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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

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Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis?

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 22:25

Prologue

 

 

Pour finir ce mois d'août, je prépare un article sur les questions épineuses et actuelles de l'austérité budgétaire. Avant cela, je vous invite à lire :

 

 

- mon article sur la dette publique, première et deuxième parties;

 

- un document de Joël Halpern, agrégé d'économie, sur le déficit public;

 

 

- un article de Descartes pour une "règle de diamant"; 

 

 

- un article de Contrepoints, sur l'impact de la rigueur sur l'économie, pour avoir un point de vue (vraiment) libéral.

 

 

 

 

 

 

 

Propos sur l'austérité - première partie

 

 

 

Depuis la reprise des festivités, pardon, du krach financier fin Juillet et début Août, et avec le projet de « règle d’or » et de retour à un quasi-équilibre budgétaire d’ici 2014 par le gouvernement, la question de l’austérité est devenue centrale à gauche, mais aussi fréquente dans les préoccupations d’une partie des « gaullistes ».

La question de la dette publique avait été abordée sur ce blog pendant l’été 2010, et celle des dépenses publiques bien plus tôt, fin 2006. A la fin de l’article sur la dette publique, où j’avais longuement évoqué qu’elle venait principalement des intérêts de la dette, je suggérais un moyen de contenir les déficits, et leurs conséquences sur l’inflation si l’on rétablissait le droit à la création monétaire pour l’Etat. Ce qui signifie que le recours aux déficits par l’Etat doit selon moi être encadré. Position banale, me direz-vous. Qui pourrait être partisan des déficits à tout va et sans limites ? Et bien, pas personne, si je m’en tiens aux discours d’une partie trop importante de la gauche qui refuse de prendre au sérieux le problème de l’endettement public.

Rappels

                La dette des administrations publiques (Etat, collectivités territoriales, Sécurité Sociale) se montait à 1 646 milliards d’euros pour la France à la fin du premier trimestre 2011, soit 110 milliards de plus qu’un an plus tôt. Le ratio dette/PIB était à 84.5% au printemps 2011, contre 81.2% un an plus tôt. Le déficit des administrations publiques était à 7% du PIB (environ 140 milliards d’euros) en 2010, et est prévu pour 5,6% en 2011 (chiffre qui semble devoir s’aggraver avec le retour menaçant de la récession). La dette est faite d’obligations (l’Etat emprunte un capital, et paye des intérêts à échéances régulières à un taux convenu à l’avance pendant plusieurs années, puis rembourse le capital). Le service de la dette, soit le coût total des intérêts à supporter annuellement, représente moins de 50 milliards d’euros, soit entre 2 et 3% du PIB. Mais au total, l’Etat doit emprunter pour rembourser les obligations arrivant à échéance (car les obligations ne sont pas éternelles, elles ont une durée moyenne de 7 ans pour la France en 2011), en plus de devoir emprunter pour financer le déficit dont la charge de la dette. Au total, l’Etat doit emprunter près de 200 milliards pour l’année 2011.

                Commençons les commentaires de quelques aberrations trop souvent entendues.

Le problème, ses causes et des réponses proposées

Le gouvernement et les marchés financiers veulent nous faire payer la dette !

Nous ne paierons pas la dette ! Nous ne paierons pas leur crise ! On ne paie rien !...C’est bien vaillant, mais quelque peu hors-sujet. Car le problème n’est pas que la France règle rubis sur l’ongle, aujourd’hui ou en un certain nombre d’années, ses 1646 milliards d’euros de dette. Le problème, c’est d’éviter qu’elle continue à croître, et même, plus précisément, qu’elle cesse de croître plus vite que le PIB. Car, et je me remémore ici les discussions que j’avais eu avec des droitiers au début de 2009, alors que le déficit n’était « que » à 2-3% du PIB, le déficit n’est pas en soi un problème. Si la PIB augmente de 2% sur un an, et le volume total de la dette de 2% aussi, alors il n’y a aucun problème. Et inversement, si vous avez une dette faible (mettons 10 à 20% du PIB), mais qui dérape très vite du fait d’un fort déficit, vous pouvez rapidement avoir un gros problème. Dans « Cette fois, c’est différent », livre paru en 2010 en France, les économistes Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart rappellent que des pays ont connu des défauts sur leur dette (cessation de paiement) avec des taux d’endettement de 30 ou 40% seulement. Plus récemment, le Portugal s’est vu menacé de rejoindre la situation de la Grèce et a dû demander de l’aide à l’Union Européenne alors que son ratio dette/PIB n’excédait pas celui de la France, mais son déficit si.

Ce qui signifie que se débarrasser de la dette sans réduire le déficit n’a qu’un intérêt assez limité…Bien sûr, si on annule la dette, on se débarrasse du coût des intérêts. Mais aujourd’hui, en France comme dans la plupart des pays d’Europe, le déficit est plus profond encore que les intérêts de la dette (le service de la dette ne représente que la moitié du déficit des administrations publiques françaises) ; donc en annulant la dette, on aurait quand même trois points de déficit à régler…

La dette et le déficit publics sont dus aux baisses d’impôts de la droite ! Réaugmentons les impôts !

Une des grandes marottes de l’ensemble des partis de gauche, du PCF au PS, est de dire que le creusement du déficit public, non seulement depuis le déclenchement de la crise de 2007-2008, mais depuis une décennie (donc surtout depuis 2002 et le retour de la droite au pouvoir), vient, non pas d’une hausse des dépenses publiques (trop de fonctionnaires, trop de prestations sociales, comme les libéraux aiment à le déclamer) mais des baisses d’impôts. Et l’on cite le niveau des prélèvements obligatoires, comprenant impôts directs (impôt sur le revenu, impôt sur les revenus distribués par les sociétés, CSG), les cotisations sociales, les impôts indirects (TVA, TIPP…), qui était à 45% du PIB avant 2000, qui est passé à 43% sous Raffarin, puis à 42% environ aujourd’hui. Voilà trois points de déficit, soit 60 milliards d’euros, qui s’expliquent tout d’un coup !... Et il n’y aurait donc pas besoin de réduire ni même de contenir les dépenses publiques, il faudrait avant tout rehausser les impôts à leur niveau de la fin des années 90 !

Sauf qu’en fait, ce n’est pas exactement la réalité. Pour comprendre l’évolution du déficit public, il faut faire un truc tout bête, comparer les dépenses et les recettes publiques.

Les dépenses publiques, c’est le budget de l’Etat, plus ceux des régions, départements, communes, les dépenses de la Sécurité Sociale (retraites, remboursements de soins, allocations familiales), l’assurance-chômage, et un peu de pognon – malheureusement – versé à l’Union Européenne. Elles ont stagné autour de 52-53% du PIB tout au long des années 2000, soit le plus haut niveau européen avec la Suède, le Danemark et la Belgique. Puis, à partir de 2009, elles passent à 56%, pour diverses raisons : fort peu le « renflouement des banques », comme on aime également le claironner à gauche, mais la hausse du chômage (plus d’indemnités, plus de séniors qui se mettent en retraite), des plans de « relance » à l’effet douteux, et aussi l’effet mécanique de la régression du PIB (-3% en 2009), alors que les dépenses ne diminuent pas en volume (pas de baisse des salaires des fonctionnaires ou des retraites). Donc le ratio dépenses publiques / PIB monte automatiquement.

Les recettes publiques, maintenant. Parmi elles, il y a principalement les prélèvements obligatoires, dont on a déjà parlé. Le taux des prélèvements obligatoires a baissé en 2009, de 43 à 42 %, et là encore sans qu’il s’agisse d’une décision du gouvernement : quand il y a récession, les gens s’appauvrissent, et passent dans des tranches d’imposition plus basses. Le chômage augmente, donc moins de cotisations sociales, etc… Mais, quand même, le taux de prélèvements obligatoires avait déjà été baissé avant la crise, non ? Oui, mais ce qu’il faut savoir, c’est que dans les recettes publiques, il n’y a pas que les prélèvements obligatoires. Il y a aussi les recettes « non fiscales » : les amendes, les tarifs à l’entrée des crèches, piscines, cantines, musées…Dérisoire que tout cela ? Non, ces recettes représentaient déjà 80 Mds d’euros en 2005 (plus de 4% du PIB). Ce qui fait que les recettes publiques ne sont pas réductibles aux prélèvements obligatoires, et leur évolution non plus…En 2008, la somme des recettes publiques avoisinait 49% du PIB (trois pour cent de moins que les dépenses). En 2010, les recettes publiques avaient reculé d’un point, les dépenses étaient monté de 3 points voire 4 (de 52 à 56). Donc, peut-on se permettre de dire que le problème vient d’une insuffisance des recettes, et qu’il n’y a pas de problème avec le niveau des dépenses ? Non.

La dette publique est illégitime, on peut la rejeter comme une dette odieuse !

C’est pourtant le discours tenu par l’association Attac, et le président de son conseil « scientifique », Dominique Plihon, qui va cependant plus loin : pour lui, il faut faire un « audit » de la dette publique, pour faire connaître au grand public ses origines (et en cela, on ne peut que l’approuver)…Sauf que Plihon, en fait, il s’en fout de l’audit, puisqu’il connait déjà les causes du dérapage de la dette depuis le début de la crise et même bien avant. Non, pas la "loi de 1973", évoquée sur ce blog l’an dernier. Pour lui, c’est le soutien de l’Etat français aux banques, sans contreparties (certes, mais en fait ce soutien s’est fait par prêts, remboursés ensuite, et non par dons purs), et aux politiques de baisses d’impôts qui ont bénéficié à ceux qui auraient déclenché la crise (les riches et les financiers, s’entend). Bon, alors que le camarade Plihon veuille combler la dette par des relèvements d’impôts, en taxant les plus riches, en rétablissant, comme il le dit, une vraie progressivité de l’impôt, pourquoi pas, tout cela peut se promouvoir, et les modalités se discuter. Sauf qu’il oublie l’aspect « contrôle des dépenses » sur lequel je viens d’indiquer un dérapage net. Et surtout, petit problème de cohérence : vouloir combler les déficits par des hausses d’impôts…c’est justement ce qu’on appelle une politique d’austérité. L’austérité, ça n’est pas synonyme de baisse des dépenses publiques, ça peut très bien être la hausse des recettes. Le contraire de l’austérité, c’est la prolongation du déficit, voire son accroissement. Et c’est un peu ce qui m’énerve dans le discours anti-austérité de la gauche. J’imagine ce qui se passerait si les cortèges de manifestants qui s’apprêtent à arpenter le pavé à l’appel des syndicats au cours de l’Automne décidaient d’assumer la signification du refus de l’austérité. On aurait de beaux défilés avec des banderoles frappées de « Oui au déficit ! », « Endettons-nous gaiement ! », le tout aux cris de « Tous-ensemble-tous-ensemble : Dette ! Dette ! Tous-ensemble… ».

Mais Plihon, comme Mélenchon, ont leur solution : la dette, y a qu’à l’annuler, au moins en partie ! Bon, déjà, comme on l’a vu, dans la mesure où le déficit des administrations est supérieur au service de la dette, annuler la dette ne résoudrait pas entièrement le problème du déficit, mais ce ne serait pas grave. Mais avant cela, petit problème : au nom de quoi, moralement et légalement, pourrait-on justifier l’annulation de la dette ? Et bien en utilisant l'argument de la "dette odieuse", argument qui permettait, dans les pays qui avaient subi une dictature, de ne pas honorer les emprunts souscrits par l'ancien dictateur, puisque le peuple n'y avait pas son mot à dire. Dans un pays comme la France, cet argument devient plus compliqué à utiliser.

Plihon dit que puisqu’une partie de la dette est due aux aides versées aux banques sans contreparties, alors ces aides sont illégales, et la dette qui en résulte aussi. Problème : outre le fait que cette explication de la dette publique est (très) marginale, à partir du moment où l’Assemblée aurait validé ces mesures, ou même que le gouvernement les aurait fait passer par des procédures légales, même si ça ne change pas l’opinion négative que l’on peut avoir sur ces plans de soutien, elles ne constituent pas un motif d’annulation. Plihon vise ensuite les baisses d’impôts, ce qui est un prétexte plus absurde encore, et aux implications politiques douteuses : si une politique de baisse d’impôts est votée par un parlement, qu’elle accroisse le déficit ou pas, qu’elle bénéficie aux riches ou pas, elle n’en reste pas moins une politique légale et valide dans le cadre d’une démocratie, c’est-à-dire un régime où le plus grand nombre des citoyens peut se manifester, par le vote en premier lieu, pour changer de représentants et de gouvernement. Pendant qu’on y est, on se demande si Plihon ne veut pas faire déclarer « anticonstitutionnelles » toutes les politiques, et pourquoi pas les partis, de droite, et tout ce qui serait trop libéral à son goût…

Plus généralement, le discours selon lequel « cette dette, c’est pas la notre » me glisse sur la peau sans s’infiltrer. Si, cette dette est la notre. "Loi de 1973" ou pas, baisses d’impôts (illusoires comme on l’a vu plus haut) ou pas. Depuis 1975, les administrations françaises enchainent les déficits. Le peuple français en est informé. Il suffit à chacun d’entre nous d’ouvrir un journal spécialisé, et plus encore depuis une décennie, de quelques minutes de recherches sur le Net, pour savoir quel est le montant de la dette publique, au sens de Maastricht ou pas, quel est le déficit, combien nous coûte le service de la dette…Et si cela nous révulse, il suffit de faire comme au temps des réformes des retraites ou du CPE : descendre dans la rue par centaines de milliers ou millions, refaire un hiver 1995, etc… Et ça ne s’est jamais fait, jamais contre les déficits publics. Et les gouvernements qui les ont cumulés, ceux du PS et du RPR-UDF-UMP, se partagent toujours les « alternances ». Qu’on le veuille ou non, le peuple français a accepté les déficits et la dette. Il aurait sinon suffit que quelques pourcents de l’électorat (des centaines de milliers ou millions de français) décident de créer un parti anti-dette, qui aurait rapidement pu se retrouver être le plus grand parti de France. Le discours sur le pauvre peuple français usurpé et abusé me laisse donc froid.

 

Deuxième partie à venir.

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Published by DiadoreCronos - dans Economie
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