposants leur confient. Dès les premiers cours d’économie, un professeur digne de ce nom doit pourtant vous éclairer : les banques privées émettent bien, par simple jeu d’écriture, de la monnaie qui n’existait pas auparavant. Bien sûr, elles ont des limites : elles doivent avoir un ratio entre les fonds prêtés et les fonds propres, et réobtenir régulièrement de la monnaie émise par la banque centrale, ce qui permet à celle-ci de limiter l’activité créditrice des banques. Tout ceci est résumé dans ce document (http://www.societal.org/monnaie/creationmonnaiepourlesnuls.pdf ). Précisons que quand une dette est remboursée, le capital est simplement retiré de la circulation : il y a alors destruction monétaire, largement compensée par la création.

                Toute monnaie que nous détenons a été créée à l’occasion d’une dette, soit par les banques centrales aux autres banques (ou jadis aux Etats), soit, le plus souvent, par les banques. Ce fait simple et déterminant a fait l’objet du film de Paul Grignon, l’Argent-dette, dont Pascal Riché de Rue89 a fait le commentaire critique suivant (http://www.rue89.com/mon-oeil/2008/10/13/largent-dette-video-star-du-net-a-une-sale-petite-odeur).

                Dans son article, Riché donne une précision qui remet légèrement en cause la position de Holbecq : en général, l’Etat ne s’endette pas auprès de banques, mais le plus souvent auprès de d’organisations non émettrices de crédit telles que les assurances et les fonds (de pension) . On peut le constater à la lecture de cette note de Natixis (http://monnaie.wikispaces.com/file/view/d%C3%A9tention-dettes.pdf/134592209/d%C3%A9tention-dettes.pdf), surtout en lisant les tableaux des dernières pages. Et c’est d’ailleurs pour mettre en place un marché obligataire « moderne » que la loi de Janvier 1973 fut édictée,  selon Giscard d’Estaing.

A-t-on eu raison de préférer les intérêts à la création monétaire ?

Qu’est-ce que cela change, me direz-vous ? Cette monnaie n’a-t-elle pas été créée de toute façon un jour ? Et bien cela change que la monnaie en question n’a pas été créée spécifiquement pour être prêtée à l’Etat. C’est même plutôt logique : étant considéré comme le débiteur qui a le plus d’assurance pour rembourser en raison de son poids, l’Etat offre les taux d’intérêts les plus bas du marché obligataire, plus faibles que ceux de la plupart des entreprises. Il y a donc de fortes chances qu’en empruntant à une banque privée, un particulier ait à honorer un taux d’intérêt au moins égal à celui d’une obligation d’Etat. Donc s’endetter (et créer de la monnaie) spécialement pour prêter à l’Etat n’est pas très attrayant. Et l’emprunt d’Etat au secteur privé n’est pas nécessairement générateur de création monétaire, contrairement aux avances des banques centrales à l’Etat.

De plus l’emprunt à des non-résidents (soit les deux tiers de la dette publique française actuelle) ne peut être un générateur de croissance de la masse monétaire en France, puisque dans toute économie, les entrées de capitaux nettes (capitaux qui entrent, qu’il s’agisse d’investissements ou de placements étrangers vers la France, ou de profits faits à l’étranger et rapatriés en France, le tout moins les flux allant de la France vers l’extérieur) compensent la balance commerciale. Si de la monnaie nous parvient du reste du monde par les transferts de capitaux, nous en renvoyons avec notre déficit commercial (et la France a depuis 2003 un net déficit extérieur). Inversement, quand nous avions un excédent commercial (la décennie précédant 2003), la France était exportatrice nette de capitaux.

Donc, comme le dit Riché, oui, l’emprunt au secteur privé (interne ou étranger) est moins inflationniste que l’émission monétaire par la banque centrale. Cependant, là où Holbecq a raison, et ce que nous avons déjà vu plus haut, c’est que la majorité de la dette est constituée d’intérêts. Donc si les administrations avaient pu se financer à 0% d’intérêts réels, la masse des intérêts (au moins 1200 Mds d’euros 2009) soit 1) n’auraient pas été créés, soit 2) auraient été employés à autre chose, au financement des investissements du secteur marchand par exemple. Cela aurait été un effet d’éviction à l’envers (l’Etat laisse l’épargne profiter au secteur non-étatique). On aurait pu y gagner en une plus forte croissance, d’autant que les investissements publics n’auraient, quant à eux, nullement été réduits.

Et inversement, la création monétaire qu’auraient engendrée des avances de la Banque de France à l’Etat, si l’on s’en tient au dernier graphe plus haut, aurait été assez modérée, puisque nous aurions eu le fardeau des intérêts en moins, et que les déficits primaires auraient représenté le plus souvent 1% du PIB, sauf en 1993-1995 et en 2003 (et 2009). Et rappelons qu’en remboursant ses emprunts, l’Etat aurait détruit cette injection monétaire, au pire après quelques années de circulation.

En faisant le choix de la dette à intérêts, on a voulu bannir le risque inflationniste (qui est à prendre au sérieux, mais qui n’a de toute façon pas été anéanti), au prix d’un poids qui peut se révéler explosif (les intérêts de la dette évolue avec le temps, lorsque les obligations changent de propriétaires, une montée brusque des taux d’intérêts peut déclencher un tsunami de charges financières). Et ce choix nous a probablement privé d’une partie de notre croissance potentielle.

Et comment sortir de la dette de masse ?

                Le site de Holbecq propose déjà d’abolir la loi de 1973. Le problème est qu’elle a été confirmée par l’article 104 du Traité de Maastricht. La question de la sortie de l’Union Européenne s’en trouve renforcée (comment ça, mon blog devient monomaniaque anti-UE ? Allez donc voir chez Edgar…).

                Une fois cela acquis, il faudra encore que la Banque de France rachète elle-même les obligations pour les faire passer à un taux d’intérêt minimal. Et c’est là que l’on se retrouvera avec une nouvelle émission monétaire. Le site propose une réduction de 100 Mds d’euros de capital par an (http://monnaie.wikispaces.com/Comment+s%27en+sortir%3F ). Ce qui reviendrait quand même à 5% du PIB en injection monétaire chaque année (où 1% des agrégats monétaires de l’eurozone, mais seulement pour la France). Plus généralement, ils soutiennent la proposition du libéral Maurice Allais qui réclame une nationalisation complète de la création monétaire. Les propositions deviennent moins crédibles au fur et à mesure qu’ils montent au niveau international, en proposant des « monnaies nationales complémentaires à l’euro », voire une monnaie mondiale.

                On peut tout à fait s’accorder à ces propositions de réformes, tout en considérant que tout n’est pas réglé. La question la plus importante serait quand même : même si nous arrivions à résorber cette dette publique énorme, et à (ré-) instaurer le pouvoir de l’Etat sur la création de monnaie, comment éviter la faille qui avait justement mené à l’indépendance des banques centrales et l’interdiction des prêts au gouvernement, à savoir la tentation pour l’Etat d’user et d’abuser de l’émission monétaire, de jouer systématiquement la carte de l’inflation contre la dette ?

                La première chose est déjà d’assurer que l’Etat rembourse le capital de ses dettes (normal, puisqu’il n’a plus d'intérêts). Et pour cela il lui faut un stimulant radical. Un stimulant qui permette également aux victimes de l’inflation potentielle de s’exprimer avant que le "crime" n’ait lieu. Par exemple, une consultation populaire tous les trois ou quatre ans, avec la question suivante :

« Accordez-vous au gouvernement le droit de recevoir des avances de la Banque Centrale sur les quatre prochaines années, avec obligations de les rembourser dans les huit ans, pour une quantité ne dépassant pas 1% du PIB chaque année ?...et admettez-vous qu’en cas d’échec du gouvernement à tenir cet engagement, un impôt spécial soit prélevé pour réduire la dette ? ».

Oui, il faut prévoir la possibilité qu’au cas où le gouvernement n’aurait pas « rattrapé » sur le long terme les sommes qu’il a fait créer pour éponger ses déficits, les contribuables auront droit à un impôt spécial. En cas d’échec, c’est donc une peine pour les contribuables : payer pour avoir fait confiance à un gouvernement incapable, ou dans un mauvais contexte. Et une peine pour le gouvernement, qui voit son crédit politique s’effondrer. Et inversement, lors du référendum, c’est un test pour le gouvernement, qui peut constater la confiance que les citoyens lui accordent, et une mesure de l’optimisme de ces derniers, qui les pousserait à risquer un peu de leurs patrimoines contre un gain en revenus.

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Published by DiadoreCronos - dans Economie
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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 23:00

Premier volet d'un gros article. Cette moitié donne quelques repères sur le niveau des dettes publiques en Europe, les dettes publiques et privées, et balaie quelques idées sur ce qui a pu causer le développement d'une telle dette. Le prochain volet parlera de l'escroquerie fondamentale - intrinsèquement liée au capitalisme - qui fonde cette montagne de créances.

 

1535 milliards d’euros de dette… Sommes-nous si loin de la dette grecque ?

Ce chiffre vous paraît peut-être astronomique si vous n’avez pas l’habitude de vous intéresser aux questions de dette publique. Il est devenu banal pour les autres. Du moins, c’est son ordre de grandeur qui s’est banalisée, car le chiffre lui-même, ne cesse de croître. 1535 milliards d’euros de dette, c’est auourd’hui les trois quart du revenu national. Nous étions à 60% en 2005, année où la dette publique, en proportion du revenu national, avait même baissé…(et oui, c’est possible).

http://www.insee.fr/fr/themes/info-rapide.asp?id=40&date=20100630

Il n’y a pas si longtemps, la dette grecque occupait l’actualité. Mon ami Mélenchon avait bien entendu recadré les choses à sa manière, en précisant que la dette grecque ne représentait que 2% du PIB de la zone euro (en fait 3%, soit 283 Mds d’euros de dette publique grecque sur un PIB « eurolandien » de 9,4 Mds d’euros). Sauf que l’argument revenait à dire que si je m’endettais soudainement de 10 millions d’euros (que je n’ai pas les moyens de rembourser, et même pas du tout), je pourrais toujours rétorquer que ce n’est qu’une poussière une fois rapporté au PIB des Hauts-de-Seine.

Cette dette grecque, parlons-en. Le pays des hellènes est-il vraiment plus endetté que tous les autres pays européens ? Le graphique suivant montre que si la Grèce est en tête du classement européen pour sa dette publique rapportée au PIB, elle a une dauphine italienne, qu’elle a dépassée depuis peu, et qui traîne ce boulet d’une dette supérieure à son revenu (ratio supérieur à 100%) depuis des années. Et pour l’instant, pas encore de faillite italienne.

 

 

                Certes, comme le montre ce deuxième graphique, l’Italie est « un cas » par rapport aux autres « grandes » économies de la zone euro (Allemagne et France) et au Royaume-Uni. Mais la tendance à la hausse des dettes publiques est nette, et l’apparente horizontalité des courbes ci-dessous ne doit pas tromper le lecteur : il s’agit d’une évolution sur seulement trois ans.

 

(Sources sur Eurostat http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/product_results/search_results?mo=containsall&ms=dette&saa=&p_action=SUBMIT&l=f&co=equal&ci=,&po=equal&pi=, )

La différence vient de la brusque remontée des taux d’intérêts liés à la dette grecque, qui ont provoqué l’emballement du déficit public hellénique. Car rappelons-nous qu’aujourd’hui, les états ne tendent plus à rembourser le capital de leurs dette, ou alors lors de –rares- périodes d’excédents budgétaires (on n’en connait plus en France depuis les années 70). Les états paient des intérêts sur une dette qui reste dans le meilleur des cas constante, ou augmente au même rythme que le revenu national.

On a notamment beaucoup parlé des Credit Default Swaps, ces dérivés mis en vente sur les marchés financiers qui permettent à ceux qui ont acheté des obligations d’Etat grecques de se couvrir contre une éventuelle cessation de paiement. Avec un déficit public annuel de 12% du PIB, ce risque devenant de plus en plus crédible, les taux d’intérêts exigés par les créanciers de l’Etat grec montèrent, accroissant d’autant plus le service de la dette publique (c’est-à-dire le poste des budgets publics destiné à payer les intérêts de la dette). Cet engrenage des marchés financiers a fait dire à beaucoup, par exemple Gabriel Colletis, professeur d’économie, que ces marchés sont les vrais coupables de la crise. On peut par exemple le lire ici (http://www.mediapart.fr/club/blog/gabriel-colletis/160210/en-grece-comme-ailleurs-lalibi-de-la-dette ).

                Colletis a raison de rappeler ce que les graphiques précédents illustraient, à savoir que les déficits cumulés grecs n’étaient pas incomparables à ceux des autres pays européens, qu’ils sont inférieurs à ceux du Japon (qui en est à un ratio dette publique / PIB de 200%). Et de rappeler que l’économie grecque est minée de tares que d’autres pays européens reproduisent à moindre ampleur, tels une corruption généralisée, une forte économie parallèle, un clientélisme politique historique, des dépenses faramineuses à l’occasion des Jeux Olympiques de 2004 (dont on peut voir à quel point ils ont relancé l’économie grecque…ce qui conforte ma position anti-JO). On ne manquerait pas de trouver des exemples de ces fléaux dans la plupart des autres états européens, sauf peut-être dans les social-démocraties nordiques réputées pour la rigueur de leurs comptes et la sobriété de la classe politique.

                Nous sommes donc très mal armés, d’un point de vue français pour attaquer la conduite des grecs. Cependant, ça ne nous oblige pas à considérer dans l’ensemble les grecs comme des victimes. On ne peut que se révolter en pensant que les plans d’austérité auxquels la Grèce va être soumise par l’appui conjoint du FMI et de l’Union Européenne, en échange d’un plan « d’aides » - de prêts plutôt – de 750 Mds d’euros décidé en Mai, vont surtout frapper la génération dite « des 600 euros ». Celle-là même qui s’était manifestée à plusieurs reprises ces dernières années, comme en Décembre 2008. La jeunesse grecque va payer par des restrictions d’éducation publique – déjà sous-alimentée – et de soins une gabegie dont elle n’est pas responsable. Moins en tout cas que les générations qui l’ont précédée. Car la Grèce est une démocratie depuis 36 ans, tout de même. La création de nouveaux partis politiques pour mettre à bas une classe politique clientéliste ne relevait pas du domaine du rêve. Mais plus qu’un clivage entre les générations, c’est surtout un fossé entre ceux qui avaient le temps et l’argent de s’investir en politique et ceux qui ne l’avait pas. Ce qu’il n’est pas vain de rappeler dans un pays où, note Colletis, le cumul fréquent de plusieurs emplois mettait les grecs en position honorable en Europe sur le plan du nombre d’heures travaillées par personne et par an. Et ce cumul est rendu nécessaire par le niveau élevé des dépenses privées – pour compléter les manques de l’éducation, de la santé, des retraites publiques – que supportent les ménages grecs. Remarquons par exemple que selon l’OMS, la Grèce est, avec les USA, le seul pays développé où plus de 50% des dépenses de santé sont privées.

http://apps.who.int/whosis/database/core/core_select_process.cfm?country=grc&indicators=nha&language=fr

Dette publique et dette privée

                Pour finir ces comparaisons entre pays, rappelons-nous aussi que la dette d’une nation ne se résume pas, loin de là, à sa dette publique. Nombre de pays ont un endettement privé massif, au moins comparable à son homologue public.

                Les deux grands pays anglosaxons s’illustrent nettement dans cette catégorie. Cette note de Natixis (http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=53742) le rappelle à point nommé : c’est de l’inflation de la dette privée (immobilière surtout) qu’est partie la crise en 2007. Le premier tableau de la deuxième page indique qu’en 2007, la dette des ménages et des entreprises représentait 200% du PIB au Royaume-Uni, 140% aux USA, 110% en zone Euro (et moins encore en France, où le financement public de la consommation des ménages est plus important – on n’atteint pas 53% du PIB en dépenses publiques pour rien). Par ses seules dettes privées, le Royaume-Uni égalise les dettes privées et publiques françaises.

                Et c’est pour compenser le recul de la consommation privée et de l’investissement des entreprises, enfoncés par la compression du crédit, que les états ont accéléré leurs déficits. Au Japon, les dettes des entreprises, qui tutoyaient la barre des 160% du PIB en 1990, se sont allégées au cours de la décennie 90, à coup de non-investissement (et de faible croissance pour l’économie japonaise), retombant à 90% du PIB en 2007. Pendant la même période, la dette publique explose, passe de 60% du PIB à 200%. La montée d’une dette publique n’est donc pas que la marque d’un état mal géré, incapable de se réformer. Elle peut aussi être simplement le transfert du gavage de crédit dans le secteur privé vers le secteur public. Et inversement, la diminution des dépenses publiques peut générer quantité de dettes privées, comme ce fut le cas au Canada, qui réduisit de dix points (de 53% à 43% du PIB) ses dépenses publiques au cours des années 90, et où les dettes privées montèrent de 65 à 95% du même revenu national.

                Et le scénario pourrait se reporter sur la Grèce : montée des dettes privées, jusqu’à la prochaine intervention de l’Etat – dans un futur lointain où l’Etat grec serait revenu des Enfers, même si 36% de ses citoyens pensent actuellement qu’il passera par la banqueroute – pour prendre le relais après une nouvelle crise du crédit, et rebelote….  

La dette est-elle forcément un problème ?

                 Avant de poursuivre, et pour ne pas me faire traiter de populiste anti-dette, posons-nous cette question: une dette qui monte en valeur absolue, est ce toujours un problème? Beaucoup de gens le pensent, et les déficits de la Sécurité Sociale, par exemple, sont souvent dénoncés par les libéraux comme la preuve que le système va inexorablement à sa faillite. Or, mathématiquement, ce n'est pas nécessairement le cas. Prenons un exemple simple.

                Je gagne 1000 euros par mois. J'ai une dette de 1000 euros, avec 5% d'intérêts, soit 50 euros par mois. Il me reste 950 euros pour mes dépenses personnelles. Le mois suivant, mon revenu passe à 1020 euros. Je décide de me réendetter de 20 euros. Le taux d'intérêt est stable. Ma dette est de 1020 euros, mes intérêts de 51 euros, pour 1020 euros de revenus, il me restera 969 euros. Donc non seulement la charge de mon emprunt reste à la même fraction de mon revenu (5%), mais je me suis enrichi en valeur absolue. Si les taux d'intérêts avaient baissé, j'aurais même pu m'endetter plus. S'ils avaient monté, j'aurais du m'endetter moins, voire rembourser une partie de mon emprunt précédent.

                C'est pour cela qu'en général, tant que le taux de progression de la dette (plus la progression des taux d'intérêts, qui peut être négative)  ne dépasse pas celui du revenu national, il n'est pas gênant de s'endetter, et la permanence des dettes publiques et privées massives que nous venons de voir l'atteste. Remarquons cependant que l'exemple individuel que je prends n'est pas pertinent sur le long terme, car au fur et à mesure que je vieillis et approche de ma mort, je devrais rembourser le capital emprunté. L'Etat, lui, est théoriquement immortel (du moins sa date de décès est impossible à estimer). C'est pourquoi les comparaisons des dépenses de l'Etat avec celles d'un ménage irresponsable ne valent pas grand-chose.

               Le vrai problème de la dette, c'est surtout son risque potentiel: si les taux d'intérêts montent brusquement (cas grec), si une situation critique (conflit, besoins de grands travaux) oblige le gouvernement à des dépenses massives qu'il n'aura pas les moyens de couvrir, et surtout, l'argent emprunté pour les déficits publics aurait pu servir à des investissements plutôt qu'à payer - entre autres- les intérêts de la dette, comme nous le verrons par la suite.

                    Et justement, il se trouve que nous sommes dans une de ces situations critiques. Depuis 2008, et surtout en 2009, la crise, en provoquant l'effondrement des recettes, et par les plans de relance qu'elle suscite, a fait progresser la dette bien plus vite que le PIB (qui régressait). Et nous en avons pour plusieurs années. C'est pour cela que, malgré le refus de diaboliser l'endettement public que je viens d'expliquer, l'orientation finale de cet article est bien de comprendre la dette pour trouver comment la réduire.

 

Pourquoi l’Etat s’endette-t-il ?

                Depuis quand cela monte-t-il ?

Penchons-nous donc d’un peu plus près sur ce qui fait qu’un état s’endette, et prenons le cas de nos propres administrations. La dette publique se décompose entre celle de l’Etat, des collectivités territoriales, des administrations de sécurité sociale – ce qui fait que le terme « dette de l’Etat » doit être évité lorsque l’on songe à l’ensemble de ce que les contribuables ont à amortir. Les statistiques d’ensemble sont consultables dans les comptes nationaux de l’INSEE. Commençons par le volume global des dépenses et des recettes des administrations, en euros constants en base 2009 (c’est-à-die en corrigeant les valeurs anciennes en les augmentant pour tenir compte de l’inflation ; la croissance générale des volumes depuis 1949 est principalement le fait de la croissance économique) :

 

Source : INSEE, Comptes Nationaux 2009

On note que le premier décrochage (faiblement visible) entre ressources (recettes) et emplois (ressources) eut lieu en 1975. Il s’agissait de la relance Chirac, à laquelle a succédé le retour à l’austerité sous Barre. Puis après 1981, on voit naître un décalage permanent.

Qui était présent sur les lieux au moment du crime ?

On peut faire un petit détour sur le débat « qui a endetté la France, la gauche ou la droite ? ». Il existe une rhétorique lancinante à droite pour dire que c’est la « gauche » (entendez les majorités PS depuis 1981) qui ont créé la dette massive. Et ce en alourdissant les comptes publics par des décisions telles que le passage de l’âge minimal du départ en retraite de 65 à 60 ans en 1982, les nationalisations, le recrutement de centaines de milliers de nouveaux salariés du secteur public (pas tous de statut fonctionnaire) et ensuite les 35 heures sous Jospin. Au printemps 2008, je lus un article où un droitier expliquait que par ces mesures, la gauche était responsable de la moitié de la dette publique (dépassant les 1200 Mds d’euros à l’époque), le coût des 35 heures et des nationalisations étant estimé à 100 Mds d’euros pour chacune des deux opérations. Partageant l’autre moitié des déficits entre gauche et droite à 50/50, l’auteur estimait que la gauche était responsable des trois quarts de la dette publique.

Ce discours est tout à fait biaisé, car il oublie un détail fondamental : ce qui crée la dette publique, ce n’est pas le fait de créer une dépense, c’est le fait de ne pouvoir l’assumer par les recettes fiscales. En ce qui concerne les dépenses de retraite, les caisses d’assurance-vieillesse ont eu des soldes positifs jusqu’à 2005. Ce qui signifie que depuis 1982 jusqu’à cette année, les cotisations étaient en quantité suffisante pour que le passage aux 60 ans ne crée pas de dettes. Après on peut toujours critiquer la hausse des cotisations sociales que cela a induit, mais pas y imputer de dette. On peut dire la même chose des 35 heures : elles ont été mises en place dans un contexte de redressement des recettes fiscales. Quant aux nationalisations, elles n’ont pas représenté qu’un coût à l’achat, puisque les entreprises publiques et entreprises où l’Etat a des participations ont aussi rapporté des dividendes à l’Etat : depuis 1983, en intégrant toutes les entreprises mentionnées – celles nationalisées avant 1982 compris -, le montant total de ces dividendes fut de 176 Mds d’euros en valeur courante (sans corriger de l’inflation), 216 Mds en valeur constante par rapport à 2009.

Ensuite, « la gauche » n’a été en charge des budgets que 15 années (trois quinquennats à compter de 1982, 1989 et 1998), sur 35 années depuis les premiers dérapages des déficits publics (1975 et non 1982). En faisant les cumuls des déficits en valeur actualisée (corrigée de l’inflation) depuis 1975, les budgets votés sous la droite ont représenté 927 Mds d’euros de déficits, ceux votés sous la gauche 608 Mds d’euros (le total étant de 1535 Mds, soit justement notre dette actuelle…). La période de plus intense creusement eut lieu, hormis l’abyssale 2009, entre 1993 et 1996. Le budget 1993 fut voté sous le gouvernement Bérégovoy. Le gouvernement suivant, celui de Balladur, aurait pu invoquer pour sa défense « l’héritage » socialiste, sauf que la récession frappant la France en 1993 et déséquilibrant recettes et dépenses n’est pas imputable qu’à la politique des socialistes, puisque notre principal partenaire, l’Allemagne de Kohl, était dans la même situation (recul de 0,8% du PIB en 1993 des deux côtés du Rhin).

On le voit, la responsabilité du fardeau se répartit « équitablement » entre les deux camps, les dépenses « fastueuses » de la gauche (mais majoritairement approuvées des français, comme la retraite à 60 ans) rencontrant généralement les recettes fiscales adéquates, et la droite manquant, sur 20 années de pouvoir depuis 1975, de mettre en place la rigueur dont elle reproche l’absence chez ses adversaires – et qu’elle se retrouve à appliquer brutalement aujourd’hui.

               

Mais la dépense publique, c’est quoi précisément ?

Arrêtons-là ces querelles de clocher entre les deux grands partis du capitalisme en France, PS et UMP. Ce qui précède nous a au moins mis sur une voie : non, la dette publique n’est pas due à des accès soudains de dépenses sociales inconsidérées venant d’un camp plutôt que de l’autre. D’ailleurs, dans les dépenses des administrations, les dépenses sont-elles surtout « sociales » ?

 

 

Source : INSEE, Comptes Nationaux 2009

                Les prestations sociales incluent principalement les remboursements d’assurance-maladie et les pensions de retraites. Les dépenses de consommation finale individuelle, ce sont toutes les dépenses dont on peut dire qui en a bénéficié précisément, et qu’il s’agit d’un ménage en général. Ce sont par exemple les dépenses de l’Education Nationale, les aides au logement, la prime pour l’emploi, etc… Les dépenses de consommation finale collective sont les dépenses pour lesquelles on ne peut pas affecter un montant reçu pour une personne. Par exemple, on y intègre les dépenses régaliennes (police, armée, justice).

                Pour ce qui est des investissements (la formation brute de capital fixe) et les autres dépenses, voyons maintenant la décomposition des dépenses rapportées au PIB:

 

 

 

Source : INSEE, Comptes Nationaux 2009

                On remarque dans la frange correspondant à l’investissement, un tassement entre les années 60 et l’après 75. Mais on voit surtout une montée de ce que j’ai classé en « revenus de la propriété ». Et qui comprend surtout les coûts que l’Etat supporte pour payer les intérêts de la dette. Par comparaison avec  le graphe des dépenses et des recettes des administrations, cette montée des intérêts ressemble, en ordre de grandeur, à l’écart entre les deux courbes qui s’est maintenu depuis les années 80. Et si justement ces intérêts étaient le déficit ?

...La réponse dans le prochain épisode...

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 12:00

Puisque cet article évoque largement le journal Riposte Laïque, je ferai remarquer au lecteur que ce journal figure toujours dans les liens de ce blog, mais avec une tournure différente, puisqu’ils m’apparaissent désormais comme un « coq gaulois monomaniaque qui court sans tête » et dont je ne sais combien de temps durera sa course avant la chute. Mais je suis un mauvais pronostiqueur. Contrairement à d’autres, je ne fais pas de « mea culpa » sur le fait d’avoir mentionné ce site, car je ne les considère toujours pas comme une bête immonde, seulement comme un phénomène (de foire) assez déprimant du Net. Et que je ne reviens pas sur le fait que certaines de leurs positions (la défense du droit à la critique de l’Islam en tant qu’idéologie) me semblent justes. Mais leurs prestations ne méritent plus que l’amusement voire le mépris.

 

Je rappelle à mes lecteurs que je ne fais pas dans "l'actualité", mais que j'essaie  toujours d'écrire avec du recul.

Il y a un mois, « l’apéritif géant saucisson-pinard » organisé par Riposte Laïque et les Identitaires était interdit par la préfecture de Paris.

En soi, cette manifestation était un pur non-évènement. Un apéro-géant parmi d’autres organisés via Facebook. A la différence que celui-ci était « exclusif » et « discriminatoire ». Parce que l’objectif dudit rassemblement était précisément de déguster ce que les musulmans s’interdisent (le porc et l’alcool). Les grands logiciens qui se sont scandalisés ont donc oublié qu’un apéritif porc-alcool ne signifie pas qu’on n’y trouvera QUE du porc et de l’alcool. Il est donc possible qu’un musulman vienne taper la causette dans un apéro de ce style, en amenant simplement son propre menu. Et qu’inversement, nul n’a jamais songé à interdire un concert de raï parce qu’il excluait les non-amateurs de musique maghrébine.

Quant à l’interdiction prononcée par la préfecture, elle est assez consternante. Le fait qu’une mouvance qualifiée d’extrême-droite (les Identitaires) fasse partie des organisateurs ne justifie en rien une interdiction : le Bloc Identitaire est une organisation légale, ils ont le droit de parader comme le FN chaque premier Mai (mais il est vrai que certains élus de gauche ont un problème avec les libertés démocratiques quand elles concernent leurs adversaires (1)). L’interdiction s’appuyait aussi sur le risque que cette manifestation ne fasse l’objet d’assauts et d’émeutes – alors qu’aucun des organisateurs, même les Identitaires, ne menaçaient d’une quelconque violence. Il faut dire que le 18 Juin tombait le jour du match Algérie-Angleterre dans le Mondial sud-africain. Et qu’une éventuelle déconvenue algérienne aurait pu pousser des fellaghas du ballon rond à se défouler sur les nazis mangeurs de halouf. En bref, cette manifestation fut interdite non pas parce qu’elle aurait été en soi violente, mais parce que des gens la menaçaient. Belle prime à la menace.

Passons à l’apéro lui-même. Le prétexte invoqué par les organisateurs était de rappeler une présence « gauloise » dans un arrondissement (le 18ème) où une rue (la rue Myrha) est occupée le Vendredi par des musulmans en prière.

Cette manifestation n’aurait dû déclencher aucun intérêt. Les musulmans de l’arrondissement auraient pu la traiter par le mépris, et toute la classe politique par l’ignorance. Il n’en a rien été, et pendant plusieurs jours jusqu’au 16 Juin – avant que les péripéties de l’équipe de France ne réoccupent l’espace médiatique –, l’affaire a catalysée plusieurs aberrations rhétoriques qu’on retrouve à droite et à gauche, et qui ne me rendent pas toujours fier de mon camp. C’est pourquoi je consacre un article, non à « l’apéro » avorté, mais au traitement politique qui en a été fait.

La monomanie sans issue des identitaires et de Riposte Laïque

Passons brièvement sur les Identitaires, la bête immonde de la pièce. Parmi leurs ancêtres, on trouvait « Unité Radicale », un groupuscule qui évoluait en marge du Front National, et qui eut pour sympathisant un certain Maxime Brunerie. Le même qui décrocha la palme d’or de l’attentat le plus ridicule de l’Histoire en tentant de tirer au 22 Long Rifle sur Jacques Chirac en pleine foule lors du défilé du 14 Juillet 2002. Péripétie qui fut souvent rappelée par les journalistes lorsqu’ils citaient le Bloc Identitaire, lui-même né des  cendres d’Unité Radicale dissoute suite au dit attentat. Sauf que Brunerie n’avait jamais été membre d’Unité Radicale, et son « attentat » était totalement spontané (ce qui n’est pas étonnant vu sa qualité…).

Ce n’est que tout récemment que les Identitaires se sont constitués en tant que force électorale, en présentant des listes aux régionales de 2010, la plus conséquente étant la Ligue du Sud en PACA, qui plafonna à 3% des voix. Ils sont la principale concurrence du Front National à droite de la droite, après la déconfiture du MNR (Bruno Mégret ayant même fini par quitter la vie politique).

Les positions des identitaires divergent de celles du Front National sur plusieurs points, notamment sur la question régionale, les identitaires assumant un couplage entre revendication nationaliste et régionaliste, tandis que le FN a longtemps pratiqué une ligne seulement nationale. Sur la question économique, le FN, dont des membres éminents comme Mégret étaient membres du Club de l’Horloge  national-libéral, a souvent défendu un mélange de dérégulation et défiscalisation de l’économie interne tout en prônant le retour aux barrières protectionnistes. Les identitaires tendent davantage à jouer la carte d’un anticapitalisme qui n’a rien de socialiste, préférant une économie de propriété globalement privée mais restreinte à l’économie locale, et débarrassée de la gangue financière. Refrain que l’on trouve également dans le discours initial du fascisme italien, mais je refuse pour l’instant l’amalgame des Identitaires au fascisme, terme élastique qui, chez les marxistes, a souvent servi à désigner tout ce qui est anticommuniste et qui n’appartient pas au domaine de la social-démocratie ou de la droite parlementaire. Sur les questions de sécurité et d’immigration, les exigences des identitaires et du FN se rejoignent, comme en témoigne le slogan du Bloc Identitaire : « 30.000 expulsions, c’est la honte ! Il en faut 300.000 ! ». (2)

Que les Identitaires fasse une fixation sur l’immigration, et par extension sur l’Islam, ce n’est donc pas surprenant. Le parcours des membres de Riposte Laïque est autre.

Revenons un peu sur le cas de ces militants (puisque le terme « journaliste » ne convient absolument pas) : il s’agit d’une dissidence du journal ResPublica, lui-même engagé en faveur de la loi sur le voile de 2004, et catalogué comme « laïco-intégriste » par les pro-voile. Riposte Laïque est dirigée par des personnalités telles que Pierre Cassen, ancien ouvrier du livre et ancien trotskyste, ou encore Christine Tasin, ex-PS, ex-Debout La République. J’avais déjà mentionné Riposte Laïque dans ma remise à jour des liens (où ils figurent toujours) en tant qu’islamophobes avérés, ce qui n’est pas un crime en soi. Il est vrai, et quelques minutes passées à consulter les archives de leur journal le confirment, que Riposte Laïque consacre très nettement plus d’articles à l’Islam qu’à l’Eglise Catholique. Ce qui n’est pas raciste en soi, car il n’y a pas de raison de considérer que toutes les religions aient la même dangerosité potentielle vis-à-vis de la laïcité. Mais je notais surtout la médiocrité des articles, l’absence d’analyses factuelles au profit des déluges d’impressions personnelles.

L’apéro prévu à la Goutte d’Or s’inscrit parfaitement dans cette lancée : le seul argument, ressassé à l’envie, est l’agression émotionnelle que constituent les prières musulmanes dans les rues du 18ème arrondissement. Cette question fit l’objet d’une série d’articles et de vidéos publiées par un dénommé Maxime Lépante. Et l’argument fut bien entendu repris par les Identitaires. Dans l’entretien qu’il fait avec Robert Ménard, l’Identitaire Bruno Larebière trouve une médiatisation inespérée, mais aussi une occasion de franchir toutes les limites du ridicule.

On se sent désarmé devant ces références grandguignolesques à l’Occupation, la Résistance, et de voir les articles de Justin Bridou remplacer dans l’arsenal de la défense nationale le glorieux canon de 75 mm qui tenait en échec les casques à pointes en 14-18… Le même ton de guerre civile, d’occupation et de bête immonde se retrouve dans la prose de Riposte Laïque, par exemple dans cet article comme parmi tant d’autres.

Le délire « Ripostolaïc » a déjà été largement commenté, mais souvent dans des formes elles-mêmes délirantes comme nous le verrons ensuite. Mais on peut trouver des réactions plus justes, telles que celle du blogueur Malakine, dont je partage l’essentiel de l’analyse.

Comme lui, je considère que le terme « d’extrême-droite » décrit mal Riposte Laïque, car ce terme est lui-même ultra-galvaudé (puisque selon le commentateur que vous prendrez, l’extrême-droite commencera soit à Le Pen, soit dès que l’on repère une mouvance antieuropéenne, anti-euro, souverainiste, auquel cas Malakine lui-même se reconnaîtrait d’extrême-droite, et moi itou). Mais Malakine note justement – et l’information n’en sera une que pour ceux qui connaissent peu Riposte Laïque – que ledit journal a depuis longtemps cessé de commenter les questions de laïcité pour s’égosiller sur les actes de délinquances divers, exposer ses points de vue favorables à une restriction de l’immigration (mais pas forcément à sa suppression totale, et encore moins à l’expulsion des immigrés), dénoncer les « talibans » qui prolifèreraient en France… Et faire mijoter le tout dans une même mixture menaçante, que LA France (vue comme un tout sans classes et sans nuances) doit rejeter sous risque d’empoisonnement mortel.

Mieux encore, on trouve maintenant des articles exposant une certaine programmatique sur l’immigration dont on se demande si elle à quelque chose à voir avec la laïcité ou plutôt tout avec le programme des Identitaires ou du FN.

On pourrait s’arrêter là et conclure à une sorte de décès cérébral de Riposte Laïque. Ou faire des comparaisons anachroniques avec Jacques Doriot, exclu du PCF des années 30 et qui rejoint le fascisme. En oubliant que Doriot, après avoir créé le Parti Populaire Français, s’illustra dans le pacifisme et l’entente avec les dictatures fascistes allemande et italienne. On se demandera de quelle dictature menaçant nos libertés les membres de Riposte Laïque sont-ils les partisans. On peut au mieux noter leur soutien au néerlandais Geert Wilders, dont le Parti de la Liberté (PVV) a obtenu 15% des voix. Wilders est, sur le plan économique, le promoteur d’un libéralisme rigoureux, fermement atlantiste, et hostile tant à l’Islam qu’à l’immigration musulmane (ce qui ne va pas nécessairement ensemble). L’atlantisme et le libéralisme ne décrivent pas vraiment ce que les historiens entendent par « fascisme ». Mais dans l’esprit des gauchistes, les concepts se tordent facilement, Wilders c’est Hitler ou Mussolini, et Riposte Laïque son Doriot. Déjà que les divisions oranges n’arrivent pas à vaincre l’Espagne démocratique comme Franco en 1939, même à coups de crampons dans le thorax, je pense que nous n’avons pas à craindre ce qui peut venir des polders.

Ce que je note, en revanche, chez Riposte Laïque, c’est que cette organisation sans moyens autres que le Net – les mêmes que tout un chacun – a réussi tout de même à mobiliser en très peu de temps des milliers de participants potentiels à son projet de dégustation porcine. Les Identitaires aussi, mais leurs moyens sont tout aussi limités. Leur principale arme médiatique, le site François Desouche, n’est au fond qu’un blog parmi d’autres.

Et parmi ceux que Riposte Laïque rallie à sa cause, se trouvent des gens de gauche, du moins qui se pensent ainsi. On pourra, comme certains du Parti de Gauche, décréter qu’ils ne sont pas ou plus de gauche, ils ne le sont sans doute pas moins que Strauss-Kahn ou Delanoë. Et ce genre d’excommunication est gratuite et ingrate : les politologues savent que sans les voix d’une partie des électeurs ayant choisi Le Pen au premier tour, Mitterrand n’aurait pas été réélu en 1988, ou avec un écart beaucoup plus serré.

Il existe de fait des milliers, probablement des centaines de milliers d’électeurs qui se pensent à gauche et ont voté pour le FN. Et ils ne sont sans doute qu’une émergence de l’Iceberg, car les sondages faits auprès des sympathisants de gauche montrent un souhait réel de réduire l’immigration. Et ça ne date pas d’hier, comme le rappelle cet article de Libération en 2000.

Et que nombre d’électeurs du Non en 2005 (dont une majorité étaient de gauche) ont également partagé cette opinion.

Alors certes, ces électeurs n’ont pas massivement voté pour le FN. Ce qui ne veut pas dire que leurs convictions au sujet de l’immigration ne sont pas réelles, mais qu’ils estiment qu’il y a d’autres sujets prioritaires, socio-économiques notamment, sur lesquels ils ne s’entendent absolument pas avec Le Pen.

On retrouve chez Riposte Laïque des lecteurs qui eux, franchiront le pas.

Et l’on peut alors se poser la vraie question : pourquoi des partis de gauche comme le PS ou le PCF, qui ont ou ont eu un électorat de masse, n’ont pas réussi à gérer cette contestation de l’immigration interne à l’électorat de gauche ? Et pourquoi cette question de l’Islam, de la critique et du refus de voir monter cette religion, devient-elle un levier de mobilisation pour des sympathisants de gauche, qui peut les pousser à rejoindre des formations politiques situées apparemment à l’opposé d’eux ? La réaction des partis de gauche à l’initiative du 18 Juin peut aider à le comprendre.

La gauche godwinienne

Outre SOS-Racisme qui a demandé d’emblée l’interdiction, j’ai pu trouver une réaction « exemplaire » chez un des élus parisiens du Parti de Gauche, Alexis Corbière.

Le même individu avait également rédigé le communiqué du parti mélanchonien .

Pour Alexis Corbière, « les organisateurs, qui sont des groupes de nervis Skinhead connus pour leur violence » parlent d’apéro saucission-pinard pour ne pas dire « Allons provoquer les bougnouls à la Goutte d’Or ». Les deux affirmations sont infondées : l’un des organisateurs, Riposte Laïque, n’est pas une mouvance skinhead, la mouvance identitaire est loin de se réduire à des anciens boneheads (le terme skinhead étant impropre, puisqu’il y avait aussi des skins de gauche) du genre de ceux des années 80 (les identitaires sont en général des militants trop jeunes pour avoir été actifs à cette époque), et les musulmans du 18ème peuvent parfaitement ignorer cette « provocation ». Mais continuons : il s’agit carrément d’une « ratonnade annoncée ». Une fois de plus, une affirmation sans aucune preuve, l’auteur se torche de la présomption d’innocence quand il s’agit d’adversaires politiques. Corbière nous repasse le mensonge que j’ai déjà cité plus haut, à savoir que « l’attentat » du 14 Juillet 2002 aurait été commis par un membre d’Unité Radicale, ancêtre du Bloc Identitaire. Il manifeste son inculture en annonçant successivement que les identitaires sont « néo-nazis » (ils ne sont ni antisémites, ni partisans d’une économie autarcique et semi-planifiée, et tous les identitaires ne croient pas nécessairement aux races et encore moins en l’inégalité de celles-ci), puisqu’ils se réfèrent à Maurras, en oubliant que le courant maurrassien est nettement antérieur au nazisme, et qu'au passage qu’on trouva justement des maurrassiens dans la Résistance française dès 1940, tel Honoré d'Estienne d'Orves….…et d’ailleurs les descendants les plus directs de Maurras sont tout simplement les membres de l’Action Française, alors que les Identitaires sont une nébuleuse idéologique où Maurras n’est qu’une référence parmi d’autres..  Quant à Riposte Laïque, c’est « une association aujourd’hui animée par des racistes, obsessionnellement anti-arabe, qui pensent que l’Islam va anéantir la France. Bric à brac idéologique ramenant tous les problèmes du pays à la présence de musulmans en France. » Donc il faut savoir : Riposte Laïque est anti-arabe ou anti-musulmane ? Ce n’est pas la même chose, Mr. Corbière…

 Si l’on comprend bien la fin de l’article de ce monsieur, organiser un repas avec porc et alcool en plein quartier musulman, c’est en fin de compte préparer une bastonnade anti-musulmane. Alors que non seulement il n’y a pas eu de menaces de violence, répétons-le, mais surtout les Identitaires n’auraient eu aucun intérêt à déclencher des violences, sauf à vouloir être à nouveau dissous par le gouvernement. Si violences il y aurait eu, elles seraient venues de leurs adversaires (islamophiles, gauchistes, islamogauchistes) agissant spontanément et non à l’appel d’un parti (de gauche). Et des menaces contre le rassemblement il y en eut. Mais elles n’intéressent pas Mr. Corbière. Si l’apéro avait eu lieu et que des musulmans étaient venus accrocher les islamophobes, dans la droite ligne de son article, il aurait condamné les islamophobes. Le même principe que « Tu t’es fait violer ? T’avais qu’à pas t’habiller comme une pute… ».

Mieux encore, l’argument qui fera Fuhr…reur au Parti de Gauche sera graphologique : les « S » du mot « Saucisson » inscrit sur l’une des affiches annonçant le rassemblement ressemblaient étrangement à ceux de la Waffen SS. Pour ma part, à la première vue de ladite affiche, cette police ne m’a nullement surpris, j’y ai surtout vu un moyen de gagner de la place sans avoir à réduire la taille de la police. Et je me rappelle aussi que la graphie française a souvent assigné à la lettre S une forme longue et effilée, et ce bien avant le nazisme, ou même l’unification de l’Allemagne. Mais on n’est pas à un amalgame près, non ?

Le droit aux édifices religieux ?

Après cet anathème édifiant, passons sur une dernière ineptie proférée au sujet de l’occupation des rues par les prières musulmanes. Des gens « de gôche » qui ont voulu faire « matérialiste » et « je vois plus loin que le bout de mon nez » se sont amusés à expliquer au grand public que l’occupation des rues le Vendredi était dû à l’insuffisance des espaces de prières musulmanes dans Paris. Et chacun de discuter de la véracité de cette information.

Pour ma part, il ne m’intéresse nullement de savoir s’il y a ou non assez d’espace pour que les musulmans de Paris puissent prier. De grands esprits comme Augustin Legrand  (eurodéputé d’Europe Ecologie) ont évoqué le droit à la pratique religieuse, la liberté de culte, pour condamner le fait que les musulmans n’aient pas assez de lieux de culte. C’est un abus total : dans une démocratie, la notion de liberté de culte signifie seulement que si vous voulez pratiquer votre religion, et si vous avez les moyens de le faire tout en respectant l’ordre public, alors nul ne peut vous en empêcher. Mais cela ne veut absolument pas dire que si vous n’avez pas les moyens (pas de salles, d’églises, de mosquée, d’accessoires du culte) alors la collectivité aurait le devoir de vous dépanner. Tout comme le droit au mariage ne signifie nullement que l’Etat doive trouver une conjointe aux célibataires désespérés !

Des esprits qui se veulent laïcs ne peuvent admettre que l’on considère la prière comme un besoin vital de l’être humain, au même titre que la nourriture, les soins médicaux, le logement ou l’éducation. On comprendra totalement des manifestations de mal-logés ou de mal-nourris. Mais l’insuffisance supposée des espaces de prière est un motif irrecevable pour une entrave à la circulation publique.

Je regrette qu’on en soit arrivé à des éminences « rouges-vertes » (à défaut de matière grise) qui pratiquent le Reductio ad Hitlerum à tout va, dénoncent la supposée violence de leurs adversaires mais pas du tout de celle qui pourrait venir de leur propre camp, ou qui tordent le droit pour miner la laïcité tout en s’en réclamant…

18 Juin moisi

Voilà donc comment la scène apparaît à l’homme de gauche de base : elle est partagée entre deux catégories de monomaniaques. Ceux qui sont entrés en réaction contre une religion en tant que telle, ce qui est leur droit, mais qui, faute de parler de quoi que ce soit d’autre, ont fait de la surenchère anti-islamique leur seule activité. Et qui se sont donc tournés vers ceux qui travaillent sur le même terreau, les identitaires. Qui eux aussi, n’ont pas grand-chose à dire en économie, en écologie ou en politique extérieure. Donc on s’investit totalement dans la promotion de sa propre ethnie. Et en y mettant toute la grandiloquence possible, puisqu’en France on n’existe avant tout par la bouche, que ce soit pour mordre du saucisson ou pour éructer sur la Résistance.

En face, une gauche qui veut bien parler de laïcité, à condition que la conclusion des débats soit convenue à l’avance, à savoir que toutes les religions doivent être respectées. Une gauche qui sait que son électorat se pose des questions sur l’immigration, mais qui ne veut aborder le sujet que sous un seul angle : comment lutter – ou paraître lutter – contre le racisme ?

Une gauche qui ne veut pas voir que l’immigration musulmane est un phénomène nouveau dans l’histoire de France, différent de ce qu’ont été les immigrations belge, italienne, ibérique ou polonaise. C’est la première fois qu’une minorité religieuse de cette importance se constitue (3,5 à 5 millions de personnes, 6 à 8% de la population, chiffre jamais atteint par les protestants, juifs ou cathares) et continue de progresser. Elle ne « submergera » sans doute pas la France, car la natalité des pays d’origine des immigrants musulmans a nettement baissé et baissera encore. Le problème n’est ni la présence des musulmans, ni le fait qu’ils soient musulmans tant que la religion reste une pratique privée, ni même leur nombre car ils ne deviendront probablement pas majoritaires. Le problème est leur cantonnement (largement subi par eux) dans certains quartiers, certaines communes. Une autre affaire, celle du « Quick hallal », l’illustrait aussi, bien qu’elle relève aussi a priori du non-évènement. De façon plutôt libérale, j’admets volontiers qu’il est tout à fait normal qu’une entreprise adapte ses ventes à sa clientèle, et ne commercialise plus des articles dans un site où ils ne sont plus rentables. La question est plutôt: est-il normal que des quartiers aient à ce point changé de majorité ethnique, et qu’un véritable remplacement des habitudes culinaires et religieuses ait eu lieu ? Où sont la mixité, le mélange, le fameux « métissage » ?

 

(1)   On pensera au maire de Nanterre, Patrick Jarry, encore membre du PCF en 2008, quand le FN voulait installer son siège à Nanterre, qui s’y opposait au motif que la ville et les nanterriens ne voulaient pas de cette présence. Ce qui est totalement anti-démocratique. J’imagine pour ma part que je n’aurais jamais pu m’installer à Colombes en Mars 2008 si celle qui était encore maire à ce moment, l’UMP Nicole Goueta, avait eu le droit d’interdire toute installation de communistes sur sa commune au prétexte que « la majorité des colombiens sont contre le communisme » - Dieu sait qu’elle ne se serait pas gênée.

(2)   Rappelons que dans le Petit dictionnaire pour lutter contre l’extrême-droite qu’elle avait écrit dans les années 90 avec Olivier Duhamel, Martine Aubry écrivait qu’expulser les clandestins devait faire partie du programme de tous les partis politiques. Juste histoire de désamorcer les bouchages de nez inutiles.

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Published by DiadoreCronos - dans Nation
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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 00:22

halde3.pngLe dernier volet de la série sur les discriminations ethniques, après le premier article consacré aux discriminations imputées à l'Etat et aux forces de l'ordre, puis des chiffres sur les discriminations à l'emploi, et un troisième article pour savoir si l'état français tolère les discriminations parce qu'il est capitaliste ou raciste.

 

Une fausse-bonne solution : la discrimination positive ou l’impôt racial

            Outre les condamnations pour discriminations, on sait qu’une solution avancée par la gauche, d’abord aux Etats-Unis puis en France, est la discrimination positive : réserver des recrutements et des promotions aux membres des ethnies jugées défavorisées.  A compétences égales, entre un blanc et un noir, on choisit le noir. C’est bien sûr une rupture complète avec le principe d’égalité, mais après tout, nous dira-t-on, vous plaindriez-vous de ce que l’on accorde des aides sociales seulement aux plus pauvres, exigeriez-vous que l’on en verse aux riches aussi ? Non, bien sûr : mais là, chaque bénéficiaire est identifié comme ayant un handicap (la pauvreté). La discrimination positive part du principe qu’en société à majorité blanche, tout noir ou tout arabe est discriminé. Et elle en impose la facture aux blancs dans leur ensemble, du moins surtout à ceux qui sont susceptibles de manquer d’être recrutés car on leur a préféré un candidat de couleur, pour remplir les quotas. C’est d’autant plus inique que le blanc qui paie ainsi la discrimination positive sera souvent un travailleur du bas ou du milieu de l’échelle, c’est-à-dire de ceux qui encourent le risque du chômage, pas les cadres supérieurs, managers ou directeurs des ressources humaines, qui sont eux à l’abri du chômage alors qu’ils sont les principaux acteurs des discriminations.

            La discrimination positive est de fait un impôt racial (l’impôt sur le fait d’être blanc). Les partisans de cette politique se gausseront et rétorqueront que l’impôt racial, actuellement, ce sont les noirs et les arabes qui le paient. Sauf qu’il s’agit, comme nous l’avons vu dans les articles précédents, d’une action faite par des agents privés,  et probablement minoritaires. La discrimination positive serait une politique d’Etat.

Cette politique n’est pas réclamée par tous ceux qui luttent contre les discriminations, du moins pas directement. Nous avons vu que les entreprises pourraient décider de ne plus pratiquer la sélection sur les CV mais lors des entretiens d’embauche. Alors la seule solution restante pour l’Etat serait de mesurer les proportions de gens des différentes ethnies dans les embauches, et de punir si les non-blancs sont trop sous-représentés par rapport au nombre qu’ils sont parmi les candidats. En soi, réclamer une égalité des chances d’accéder à l’emploi n’est pas de la discrimination positive, surtout s’il n’y a aucun autre critère départageant les candidats de différentes couleurs…

            Mais, pour des raisons de statistique et de probabilités que nous allons voir, les entreprises pourraient être amenées à s’imposer d’elles-mêmes la discrimination positive.

            Petite expérience statistique illustrant le risque d'une "discrimination positive préventive"

             Soit un secteur où existent dix entreprises. Ces dix entreprises créent dix emplois (ce qui est déjà un beau chiffre s’il s’agit d’entreprises de moins de 20 salariés, majoritaires en France). Cent vingt candidats se présentent, dont douze noirs et 108 blancs. Ils ont tous les compétences nécessaires pour occuper ces emplois. Les entreprises vont toutes recevoir cent vingt CV par emploi (1200 par entreprise), 108  « blancs » et 12 « noirs ». Aucune entreprise n’est raciste, toutes les entreprises vont donc départager de façon aléatoire l’attribution d’un poste entre les cent vingt candidats, sans intervention de critère de race, en tirant une boule parmi cent vingt par exemple. En raison des données du problème, il y a donc 10% de chances que l’élu soit noir et 90% qu’il soit blanc.

            Faisons un tableau illustrant les différents cas : l’entreprise recrute, pour ses dix postes, 0, 1, 2 , 3 , 4,… ou 10 noirs. La formule qui calcule les probabilité (dans la deuxième colonne) est celle d’une loi statistique, dite loi binomiale où p=0,1, q=0,9 et n=10. Pour ceux qui sont absolument rétifs aux mathématiques, précisons juste que la probabilité de recruter zéro noirs est égale à 90% multiplié 10 fois par lui-même, ce qui fait 0,3487 ou 34,87%.

 

Nombre de noirs recrutés

(cas théorique) 

Probabilité d'avoir ce cas

Nombre d'entreprises dans ce cas

Nombre de noirs recrutés en réalité 

10

0,00%

0

0

9

0,00%

0

0

8

0,00%

0

0

7

0,00%

0

0

6

0,01%

0

0

5

0,15%

0

0

4

1,12%

0

0

3

5,74%

1

2

2

19,37%

2

4

1

38,74%

4

4

0

34,87%

3

0

 

Total=100%

Total=10

Total=10

 

Il y a eu 10 noirs recrutés sur douze noirs en recherche d’emploi et 100 postes, soit une probabilité d’accès à l’emploi égale à celle des blancs (et un sixième des candidats au chômage). Cette situation est donc différente de la réalité, mais on remarque quand même une chose : alors que théoriquement, on aurait pu avoir un recruté noir dans chaque entreprise, ici, en dix recrutements, 35% des entreprises n’ont sélectionné aucun noir. Et il s’agit d’une pure application du hasard, pas d’une politique raciste.

 

Maintenant, testons le cas d’un secteur où les données seraient les mêmes que précédemment, mais avec des entreprises racistes : lorsqu’elles reçoivent dix CV, un de noir et neuf de blancs, elles ne les traitent pas de la même manière. Elles sélectionnent toujours au hasard l’élu par un tirage de boules dans une urne, mais elles mettent deux boules par CV blanc et un par CV noir. Un blanc a donc deux fois plus de chances d’être élu qu’un noir, et il y a un chance sur 19 qu’un poste aille à un noir. Voyons alors le tableau :

 

Nombre de noirs recrutés (cas théorique)

Probabilité d'avoir ce cas

Nombre d'entreprises dans ce cas

Nombre de noirs recrutés en réalité 

10

0,00%

0

0

9

0,00%

0

0

8

0,00%

0

0

7

0,00%

0

0

6

0,00%

0

0

5

0,01%

0

0

4

0,12%

0

0

3

1,20%

0

0

2

8,09%

1

2

1

32,35%

3

3

0

58,24%

6

0

 

Total=100%

Total=10

Total=5

 

On a là un cas spécial : 5 noirs seulement sont recrutés sur douze en recherche, et par conséquent 95 postes sont attribués à des blancs. Le taux de chômage des blancs est de 13/108 (12%) contre 7 sur 12 pour les noirs (58%). Mais notons que 4 entreprises sur dix auront recruté des noirs, alors que précédemment, trois entreprises non-racistes n’en avaient recruté aucun.

Et si on mélange maintenant les deux populations, deux cent postes à pourvoir, 240 candidats dont 24 noirs, et que les vingt entreprises appliquent toujours leurs tirages (racistes ou non-racistes) pour déterminer l’élu parmi cent vingt candidats (ou deux cent quarante, ça ne change pas le résultat), on aura :

 

 

Nombre de noirs recrutés (cas théorique) 

Probabilité d'avoir ce cas

Nombre d'entreprises dans ce cas

Nombre de noirs recrutés en réalité 

10

0,00%

0

0

9

0,00%

0

0

8

0,00%

0

0

7

0,00%

0

0

6

0,01%

0

0

5

0,08%

0

0

4

0,62%

0

0

3

3,47%

1

3

2

13,73%

3

5

1

35,55%

7

7

0

46,55%

9

0

 

Total=100%

Total=20

Total=15

 

15 noirs auront été recrutés sur 24 (37,5% de chômage chez les noirs, contre 31/216, soit 14,35% pour les blancs). On comprendra qu’un gouvernement tente de lutter contre le chômage élevé frappant les noirs. Mais s’il s’attaque aux 9 entreprises qui n’ont recruté aucun noir, il faut savoir qu’en réalité un tiers (3 sur 9) d’entre elles sont des entreprises non-racistes. Et bien sûr, les racistes se dissimulant, les agents de l’état ne sauront pas de quelles entreprises il s’agit.

Si l’on surveille la proportion de chaque ethnie dans les recrutements, pour punir ceux qui donnent apparemment moins de chances à certains épidermes, alors les entreprises modifieront leurs comportements. Les entreprises racistes deviendront peut-être non-racistes par obligation, mais les non-racistes se mettront à appliquer un racisme inversé (donner plus de chances aux noirs qu’aux blancs) pour être sûres d’être tranquilles.

On peut tirer deux conclusions de ces exemples :

-          surveiller les proportions ethniques dans les recrutements pour punir ceux qui défavorisent apparemment certaines ethnies est abusif, car l’accusation de racisme ne sera pas nécessairement fondée même pour une entreprise qui n’embauche aucun membre d’une minorité ethnique ;

-          cette surveillance et ces punitions mèneront de fait à la discrimination positive, même si le gouvernement souhaitait simplement une stricte égalité des chances, pas favoriser les gens de couleurs par rapport aux blancs à compétences égales comme le veut la discrimination positive.

Une autre solution : le recrutement par l’étranger

            Nous voilà à la fin de la série sur les discriminations. Quelles solutions nous reste-t-il, dans ce pays qui n’est pas en soi « raciste » mais où des discriminations ethniques existent bel et bien, si l’on repousse la discrimination positive, si les testings sont d’une portée limitée, et si même le communisme n’apporte pas la garantie d’une fin des discriminations ?

            Je donne pour ma part une solution qui me paraît plus juste, plus souple, plus réaliste. Il s’agirait tout simplement, même en restant dans le cadre d’une économie de marché, de confier la direction ou la sous-traitance des recrutements à des étrangers. Concrètement, cela revient à obliger les entreprises ayant une certaine taille en nombre de salariés (plus de 20, plus de 50…seuil à définir) à recourrir à la sous-traitance de leurs recrutements auprès d’entreprises – potentiellement des entreprises collectives dans le cas du communisme – de nationalités étrangères. En clair, le plus grand nombre des recrutements en France seraient assurés par des intermédiaires dont les salariés peuvent être français, mais dont les cadres et les dirigeants seraient tous algériens, allemands, chinois, américains, turcs, sénégalais, etc… Ils recevraient les commandes de leurs clients –entreprises publiques ou privées – opérant en France, et y répondraient, en partant sur le principe que du fait même de leur nationalité, ils ne seraient pas tenter de favoriser les candidats « français de souche » (les entreprises anglosaxonnes ayant la réputation d’être moins discriminantes car plus pragmatiques dans leur recherche de salariés profitables).

            Bien sûr, tel que cela est formulé, c’est naïf : il y a des entreprises de ressources humaines en France, de travail temporaire, dont certaines sont de grandes firmes étrangères (Manpower par exemple). Mais quand une entreprise française cliente indique sa préférence pour des candidats « bleu-blanc-rouge », il n’est pas toujours facile pour le recruteur de refuser le contrat. Ce qui peut faire basculer les choses, c’est qu’il n’y aura cette fois-ci plus de concurrents de nationalité française sur le marché français ; seulement des opérateurs étrangers pour qui la France ne sera qu’un marché parmi d’autres (la loi peut l’imposer). Il sera alors plus facile pour le recruteur de refuser de pratiquer la discrimination. Il ne risquera même pas vraiment de perdre des contrats, puisque de toute façon, les entreprises françaises seront contraintes de recourir à la sous-traitance étrangère. La loi peut aussi limiter le nombre de concurrents sur le marché du recrutement, afin de créer un oligopole qui limite le pouvoir de négociation des entreprises demandeuses de recrutements par rapport aux entreprises (étrangères) se proposant de les effectuer.

            Bien sûr, ce système peut échouer. Mais il me semble nettement plus réaliste, juste et efficace que le testing généralisé ou la discrimination positive. Les seules personnes qui seraient victimes de discrimination positive seraient ici les DRH (directeurs des ressources humaines) de nationalité française, pas les recruteurs de base français, qui pourraient toujours travailler pour une entreprise étrangère.

            Cette solution ne proscrit pas le communisme : s’il y a plusieurs pays communistes dans le monde, les entreprises étrangères se chargeant du recrutement en France pourraient être des entreprises à capitaux publics / socialisés…

            …et surtout, cette méthode permettrait de changer nettement la culture du recrutement en France, et pas que sur la question des discriminations ethniques. Par exemple, le rituel de la lettre de motivation, souvent un simple exercice de baratin et d’hypocrisie ne révélant rien du talent réel du candidat, pourrait prendre fin. Les recrutements pourraient aussi ne pas se faire sur la seule base des compétences théoriques de l’individu, mais aussi de son talent relationnel et de son aptitude au travail collectif. Cette expérience, comme toute démarche scientifique, pourrait être évaluée régulièrement dans ses conséquences sur le marché de l’emploi et l’efficacité du travail en France, et être prolongée ou non.

            Le principal obstacle, dans la situation actuelle, s’appellerait Commission Européenne, qui y verrait une entrave aux règles de la concurrence…qu’un pays appliquerait en défaveur de ses propres entreprises, pour une fois. Mais c’est cette même commission qui enjoint aux états de lutter contre les discriminations au travail, donc on pourrait s’arranger…Et dans le cas contraire, nous aurions une nouvelle raison de quitter l’Union Européenne.

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 23:41

Troisième article d'une série de quatre sur les discriminations ethniques en France. Il s'agit d'une critique et d'une alternative au discours qui fait de la France en tant que telle un pays raciste, ou parlent abusivement de "privilège blanc" comme on l'a vu dans le premier article, qui traitait des accusations faites contre l'Etat. Le second article traitait des chiffres de la discrimination à l'emploi en France

 

La confusion du privé et du public chez les "antiracistes"

Revenons à Tevanian, et sur les observations qu’il fait en matière pénale :

« Au regard de l’ampleur de ces discriminations, le nombre de condamnations annuelles est dérisoire (deux en 1992, 1994 et 1995, une seule en 1993, zéro en 1995, deux en 2001). Quant aux sanctions, elles sont on-ne-peut-plus légères, surtout lorsqu’on les mesure au préjudice causé : la privation d’un emploi. »

C’est un des ressorts du discours sur le « privilège blanc » en France : l’Etat est complice des discriminations à l’emploi puisqu’il ne les punit pas ou si peu. L’état français est donc complice du racisme, et de proche en proche raciste lui-même. Le paragraphe cité révèle aussi, dans sa dernière phrase, un des présupposé du raisonnement « antiraciste » de Tévanian & co : les entreprises commettent un grave méfait à l’encontre des discriminés, car elles auraient normalement l’obligation d’offrir des emplois.

Ce raisonnement interpelle pleinement la question du communisme :  Tévanian sait-il que la France est un pays capitaliste ? Que la plupart des entreprises sont privées ? Alors de deux choses l’une :

-          soit Tévanian est communiste, et demande donc l’abolition de la propriété privée des entreprises (revendication qui apparaît peu sur son site, nettement plus dédié à l’islamogauchisme). Alors effectivement, la propriété collective ferait de l’entreprise à la fois un bien commun mais aussi une structure chargée de répondre à des besoins collectifs. Et à ce titre, l’obligation pour elles, entre autres, de créer des emplois, sans discriminations aucune à part celles des compétences ;

-          soit alors Tévanian accepte la propriété privée des entreprises, et la question est beaucoup plus compliquée. Si l’entreprise est privée, alors d’une part les propriétaires n’ont pas l’obligation de créer des emplois (ils peuvent passer contrat avec l’Etat pour avoir des objectifs d’embauche, mais c’est tout), et ils ont le droit de choisir qui vient travailler ou non chez eux. Au même titre que personne ne vous demande qui entre ou n’entre pas dans votre appartement.

Il faut préciser que dans l’esprit d’une république capitaliste, il n’y a pas de « droit à l’emploi » au sens de ce que toute personne n’ayant pas d’emploi aurait l’obligation d’en recevoir un. Il existe un droit au travail, qui signifie que tant que vous avez un emploi, nul n’a le droit de vous empêcher de l’exercer (d’où les récurrentes discussions entre le droit de grève – dans les transports publics notamment – et le droit au travail pour les usagers bloqués). Et si vous n’avez pas de travail, nul ne peut vous interdire d’en chercher un et d’en trouver.

On peut désapprouver ces principes, et donc le capitalisme et l’économie de propriété privée. Mais ce qu’on ne peut pas faire, c’est accepter le système capitaliste, renoncer à son remplacement par le communisme et en même temps exiger des entreprises qu’elles se comportent comme des services publics. La législation anti-discrimination est donc une juridiction bâtarde dans le cadre du capitalisme : elle vient en contradiction d’un des fondements premiers de l’économie libérale.

Concrètement, que peut faire l’Etat ?

Encourager la détection d’entreprises racistes, par le biais du testing ? Le testing, c’est cette méthode qui consiste simplement à envoyer en réponse d’une offre d’emploi deux CV équivalents (personne du même âge, même niveau de diplômes, expériences professionnelles comparables, lieu de résidence et facilité de transport semblables), mais dont l’un est baptisé Jean-Baptiste et l’autre Mouloud. Cette méthode est a priori logique, mais elle demande l’envoi de plusieurs CV (sur deux CV, si Jean-Baptiste reçoit une réponse du recruteur et pas Mouloud, il peut s’agir d’un choix fait à pile ou face…). Or, rappelons que la majorité des trois millions d’entreprises qui existent en France sont de très petites entreprises, qui créent donc peu de postes par an et peuvent rester des années sans le faire.

Mais surtout, cette méthode, si elle se généralise, serait aisément parable par les recruteurs racistes. Il suffit tout simplement de convoquer en entretien aussi bien les Mouloud que les Jean-Baptiste, et d’écrémer tous les  Mouloud suite aux entretiens. C’est d’ailleurs déjà ce qui peut arriver, et le chercheur Jean-François Amadieu (qui anime l'Observatoire des Discriminations ) en a fait une hypothèse de travail. Quelle solution alors ? Que l’Etat envoie un inspecteur surveiller un entretien d’embauche ? C’est contraire à la confidentialité de celui-ci. Et quand bien même cela se ferait, outre le problème du coût public des inspections, les recruteurs feraient des entretiens clandestins (par téléphone). Il faudrait alors fliquer toutes les communications entre entreprises et chercheurs d’emploi ?

Notons que Jean-François Amadieu propose une solution bien plus angélique : « Une sensibilisation des managers à leurs préjugés peut également être menée ». Ce qui risque de ne pas mener bien loin si les recruteurs sont des racistes convaincus.

On voit que tôt ou tard, cette mécanique mène à la construction d’un appareil de surveillance et de répression qui serait à la fois contraire à la liberté de l’entreprise et très certainement inefficace car contournable de bien des façons. Un état capitaliste n’aura jamais intérêt à faire cela.

Aussi, reprocher à l’Etat de ne pas faire appliquer plus durement cette législation (jusqu’à la prison ou la privation de droits civiques, selon Tévanian) et en déduire que l’Etat est raciste puisque complice du racisme est une malhonnêteté. Si l’Etat n’agit pas, c’est parce que cette lutte le mettrait en contradiction avec ses principes, non pas des principes racistes, mais capitalistes.

Le communisme règlera-t-il ces questions de discriminations ?

            Et si les entreprises devenaient collectives, cela supprimerait-il ces discriminations ? Pas forcément, et c’est pour cela que les communistes doivent traiter le sujet plus sérieusement qu’en croyant que tout se résoudra à coup de testings et de condamnations pénales. La propriété collective crée, comme dit plus haut, un réel droit à l’emploi et une obligation pour les entreprises d’en fournir. Mais encore faut-il savoir de quelle économie communiste on parle. Si l’économie communiste que nous créons est planifiée, on pourra s’attendre, d’un point de vue purement théorique, à ce que toutes les affectations de poste soient rationnelles (la bonne personne, avec les bonnes compétences…). Ensuite, une étude a posteriori des emplois attribués permettrait de savoir si les planificateurs ont bien donné à chaque personne une chance comparable d’être admis dans un emploi dont il avait les compétences, et que le facteur ethnique ne jouait pas. Cela signifierait, non pas qu’il y aurait la même proportion de blancs, d’arabes et de noirs dans toutes les filières professionnelles, dans toutes les tranches de salaires, etc…, mais que, à compétences égales, si 10 noirs et arabes et 90 blancs se portent candidats pour un type de poste, il y a 10% de non-blancs recrutés à l’arrivée.

            Mais, comme nous l’avions vu dans les vidéos « Changer de système », le principe de l’économie planifiée repose sur la croyance en un appareil planificateur omniscient ou du moins plus savant que le reste de la société, ce qui est dans la pratique inatteignable. Des planificateurs devant programmer un grand nombre de recrutements auraient toutes les chances d’être peu sensibilisés au fait qu’un des recrutements ait été mal fait, affectant une personne incompétente à un poste. De plus, les planificateurs seraient l’objet de toutes les sollicitations et pressions, centralisant tous les risques de corruption. Alors que la multiplicité des emplois et entreprises de ressources humaines dans une économie de marché rend cela plus difficile (et un recruteur privé n’a de toute façon pas à être corrompu, puisque son métier est déjà de se vendre à ses clients).

            Si maintenant on envisage une économie communiste avec des entreprises autogérées, ou des entreprises fonctionnant en marché avec des dirigeants salariés de la collectivité, de fait le risque de la discrimination réapparait. Une entreprise auto-administrée par des salariés blancs pourrait tout à fait, au niveau de ses dirigeants ou même de ses salariés, décider de continuer à n’embaucher que des blancs. La propriété collective justifiera un contrôle et des tests anti-discriminations plus sévères que ce qui existe dans l’économie actuelle, mais avec les mêmes possibilités de contournement que j’ai décrites plus haut.

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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 23:31

 

Second article d'une série de quatre sur les discriminations ethniques en France. Il s'agit d'une critique et d'une alternative aux discours qui font de la France en tant que telle un pays raciste, ou parlent abusivement de "privilège blanc" comme on l'a vu dans le premier article, qui traitait des accusations faites contre l'Etat.

 

La discrimination à l’emploi : les sources, et discussion sur les chiffres

 

               Passons à un autre volet sensible des discriminations en France (et pas qu'en France, puisque le phénomène a d’abord fait l’objet de nombreuses études aux USA et dans le monde anglo-saxon) : les discriminations à l’emploi. A ce sujet, Tévanian a titré l'article que je citais dans ma précédente publication « une discrimination systémique ». Les mots sont importants, parait-il, et bien justement, tenons compte de l’emploi du terme « systémique » : pour Tévanian, la discrimination fait système en France, ce n’est pas une « dérive » ou une exception. L’article expose des taux de chômage nettement plus élevés –le triple du taux des natifs enfants de natifs- pour les immigrés venus du sud ou de l’Est de la Méditerranée, et également pour leurs enfants. L’auteur ne distingue pas les niveaux de diplômes qui pourraient expliquer partiellement ces différences – il affirme brièvement que l’écart du chômage entre immigrés et natifs ne diminue pas avec le niveau de diplôme (affirmation qui ne fait pas l’unanimité dans les sources consacrées au sujet, comme nous le verrons).

 

               Parmi les sources qu’il cite, on peut trouver plusieurs publications dont un rapport de l’INED ou encore l’Observatoire des Inégalités ou celui des Discriminations . Dans ce deuxième article de la série sur les discriminations, je vais discuter quelque peu deux de ces sources. Pas pour faire de l’hypercritique, mais pour relever certaines erreurs que font parfois les « antiracistes ». 

 

      Première source : un rapport de l’INED de 2005

   

               Arrêtons-nous d’abord sur un rapport de l’INED, signé par Dominique Meurs, Anne Pailhé et Patrick Simon, paru en 2005 .

             

               Le rapport détaille dans un premier temps les différences de taux d’emploi pour les hommes et les femmes entre immigrés de diverses origines géographiques et ceux des français de diverses générations : arrivés en France avant l’âge de 10 ans, nés en France enfants d’immigrés, nés en France enfants de natifs. La dernière génération étant censée être la plus intégrée. En regardant les chiffres masculins (page 27 du rapport), on voit que les taux d’emplois vont de 70% pour les immigrés maghrébins à 88% pour les natifs. Pour les femmes, les différences sont plus fortes (environ 40% pour les maghrébines, 22% pour les turques, 74% pour les natives) mais il se peut que des différences culturelles non imputables à la société française (comme la proportion de femmes immigrées qui sont restées cantonnées au foyer, et donc classées « inactives ») expliquent cette différence.

            A la page 10, les auteurs affirment prendre en compte des variables autres que l’origine ethnique et qui peuvent expliquer les différences d’accès à l’emploi. Par exemple, le fait d’habiter une région à fort taux de chômage, l’âge, ou bien entendu le niveau de formation scolaire et / ou universitaire. En effet, si l’on s’aperçoit que les immigrés sont en général moins diplômés que les natifs, il n’est pas étonnant que leur taux d’emploi soit plus faible, sans qu’il s’agisse de discrimination raciste. Or, sur la question de la prise en compte des diplômes, plusieurs choses m’interrogent. On ne précise que « le niveau des diplômes » ; rien n’indique que les auteurs différencient précisément les diplômes. Car s’il s’agit de repérer les formations par un « bac, bac+1, bac+2…bac+5… » alors cela est plus qu’imparfait. Une formation de sciences humaines à bac+2 vaut nettement moins sur le marché du travail qu’un DUT prisé par les employeurs.

         Mais surtout, pour la génération 1 (ceux ayant immigré en France après l’âge de 10 ans), l’âge moyen d’arrivée est de 22,6 ans, et la moitié d’entre eux ont de 18 à 27 ans (page 14). Il y a donc un fort nombre d’entre eux qui ont des diplômes étrangers, souvent extra-européens. Comment ne pas s’attendre à ce que des recruteurs butent sur des problèmes de correspondance entre formations de différents pays ? Bien sûr, cela n’explique pas tout : le premier tableau de la page 27 montre que les enfants d’immigrés (la génération 2) n’a pas un meilleur taux d’emploi que la génération des immigrés entrés en France avant l’âge de 10 ans, et que la génération de ceux entrés en France entre 0 et 10 ans ne s’en sort pas mieux (78% des hommes ont un emploi pour les trois catégories différentes). Mais pour les femmes, la situation change : les immigrées après l’âge de 10 ans sont 48% à avoir un emploi, 62% pour celles immigrées avant l’âge de 10 ans, 67% pour les filles d’immigrées (contre 74% pour les natives filles de natifs). Or, comme l’indique l’article, ce sont les filles d’immigrés, plus que les fils, qui s’investissent dans des formations supérieures longues.

        Les auteurs de l’étude abordent ensuite la question des emplois publics, que j’avais évoqué dans l’article précédent. On lit, à la page 23, que « face à un marché [de l’emploi] discriminant, la fonction publique pourrait jouer un rôle de refuge, sinon d’exemplarité ». En clair, la fonction publique devrait permettre aux immigrés de compenser les emplois non attribués pour cause de discrimination ethnique dans le secteur privé. Ce n’est bien sûr pas un appel à la discrimination positive (dont nous reparlerons plus tard), mais le propos n’est pas pertinent quand même. Le rôle du recrutement public est de fournir aux services de l’Etat des agents ayant les compétences requises, et pas de servir d’amortisseur anti-chômage à telle ou telle catégorie de population. Si, pour des raisons de contexte social, de formation scolaire, une minorité ethnique n’a pas le même taux d’accès aux emplois publics que le reste de la population, le recrutement public n’est pas coupable pour autant. D’autant qu’il faudrait prouver en quoi les épreuves écrites et orales seraient ethniquement discriminantes.        

Les auteurs commettent même une entourloupe en écrivant que « toutes choses égales par ailleurs, la probabilité de travailler dans la fonction publique est significativement inférieure pour les immigrés, comparativement aux natifs (tableau 14). » (page 18). Or la lecture dudit tableau dément ce fait, il montre que pour les immigrés ayant la nationalité française, la proportion d’entre eux travaillant dans la fonction publique est proche de celle des français natifs pour les hommes. Et pour les femmes, la proportion de salariées de la fonction publique parmi les immigrées se rapproche de celle des natives si elles sont entrées en France après l’âge de 10 ans, et les filles d’immigrés sont encore plus proches des filles de natifs. Le principal clivage étant tout simplement d’avoir la nationalité française…

  Deuxième source : un rapport publié sur l’Observatoire des Inégalités  

               Une analyse de Noam Léandri reprend globalement les constats du rapport de l’INED, notant que « les immigrés connaissent en France un taux de chômage double, un taux de pauvreté triple, et perçoivent un salaire un tiers plus faible que celui des non-immigrés », et ce sans tenir compte des différences de qualification entre immigrés et natifs.

 

       Cette différence, Tévanian, dans l’article précité, la balaie d’un revers de main. Le fait qu’il y a moins de gens diplômés parmi les immigrés que parmi les natifs n’expliquerait rien aux différences de taux de chômage, puisque : « l’écart [de taux de chômage entre immigrés et natifs] ne saurait s’expliquer uniquement par une moindre qualification des étrangers ou des immigrés, puisque, en 2008 comme en 1999, il est encore plus marqué lorsqu’on compare les Français, immigrés et étrangers dotés de diplômes élevés». En écrivant cela, il montre qu’en plus de ne pas être un excellent philosophe, il n’est pas non plus un bon statisticien. Certes, il a raison de préciser que les écarts de chômage ne s’expliquent pas uniquement par la différence des qualifications. Mais il devrait aussi préciser que ces différences de qualifications expliquent quand même une partie de l’écart de taux de chômage global entre immigrés et natifs. Et ce quand bien même l’écart de chômage serait le même entre natifs et immigrés diplômés  que chez les non-diplômés (remarquons encore au passage que Tévanian ne prend en compte que le fait d’être diplômé, et qu’il ne se pose pas davantage de question sur la nature des diplômes), cela n’enlève pas que la différence entre le niveau de formation global entre natifs et immigrés explique une fraction non négligeable du « surchômage » immigré.

  

               Un petit exemple pour illustrer mon propos.

 

               Prenons quatre catégories de population et un taux de chômage supposé :

 

les natifs diplômés, 4% de chômage ; les immigrés diplômés, 6% de chômage ; les natifs non-diplômés, 12% de chômage, et les immigrés non-diplômés, à 18%.

 

               S’il y a autant de diplômés que de non-diplômés chez les natifs, leur taux de chômage est de 8% (moyenne de 4 et 12). S’il y a cinq fois plus de non-diplômés que de diplômés chez les immigrés, leur taux sera de 16% (moyenne de 6 et de 18% en pondérant par 5 le second chiffre). Donc on déclarera que « les immigrés sont deux fois plus frappés par le chômage que les natifs », alors qu’à niveau de diplômes égal, le rapport est de 1,5 (6/4 et 18/12) et non de 2.

 

               D’ailleurs, c’est une des conclusions que fait Noam Léandri : « Moins du tiers des écarts de salaire et la moitié de la différence du taux de chômage entre les descendants de Français de naissance et les actifs ayant au moins un parent né sur le continent africain ne peuvent s’expliquer par les écarts de niveau d’études, d’expérience ou de lieu d’habitation. » Ce qui signifie tout de même que les écarts globaux de chômage et de rémunération entre enfants de français et descendants récents de l’immigration africaine doivent être relativisés de moitié en tenant compte des niveaux de qualification et d’expérience…

  

               Sur le même site, on peut trouver des statistiques intéressantes sur le nombre de CV qu’un candidat doit envoyer pour obtenir une convocation en entretien (sans parler de réponse positive pour l’emploi). Le fait d’avoir un nom et prénom français apparaît comme nettement avantageux pour avoir un entretien pour un emploi de serveur ou de comptable (les deux professions testées par des chercheurs de l’université d’Evry). Un candidat ayant un nom à consonnance marocaine doit envoyer 25 à 50% de CV en plus, et 3 fois plus s’il a également un prénom évoquant l’Atlas. Et s’il est de nationalité marocaine (à CV comparable), le nombre augmente un peu pour le poste de serveur, mais est quintuplé pour le métier de comptable : 277 CV pour un entretien ! Cependant, le rapport précise que ce dernier écart peut aussi s’expliquer par la crainte de l’employeur de ne pas avoir d’autorisation de travail pour un salarié extra-européen.

   

               La question que je me pose est : quelle conclusion peut-on tirer de ces chiffres sur la proportion d’employeurs qui pratiquent la discrimination ethnique ? Si un candidat aux nom et prénom français obtient un entretien en envoyant 19 CV et qu’un compatriote aux nom et prénom marocains le fait en 54 CV  - le premier candidat aurait alors, en extrapolant, obtenu trois convocations pour autant d’envois -, on en déduit que sur 54 employeurs « testés », 2 font de la discrimination. Tous les autres n’ont pas répondu aussi bien au candidat typé « français » qu’au « marocain ». Mais on peut aussi faire l’hypothèse que sur trois employeurs susceptibles de répondre (les 51 autres n’ayant sans doute pas d’opportunité à proposer ou n’ont pas été séduits par les CV), deux tiers ont discriminé le « marocain ». Si les 51 autres avaient été intéressés par l’offre de compétences des CV en question, il y aurait peut-être eu aussi deux tiers de discriminants. Mais cela reste du domaine de la spéculation, centrée sur une expérience portant sur une région, quelques métiers, à une période précise. L’expérience témoigne de l’existence de discriminations ethniques, mais ne répond pas à « combien de racistes parmi les employeurs en France ? ».

 

               Et bien justement, nous verrons dans la suite de cette série que distinguer qui est raciste et qui ne l'est pas est, au niveau global, du domaine de l'impossible...

 

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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 23:54

            

                On a vu une certaine frange de la « gauche »  - mais pas seulement à gauche - s’imaginer qu’elle franchissait héroïquement de nouvelles limites du courage en dénonçant la France comme étant en soi un pays raciste. Ou plutôt, quand bien même la France ne serait pas « par nature » raciste, elle le serait globalement, dans son état actuel. Dans cette thématique, on retrouvera, bien entendu, nos amis islamogauchistes, les Tévanian, les Bouteldja, mais aussi des gens dont le parcours politique ne s’est pas fait à gauche, tels que Patrick Lozès, président du CRAN. Vous pouvez gouter leur prose ici ou encore là. Mais surtout, le présent article sera une discussion de cet extrait d’un livre de Tévanian, extrait publé sur le site lmsi.net en 2009 .

            J'entame ici une série de quatre articles sur la question des discriminations ethniques en France, d'abord dans l'action directe de l'Etat, puis dans les discriminations à l'emploi (prochain article), le troisième article traitera du rapport entre lutte contre les discriminations et propriété privée ou publique des entreprises (donc fera directement le lien avec le communisme). Et le quatrième volet abordera les réponses concrètes que l'on peut donner à la question des discriminations au recrutement. Vous vous en doutez déjà, je ne me situe pas dans le camp des promoteur de la "discrimination positive". Et plutôt du côté "républicain", les mêmes républicains auxquels Damien Perrotin reproche de ne produire qu'un "discours pseudo-égalitariste sans la moindre portée pratique".

Le « privilège blanc » ou la question du racisme supposé de l’état français

            En entendant parler de « privilège blanc » dans certains de ces articles (auxquels on peut ajouter cette tétralogie d’anthologie de Tévanian (1)), j’aurais cru qu’il était question de l’Afrique du Sud des années 60. Mais non, et en dépit de nos proclamations constitutionnelles, la France serait donc ce pays raciste où être né blanc est un privilège. Quelle loi l’indique ? Quelle administration classe différemment ses administrés en fonction de la couleur de la peau ? Je cite précisément l’épiderme car j’avais déjà évoqué une définition du racisme, qui est une inégalité de droits sur la  base de critères de naissance propre à l’individu - l’orientation religieuse n’en fait pas donc pas partie. Il y a un racisme anti-noir, anti-arabe ou anti-blanc, antifrançais, mais pas antichrétien ou « islamophobe ».

            Alors, quelle institution incarnerait concrètement le racisme français ?

Les emplois publics réservés aux français 

            Passons d’abord sur la préférence nationale sur les emplois publics : le fait que plusieurs millions d’emplois (c’est-à-dire les emplois publics) soient réservés aux français est considéré par Tévanian comme « lepéniste ». Il est dans un sens pertinent de remarquer que les partis de gauche, qui sont les premiers à se boucher le nez en évoquant la préférence nationale, ne la dénoncent pas pour la fonction publique, et que la gauche plurielle ne l’ait pas abolie. Cependant, ça ne constitue pas une raison pour considérer ce principe comme en soi raciste. Dans un autre article, j’avais déjà écrit que le fait de réserver un emploi aux seuls détenteurs de la nationalité n’est raciste que si cette nationalité est interdite d’accès aux étrangers. Ce qui n’est pas le cas en France. Un immigré peut devenir français et ensuite passer les concours de la fonction publique. Ce qui a longtemps posé problème, c’est la limitation d’âge pour passer ces concours (45 ans), ce qui pénalisait les immigrés qui n’avaient été naturalisés qu’après l’âge de 30 ou 40 ans. Mais cette restriction d’âge a été abrogée en 2005 (cf. cette étude de l’INED dont nous reparlerons par la suite). Mais dans le principe général, le fait qu’il faille acquérir la nationalité française pour intégrer une administration n’est pas « injustifiable », contrairement à ce qu’écrit Tévanian : on a le droit de penser, sans être raciste, que ceux qui constituent l’appareil d’Etat doivent avoir fait preuve d’une volonté d’intégration à la nation française, en en prenant la nationalité. Surtout, on peut se demander ce qui se passerait si la France comptait parmi ses fonctionnaires un grand nombre de personnes ayant la nationalité d’un pays avec lequel la France se retrouvait ensuite en guerre… Pour ma part, je pense qu’admettre des étrangers dans les emplois publics ne présente pas le risque d’une « prise de contrôle de l’Etat par l’étranger » du moment que les étrangers demeurent minoritaires.

Police, justice...et papiers d'identité 

Une autre institution fait plus souvent parler d’elle : l’institution judiciaro-policière. D’abord pour son traitement de la délinquance, par sa suspicion et la « stigmatisation »  sur les populations immigrées (issues du continent africain s’entend). On repense au tollé provoqué par une petite phrase télévisuelle d’un chroniqueur du Figaro relative au taux de délinquance des noirs et des arabes en Mars dernier. Je n’entrerai pas dans le débat –explosif au demeurant, et impossible à trancher en l’absence de statistiques ethniques- sur la pertinence factuelle des propos du journaliste. Mais on doit revanche en dénier le caractère raciste – l’auteur de ces propos n’ayant jamais dit que tout noir ou arabe était délinquant, ni même que cela était le cas d’une fraction importante d’entre eux. Ceci a été admis par les moins idiots de ses adversaires. Mais ce sur quoi beaucoup ont insisté, c’est que par ses dires, le chroniqueur justifiait une atteinte aux droits de l’Homme.

            Souvenez-vous du contexte : dans un débat télévisé, le journaliste se retrouve face à des interlocuteurs qui évoquent les résultats d’une étude publiée en Juin 2009 (2) établissant que les contrôles d’identité effectués par la police parisienne sont plus de six ou onze fois plus fréquents pour les noirs et les arabes que pour les européens (« blancs »). En lisant cette étude publiée par la fondation Open Society de George Soros, je me suis aperçu de plusieurs points douteux sur le plan méthodologique,  mais ce la ne remettait pas en cause le message global de l’étude. Et celui-ci, si on le formule un peu plus rigoureusement que ne l’on fait nombre de commentateurs lors de la parution de l’étude, est : dans les grandes gares parisiennes, les personnes de type africain ou nord-africain ont effectivement nettement plus de chances d’être contrôlées que les européens, sans faire de distinction entre les âges et les sexes.

En ce qui concerne la fréquence générale des contrôles d’identité, le rapport est nettement moins concluant. Plusieurs centaines de personnes contrôlées par la police dans les gares étudiées ont été interrogées par les chercheurs auteurs de l’étude, et plusieurs dizaines ont affirmé être contrôlées plus de deux fois au cours du mois précédent. Mais, dans la mesure où ces personnes n’ont pas été prises au hasard (ce sont toutes des personnes qui venaient d’être contrôlées), elles ne sont pas nécessairement un échantillon représentatif des habitants de ce pays, qu’il s’agisse des blancs, des noirs ou des arabes. Pour ma part, en tant que « face de craie », j’ai été contrôlé moins d’une fois par an. Une personne contrôlée quinze fois plus l’aurait été…moins d’une fois par mois. Ce qui ne relève pas tout à fait de l’acte de torture ou du harcèlement policier. Qu’il existe une minorité d’individus ayant à supporter des fréquences bien supérieures de contrôles est indubitable, mais affirmer que c’est le cas de l’ensemble des non-blancs me semble largement faux – je ne connais pour ma part aucune personne qui se plaigne d’être contrôlé tous les jours ou plus, et il n’y a pas que des blancs dans mon échantillon.

            De même, rappelons aux défenseurs autoproclamés des droits humains :

1)      qu’un contrôle d’identité n’est pas en soi une agression, et que cela ne le devient que si la fréquence des contrôles devient très forte, au point d’entraver les libertés fondamentales (le droit de se déplacer, de travailler, de manifester… ), ce qui n’est pas le cas pour la grande majorité de la population, non-blancs compris ;

2)      qu’aucun citoyen, quelque soit sa couleur de peau, ne peut s’y soustraire. Et le fait que les études révèlent un traitement différent en intensité des agents de l’état entre deux populations différentes ne relève pas nécessairement de l’atteinte aux droits de l’homme, n’en déplaise à Rokhaya Diallo, du mouvement des Indivisibles . Si c’était le cas, il faudrait saisir la Cour Européenne des Droits de l’Homme dès que l’on constate que le nombre de policiers par habitants n’est pas le même d’un département à l’autre, le nombre de personnels éducatifs par élève n’est pas le même d’un collège ou lycée à un autre, que le nombre de soignants par patient diffère d’un hôpital à l’autre, etc…

On ne peut parler d’atteinte aux droits et de discrimination qu’à au moins deux conditions. D’abord, il faut que la différence de traitement pratiquée par les agents étatiques ne soient pas justifiées par une motivation « objective et raisonnable ». C’est l’expression utilisée en droit. Et, bien évidemment, plupart de ceux qui ont commenté l’étude ont jugé d’emblée que le fait de contrôler plus ou moins certaines ethnies par rapport à d’autres est injustifié et injustifiable. Ce qui est hautement critiquable (2). Ensuite, une discrimination institutionnelle, même fondée sur un critère à la base objectif, peut devenir une atteinte aux droits si l’intensité de l’action publique provoque les gênes évoquées plus haut, ou si au contraire son insuffisance rend le service public inopérant. Or ce n’est pas le cas ici.

Donc la réalité des « contrôles au faciès » - dont je ne nie pas l’existence statistique - ne constitue pas pour autant une preuve du caractère raciste de l’état français. Et je pense de même concernant la probable partialité ethnique de magistrats qui condamnent plus ou moins sévèrement les coupables en fonction de leur tonalité épidermique. Ce n’est pas la loi française qui est raciste, mais l’application qu’en font certains de ses agents. Aucun pays n’aura jamais de parfaits ministres.

Expulsions et conclusions de la première partie

Quant aux lois réprimant l’immigration clandestine et organisant sa répression, sans en approuver les modalités (tels les Centres de Rétention Administratifs), et tout en considérant que nombre d’expulsions sont injustes et inutiles, je ne peux pas affirmer qu’elles reposent sur une logique raciste, car j’adhère moi-même au principe selon lequel la liberté de migration a des limites, et qu’aucun pays ne peut tolérer des migrations sans entraves. Notons aussi que le clivage sur lequel fonctionnent les expulsions est celui de la nationalité, critère modifiable au cours de la vie d’une personne, et pas de critères innés comme la couleur ni même de choix tels que la religion. Un noir britannique en France est inexpulsable, pas un blanc bosniaque ; un chrétien moldave ou haïtien est expulsable, pas un musulman allemand (ou français).

Passant cela en revue, il me semble que 1) certes, il y a des tendances racistes chez une partie des agents de l’Etat en France, mais que 2) le fait de parler d’état ou de pays raciste résulte d’une conception abusive de la notion de racisme. On pourrait parler de racisme d’état si un fonctionnaire non-raciste se retrouvait, par simple application des lois, contraint de mettre le racisme en pratique. Or, même dans le cas des expulsions et des reconduites aux frontières, ce n’est pas le cas.

Et je continuerai en précisant que parler de « France raciste » est une injure au peuple français. Et oui. Car la France reste, à quelques violations de réferenda et règles électorales scabreuses près, une démocratie. Si l’état français est ce qu’il est, c’est aussi par consentement du peuple français. Et ce même en tenant compte de l’existence de la lutte des classes : les prolétaires français n’ont, actuellement, pas ressenti la nécessité de se révolter massivement contre la République (et ce quoi que pensent les quelques-uns qui voient « le peuple » dans une minorité d’émeutiers…).

 

Notes 

 

(1) Vous pouvez notamment avoir un très bel extrait de cette prose masochiste dans cette tétralogie Tévaniesque, « la question blanche », sur lmsi.net. Voici un morceau d’anthologie dans le troisième volet :

« On m’objectera le fameux mérite. Comme Alain Finkielkraut passe son temps à le répéter, cette république ne m’a pas tout donné : j’ai dû travailler pour réussir mes études, mes examens, mes concours de recrutement, ou pour écrire des livres acceptés par des éditeurs. Mais je sais aussi que pour réussir le même type de parcours, un non-blanc, comme une femme, comme un prolo, comme un homo, doit mobiliser deux fois plus de qualités individuelles. Ce qui peut se dire autrement : je dois mobiliser deux fois moins. J’ai dû travailler beaucoup pour réussir tout ce que j’ai réussi, mais deux fois moins que des prolos, des femmes ou des non-blancs.

Ou si l’on croit aux dons naturels plutôt qu’au travail : il a bien fallu que je sois naturellement doué pour réussir ce que j’ai réussi, mais deux fois moins doué que les non-blancs qui ont réussi les mêmes choses.

J’ai dû faire deux fois moins d’efforts pour réussir ce que j’entreprenais, mais auparavant j’avais déjà dû faire dix fois moins d’efforts pour seulement penser à l’entreprendre, pour m’autoriser à avoir ces aspirations. Pour s’autoriser la même chose, un non-blanc, comme une femme, un homo, un prolo, doit développer une personnalité particulière, avec des qualités ou des défauts particuliers. Il doit être tout ce que je n’ai pas eu à être : exceptionnellement intelligent, courageux, persévérant, confiant, inébranlable, ou bien prétentieux, ambitieux, arriviste, ou encore téméraire ou enfin complètement fou. Être un bourgeois blanc hétérosexuel me met à l’abri de cette folie. »

            Sur quelle base Tévanian se permet-il de dire qu’une femme, un homosexuel ou un immigré aurait dû travailler deux fois plus pour arriver au même point que lui (Tévanian a été élève de l’Ecole Normale Supérieure) ? Sachant qu’un élève de classe préparatoirequi prépare un très haut concours doit y consacrer quasiment tout son temps disponible, même si c’est un homme-hétéro-blanc privilégié, comment quelqu’un peut-il y consacrer deux fois plus de temps ? A moins que l’auteur ne raisonne pas en temps, mais en intensité de l’effort intellectuel à fournir : mais comment le mesure-t-il ?

            Ce qui fait que lorsqu’il dit qu’ « Être un bourgeois blanc hétérosexuel me met à l’abri de cette folie », je n’en suis malheureusement pas convaincu…

 

(2) Sur l’enquête sur les contrôles d’identité : il s’agit d’une étude rédigée par Fabien Jobard et René Levy en 2009. Le sujet était d’observer, sur deux semaines, des contrôles d’identité (525 au total) accomplis par la police parisienne, d’interroger les personnes qui en avaient été l'objet, et de comparer les interrogés avec la population présente dans les lieux étudiés sur une période comparable (« population disponible » ou « de référence »).

 L’étude ne porte que sur deux gares parisiennes (Châtelet et la Gare du Nord). Dans ces zones, les noirs et les arabes sont très surreprésentés par rapport à leur poids dans la population française ou même francilienne (27% de noirs et 11% d’arabes sur une population « disponible » « de référence » de 37.000 personnes dans lesdites gares).

Les chercheurs ont relevé plusieurs critères  qui pouvaient expliquer l’intérêt des policiers tels que le genre, l’âge, la tenue vestimentaire, le fait de porter un sac…

Les chercheurs ont mesuré le rapport entre la probabilité d’être contrôlé si on est noir/ arabe/jeune/homme par rapport à la probabilité pour ceux qui ont les caractéristiques contraires. Ce rapport s’appelle odd-ratio, et est souvent – trop rapidement – traduit sous la forme : « Un noir a six fois plus de chances d’être interrogé qu’un blanc » si l’odd-ratio noir/blanc vaut six.

Mais lorsque les odds-ratios sont calculés, les autres facteurs pouvant expliquer le choix de contrôle de la police (âge, genre) ne sont pas décorrélés !...Ainsi, on ne sait pas quel est l’odd-ratio entre noirs et blanc pour la même tranche d’âge et le même genre. Et ce alors qu’il est attesté que les jeunes et les hommes sont beaucoup plus contrôlés que les vieux et les femmes. Il est possible que l'écart entre blancs, noirs et arabes s'explique en bonne partie par le fait que les noirs et les arabes qui passent dans les gares étudiées sont plus souvent des hommes, plus souvent jeunes que lorsqu'il s'agit de blancs. Cependant, étant donné l'écart des fréquences de contrôles entre blancs et non-blancs, il est très probable que même après décorrélation, l’écart blanc/noir ou blanc/arabe resterait très significatif. Mais on ne sait pas si l’on ne verra pas un odd-ratio très différent entre gens de couleurs différentes si l’on séparait hommes, femmes, ou jeunes et vieux. Il se peut qu'en réalité, l'attention policère se focalise sur les jeunes hommes de couleur et que les femmes noires ou arabes ou les personnes âgées issues de l'immigration africaine soient peu dérangées.

Mais le principal problème est que les auteurs font fi de tout motif qui pourrait expliquer l’action de la police. Ils font des réflexions vaseuses sur le fait que les policiers contrôlent en fait moins les porteurs de sacs que les non porteurs, ce qui contredirait le motif antiterroriste des contrôles ! Comme si un terroriste avait pour principale activité le transport d’armes et de bombes, et non la transmission d’informations orales… Les auteurs ignorent que les policiers peuvent aussi vouloir arrêter des clandestins. Or, la probabilité d’en trouver parmi les noirs et les arabes  est supérieure à ce qu’elle est chez les blancs, pour la simple raison que plus de la moitié de notre immigration légale (et sans doute plus encore pour ce qui est de l'illégale) est africaine… Quant à la possibilité d’une surdélinquance des gens de type (nord-) africain, c’est la loi elle-même qui interdit de trancher ce débat houleux par l’absence de statistiques ethniques…

Rappelons aux bonnes âmes gauchistes qu’il ne s’agit nullement de lancer des théories sur un lien génétique entre épiderme et propension à la délinquance. Bien évidemment, ce sont des facteurs de l’ordre du vécu personnel et de la condition sociale qui expliqueront le fait qu’un individu sombre dans la délinquance, et non la couleur de sa peau. On retiendra généralement parmi les facteurs de délinquance des variables telles que l’âge, le genre, le niveau de revenu, d’éducation, le niveau d’inégalités sociales…Mais. Car il y a un mais. Si l’on se place du point de vue des policiers (ce qui est déjà trop en demander aux gauchistes) qui doivent faire des contrôles (horreur !) avec un temps et des effectifs limités, alors on s’aperçoit que certaines variables deviennent invisibles. Un policier peut voir que vous êtes un homme, que vous êtes apparemment vieux ou jeune (mais c’est plus flou), mais il sera incapable de voir directement si vous êtes pauvre (il y a des gens pauvres mais coquets, des gens riches et négligés), et encore moins votre profession ou niveau de diplôme. Par contre, le type physique se voit assez rapidement. C’est pour cela que, pour ma part, si une surdélinquance était constatée chez certains groupes ethniques, sans accréditer nullement une théorie raciste de la délinquance, et bien je n’en voudrais pas aux policiers de faire du « profilage ethnique ».

Notons au passage que je suis moi aussi victime d’une discrimination. En tant qu’homme, je dois payer ma cotisation automobile plus chère qu’une femme (alors que cette discrimination tarifaire est peu pratiquée en assurance santé, où les femmes coûtent notoirement plus cher aux complémentaires que les hommes). Cette discrimination est fondée sur une constatation statistique largement documentée : les hommes ont plus d’accidents (et plus graves) que les femmes. Et là, aucune association ne demande la levée de cette discrimination…

Je terminerai en considérant que ce qui m'a fait halluciner dans la controverse "zemmourienne", c'est que beaucoup de gens se sont déchaînés contre les propos d'un journaliste ou les contrôles des policiers, mais très peu ont fait remarquer que le véritable enjeu serait de faire reculer la délinquance... 

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Published by DiadoreCronos - dans Luttes
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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 23:41

       Après trois semaines d'inactivité de ce blog, je reviens pour annoncer plusieurs choses:

 

       D'abord, quelques articles programmés sur les thèmes suivants (j'ai plusieurs fois annoncé à l'avance mes articles, pour me forcer à les faire) sur les thèmes suivants:

 

       - sur la question des discriminations ethniques (à l'emploi notamment), pour une discussion critique et une proposition alternative à la discrimination positive;

 

       - sur le sketch qui s'est joué en milieu du mois de Juin entre Identitaires, Riposte Laïque et les "antiracistes" de gôche, les délires des uns et des autres et ce qu'il révèle d'un clivage croissant dans la scène politique française;

 

       - sur la question de la dette publique: un sujet pour le moins fondamental ces temps-ci;

 

       - mes positions sur le Front de Gauche. Un sujet que j'aurais voulu poster début Mai, mais j'aurais cette fois-ci la possibilité de juger également les positions du "congrès" (le 35ème) du PCF qui s'est tenu au mois de Juin (vous savez, le congrès où Pierre Laurent est devenu officiellement secrétaire national...vous ne connaissez pas Pierre Laurent? Vous aussi?) ;

 

       Ces trois sujets prendront du temps, il s'agit donc de la programmation du mois de Juillet.

 

       Un autre sujet, plus massif encore, concerne mes positions sur la santé. Mais cela demandera une série d'articles et des lectures bien plus nombreuses. J'espère pouvoir aborder celà en Septembre.

 

       Autre chose maintenant, à propos de l'évolution de ce blog. Alors qu'il a 3 ans et huit mois d'existence, je pense qu'il est sorti de sa destination initiale (et depuis longtemps en fait), d'être l'appendice du site www.pourlecommunisme.com . D'ailleurs, je me demande s'il a jamais réellement rempli cette fonction. Il a joué - et joue sans doute - un rôle de "produit d'appel" (le blog fait venir des lecteurs en parlant de divers sujets, certains visitent le site).

 

       Mais je pense qu'il faudrait clarifier la situation, par exemple en changeant le nom du blog, par exemple à l'occasion de son quatrième anniversaire (1er Novembre prochain). La référence au communisme sera bien évidemment conservée, même si certains me l'ont déjà déniée (cf. les commentaires des vidéos "Changer de système", la n°3 par exemple). Mais ça, je m'y attendais.

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Published by DiadoreCronos - dans Présentation
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