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      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

     www.pourlecommunisme.com est un site qui s'attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l'idéal communiste, faillite économique, etc...). Il ne fait la promotion d'aucun régime existant ou ayant existé par le passé, s'efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l'avenir.

     Vous êtes anticommuniste et voulez débarasser le monde d'un jeune fou qui, selon vous, risque de faucher à nouveau des millions de vies?

Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis?

Vous voulez simplement parler du communisme?

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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 22:23

COMPLOT VIEUXOn continue la réfutation de certaines thèses maladroitement avancées à gauche sur les retraites.    

 

Augmenter l’âge du départ à la retraite, c’est condamner les jeunes au chômage !

            Il faut distinguer les raisonnements de court-terme et de long terme : précédemment, nous avons vu que l’augmentation de l’âge du départ à la retraite conduirait à laisser au chômage, donc avec des carrières incomplètes, des millions de salariés âgés. Mais c’est une situation de court-terme, qui peut évoluer si l’on développe l’emploi des séniors. De même, dire que travailler plus longtemps après 60 ans, c’est mettre des jeunes au chômage, c’est un raisonnement de court-terme : on suppose qu’il y a une quantité fixe d’emplois, et que maintenir plus de gens sur le marché du travail, c’est forcément priver d’emplois d’autres travailleurs. Or on peut augmenter la quantité d’emplois et de production, et ainsi permettre aussi bien aux jeunes qu’aux séniors d’échapper au chômage. Comment ? Pour ma part, j’ai mes propositions. Mais quelle que soit la politique d’emploi que l’on promeuve, le raisonnement « travail des vieux = chômage des jeunes » est invalide sur le long terme. Il peut aussi y avoir une contradiction entre cet argument et celui qui dit qu’augmenter l’âge du départ à la retraite revient à imposer à beaucoup de salariés des carrières incomplètes : si l’on part du principe que les séniors sont et seront toujours frappés par un chômage massif, alors repousser l’âge de la retraite ne créera pas ou peu de concurrence pour les jeunes, puisque les séniors n’auront pas ou peu d’emplois !

            Mais remarquons également que la réciproque de l’argument, qui serait : « mettre les vieux à la retraite, c’est permettre aux jeunes d’avoir un emploi » repose sur une vision simpliste du travail. Il se peut très bien que les départs à la retraite soient l’occasion de supprimer de nombreux emplois, qui ne seront pas remplacés, et ne profiteront donc à aucun jeune. On peut penser au non-remplacement de fonctionnaires partant en retraite, mais il s’agit là d’une décision politique, donc réversible. En revanche, quand un artisan ou commerçant ferme pour cause de retraite, il se peut que personne ne prenne la relève, faute de transmission du savoir-faire, ou par déclin de la filière concernée. Il se peut aussi que l’augmentation de la production à venir sur les quarante prochaines années soit entièrement avalée par les gains de productivité des salariés d’âge médian. Ou encore, les entreprises privées peuvent décider de fermer définitivement des postes et des services suite à des départs en retraite, trouvant là une bonne occasion de réorganiser leur activité.

Pour financer les retraites, il faut faire appel à l’immigration !

            C’est, là encore, une bien fausse-bonne idée. A priori, ce serait, toute considération sur l’intégration dans la société française des immigrants mise à part, une bonne manne : des travailleurs jeunes, éduqués par d’autres pays, qui vont relancer la natalité française par une fécondité supérieure, et – mais faut pas le dire – qui vivront un peu moins longtemps que les natifs, car l’espérance de vie est influencée par le pays d’origine.

            Ce que l’on oublie, c’est :

1)                          que ces immigrés ont des parents, qu’ils essaieront de faire venir en France (à moins que les partisans de l’immigration-pour-payer-nos-retraites se déclarent finalement hostiles au regroupement familial ?), et qui, même s’ils n’ont pas été cotisants, pourraient toujours demander des minima vieillesse ;

2)                          que les immigrés vont, au bout d’une ou deux générations, aligner leur fécondité sur celle des natifs, leurs enfants vivront aussi vieux que les enfants de natifs, donc on revient aux mêmes données à l’origine du problème des retraites (hausse de l’espérance de vie, faible natalité). Faudra-t-il alors faire venir encore et encore de nouvelles vagues de migrants ?

3)                          qu’il se pourrait, avec la baisse de la natalité dans les pays du Sud, que ceux-ci n’aient finalement plus autant de migrants à nous envoyer ? J’ai défendu dans d’autres articles l’idée que le développement allait amplifier les migrations, mais la baisse des migrations internationales, à long terme, est à envisager. D’autant plus que ce vieillissement à venir des pays du Sud signifie qu’eux aussi seront confrontés à un problème de financement des retraites ;

4)                          que l’idée de l’immigration-pour-financer-nos-retraites se base sur l’axiome selon lequel les français natifs (ou plus précisément les « de souche », « de type européen ») seront à tout jamais incapables de revenir à une fécondité suffisante pour renouveler eux-mêmes leur population. Donc on s’attend à une extinction progressive de l’actuelle population native de la France, et son remplacement par des couches successives de migrants. Les partisans de cette idée calculent-ils les conséquences sociales, politiques, nationales de leurs recommandations ?

Je conseille également aux lecteurs le livre de Michèle Tribalat, Les Yeux Grands Fermés, où la démographe de l’INED consacre un chapitre à démontrer que si elle devait servir au financement des retraites, l’immigration devrait atteindre des niveaux élevés, et serait de toute façon moins efficace pour alléger la note que la montée de l’emploi parmi les personnes d’âge actif.

Je précise à mes lecteurs qu'il  ne s'agit nullement de défendre ici un point de vue hostile à l'immigration en général, mais de refuser de voir en l'importation de dizaines de millions de travailleurs immigrés une nécessité générée par le problème des retraites.

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 22:54

COMPLOT VIEUXErreurs de gauche

            J’aborde maintenant un certain nombre d’erreurs « de gauche » professées à de multiples reprises par les partis de gauche (dont le PCF), et qu’on retrouve, parmi des arguments pertinents, dans des contributions comme celles de Filoche, Chavigné ou ATTAC-Copernic que j’ai indiquées. Il y a plus de thèses critiquées que je n’en ai fait pour la droite, parce que je considère que mon propre camp a besoin d’être critiqué pour ne pas –trop- raconter n’importe quoi.

            Les prévisions démographiques sont trop incertaines, on ne peut pas s’y fier

            Cette critique a tendance à me sortir par les yeux, un peu par corporatisme (étant statisticien de profession, les démographes sont en quelque sorte des confrères), mais surtout parce que cette affirmation est en grande partie fausse.

            A l’échelle d’une génération (25 ou 30 ans), on peut savoir, en se basant sur les générations actuelles, combien il y aura de gens sur le marché du travail, et combien seront en âge de retraite. La mortalité avant 60 ans est relativement faible en France. Bien sûr, il pourrait se passer des choses en trente ans. Par exemple, une explosion (ou chute) de la natalité. Mais le temps que cette nouvelle génération nombreuse (ou creuse) arrive sur le marché du travail, nous serons au mieux en 2035. De plus, une forte natalité signifierait une hausse des dépenses publiques d’éducation et de formation, un investissement indispensable mais qui n’en représenterait pas moins un coût pour les 25 premières années de cette génération.

Autre évènement possible : une modification de la mortalité. La mortalité étant basse en France, le seul évènement radical serait une hausse brutale de la mortalité. Si elle frappe les actifs, elle détériore le financement des retraites. Si elle frappe les retraités, elle améliorera l’aspect financier de la question, mais devons-nous le souhaiter ?

Après cela, il y a toujours des paramètres économiques qui, eux, sont plus incertains : le taux de chômage et de non-emploi, en particulier. Les rapports du COR ont à mon sens le mérite de ne pas verser dans un optimisme débridé en maintenant un taux de chômage égal à 4.5% ou 7% de la population active, selon les scenarii. On peut même trouver ce choix relativement optimiste. Quant à une prévision de croissance de 1.8% l’an, elle est prudente, certainement pas trop élevé par rapport au potentiel de la France. Et une croissance plus faible ou une décroissance nous aiderait encore moins.

Alors Filoche et Chavigné peuvent écrire que, par rapport aux rapports des années 90, les rapports actuels du COR ne prévoient plus une baisse de 1 à 2 millions du nombre d’actifs, mais leur stabilisation à 26 millions de personnes d’ici 2050, et que le nombre de retraités prévus pour 2050 a été revu à la baisse de 650 000, sur une croissance totale de 7 millions entre 2010 et 2050, tout cela ne change pas fondamentalement le problème.

            Financer les retraites   ne coûtera que 2 à 3% du PIB selon le COR : ce n’est pas grand-chose !

            C’est un argument que j’ai pu trouver sur certains blogs, comme celui d’Edgar (3). En effet, le COR a chiffré le coût total des retraites, sans nouvelle réforme, à 15.5% du PIB en 2050, soit 3 points de plus qu’actuellement. Et 3 points de PIB en plus, qu’est-ce que c’est ? Ceux qui utilisent cet argument oublient une chose : le chiffre de 15.5% du PIB en 2050 correspond à une situation où on ne revient pas sur les réformes de 2003 ou de 1993. Si on le faisait, en se basant sur les prévisions du COR de 2003, la facture des retraites (à 37.5 annuités pour tous, indexation sur les salaires et le salaire de référence comme moyenne des dix meilleures années) ne serait plus de 15.5% en 2050 mais de 18.5% en 2040 ! Plus six points au lieu de plus trois ! Donc, avant de proclamer qu’il n’y a rien d’inquiétant, interrogeons-nous : acceptons-nous une fois pour toutes les réformes Fillon et Balladur-Veil ?

            Variante : augmenter de 6 points le taux de cotisation sur le salaire, c’est une faible augmentation annuelle, sur quarante ans !

            Trois points de PIB, soit 6 points de cotisations en plus sur les salaires, ou même 6 points de PIB et 12 points sur les salaires, sur 40 ans, ça ne fait que 0.3 points de plus par an ! Nous avons déjà connu de semblables croissances, ce qui nous a amené aux 12.5% actuels !...Voilà l’argument que ressassent certains, dont Filoche et Chavigné (2). Mais c’est un sophisme. Une petite métaphore qu’Alternatives Economiques avait déjà utilisée en 2003 : si vous êtes dans un bain à 20°, et que l’on augmente la température de l’eau de 1° par minute jusqu’à 30°, vous restez à l’aise. Mais si on continue au même rythme jusqu’à 40°, 50° ou 60°, le supporterez-vous ? Et pourtant le rythme d’augmentation de température n’aura pas changé !

            La croissance est la principale solution

            Je n’aime pas me répéter, aussi je renvoie mes lecteurs à l’article que j’avais écrit en Janvier 2007 (4) au sujet du programme du Parti Socialiste de 2007, qui maniait déjà cette idée de « la croissance et l’emploi » comme principales réponses au problème des retraites. L’idée est toujours la même : soir l’on accepte le creusement des inégalités entre actifs et retraités, soit l’on fait progresser les retraites au même rythme que les salaires. Et, dans ce cas, la croissance (de la masse salariale) ne résout rien car elle fait augmenter les dépenses comme les recettes. Certes, une hausse du taux d’emploi améliore le rapport actifs/retraités. Mais sitôt atteinte la situation de plein-emploi, et à moins de vouloir étendre la population active en reculant l’âge de la retraite, la proportion de retraités dans la population croît et le poids des retraites aussi. Donc il y a toujours un problème des retraites.

            Variante : en quoi ça pose problème d’augmenter les prélèvements pour les retraites, s’il y a la croissance !

            Filoche et Chavigné se demandent en quoi il faudrait craindre une augmentation de six points du PIB de la part des retraites (qui atteindrait 18.5% ou plus en 2050) si ledit PIB passe de 1950 Mds d’euros à 4000 Mds sur la même période. En effet, une arithmétique simple montre que même si le montant alloué aux retraites passe de 240 milliards d’euros actuels (pour un PIB de 1950 Mds d’euros) à 740 Mds (18.5% de 4000 Mds d’euros de PIB en 2050), la part n’allant pas aux retraites monte de 1710 milliards à 3260 milliards !...De quoi augmenter les salaires et les investissements, comme le notent les deux auteurs…qui oublient néanmoins que la France n’est pas seule au monde, et qu’une fraction aisée de français pourra toujours préférer l’émigration fiscale si un autre pays leur permet d’être plus riches encore. Mais surtout, ils oublient, en ce qui concerne l’investissement, que ce n’est pas seulement sa progression en termes absolus qui compte, mais sa progression relativement aux investissements (privés, publics, civils ou militaires) des autres pays. Si l’on augmente à la fois les retraites pour les porter à 18.5% du PIB, tout en maintenant la part des salaires nets dans le PIB, alors il faudra comprimer la part dévolue aux investissements, aux impôts allant aux administrations, et aux profits ! Bien sûr, en tant que communiste, supprimer les profits ne me dérange pas, mais pour cela, il faut la collectivisation, ce qui n’est pas demandé dans les « exigences citoyennes » dans lesquelles s’inscrivent Filoche, Chavigné & alii. Si, au final, la France se retrouve, pour financer la consommation des ménages actifs et retraités, à réduire nettement ses investissements (car les capitalistes sont coriaces sur les profits) alors notre pays s’enfoncera dans un retard que tous (salariés et retraités) paieront par la suite sous forme de moindre croissance.

            Extrême inverse : on n’a pas besoin de croissance pour financer les retraites

            Le texte d’ATTAC et de la Fondation Copernic (1) sort, dans le 9ème point de son argumentaire, sans doute pour faire plaisir à quelques décroissants, un argument encore plus décoiffant : même sans croissance « productiviste » (en langage décroissant : sans croissance tout court, voire avec la décroissance), on pourra quand même financer les retraites, par un nouveau partage. Texto : « Quels que soient les gains de productivité futurs, ils devront être partagés entre le niveau de vie de tous, actifs comme retraités, la satisfaction de nouveaux besoins sociaux et la diminution du temps de travail. » Et bien non messieurs, si les gains de productivité sont nuls ou négatifs, alors, pour financer les retraites légalement dues aux cotisants d’aujourd’hui et retraités de demain, il faudra augmenter la part des retraites dans le PIB, donc baisser en proportion et en valeur absolue les revenus des actifs ! Ou alors accepter de baisser les retraites !

            On a le droit d’être décroissant et de penser que l’humanité ne s’en sortira qu’en réduisant son activité économique, si l’on refuse d’envisager qu’une croissance qualitative (exemple : construire des maisons de qualité supérieure aux précédentes) prenne le relais d’une croissance quantitative (construire davantage de maisons). Mais on n’a pas le droit, en termes d’honnêteté intellectuelle, de dire dans la même foulée qu’on arrivera à payer les retraites telles qu’elles sont prévues aujourd’hui…

(1)   http://www.fondation-copernic.org/spip.php?article314

(2)   http://blog.exigences-citoyennes-retraites.net/?p=11

(3)   http://www.lalettrevolee.net/article-les-retraites-sont-finan-ables-sans-reforme-45160750.html

(4)   http://pourlecommunisme.over-blog.com/article-5119069.html

 

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 18:02

COMPLOT VIEUX           Passons maintenant, après l'exposé des données du problème des retraites, à l'examen rapide (mais efficace) des thèses bidons de droite sur les retraites    

            Cette partie de la série sur les retraites vise à réfuter un certain nombre de positions avancées sur les retraites, par la droite comme par la gauche. Ces réactions me sont venues en lisant des pages comme celle du député UMP Lionel Tardy (1), ou, sur le bord opposé, les argumentaires de la fondation Copernic (2) ou de Gérard Filoche et Jean-Jacques Chavigné (3).

            Je demande au lecteur d’être un peu vigilant, car certaines thèses que je réfute semblent se contredire. Cela veut simplement dire que certaines thèses sont fausses si on y adhère sans préciser de conditions ni de limites, mais que les thèses inverses sont également fausses si on les pousse à leur extrême. Par exemple, les thèses sur la croissance économique : affirmer que la croissance règle tous les problèmes est aussi faux que dire qu’on peut régler le problème des retraites sans croissance.

Erreurs de droite

            J’entame sans transition car l’article va être long. Je vais aborder quelques thèses de droite, d’abord celle sur les fonds de pension agitée par les libéraux, puis trois gros arguments avancés par l’UMP depuis 2003.

            Il n’y aura bientôt plus assez d’actifs pour financer les retraites, il nous faut un système de retraites par capitalisation

            Par opposition au système de retraite par répartition, où les actifs d’aujourd’hui paient les retraites des retraités d’aujourd’hui par un transfert direct des cotisations sociales vers les retraites, dans le système par capitalisation, chacun serait sensé financer « sa retraite ». En plaçant une partie de ses économies dans un compte qui, par suite de placements, pourrait, lors de sa retraite, lui financer une rente. Qui serait acquise de deux façons : soit les placements du retraité lui permettent d’encaisser des dividendes et/ou intérêts, soit, en revendant les titres acquis par son épargne lors de sa période active, en générant des plus-values. Les placements des épargnants sont centralisés par des institutions, dont le nom le plus connu est « fonds de pension ».

            Dans ce système, les gains des retraités étant réputés provenir de « la Bourse », il n’y aurait apparemment plus de problème dans l’augmentation du nombre de retraités par actif.

            Le problème dans tout ça ? C’est qu’il est complètement faux d’affirmer que l’on puisse financer sa propre retraite. Car qu’est-ce qu’une retraite avant tout ? Avant d’être une somme d’argent, c’est surtout la quantité de biens et de services qu’un retraité peut se procurer : donc la quantité de produits alimentaires, de logements, de voitures, de transports, de vêtements, de voyages en Thaïlande, etc… Donc il faut une production de biens et services, et les retraites sont toujours une part de cette production retranchée aux actifs pour financer les retraités. Et ce quelque soit le système de retraite.                       

            Ce qui veut donc dire qu’un système de retraite par capitalisation ne peut pas plus qu’un système par répartition ignorer le rapport entre le nombre d’actifs et le nombre de retraités. S’il n’y a pas assez d’actifs, il y a peu de production pour les retraités, et donc quelque soit la valeur nominale des retraites, leur valeur réelle baissera.

            Une autre façon d’expliquer ce fait est de dire que pour que les retraités capitalistes puissent avoir leur pension, il faut que des entreprises leur paient des dividendes, des intérêts, ou que des épargnants non-retraités (des actifs en l’occurrence) leur achètent leurs titres. Or, pour qu’il y ait des revenus du capital, il faut des travailleurs pour les produire ; pour qu’il y ait des épargnants qui achètent les titres des retraités, il faut que ces épargnants aient des revenus (d’activité…).

            Il ne s’agit pas de dire que le système par capitalisation ne peut exister (il existe, aux USA par exemple où l’épargne individuelle « génère » 34% des pensions selon le COR, ou au Japon, où ce taux est de 44%, ou dans d’autres pays comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas…). Mais il faut rappeler qu’il n’y a aucun système qui ne passe pas par un financement des retraités par les actifs. Et donc que tout système est mis en danger par une détérioration du ratio nombre de cotisants / nombre de retraités.

            Allonger la durée de cotisation, ça augmente le nombre de cotisants et baisse le nombre de pensionnés, c’est donc la meilleure solution

            Sur ce point, je vais indiquer l’argumentaire qu’ont développé Mr. Filoche et Chavigné dans le quatrième point de leur texte (3): dans notre contexte actuel de fort chômage des plus de 55 ans, augmenter l’âge du départ à la retraite, c’est effectivement créer non pas plus d’années de travail et donc de cotisations, mais aussi quantité d’années de chômage et donc de coût pour la collectivité, et pas de cotisations pour la Sécurité sociale. Selon Filoche et Chavigné, à 40 annuités obligatoires pour avoir une retraite à taux – plein, ce seraient 2/3 des salariés du privé qui ne sont plus en situation de travailler (au chômage, maladie ou invalidité) au terme de leurs annuités. Pour 41 annuités, selon les mêmes auteurs, ce seraient trois quarts des salariés qui seraient dans cette situation ! Même si cette différence en l’espace d’une seule annuité me surprend un peu, je trouve le constat plausible : allonger la durée de cotisation, dans l’immédiat, c’est surtout augmenter la proportion de salariés aux retraites incomplètes.

            Ce n’est pas en décrétant que l’on travaillera plus que cela se produira. Ceux qui sont actuellement en mesure de continuer à travailler entre 60 et 65 ans et au-delà peuvent déjà le faire, s’ils aiment leur travail, et s’ils ont la condition physique et l’énergie pour continuer. Mais des millions de salariés seront soit sans travail, soit trop usés pour pouvoir continuer. Dans ces conditions, faire de l’augmentation du nombre d’annuités nécessaires le principal levier de l’ajustement du système de retraites, c’est tout simplement miser sur la baisse des retraites. C’est, dans le court terme, une non-solution.

            Je dis bien « dans le court terme », car on peut toujours penser – et les gouvernements UMP font des initiatives en ce sens – que le marché du travail peut s’adapter aux séniors (ou plutôt le contraire) en développant des emplois de services que les plus de 60 ans pourraient continuer d’occuper jusqu’à 70 ans, en augmentant le taux d’emploi des séniors et le nombre d’emplois en général. Or il s’agit là d’un changement de contexte social (qui nécessitera sans doute un changement de système (4)), et le temps d’y parvenir, si l’on choisit l’augmentation de la durée de cotisation comme réponse principale au problème des retraites, des millions de travailleurs seront sacrifiés.

            Augmenter les cotisations, c’est baisser le pouvoir d’achat des français

            Bien sûr qu’augmenter les cotisations, c’est baisser le revenu net des cotisants…sauf si les cotisations sont prélevées sur les revenus du capital, et non sur les salaires…Mais encore faut-il que lesdits revenus du capital se soumettent à la taxation. Et là, vue l’ampleur des coûts, je suis moins optimiste que les réclamations sociales-démocrates d’ATTAC, de Copernic, du PS, du PC ou du NPA…

            Mais surtout, augmenter les cotisations, c’est aussi soutenir les pensions des retraités, ou permettre à des travailleurs de plus de 60 ans d’être retraités plutôt que condamnés au chômage tel qu’ils le sont actuellement. Or, un retraité gagne, à long terme, plus qu’un chômeur, surtout quand celui-ci arrive en fin de droits… Les hausses de cotisations ne baissent pas le pouvoir d’achat, mais le transfèrent. Après on peut toujours s’intéresser aux conséquences de ce transfert sur les comportements individuels (avec le risque d’évasion fiscale), ce qui sera vu dans la suite de cette série sur les retraites. Mais pas de péril du « pouvoir d’achat des français ». Sauf bien sûr si l’on considère que les retraités ne sont pas des français…

            Si nous ne réformons pas, nos descendants n’auront plus de retraite

            Cet argument n’est que terrorisme. Chiffrons un peu : le revenu national était en 2008 de 1950 Milliards d’euros. Même avec une croissance molle du genou de 1.8%, le PIB sera de 4000 milliards d’euros en 2050. La part que nous consacrons aux retraites était en 2008 d’environ 12.5% du PIB pour 15 millions de retraités, ce qui fait 16 250 euros par retraités (1950 milliards * 12.5% / 15 millions). Décidons de la maintenir en 2050 ce taux de 12.5% pour financer 22 millions de retraites. Chacun d’eux aura alors 4000 milliards * 12.5% / 22 millions = 22 727 euros.

            Et nous parlons ici de croissance en termes réels, donc en ôtant l’inflation. Ce calcul signifie que même si nous décidions de n’augmenter ni la durée de cotisation ni le taux de cotisation, et donc que nous choisissions intégralement la baisse des pensions relativement aux revenus d’activités, les retraites moyennes augmenteraient quand même (mais c’est une moyenne). Il ne s’agit pas de dire que tout serait rose : les retraités du futur auront peut-être des charges à supporter bien plus lourdes que ceux d’aujourd’hui, et leur situation financière sera peut-être plus délicate. Mais prétendre qu’ils n’auront pas de retraite est une supercherie.

            D’ailleurs l’argument est si grossier que personne ne devrait y avoir eu recours. C’est pourtant ce qu’a fait François Fillon en 2003, lorsqu’il a déclaré à Maxime Gremetz, qui venait d’avoir une petite-fille, que « grâce à la réforme, elle aura une retraite ». Et ben non, même sans, elle en aurait eu une. Et sans doute plus élevée en valeur que les retraites actuelles.

(1)   http://www.lioneltardy.org/archive/2010/04/16/rapport-du-conseil-d-orientation-des-retraites-cor-du-14-avr.html

(2)   http://www.fondation-copernic.org/spip.php?article314

(3)   http://blog.exigences-citoyennes-retraites.net/?p=11

      (4) http://pourlecommunisme.over-blog.com/categorie-11083839.html

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 16:17

COMPLOT VIEUX[suite de l'article précédent, exposant les différents régimes de retraites en France et les modalités de pension]

Les données du problème des retraites, en 2003 et en 2010

             Plus que des chiffres sur la progression de l’espérance de vie que les publicités gouvernementales martèlent dans la presse, ce qu’il faut prendre en compte, c’est le rapport entre le nombre d’actifs et de retraités. Il y a actuellement 26 millions de travailleurs occupés en France, susceptibles de cotiser donc, pour 15 millions de retraités. Le nombre des travailleurs va globalement stagner au cours des quarante années suivantes, en se basant, comme l’a fait le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) sur les statistiques suivantes : une fécondité maintenue à 1,9 enfants par femme (un peu moins que les derniers chiffres connus), un solde migratoire net positif de 100.000 personnes par an (pour près de 200.000 immigrants légaux actuellement). Le nombre de retraités dépasserait 22 millions en 2050. Ce qui revient à dire que pour neuf cotisants, il y aura huit retraités, contre un rapport de 7 à 4 actuellement. Il faut savoir qu’actuellement, pour un cotisant du régime général (salariés du secteur privé), le taux de cotisation (pour le régime de base et complémentaire) correspond à 26% du salaire brut (et environ 23% du revenu pour les commerçants et artisans, des valeurs plus variables pour les professions libérales, et plus de 60% pour la fonction publique…sur financement fiscal).

             Les caisses de retraites, tous régimes confondus, sont déjà déficitaires, de l’ordre de dix milliards d’euros, et le déséquilibre a été atteint autour de 2005. La crise a contribué à creuser les déficits en réduisant la masse salariale, mais elle ne ferait qu’avancer une évolution future. Pour les déficits futurs en l’absence de réforme, trois scenarii ont été étudiés : un avec un chômage revenu à 4.5% de la population active en 2020 et des gains de productivité horaire de 1.8% par an, un avec le même taux de chômage et une productivité horaire croissante de 1.5% par an, et un scenario « noir » avec les mêmes gains de productivité mais 7% de chômage. Les résultats sont qu’en 2050, les déficits atteindraient 72 milliards d’euros dans le premier scenario, et 118 milliards dans le troisième.

             Rappelons qu’en 2003, le COR nous annonçait que pour 12.5% du PIB dépensé en retraites à l’époque, nous devrions, à l’horizon 2040, atteindre les niveaux suivants :

             16% du PIB si nous acceptions l’alignement du privé et du public sur 40 annuités, sans remettre en cause les réformes Balladur de 1993 évoquées plus haut ;

             18.5% du PiB (près de 6 points de plus) si nous voulions un retour du privé aux 37.5 annuités et l’annulation des réformes de 1993 (donc retour aux 10 meilleures années pour calculer le salaire de référence).

Les précédentes réformes

             Les pensions étaient jadis revalorisées chaque année en fonction de la croissance des salaires, ce qui signifiait que les retraités profitaient de la croissance actuelle de la masse salariale, alors qu’eux-mêmes ne travaillaient plus. Depuis 1993, l’indexation se fait sur les prix, ce qui signifie logiquement que les retraites doivent décrocher par rapport aux revenus des actifs. Et ce sont d’ailleurs les prévisions du COR, qui annoncent, dans les trois scenarii, que le rapport entre revenus des retraités et revenu des actifs va se dégrader de 20% (en l’absence de réforme telle qu’une hausse massive des cotisations pour financer les retraites).

             Le précédent grand rendez-vous sur les retraites fut bien entendu celui de 2003, où le gouvernement Raffarin et François Fillon, alors ministre du Travail, alignèrent le régime de la fonction publique sur les conditions du régime des salariés du privé : passage de 37.5 annuités nécessaires à une pleine retraite à 40 annuités, prise en compte des 25 meilleures années au lieu des dix meilleures. Et pour tous les principaux régimes, un passage à 41 annuités en 2011. Les négociations portèrent également sur la surcote (majoration pour les trimestres effectués au-delà de la durée nécessaire) et les décotes (minoration correspondant au cas inverse), qui furent fixées à plus ou moins 3% sur le taux de liquidation. En 2008, ce niveau des décotes et surcotes fut placé à 5%.

Le projet du gouvernement

             Nous savons encore peu de choses, à part bien sûr le passage annoncé aux 41 annuités de cotisations pour 2012. Les propositions du camp patronal (CGPME comme Medef) sont claires : pas de hauses des prélèvements pour financer les retraites, mais allongement de la durée de cotisation, vers les 42 annuités pour la CGPME (3). Les syndicats sont divisés, surtout quand on pense au clivage entre la CFDT qui avait avalisée la réforme Fillon de 2003 et les autres syndicats.

             D’une manière générale, il y a trois moyens de rééquilibrer le budget des retraites :

                         - réduire le nombre des retraités et augmenter celui des cotisants, en augmentant la durée de cotisation (en espérant bien sûr que lesdits cotisants aient un emploi) ;

                         - augmenter les prélèvements (les cotisations sur les salaires, mais aussi d’autres taxations possibles sur d’autres sources – plusieurs partis de gauche dont le PCF évoquent la taxation des flux financiers) ;

                         - baisser le niveau relatif des pensions par rapport aux salaires. Personne ne s’en revendique, c’est la mesure la plus impopulaire.

             D’après le rapport prévisionnel du COR (2), aucune des trois mesures ne peut, à elle seule, résoudre le problème, sauf en la poussant à des niveaux difficilement acceptables.

             Cela n'a pas empêché le gouvernement de laisser courir des bruits au sujet d'un report de l'âge de la retraite à 63 ans en 2030...

A titre indicatif : le coût des retraites par rapport à d’autres charges publiques

             On ne saurait traiter la question du coût des retraites sans penser aux autres charges qui pèsent sur la collectivité. Sur un revenu national (PIB) de 1950 milliards d'euros en 2008, les dépenses publiques représentent l'équivalent de 53% de ces dépenses, dont 24% pour les administrations (communes, département, régions, Etat - les deux tiers du total-, et marginalement Union Européenne) et 29% pour les dépenses de protection sociale. Celles-ci se décomposent en cinq branches principales:

                    - le coût des retraites : 12.5% du PIB en 2008, soit un ordre de grandeur de 240 milliards d'euros;

                    - le coût de l'assurance-maladie (en incluant les différents régimes de base: salariés, non salariés, régimes agricoles, etc...) : environ 9% du PIB en dépenses publiques (les dépenses de santé totales en France gobent 11% du PIB) soit 170 milliards d'euros environ;

                    - le coût de la politique de la famille, soient les prestations délivrées par les CAF: environ 68 milliards d'euros, soit 3.5% du PIB;

                    - le coût de la politique de l'emploi, qui englobe non seulement l'indemnisation des chômeurs (1 à 2% du PIB) mais aussi les dépenses étatiques visant à promouvoir la création d'emplois (par exemple des subventions aux entreprises ou les dépenses publiques de formation professionnelle), ce qui mène le tout à plus de 3% du PIB;

                    - la prise en charge des accidents du travail, souvent intégrée dans le même compte que l'assurance-maladie, et qui totalise 7 milliards d'euros en 2008 (0,4% du PIB).

            Vous pouvez voir des ordres de grandeurs pour 2008 ici, même si les chiffres pour la santé sont partiels.

            A long terme, les postes "famille" et "accidents du travail" sont assez stables et destinés à rester marginaux, mais les deux principaux postes (santé et retraites) ne peuvent que voir leur coût progresser à l'avenir. Le coût du chômage dépend, quant à lui, de la conjoncture économique et est donc difficile à prévoir tendanciellement. Notons qu'une nouvelle branche est à prévoir: la gestion des personnes dépendantes (âgées, invalides...).

 

(1)   Retraites : annuités, points ou comptes notionnels ? Options et modalités techniques

sur  http://www.cor-retraites.fr/article363.html

(2)   Retraites : perspectives actualisées à moyen et long terme en vue du rendez-vous de 2010

Sur http://www.cor-retraites.fr/article368.html

http://www.cor-retraites.fr/IMG/pdf/doc-1327.pdf

 

(3)   http://www.20minutes.fr/article/397248/A-la-Une-Reforme-des-retraites-Eric-Woerth-veut-passer-a-l-action.php

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 17:53

COMPLOT VIEUXEn raison de la grande longueur des articles de ma série sur les retraites, je décide de tout rediffuser en 11 articles de plus petite taille, à raison d'un article par jour. Ce qui me donnera l'occasion de mettre à jour mes propos, sources et références.

 

Je donne vie à ce qui était un serpent de mer sur ce blog : le fameux article sur les retraites que je devais rédiger…depuis les débuts de ce blog, il y a bientôt trois ans et demi. Puisqu’après 2003 et 2008, nous voilà repartis pour un tour, je propose un tryptique d’articles sur le plan suivant :

1)      Des rappels sur le système de retraite, ses modalités, le problème des retraites et le projet du gouvernement

2)      Des commentaires sur les réponses des partis de gauche, des syndicats, et de la droite

3)      Mes propres propositions…

Pour rédiger cet article, je me baserai sur deux rapports du Conseil d’orientation aux retraites (COR) datés de 2010 le rapport sur les modalités d’organisation du système (1) adopté le 27 Janvier 2010, et le rapport sur les prévisions financières des régimes de retraites français adopté le 14 Avril (2).

 

Les régimes de retraite en France

             La France se distingue de la plupart des autres pays développés par l’éclatement des régimes de retraites qui partagent la population. Au total, ils sont une trentaine, dont certains ne concernent qu’une entreprise (la Banque de France, ou le port autonome de Strasbourg). Globalement, il y a quatre grands groupes de régimes : celui des salariés du secteur de droit privé (dit régime général), celui des artisans et commerçants, celui des exploitants agricoles, des professions libérales, et des salariés de la fonction publique. En raison de la montée du salariat, les régimes des non-salariés ont un rapport entre le nombre de retraités  par actif. Parmi les régimes de la fonction publique, on trouve les nombreux « régimes spéciaux » qui ont, pour les plus célèbres d’entre eux (celui des cheminots ou de la Ratp) également un grand nombre de retraités, et qui devraient donc décroître nettement à l’avenir, en plus de l’augmentation de l’âge de départ à la retraite qu’ils ont connu en 2007.

Le système par répartition en France : annuités et points

             Le système français comprend plusieurs étages : un régime de base, un régime complémentaire, et des systèmes d’épargne individuelle. Pour les salariés du secteur privé, les systèmes de base fonctionnement sur le mode de l’annuité. C’est-à-dire que la pension est calculée sur le mode suivant :

             Pension = taux de liquidation* Coefficient de proratisation * salaire de référence

             Où le taux de liquidation est une proportion du salaire de référence, qui est de 50% (pour le régime de base) chez les salariés et non-salariés du secteur privé, et davantage dans les régimes spéciaux. Le coefficient de proratisation est la proportion de la durée nécessaire à l’obtention des pleins droits que le pensionné a validés en cotisations. C’est-à-dire, actuellement, les 160 trimestres (40 annuités de cotisation), déjà en vigueur dans le secteur privé avant 2003, et sur lesquels ont été alignées les retraites du secteur public (hors régimes spéciaux) cette même année. Pour obtenir le taux-plein, il faut également avoir atteint 65 ans, sauf dans certaines professions de la fonction publique.

             Le salaire de référence est le salaire moyen des 25 années où la rémunération du cotisant était la plus élevée. Dans les années 80, seules comptaient les dix meilleures années.

             Les retraites complémentaires, qui s’ajoutent au régime de base, fonctionnent sur le système des points. Par exemple, pour la caisse d’assurance-vieillesse des professions libérales (CNAVPL), les cotisants obtiennent des points en fonction de leurs revenus soumis à cotisation (ce qui n’est pas forcément l’ensemble de leurs revenus, puisqu’il y a des plafonds au-delà desquels on ne compte plus le revenu du cotisant). Les professions libérales sont classées en deux tranches de revenus, et plus vous approchez du maximum de votre tranche, plus vous vous approchez du maximum de points alloués à cette tranche. Le principe d’un système à points est que votre pension sera la multiplication du nombre de points que vous avez gagné par une valeur de service, paramètre modifiable par votre régime complémentaire.

Notons que pour les professions libérales, le système de base est également en points, contrairement aux salariés du privé, du public (fusion des systèmes de base et complémentaire), et des artisans et commerçants.

Un système redistributif ?

             La fonction première d’un système de retraite n’est pas d’être redistributif, c’est-à-dire de réduire les inégalités de revenus entre les cotisants d’une même génération. Au contraire, en partant sur les bases explicitées plus haut, plus on a un revenu élevé, plus la pension sera élevée. De plus, plus l’on vit longtemps, plus on profitera du système de retraite. Autrement dit, dans un pays où les femmes vivent huit ans de plus que les hommes (mais gagnent moins) et où les cadres vivent plusieurs années de plus que les ouvriers, le système fait une redistribution des hommes vers les femmes et des ouvriers et employés vers les cadres ou professeurs. Sur ce point, le système de retraite serait donc anti-redistributif. Ce n’est pas juste pour information que je note ce point : en effet, le caractère anti-redistributif que peut prendre l’assurance-vieillesse en France peut servir d’argument aux partisans de la capitalisation, système où chacun financerait « sa » propre retraite (conception extrêmement discutable comme nous le verrons dans les articles suivants).

             En réalité, le système français n’est pas « contributif » (c’est-à-dire que chacun reçoit en pensions une valeur proportionnelle à la valeur de ses cotisations). Plusieurs dispositifs font effet de redistribution, comme les annuités accordées aux mères, la prise en compte du chômage indemnisé, ou l’existence de minima dans les régimes général et de la fonction publique (sans même parler des minima vieillesse, qui rémunèrent à hauteur du seuil de pauvreté les séniors qui n’étaient pas cotisants). Mais, plus généralement, un système de retraite peut être contributif (proportionnalité entre versements et pensions) et redistributif (s’il existe plusieurs catégories de cotisants, et que, cas théorique, si chaque euro de cotisation versé par un ouvrier lui amenait plus de pension qu’un euro versé par un cadre).

             Mais le constat est que malgré cela, le système de retraites favorise tout de même en priorité ceux qui ont gagné le plus et vivent le plus vieux…Alors qu’après tout, une fois la carrière terminée, les retraités de toutes professions peuvent être pareillement utiles à la société. Mais passons.

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 23:58
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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 23:03

          Un fait qui répond quelque peu à l’expulsion du squat de la rue Victor Hugo à Bagnolet. Le 8 Avril, une cinquantaine de personnes ont été expulsés d’un immeuble appartenant à GDF à Gennevilliers. Les mêmes occupants, qui sont des immigrés africains dont une partie sans-papiers, avaient déjà quitté un immeuble de GDF à Paris en 2004, pour résider à Gennevilliers. L’expulsion de ce mois, contrairement à celle de  Bagnolet, n’était nullement demandée par la municipalité, mais par la préfecture.Dans le cas de Bagnolet, la mairie ne pouvait ignorer que l'expulsion allait avoir lieu, et pouvait au moins préparer le relogement, surtout du fait qu'un an s'est écoulé entre la validation de la demande d'expulsion par les tribunaux et l'expulsion proprement dite, où les squatteurs ont perdus des biens. De plus, l'expulsion avait eu lieu en plein mois de Février.

            Dès l’expulsion du 8 Avril, plusieurs sans-papiers furent arrêtés. Si certains ont été libérés depuis, tous restent en attente de relogement. Et depuis le 8 Avril, cinquante personnes dont une dizaine de ménages avec enfants dorment à ciel ouvert rue Marcel Lamour, devant l’hôtel de ville de Gennevilliers.

            L’association Droit au Logement s’est  vite emparée du sujet, en plaçant des tentes qui furent retirées par la police aussitôt. Un comité de soutien s’est organisé (1), et des manifestations ont déjà eu lieu, comme celle du 18 Avril. Sont demandés : la libération de tous les arrêtés, le relogement des expulsés, la scolarisation sur Gennevilliers des enfants (qui sont actuellement sur Epinay-sur-Seine).

            Ce cas pose tout de même problème car Gennevilliers est une municipalité PCF. Ma première réaction fut d’abord de rencontrer les expulsés, et de les interroger sur leurs contacts avec la mairie. Ils déclarèrent ne pas avoir été reçus par l’équipe municipale. Puis j’ai interrogé les camarades de la mairie. Loin d’être inactive, la mairie s’est investie pour obtenir la libération de plusieurs des sans-papiers. Mais que faire pour que ces cinquante personnes ne dorment plus dehors ?

            Pourquoi la municipalité ne propose-t-elle pas des tentes ? Pourquoi pas un gymnase (comme celui dans lequel se tenait le congrès du MJCF, du 16 au 18 Avril justement) ? Et bien c’est justement l’une des perversités du jeu politique dans lequel s’opposent municipalités, conseils généraux, préfectures et donc Etat. Le piège est simple : dès que Gennevilliers aura confié un toit, si provisoire soit-il, fait de tentes ou dans un gymnase ou salle des fêtes, alors les instances départementales et étatiques considérerons l’affaire réglée et prise en charge par la ville. Ensuite, la municipalité ne peut trouver un logement en dur à titre exceptionnel à cinquante personnes alors que trois mille demandeurs de logement attendent depuis des années que leur dossier soit traité sur Gennevilliers.

            Cela n’empêche pas la pétition du DAL de dénoncer en creux une absence de soutien municipal dans une pétition. C’est pourquoi les jeunes communistes envisagent de diffuser une autre pétition ou tract rétablissant quelques pétitions sur les faits suivants :

-          le caractère illusoire de la loi DALO (droit au logement opposable) ;

-          l’utilisation que l’Etat fait de la spéculation sur le logement vacant dans le cadre du Grand Paris.

              Le ou les documents, qui seront rédigés collectivement, seront publiés ou mis en lien dès que possible.

(1) Joignable via l’Association des travailleurs maghrébins de France (26 rue Dupressoir à Gennevilliers, atmfgennevilliers@ymail.com , 01 47 91 32 22)

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 23:57
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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 23:55
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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 22:03

 

  Il y a maintenant deux semaines, la Pologne voyait se réaliser ce que peu de révolutions ou de coup d’états parviennent à faire : la disparition instantanée d’un gros escadron de son élite politique, gouvernement comme principales oppositions  comprises. Enfin pas tout à fait. Contrairement à ce qui a été écrit ou dit, ce n’est pas toute la tête du gouvernement polonais qui a été supprimée dans cette catastrophe, mais principalement son aile présidentielle, ainsi que militaire. Le premier ministre polonais, Donald Tusk, et la plupart des membres de son gouvernement s’étaient rendus à Katyn le 7 avril, trois jours avant l’accident. Aussi l’état polonais ne s’est pas retrouvé en vacance politique, et l’élection présidentielle avancée se tiendra en Juin prochain.  

La Pologne est un pays particulier par rapport aux positions que défend ce blog : par rapport au communisme, par rapport à l’Europe fédérale, et par rapport à l’Europe tout court.

   

Un pays anticommuniste ?

   

                La Pologne a une place particulière dans l’histoire du socialisme. Elle fut partagée entre Autriche-Hongrie, Prusse (donc futur empire allemand) et, pour l’essentiel, la Russie, suite aux partages de 1772, 1793 et 1795. Les socialistes polonais auraient pu s’intégrer au mouvement socialiste russe, et exiger une Russie multinationale. Mais le Parti socialiste Polonais (PPS), créé en 1892, dont Joseph Pilsudski (1867-1935) était membre dès la première année, s’engagea rapidement pour une Pologne indépendante. En 1906, le parti scissionne, entre un parti social-démocrate de Pologne et de Lithuanie, (SDKPiL), dont est membre Rosa Luxembourg, et qui combat l’option nationaliste du PPS. La Pologne est également l’une des terres d’action d’une des plus grandes organisations socialistes juives, l’Union Générale des Travailleurs Juifs de Russie et de Pologne, plus connue sous le nom de Bund. Celui-ci, fondé en 1897, est distinct du PPS, en butte à l’antisémitisme d’une partie des militants polonais. Le PPS essaie de développer ses propres organisations juives pour contrer le Bund. Il ne faut pas oublier qu’en ces temps-là, la majorité des juifs du monde étaient polonais, russes ou ukrainiens. Le sionisme et l’émigration vers la Palestine (alors turque) venaient juste de s’initier.

 

                La Révolution d’Octobre achèvera d’opposer socialistes russes et polonais : bien que le SDKPiL fonde un Parti Communiste Polonais en 1918, c’est Joseph Pilsudski et le PPS qui, avec d’autres partis polonais (le parti paysan), prend l’égide de la seconde république polonaise (la première étant la république nobiliaire née au 15ème siècle) suite au soulèvement national de la même année. Soulèvement national, qui, comme l’oublient certains nationalistes polonais, doit tout à la défaite allemande sur le Front Ouest, alors que l’empire Hohenzollern avait eut raison de l’empire russe et imposé à la République de Russie (nom que la Russie porte jusqu'à la proclamation officielle de l’URSS en Décembre 1922) le traité de Brest-Litovsk. Pilsudski, sorti vainqueur ou non-vaincu (selon le point de vue polonais ou russe) de la guerre bolchévico-polonaise de 1920, prendra personnellement le pouvoir en 1926, la Pologne s’enfonçant dans une dictature militaire. Le Parti Communiste Polonais (opposé au PPS) restera nettement minoritaire pendant la seconde république polonaise (8% des voix aux législatives de 1928). En 1945, PCP et PPS seront fusionnés par Staline dans le Parti Ouvrier Unifié Polonais (POUP).

   

                On le voit, faire de la Pologne un pays traditionnellement antisocialiste serait une profonde erreur, même si la seconde république polonaise, initiée par des socialistes, se droitisera jusqu’à sa destruction en 1939. L’anticommunisme actuel des polonais est bien davantage la résultante de l’affrontement avec la Russie et l’URSS.

 

                  Pourtant, au risque de fâcher certains patriotes polonais, j’estime que cette hostilité aux russes repose sur un oubli majeur. Certes, la Russie a opprimé le cœur de la Pologne de 1793 à 1915, et s’est trouvée en guerre avec la Pologne indépendante en 1920. Certes, Staline a choisi de partager la Pologne avec Hitler pour ne pas avoir à entrer en guerre seul contre le Reich dès 1939. Certes, au cours de l’occupation soviétique sur l’Est de la Pologne en 1939-1941 et sur tout le territoire  partir de 1944, les déportations de polonais vers la Sibérie et les exécutions de masse ont fait plus d’un million de victimes, avec une nette volonté de « dé-poloniser » la Pologne orientale, aujourd’hui partagée entre Ukraine et Biélorussie. Mais le fait est que l’Armée Rouge n’en a pas moins sauvé la Pologne du nazisme. Et que le traitement que l’URSS a fait subir à la Pologne de 1945 à 1989 ne peut être comparé à celui que le Troisième Reich lui réservait. Et qui fut rapidement entamé de 1939 à 1944 : réduction de la Pologne à un « gouvernement général » au Sud et Est du pays, éradication de cinq millions de polonais par les nazis, dont trois millions de juifs (80% de la communauté), «dé-polonisation » sur tout le territoire, notamment sur la Posnanie devenue « Wartheland », et au final l’application du Generalplan Ost qui visait à réorganiser ethniquement l’Europe de l’Est en déplaçant les polonais vers l’Est, les russes plus encore, afin de faire place à la colonisation allemande.

 

 

 

La Pologne dans le Grand Reich, en 1941  

 

Germany1941.png

 

   

 

                Lorsque l’Armée Rouge conquiert la Pologne, celle-ci n’a plus que 28 millions d’habitants, soit six millions de moins qu’en 1939. 45 ans plus tard, la Pologne compte 39 millions d’habitants. On peut relever de nombreuses brimades du « frère » soviétique, mais nullement une volonté de détruire la nation polonaise. Celle-ci est en revanche déplacée vers l’Ouest, sur les rives de l’Oder et du Neisse, sa frontière actuelle avec l’Allemagne.

 

   

                Notons aussi qu’en Pologne, le pouvoir pro-soviétique accorda plusieurs compromis avec la résistance agraire et catholique. L’étatisation (« collectivisation »)  des terres n’atteint jamais le niveau de pays comme la RDA, sauf dans l’Ouest de l’actuelle Pologne (qui venait donc juste d’être retiré à l’Allemagne en 1945), où l’Etat s’appropria les terres des junkers. Mais les trois quarts des surfaces restèrent familiales, les fermes d’états occupant le reste avec des résultats pas meilleurs qu’ailleurs dans le Comecon.  

 

 

                Comme le reste du bloc soviétique, la Pologne fut un pays où l’on ne manquait pas d’argent mais de quoi acheter avec. En conséquence, en 1970, le gouvernement de Gomulka augmente les prix, déclenchant la grève des chantiers navals de Gdansk, et le remplacement de Gomulka par Gierek. La Pologne deviendra alors effectivement l’un des fossoyeurs du bloc de l’Est, mais pas seulement par l’action de Solidarnosc, mais aussi par le fait que le régime polonais sera l’un des premiers à s’engager dans un cycle d’endettement et d’importations de matériel occidental pour accroître la productivité de ses usines. L’échec est de plus en plus évident au cours des années 70, le principal résultat étant l’endettement international croissant, la désorganisation de l’économie sous un enchevêtrement de projets abandonnés précipitamment dans la grande crise qui frappe le bloc de l’Est en 1980, où la Pologne perd 12% de son revenu national. Surviennent alors la grève de 1980 et la création de Solidarnosc, dont la revendication n'a pas été la restauration du capitalisme (cf. cet entretien de Karol Modzelewski, critique marxiste du régime polonais, ou cet article d'Inprecor sur la programmatique socialiste de Solidarnosc) mais un socialisme démocratique.

   

 

                Cependant, dans l’opposition polonaise, la fascination pour le modèle occidental, et pour le modèle néolibéral, alors conquérant sous Reagan, finira par s’exercer pleinement : lorsque le premier gouvernement dirigé par un non-membre du POUP, Tadeusz Mazowiecki, prend effet en 1989, on passe rapidement à la « thérapie de choc ». On rétablit la liberté des prix, désorganisant une économie planifiée dont l’appréciation de la rareté des biens était totalement différente. On procède à des privatisations massives afin de briser les résistances bureaucratiques. « Ce sera dur mais pas long » : en effet, après 20% de chute du PIB de 1989 à 1993, la Pologne retrouve la croissance. Elle est cependant loin d’être devenu un pays ultralibéral, avec toujours plus de 40% de dépenses publiques dans le PIB.

 

   

                La « gauche polonaise » après la fin du POUP, s’est largement reconvertie dans la social-démocratie et l’atlantisme, portant Alexander Kwasniewski à la présidence en 1995 (face à Lech Walesa) et en 2000, avant de s’effondrer dans des scandales immobiliers. Le fait est qu’aujourd’hui, la gauche polonaise s’est trouvée très largement minorée : le parti communiste polonais, recréé en 2002, n’a fait que 0.77% des voix lors de la présidentielle de 2005. La gauche sociale-démocrate polonaise, dont l’Alliance de la gauche démocratique (issue du POUP) et l’Union du Travail (reliquat de Solidarnosc), s'incarne dans la coalition Gauche et Démocrates, qui ne détient, suite aux élections législatives de 2007, que 53 sièges à la Diète (Sejm, Parlement) sur 460, les autres sièges, excepté un occupé par un représentant de la minorité allemande (150.000 personnes), allant à des formations de droite. Parmi elles, la plateforme civique du premier ministre eurofédéraliste Donald Tusk (209 sièges), les agrariens du Parti Populaire Polonais (31), le parti Droit et Justice de feu le président Lech Kaczynski et dirigé par son frère Jaroslaw (166 sièges). Le fait est que la Pologne est actuellement un des pays les plus à droite d’Europe, l’un des seuls où l’on trouvait une réelle proximité idéologique vis-à-vis de la droite américaine, au-delà de l’appartenance à l’OTAN (intégré en 1999). Ainsi je me rappelle d’un sondage de 2004 sur l’élection présidentielle américaine, les polonais étant parmi les rares pays européens préférant Bush à Kerry.

   

 

Un pays victime de l’Histoire ?

   

                C’est l’un des grands refrains qui tournent sur la Pologne, et que l’accident du 10 Avril a ré-amplifié : celui de la Pologne comme LE pays victime de l’histoire européenne. En effet, 123 ans d’inexistence politique de 1795 à 1918, puis cinquante ans de guerre, de génocide et d’occupation de 1939 à 1989 font figurer la Pologne parmi les pays infortunés de l’époque moderne (c’est-à-dire depuis la Révolution Française, désolé pour le chauvinisme). Cette idée de nation-victime a joué dans les arguments justifiant l’élargissement de l’Union Européenne à l’Est, en 2004, au nom du « devoir moral » que les pays d’Europe de l’Ouest auraient vis-à-vis de ceux de l’Est (et au nom de quelle culpabilité ? Celle de ne pas avoir déclenché de guerre contre l’URSS en 1945 ?).

   

                Une perspective un peu plus profonde change un peu le tableau. La Pologne existe depuis le Xème siècle, où l’unification des tribus polanes sous la dynastie des Piast a engendré un vaste royaume allant de la Slovaquie à la Vistule, et que les divisions vont ensuite plonger dans la faiblesse, notamment face à la puissance teutonique occupant alors la future Prusse orientale jusqu’à l’actuelle Lettonie, jusqu’au quatorzième siècle. A cette époque, l’alliance de la Pologne avec la Lithuanie, sous la dynastie des Jagellons, elle-même lithuanienne, et la défaite infligée aux teutons à Grunwald (1410), renforcent le Grand-Duché de Pologne-Lithuanie, le plus grand état européen par sa superficie à l’époque (où la future Russie est partagée entre Moscovie, Novgorod, et khanats tatars). C’est également au XVème siècle que commence véritablement l’affrontement entre polono-lithuaniens d’une part, Habsbourg d’Autriche et la Moscovie d’Ivan III d'autre part.

   

 Le royaume des deux nations à la fin du XVIIème siècle

(Pologne en Jaune, Lithuanie en rosé)

 

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                Le territoire immense contrôlé par le Grand-Duché englobe largement la Biélorussie, et l’essentiel de l’Ukraine, dont le sud est tenu par les tatars de Crimée. L’Ukraine et la Biélorussie ont donc été sous le contrôle polonais, lui-même impérialiste à son époque comme l’étaient toutes les puissances d’Europe. L'Ukraine sera perdue que deux siècles plus, suite à la grande révolte des Cosaques qui aboutie à l’autonomie de l’Ukraine en 1648, qui passera ensuite à la Russie lors de la guerre que celle-ci mène contre la Pologne en 1654.  

 

      A la fin du Moyen-Age européen, la paysannerie de l’Europe orientale, polonaise, ukrainienne ou russe, était nettement plus libre que  ne l’avaient été les paysans occidentaux, soumis au servage deux siècles encore auparavant. La condition paysanne orientale va suivre le chemin inverse de l’ouest, vers l’instauration du servage (qui ne sera aboli qu’au XIXème siècle, en 1861 pour l’empire russe, en 1848 en Autriche-Hongrie).

   

                On le voit, la Pologne n’est pas qu’une nation victime de l’Histoire : c’est une puissance impérialiste qui a eu moins de chance que les autres, et qui fut vaincue par des adversaires qui, au XVème siècle, à l’apogée de l’empire polono-lithuanien, étaient bien plus faibles qu’elle.

   

                Et elle retentera sa chance lors de sa résurrection de 1918 : la Pologne, sans frontières établies, s’étend à l’Est sur des territoires dont la population est en majorité non polonaise, comme le montre la carte ci-dessous. Elle s’empare également de la république d’Ukraine occidentale, petit état provisoirement formé autour de Lwow (aujourd’hui en Ukraine).

Carte des langues en Pologne en 1937

(polonais en bleu, ukrainien en jaune, biélorusse en vert, allemand en bleu) 

 

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Source: Mariusz Paździora

 

                Au cours de l’année 1919, les troupes polonaises de Pilsudski affrontent plusieurs fois l’armée rouge en Biélorussie, sans qu’il n’y ait d’offensive majeure des bolchéviques, occupés à combattre les blancs (auxquels les polonais refusent de se joindre) sur d’autres fronts (Ukraine, Oural). Le gouvernement polonais passe une alliance avec le nationaliste ukrainien Simon Petlioura, lui-même en lutte avec l’Armée Rouge, dans le cadre d’un projet de fédération « d’une mer à l’autre » qui germe dans l’esprit de Pilsudski, comme nous le verrons plus bas. Au début de 1920, alors que les bolcheviks triomphent de leurs adversaires, le régime de Moscou masse 800.000 hommes à l’Ouest. L’idée d’un franchissement de la Pologne par l’Armée Rouge a fait son chemin dans l’esprit de Lénine. Cependant, les forces russes sont bien plus faibles que celles du Tsar six ans plus tôt, et peuvent juste espérer entrer en Allemagne et en Hongrie pour y soutenir les révolutionnaires ou déclencher les révolutions, pas plus.

   

               Forte d’un demi-million d’hommes à la préparation inégale, l’armée polonaise décide de lancer l’offensive vers l’Ukraine, en Mars 1920. Après une avance rapide vers Kiev, c’est le recul brutal : l’Armée rouge reconquiert l’Ukraine, et s’abat sur la Pologne jusqu’à la Vistule. La Pologne semble condamnée, mais un retournement soudain de situation autour de Varsovie met en déroute l’offensive de Simon Boudienny et des forces bolcheviques. A la fin de l’année, les deux belligérants reviennent sur la frontière initiale polono-russe du début de l’année, et qui subsistera jusqu’en 1939, pendant que l’Ukraine indépendante est anéantie. Chaque camp crie victoire. Techniquement, la Pologne a initié le conflit en 1920, mais la présomption est forte que l’assaut était préventif d’une campagne bolchévique vers l’Ouest imminente.

   

               La Pologne fut également en conflit avec deux autres de ses voisins : la Lithuanie (dont elle annexa Wilno, la capitale actuelle : Vilnius) en 1920, et la Tchécoslovaquie, qui s’appropria Teschen en Silésie en 1920, que la Pologne s’adjugea en 1938, devenant de fait complice du Troisième Reich dans le démembrement de la Tchécoslovaquie, au même titre que la Hongrie.

 

 Le démantèlement de la Tchécoslovaquie en 1938, avec la Pologne (en rouge) et Teschen (au centre, indiqué par un 2)

 

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La Pologne après l’Union Européenne ? ou la pertinence de l’idée polonaise

   

                La Pologne est également un pays paradoxal dans sa relation à l’Union Européenne : alors que son adhésion fut massivement adoptée par référendum, les polonais sont parmi le peloton de tête de l’absentéisme aux élections européennes, la participation se limitant à 20% des inscrits. Curieux pays pour qui « l’Europe » semble avoir été une espérance depuis plus de soixante ans, son gage de liberté et de prospérité, et qui révèle dès son adhésion sa tiédeur face au « rêve européen ».

   

                La question que l’on peut se poser est : que serait la Pologne sans l’Union Européenne ? Et si celle-ci se disloquait ? A priori pas grand-chose : 38 millions de personnes, sur un peu plus de 300.000 km², une population vieillissante, une économie en reconstruction.  

 

                Cependant, d’autres combinaisons que l’empire fédéral européen seraient possibles, et les polonais eux-mêmes y ont pensé depuis longtemps. Le projet de Pilsudski d’une fédération « Międzymorze » (entre deux mers) aurait regroupé Pologne, Biélorussie, états baltes, et surtout l’Ukraine, dans un bloc commun face à la Russie et l’Allemagne. Pilsudski cru d’abord possible de la réaliser contre la Russie avec l’aide des allemands, puis, en 1920, par la Pologne elle-même alliée aux nationalistes ukrainiens. Les lithuaniens, déjà en conflit avec la Pologne au sujet de Vilnius, ne voulurent pas en entendre parler. La guerre russo-polonaise de 1920 enterra le projet. En son temps, le projet Międzymorze était clairement en opposition avec la Révolution bolchevique. Il n’en mérite pas pour autant d’être vu comme intrinsèquement réactionnaire, étant donné le contexte totalement différent en 2010.

   

                Aujourd’hui, à supposer que l’Union Européenne éclate, la réunion des pays indiqués par Pilsudski semblerait toujours difficile, pour au moins un d’entre eux : la Biélorussie, dont le régime politique assez particulier de Lukashenko, et sa proximité avec la Russie (avec laquelle la Biélorussie a une union douanière), réduisent les possibilités d’une alliance avec ses voisins occidentaux. Une alliance polono-ukrainienne poserait le problème qui se pose dans tout couple : parmi deux égaux, il y en a toujours un plus égal que l’autre. La Pologne est plus riche, mais moins peuplée que l’Ukraine. Et comment trancher les décisions à deux ? Le seul moyen de créer une union pour les nations d’Europe Centrale semble être de la faire à trois au moins.  

 

                Le troisième larron est tout trouvé, et c’est la troisième plus grande nation par sa population entre la Russie et l’Allemagne (ou l’Italie) : il s’agit de la Roumanie. Une association Polono-ukraino-roumaine (que je nommerais par la suite Poloromanukraine) aurait les avantages suivants : aucune nation ne serait suffisamment peuplée pour dominer les deux autres. Et elle permettrait de reposer la question de l’absorption de la Moldavie dans la Roumanie. Moldavie qui n’est autre que la Bessarabie roumaine annexée par l’URSS en 1940. Elle est de fait de langue roumaine, avec quelques variations lexicales qui font du moldave au mieux un dialecte roumain. Mais le conflit entre partisans moldaves du rattachement à la Roumanie et adversaires se campe aussi sur le clivage droite-gauche. La réunification avec la Roumanie signifierait à coup sûr la marginalisation du Parti des Communistes de Moldavie, au pouvoir jusqu'à récemment. Et la nécessité de compter avec la minorité russophone (déjà sécessioniste en Transnistrie) rend le problème encore plus délicat, au point que le rattachement, déjà rejeté massivement en 1994, n’est pas d’actualité aujourd’hui.

   

     Une fédération de Poloromanukraine changerait nettement la donne sur le plan stratégique. Certes, les trois nations, en cours de vieillissement accéléré de part une natalité faible et une espérance de vie en retard sur l’Occident, vont passer de 110 millions d’habitants aujourd’hui à 85 millions en 2050. Mais ils occuperont une position fondamentale sur la route de l’énergie en Europe, comme le montre la carte ci-dessous, recoupant le passage de trois gazoducs et d’un oléoduc majeur. Certes, des contournements sont possibles par les Balkans, la Méditerranée ou la Baltique. Mais les trois (ou quatre) états seraient susceptibles de faire ce qu’aucun d’eux ne peut seul : bloquer les exportations de la Russie, ou négocier en bloc avec les états occidentaux, les principaux clients de la Russie donc, et bénéficier de leur soutien en cas de confrontation avec Moscou.

   

La Pologne-Roumanie-Ukraine dans la carte énergétique de l'Europe, vue en 2007.

 

 (Les trois pays plus la Moldavie sont entourés en rouge).

 

   

Europe Energie Poloromanukraine 

                  L'avantage d'une union à trois est qu'elle permettrait l'intégration culturelle des trois (ou quatre avec la Moldavie) pays par le bilinguisme. En effet, si chaque ukrainien est bilingue soit en polonais, soit en roumain, chaque polonais en ukrainien ou en roumain, et ainsi de suite pour les roumains, chacun est assuré d'avoir au moins une langue en commun avec tous les habitants de la "trination". Ce qui n'est plus possible avec quatre langues différentes. Et qui n'exclut pas la connaissance d'une langue étrangère (anglais, allemand en Pologne, français en Roumanie ou russe en Ukraine...).

 

Cette union pourrait aussi intégrer, au-delà de la Mer Noire, la Géorgie, dont le conflit frontalier avec l’Ossétie et l’Abkhazie (donc la Russie) est loin d’être réglé. La Géorgie fut dès son indépendance une nation aux frontières ingérables, et trop faible pour ne pas être en conflit avec son grand voisin. Même si les armées polonaises, ukrainiennes et roumaines ne sont pas de taille à affronter l’armée russe, un conflit armé deviendrait très improbable entre la Russie et ces nations si elles s’unissaient.

 

 L'Europe orientale après une éventuelle fin de l'Union Européenne:

Pologne, Roumanie et Ukraine en vert foncé, autres pays d'Europe centrale en vert clair, Moldavie et Géorgie en vert.

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 On aurait alors, après l’Union Européenne, une possible reconfiguration du continent autour de trois blocs (occidental, russe, polono-romano-ukrainien), peut-être quatre avec les 85 millions de turcs de 2050, peut-être plus, mais en tout cas sans recréer l’absurde empire aux 27 et bientôt 30 provinces.

 

 

 

 

 

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Published by DiadoreCronos - dans Monde - Europe
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