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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

     www.pourlecommunisme.com est un site qui s'attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l'idéal communiste, faillite économique, etc...). Il ne fait la promotion d'aucun régime existant ou ayant existé par le passé, s'efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l'avenir.

     Vous êtes anticommuniste et voulez débarasser le monde d'un jeune fou qui, selon vous, risque de faucher à nouveau des millions de vies?

Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis?

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 12:00

Puisque cet article évoque largement le journal Riposte Laïque, je ferai remarquer au lecteur que ce journal figure toujours dans les liens de ce blog, mais avec une tournure différente, puisqu’ils m’apparaissent désormais comme un « coq gaulois monomaniaque qui court sans tête » et dont je ne sais combien de temps durera sa course avant la chute. Mais je suis un mauvais pronostiqueur. Contrairement à d’autres, je ne fais pas de « mea culpa » sur le fait d’avoir mentionné ce site, car je ne les considère toujours pas comme une bête immonde, seulement comme un phénomène (de foire) assez déprimant du Net. Et que je ne reviens pas sur le fait que certaines de leurs positions (la défense du droit à la critique de l’Islam en tant qu’idéologie) me semblent justes. Mais leurs prestations ne méritent plus que l’amusement voire le mépris.

 

Je rappelle à mes lecteurs que je ne fais pas dans "l'actualité", mais que j'essaie  toujours d'écrire avec du recul.

Il y a un mois, « l’apéritif géant saucisson-pinard » organisé par Riposte Laïque et les Identitaires était interdit par la préfecture de Paris.

En soi, cette manifestation était un pur non-évènement. Un apéro-géant parmi d’autres organisés via Facebook. A la différence que celui-ci était « exclusif » et « discriminatoire ». Parce que l’objectif dudit rassemblement était précisément de déguster ce que les musulmans s’interdisent (le porc et l’alcool). Les grands logiciens qui se sont scandalisés ont donc oublié qu’un apéritif porc-alcool ne signifie pas qu’on n’y trouvera QUE du porc et de l’alcool. Il est donc possible qu’un musulman vienne taper la causette dans un apéro de ce style, en amenant simplement son propre menu. Et qu’inversement, nul n’a jamais songé à interdire un concert de raï parce qu’il excluait les non-amateurs de musique maghrébine.

Quant à l’interdiction prononcée par la préfecture, elle est assez consternante. Le fait qu’une mouvance qualifiée d’extrême-droite (les Identitaires) fasse partie des organisateurs ne justifie en rien une interdiction : le Bloc Identitaire est une organisation légale, ils ont le droit de parader comme le FN chaque premier Mai (mais il est vrai que certains élus de gauche ont un problème avec les libertés démocratiques quand elles concernent leurs adversaires (1)). L’interdiction s’appuyait aussi sur le risque que cette manifestation ne fasse l’objet d’assauts et d’émeutes – alors qu’aucun des organisateurs, même les Identitaires, ne menaçaient d’une quelconque violence. Il faut dire que le 18 Juin tombait le jour du match Algérie-Angleterre dans le Mondial sud-africain. Et qu’une éventuelle déconvenue algérienne aurait pu pousser des fellaghas du ballon rond à se défouler sur les nazis mangeurs de halouf. En bref, cette manifestation fut interdite non pas parce qu’elle aurait été en soi violente, mais parce que des gens la menaçaient. Belle prime à la menace.

Passons à l’apéro lui-même. Le prétexte invoqué par les organisateurs était de rappeler une présence « gauloise » dans un arrondissement (le 18ème) où une rue (la rue Myrha) est occupée le Vendredi par des musulmans en prière.

Cette manifestation n’aurait dû déclencher aucun intérêt. Les musulmans de l’arrondissement auraient pu la traiter par le mépris, et toute la classe politique par l’ignorance. Il n’en a rien été, et pendant plusieurs jours jusqu’au 16 Juin – avant que les péripéties de l’équipe de France ne réoccupent l’espace médiatique –, l’affaire a catalysée plusieurs aberrations rhétoriques qu’on retrouve à droite et à gauche, et qui ne me rendent pas toujours fier de mon camp. C’est pourquoi je consacre un article, non à « l’apéro » avorté, mais au traitement politique qui en a été fait.

La monomanie sans issue des identitaires et de Riposte Laïque

Passons brièvement sur les Identitaires, la bête immonde de la pièce. Parmi leurs ancêtres, on trouvait « Unité Radicale », un groupuscule qui évoluait en marge du Front National, et qui eut pour sympathisant un certain Maxime Brunerie. Le même qui décrocha la palme d’or de l’attentat le plus ridicule de l’Histoire en tentant de tirer au 22 Long Rifle sur Jacques Chirac en pleine foule lors du défilé du 14 Juillet 2002. Péripétie qui fut souvent rappelée par les journalistes lorsqu’ils citaient le Bloc Identitaire, lui-même né des  cendres d’Unité Radicale dissoute suite au dit attentat. Sauf que Brunerie n’avait jamais été membre d’Unité Radicale, et son « attentat » était totalement spontané (ce qui n’est pas étonnant vu sa qualité…).

Ce n’est que tout récemment que les Identitaires se sont constitués en tant que force électorale, en présentant des listes aux régionales de 2010, la plus conséquente étant la Ligue du Sud en PACA, qui plafonna à 3% des voix. Ils sont la principale concurrence du Front National à droite de la droite, après la déconfiture du MNR (Bruno Mégret ayant même fini par quitter la vie politique).

Les positions des identitaires divergent de celles du Front National sur plusieurs points, notamment sur la question régionale, les identitaires assumant un couplage entre revendication nationaliste et régionaliste, tandis que le FN a longtemps pratiqué une ligne seulement nationale. Sur la question économique, le FN, dont des membres éminents comme Mégret étaient membres du Club de l’Horloge  national-libéral, a souvent défendu un mélange de dérégulation et défiscalisation de l’économie interne tout en prônant le retour aux barrières protectionnistes. Les identitaires tendent davantage à jouer la carte d’un anticapitalisme qui n’a rien de socialiste, préférant une économie de propriété globalement privée mais restreinte à l’économie locale, et débarrassée de la gangue financière. Refrain que l’on trouve également dans le discours initial du fascisme italien, mais je refuse pour l’instant l’amalgame des Identitaires au fascisme, terme élastique qui, chez les marxistes, a souvent servi à désigner tout ce qui est anticommuniste et qui n’appartient pas au domaine de la social-démocratie ou de la droite parlementaire. Sur les questions de sécurité et d’immigration, les exigences des identitaires et du FN se rejoignent, comme en témoigne le slogan du Bloc Identitaire : « 30.000 expulsions, c’est la honte ! Il en faut 300.000 ! ». (2)

Que les Identitaires fasse une fixation sur l’immigration, et par extension sur l’Islam, ce n’est donc pas surprenant. Le parcours des membres de Riposte Laïque est autre.

Revenons un peu sur le cas de ces militants (puisque le terme « journaliste » ne convient absolument pas) : il s’agit d’une dissidence du journal ResPublica, lui-même engagé en faveur de la loi sur le voile de 2004, et catalogué comme « laïco-intégriste » par les pro-voile. Riposte Laïque est dirigée par des personnalités telles que Pierre Cassen, ancien ouvrier du livre et ancien trotskyste, ou encore Christine Tasin, ex-PS, ex-Debout La République. J’avais déjà mentionné Riposte Laïque dans ma remise à jour des liens (où ils figurent toujours) en tant qu’islamophobes avérés, ce qui n’est pas un crime en soi. Il est vrai, et quelques minutes passées à consulter les archives de leur journal le confirment, que Riposte Laïque consacre très nettement plus d’articles à l’Islam qu’à l’Eglise Catholique. Ce qui n’est pas raciste en soi, car il n’y a pas de raison de considérer que toutes les religions aient la même dangerosité potentielle vis-à-vis de la laïcité. Mais je notais surtout la médiocrité des articles, l’absence d’analyses factuelles au profit des déluges d’impressions personnelles.

L’apéro prévu à la Goutte d’Or s’inscrit parfaitement dans cette lancée : le seul argument, ressassé à l’envie, est l’agression émotionnelle que constituent les prières musulmanes dans les rues du 18ème arrondissement. Cette question fit l’objet d’une série d’articles et de vidéos publiées par un dénommé Maxime Lépante. Et l’argument fut bien entendu repris par les Identitaires. Dans l’entretien qu’il fait avec Robert Ménard, l’Identitaire Bruno Larebière trouve une médiatisation inespérée, mais aussi une occasion de franchir toutes les limites du ridicule.

On se sent désarmé devant ces références grandguignolesques à l’Occupation, la Résistance, et de voir les articles de Justin Bridou remplacer dans l’arsenal de la défense nationale le glorieux canon de 75 mm qui tenait en échec les casques à pointes en 14-18… Le même ton de guerre civile, d’occupation et de bête immonde se retrouve dans la prose de Riposte Laïque, par exemple dans cet article comme parmi tant d’autres.

Le délire « Ripostolaïc » a déjà été largement commenté, mais souvent dans des formes elles-mêmes délirantes comme nous le verrons ensuite. Mais on peut trouver des réactions plus justes, telles que celle du blogueur Malakine, dont je partage l’essentiel de l’analyse.

Comme lui, je considère que le terme « d’extrême-droite » décrit mal Riposte Laïque, car ce terme est lui-même ultra-galvaudé (puisque selon le commentateur que vous prendrez, l’extrême-droite commencera soit à Le Pen, soit dès que l’on repère une mouvance antieuropéenne, anti-euro, souverainiste, auquel cas Malakine lui-même se reconnaîtrait d’extrême-droite, et moi itou). Mais Malakine note justement – et l’information n’en sera une que pour ceux qui connaissent peu Riposte Laïque – que ledit journal a depuis longtemps cessé de commenter les questions de laïcité pour s’égosiller sur les actes de délinquances divers, exposer ses points de vue favorables à une restriction de l’immigration (mais pas forcément à sa suppression totale, et encore moins à l’expulsion des immigrés), dénoncer les « talibans » qui prolifèreraient en France… Et faire mijoter le tout dans une même mixture menaçante, que LA France (vue comme un tout sans classes et sans nuances) doit rejeter sous risque d’empoisonnement mortel.

Mieux encore, on trouve maintenant des articles exposant une certaine programmatique sur l’immigration dont on se demande si elle à quelque chose à voir avec la laïcité ou plutôt tout avec le programme des Identitaires ou du FN.

On pourrait s’arrêter là et conclure à une sorte de décès cérébral de Riposte Laïque. Ou faire des comparaisons anachroniques avec Jacques Doriot, exclu du PCF des années 30 et qui rejoint le fascisme. En oubliant que Doriot, après avoir créé le Parti Populaire Français, s’illustra dans le pacifisme et l’entente avec les dictatures fascistes allemande et italienne. On se demandera de quelle dictature menaçant nos libertés les membres de Riposte Laïque sont-ils les partisans. On peut au mieux noter leur soutien au néerlandais Geert Wilders, dont le Parti de la Liberté (PVV) a obtenu 15% des voix. Wilders est, sur le plan économique, le promoteur d’un libéralisme rigoureux, fermement atlantiste, et hostile tant à l’Islam qu’à l’immigration musulmane (ce qui ne va pas nécessairement ensemble). L’atlantisme et le libéralisme ne décrivent pas vraiment ce que les historiens entendent par « fascisme ». Mais dans l’esprit des gauchistes, les concepts se tordent facilement, Wilders c’est Hitler ou Mussolini, et Riposte Laïque son Doriot. Déjà que les divisions oranges n’arrivent pas à vaincre l’Espagne démocratique comme Franco en 1939, même à coups de crampons dans le thorax, je pense que nous n’avons pas à craindre ce qui peut venir des polders.

Ce que je note, en revanche, chez Riposte Laïque, c’est que cette organisation sans moyens autres que le Net – les mêmes que tout un chacun – a réussi tout de même à mobiliser en très peu de temps des milliers de participants potentiels à son projet de dégustation porcine. Les Identitaires aussi, mais leurs moyens sont tout aussi limités. Leur principale arme médiatique, le site François Desouche, n’est au fond qu’un blog parmi d’autres.

Et parmi ceux que Riposte Laïque rallie à sa cause, se trouvent des gens de gauche, du moins qui se pensent ainsi. On pourra, comme certains du Parti de Gauche, décréter qu’ils ne sont pas ou plus de gauche, ils ne le sont sans doute pas moins que Strauss-Kahn ou Delanoë. Et ce genre d’excommunication est gratuite et ingrate : les politologues savent que sans les voix d’une partie des électeurs ayant choisi Le Pen au premier tour, Mitterrand n’aurait pas été réélu en 1988, ou avec un écart beaucoup plus serré.

Il existe de fait des milliers, probablement des centaines de milliers d’électeurs qui se pensent à gauche et ont voté pour le FN. Et ils ne sont sans doute qu’une émergence de l’Iceberg, car les sondages faits auprès des sympathisants de gauche montrent un souhait réel de réduire l’immigration. Et ça ne date pas d’hier, comme le rappelle cet article de Libération en 2000.

Et que nombre d’électeurs du Non en 2005 (dont une majorité étaient de gauche) ont également partagé cette opinion.

Alors certes, ces électeurs n’ont pas massivement voté pour le FN. Ce qui ne veut pas dire que leurs convictions au sujet de l’immigration ne sont pas réelles, mais qu’ils estiment qu’il y a d’autres sujets prioritaires, socio-économiques notamment, sur lesquels ils ne s’entendent absolument pas avec Le Pen.

On retrouve chez Riposte Laïque des lecteurs qui eux, franchiront le pas.

Et l’on peut alors se poser la vraie question : pourquoi des partis de gauche comme le PS ou le PCF, qui ont ou ont eu un électorat de masse, n’ont pas réussi à gérer cette contestation de l’immigration interne à l’électorat de gauche ? Et pourquoi cette question de l’Islam, de la critique et du refus de voir monter cette religion, devient-elle un levier de mobilisation pour des sympathisants de gauche, qui peut les pousser à rejoindre des formations politiques situées apparemment à l’opposé d’eux ? La réaction des partis de gauche à l’initiative du 18 Juin peut aider à le comprendre.

La gauche godwinienne

Outre SOS-Racisme qui a demandé d’emblée l’interdiction, j’ai pu trouver une réaction « exemplaire » chez un des élus parisiens du Parti de Gauche, Alexis Corbière.

Le même individu avait également rédigé le communiqué du parti mélanchonien .

Pour Alexis Corbière, « les organisateurs, qui sont des groupes de nervis Skinhead connus pour leur violence » parlent d’apéro saucission-pinard pour ne pas dire « Allons provoquer les bougnouls à la Goutte d’Or ». Les deux affirmations sont infondées : l’un des organisateurs, Riposte Laïque, n’est pas une mouvance skinhead, la mouvance identitaire est loin de se réduire à des anciens boneheads (le terme skinhead étant impropre, puisqu’il y avait aussi des skins de gauche) du genre de ceux des années 80 (les identitaires sont en général des militants trop jeunes pour avoir été actifs à cette époque), et les musulmans du 18ème peuvent parfaitement ignorer cette « provocation ». Mais continuons : il s’agit carrément d’une « ratonnade annoncée ». Une fois de plus, une affirmation sans aucune preuve, l’auteur se torche de la présomption d’innocence quand il s’agit d’adversaires politiques. Corbière nous repasse le mensonge que j’ai déjà cité plus haut, à savoir que « l’attentat » du 14 Juillet 2002 aurait été commis par un membre d’Unité Radicale, ancêtre du Bloc Identitaire. Il manifeste son inculture en annonçant successivement que les identitaires sont « néo-nazis » (ils ne sont ni antisémites, ni partisans d’une économie autarcique et semi-planifiée, et tous les identitaires ne croient pas nécessairement aux races et encore moins en l’inégalité de celles-ci), puisqu’ils se réfèrent à Maurras, en oubliant que le courant maurrassien est nettement antérieur au nazisme, et qu'au passage qu’on trouva justement des maurrassiens dans la Résistance française dès 1940, tel Honoré d'Estienne d'Orves….…et d’ailleurs les descendants les plus directs de Maurras sont tout simplement les membres de l’Action Française, alors que les Identitaires sont une nébuleuse idéologique où Maurras n’est qu’une référence parmi d’autres..  Quant à Riposte Laïque, c’est « une association aujourd’hui animée par des racistes, obsessionnellement anti-arabe, qui pensent que l’Islam va anéantir la France. Bric à brac idéologique ramenant tous les problèmes du pays à la présence de musulmans en France. » Donc il faut savoir : Riposte Laïque est anti-arabe ou anti-musulmane ? Ce n’est pas la même chose, Mr. Corbière…

 Si l’on comprend bien la fin de l’article de ce monsieur, organiser un repas avec porc et alcool en plein quartier musulman, c’est en fin de compte préparer une bastonnade anti-musulmane. Alors que non seulement il n’y a pas eu de menaces de violence, répétons-le, mais surtout les Identitaires n’auraient eu aucun intérêt à déclencher des violences, sauf à vouloir être à nouveau dissous par le gouvernement. Si violences il y aurait eu, elles seraient venues de leurs adversaires (islamophiles, gauchistes, islamogauchistes) agissant spontanément et non à l’appel d’un parti (de gauche). Et des menaces contre le rassemblement il y en eut. Mais elles n’intéressent pas Mr. Corbière. Si l’apéro avait eu lieu et que des musulmans étaient venus accrocher les islamophobes, dans la droite ligne de son article, il aurait condamné les islamophobes. Le même principe que « Tu t’es fait violer ? T’avais qu’à pas t’habiller comme une pute… ».

Mieux encore, l’argument qui fera Fuhr…reur au Parti de Gauche sera graphologique : les « S » du mot « Saucisson » inscrit sur l’une des affiches annonçant le rassemblement ressemblaient étrangement à ceux de la Waffen SS. Pour ma part, à la première vue de ladite affiche, cette police ne m’a nullement surpris, j’y ai surtout vu un moyen de gagner de la place sans avoir à réduire la taille de la police. Et je me rappelle aussi que la graphie française a souvent assigné à la lettre S une forme longue et effilée, et ce bien avant le nazisme, ou même l’unification de l’Allemagne. Mais on n’est pas à un amalgame près, non ?

Le droit aux édifices religieux ?

Après cet anathème édifiant, passons sur une dernière ineptie proférée au sujet de l’occupation des rues par les prières musulmanes. Des gens « de gôche » qui ont voulu faire « matérialiste » et « je vois plus loin que le bout de mon nez » se sont amusés à expliquer au grand public que l’occupation des rues le Vendredi était dû à l’insuffisance des espaces de prières musulmanes dans Paris. Et chacun de discuter de la véracité de cette information.

Pour ma part, il ne m’intéresse nullement de savoir s’il y a ou non assez d’espace pour que les musulmans de Paris puissent prier. De grands esprits comme Augustin Legrand  (eurodéputé d’Europe Ecologie) ont évoqué le droit à la pratique religieuse, la liberté de culte, pour condamner le fait que les musulmans n’aient pas assez de lieux de culte. C’est un abus total : dans une démocratie, la notion de liberté de culte signifie seulement que si vous voulez pratiquer votre religion, et si vous avez les moyens de le faire tout en respectant l’ordre public, alors nul ne peut vous en empêcher. Mais cela ne veut absolument pas dire que si vous n’avez pas les moyens (pas de salles, d’églises, de mosquée, d’accessoires du culte) alors la collectivité aurait le devoir de vous dépanner. Tout comme le droit au mariage ne signifie nullement que l’Etat doive trouver une conjointe aux célibataires désespérés !

Des esprits qui se veulent laïcs ne peuvent admettre que l’on considère la prière comme un besoin vital de l’être humain, au même titre que la nourriture, les soins médicaux, le logement ou l’éducation. On comprendra totalement des manifestations de mal-logés ou de mal-nourris. Mais l’insuffisance supposée des espaces de prière est un motif irrecevable pour une entrave à la circulation publique.

Je regrette qu’on en soit arrivé à des éminences « rouges-vertes » (à défaut de matière grise) qui pratiquent le Reductio ad Hitlerum à tout va, dénoncent la supposée violence de leurs adversaires mais pas du tout de celle qui pourrait venir de leur propre camp, ou qui tordent le droit pour miner la laïcité tout en s’en réclamant…

18 Juin moisi

Voilà donc comment la scène apparaît à l’homme de gauche de base : elle est partagée entre deux catégories de monomaniaques. Ceux qui sont entrés en réaction contre une religion en tant que telle, ce qui est leur droit, mais qui, faute de parler de quoi que ce soit d’autre, ont fait de la surenchère anti-islamique leur seule activité. Et qui se sont donc tournés vers ceux qui travaillent sur le même terreau, les identitaires. Qui eux aussi, n’ont pas grand-chose à dire en économie, en écologie ou en politique extérieure. Donc on s’investit totalement dans la promotion de sa propre ethnie. Et en y mettant toute la grandiloquence possible, puisqu’en France on n’existe avant tout par la bouche, que ce soit pour mordre du saucisson ou pour éructer sur la Résistance.

En face, une gauche qui veut bien parler de laïcité, à condition que la conclusion des débats soit convenue à l’avance, à savoir que toutes les religions doivent être respectées. Une gauche qui sait que son électorat se pose des questions sur l’immigration, mais qui ne veut aborder le sujet que sous un seul angle : comment lutter – ou paraître lutter – contre le racisme ?

Une gauche qui ne veut pas voir que l’immigration musulmane est un phénomène nouveau dans l’histoire de France, différent de ce qu’ont été les immigrations belge, italienne, ibérique ou polonaise. C’est la première fois qu’une minorité religieuse de cette importance se constitue (3,5 à 5 millions de personnes, 6 à 8% de la population, chiffre jamais atteint par les protestants, juifs ou cathares) et continue de progresser. Elle ne « submergera » sans doute pas la France, car la natalité des pays d’origine des immigrants musulmans a nettement baissé et baissera encore. Le problème n’est ni la présence des musulmans, ni le fait qu’ils soient musulmans tant que la religion reste une pratique privée, ni même leur nombre car ils ne deviendront probablement pas majoritaires. Le problème est leur cantonnement (largement subi par eux) dans certains quartiers, certaines communes. Une autre affaire, celle du « Quick hallal », l’illustrait aussi, bien qu’elle relève aussi a priori du non-évènement. De façon plutôt libérale, j’admets volontiers qu’il est tout à fait normal qu’une entreprise adapte ses ventes à sa clientèle, et ne commercialise plus des articles dans un site où ils ne sont plus rentables. La question est plutôt: est-il normal que des quartiers aient à ce point changé de majorité ethnique, et qu’un véritable remplacement des habitudes culinaires et religieuses ait eu lieu ? Où sont la mixité, le mélange, le fameux « métissage » ?

 

(1)   On pensera au maire de Nanterre, Patrick Jarry, encore membre du PCF en 2008, quand le FN voulait installer son siège à Nanterre, qui s’y opposait au motif que la ville et les nanterriens ne voulaient pas de cette présence. Ce qui est totalement anti-démocratique. J’imagine pour ma part que je n’aurais jamais pu m’installer à Colombes en Mars 2008 si celle qui était encore maire à ce moment, l’UMP Nicole Goueta, avait eu le droit d’interdire toute installation de communistes sur sa commune au prétexte que « la majorité des colombiens sont contre le communisme » - Dieu sait qu’elle ne se serait pas gênée.

(2)   Rappelons que dans le Petit dictionnaire pour lutter contre l’extrême-droite qu’elle avait écrit dans les années 90 avec Olivier Duhamel, Martine Aubry écrivait qu’expulser les clandestins devait faire partie du programme de tous les partis politiques. Juste histoire de désamorcer les bouchages de nez inutiles.

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Published by DiadoreCronos - dans Nation
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