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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

     www.pourlecommunisme.com est un site qui s'attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l'idéal communiste, faillite économique, etc...). Il ne fait la promotion d'aucun régime existant ou ayant existé par le passé, s'efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l'avenir.

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 23:31

Louis Mazuy avait publié il y a un peu plus d'un an "Alternative au Capitalisme". Soucieux d'écouter ceux qui, comme moi, parlent d'alternative nouvelle, en voici un compte-rendu de ce livre, déjà présenté sur Socialisme & Souveraineté, et qui a aussi son blog.

 

            Louis Mazuy a été, de 1983 à 2002, secrétaire général de l’Union CGT des cadres, techniciens et ingénieurs de la métallurgie (lui-même ingénieur des Arts et Métiers). Constatant, en introduction du livre, les échecs successifs dans des partis communistes (et le PCF en premier lieu), et des mobilisations de masse (2003 sur les retraites) ou de leur impossibilité à se transformer politiquement (référendum de 2005, rejet du CPE en 2006), il a décidé d’écrire ce livre. Même si certains passages – surtout des citations d’autres auteurs marxistes – sont plus écrits en marxiste qu’en français, l’ensemble forme un tout assez abordable pour un jeune communiste, et dont les propositions sont  intelligibles.

 

Une analyse classique

 

Son analyse des faits est à peu près conforme à celle du PCF : dans une société ayant connu la montée du salariat, des qualifications, on observe la croissance de la précarité, des inégalités, et un chômage de masse. Le tout encadré par des gouvernements « libéraux » depuis trente ans, favorisant la croissance des revenus financiers et des profits (en oubliant leur récession dans les années 70), menant une « révolution conservatrice » pour contrecarrer la baisse tendancielle du taux de profit (pas mesurée dans le livre…).  Cette dégradation sociale frappant en priorité les femmes et les minorités ethniques. L’auteur reprend les termes de « dictature des marchés financiers », décrit un capitalisme où toute richesse n’est valable que si elle est rentable – constat à mon sens abusif, puisque les productions du secteur public sont également comptées comme richesses dans le PIB.

 

Il s’attaque au gâchis généré par le capitalisme : destructions d’entreprises et de compétences produites par la concurrence, compétition internationale (« néolibérale »)…Mais aussi ce qu’il nomme la « guerre à l’intelligence », comme une constante du système. Le capitalisme ayant pour principe de dessaisir les salariés de la conduite de leur production ; et, dans un contexte de qualifications croissantes du salariat, réagit par l’atomisation de celui-ci.  De l’entreprise où le dirigeant faisait passer avant tout sa réputation de capitaine d’industrie, faisait croire, à tort ou à raison, à sa participation à la production, a succédé l’entreprise des managers, qui récupèrent et retournent le besoin d’initiatives et de participation des salariés. Pour Mazuy, il importe aussi de ne pas se fermer aux salariés hautement qualifiés, de ne pas se réfugier dans un ouvriérisme étroit. Sans me risquer à associer les deux personnages, ce point réunit Louis Mazuy et André Gérin, qui appelle à l’alliance avec « l’aristocratie ouvrière » des ingénieurs, techniciens, et aussi petits entrepreneurs.

 

L’auteur s’égare ensuite avec un passage sur le féminisme où, plutôt que de traiter concrètement les inégalités hommes / femmes dans le monde du travail (écarts salariaux, plafond de verre), il consacre ses pages à soutenir les féministes qui réfutent l’idée que les différences hommes-femmes aient quoi que ce soit de naturel. Non pas que la polémique ne soit pas intéressante en soi, mais ses conséquences concrètes sur ce qu’il faut revendiquer pour combattre les discriminations de genre apparaissent fort peu dans le livre.

 

Le passage quasi-obligé sur l’impérialisme, notamment américain, reprend des vérités générales (concentration de l’épargne mondiale aux USA, concentration de la capacité de recherche)…mais aussi quelques propos mal ciblés. Les délocalisations sont censées permettre aux pays riches de produire « pour rien » (pour moins cher certes, mais pas pour rien, et pour des salaires croissants, que ce soit en Chine ou en Europe de l’Est). Et la mondialisation imposerait un ordre militaire dont les USA sont les principaux tenants. Les guerres moyen-orientales de l’OTAN ou des USA illustrent assez bien ce recours à la contrainte sur des gouvernements qui vont contre les intérêts des USA, mais la mondialisation dans son ensemble ne saurait dépendre entièrement de cette contrainte : à ce qu’on sait, les USA ne dominent pas militairement la Chine, pourtant acteur fondamental de la mondialisation…

 

Critique de l’économisme

 

Louis Mazuy critique la vision « économiste » du communisme, celle basée sur la construction d’un modèle assez précis d’entreprises publiques, de plan (ou même de socialisme de marché), et où le pouvoir politique serait avant tout un pouvoir de techniciens. Pour Mazuy, c’est avant tout un changement de rapport social qui doit être mis à l’œuvre, en expérimentant une « démocratie sociale » au sein de l’entreprise, supposant une pratique longue.

 

Pour Mazuy, cet économisme est aussi un déterminisme, qui a mené directement au stalinisme :

« Il s’agit non seulement de dépasser la version déterministe du capitalisme (tout voué à la valorisation du capital) comme l’autre version déterministe, celle du communisme dans sa conception stalinienne. Son incapacité à appréhender la dialectique entre « forces productives et rapports sociaux » a de fait abouti au non-dépassement de la subordination du travail et de la société : une double subordination de l’économique et du politique a rapidement conduit au pouvoir centralisateur.La révolution s’est retournée sur son objectif initial de libération des hommes, en niant le développement de toutes les dimensions humaines et le rôle des hommes en tant qu’individus-acteurs, comme question essentielle de cette dialectique ».

 

Lisant cela, je me retrouve avec le même fossé qui sépare mes réflexions et travaux de ceux de nombre de marxistes, qui expliquent la dictature soviétique (en la réduisant trop souvent au stalinisme, faisant l’impasse sur la période léniniste) par des considérations générales (« holistiques ») sur la société russe et son arriération, ou par des considérations sur les idées comme le fait Mazuy. Pour ma part, étant trop idiot pour voler dans le ciel des idées, je me suis référé à quelques faits dans Pour le Communisme,  bien en amont de la « subordination du travail et de la société » : la prise du pouvoir bolchevik se fait par la force, dans un contexte de guerre mondiale, le nouveau pouvoir n’a pas de légitimité démocratique, ses adversaires, démocrates ou non, se lancent dans une guerre contre lui, guerre que les bolcheviks ne gagneront qu’avec des pertes très lourdes et l’emploi de la Terreur. Dès lors, la démocratie est compromise, dès 1918, et le sera tant que le pouvoir en place (même ses héritiers)  perdurera, car tous ses membres auront été de loin en loin solidaires des crimes du régime.

 

Fermons cette parenthèse historique, mais constatons quand même que Louis Mazuy s’inscrit dans une lecture à mon sens trop conceptualisée de l’histoire du socialisme au XXème siècle, sous sa version soviétique.

 

D’autres remarques de l’auteur sont plus justes sur les questions économiques, notamment sur l’idée que le progrès technique serait à l’origine du chômage, idée fausse mais que « le capitalisme » (entendez les médias dans la société capitaliste) laissent courir, afin de dévier la critique du capitalisme vers celle de l’automatisation, et que les salariés ne pensent plus à l’appropriation de la technique pour un autre modèle de société. Les médias sont de toute façon peu enclin au traitement de fond du sujet du chômage (ou d’autres sujets majeurs), donnant la priorité à une actualité fractionnée, au « zapping », jouant sur les peurs, décourageant le public de réfléchir en termes de projets d’avenir.

 

Autre idée que l’on ne retrouve pas souvent ou clairement dans le discours du PCF, et pourtant fondamentale : celle selon laquelle le marché n’est pas le capitalisme, ce dernier n’est que l’imposition du marché à tous les rapports sociaux. Cette précision est très intéressante car de toute façon, aucune économie n’est jamais totalement planifiée, ou totalement marchande : dans toutes les économies du monde, il y a du marché, du plan, de l’autoproduction, de l’économie solidaire et altruiste…Prétendre fonder un projet économique sur un seul de ces modes de production est totalement utopique. La question est davantage de savoir quelle place on donnera à chacune de ces formes de production et d’échange.

 

  Des divergences avec la ligne globale du PCF

 

            Louis Mazuy note l’effacement du substrat idéologique dans le PCF, et son remplacement par une forme de « christianisme populaire », comme je l’avais déjà remarqué sur ce blog. Il ne s’agira pas d’en revenir à la conception du « Parti-guide » se méfiant de la spontanéité populaire. On ne peut plus faire l’impasse sur la démocratie en tant que but et moyen. L’auteur note à ce titre la demande croissante demande d’individualisation de la parole, notamment via le Net. « Plus personne ne souhaite être confondu dans la masse (ou les masses), que ce soit pour ses aspirations personnelles ou la maitrise des prises de décision ». Il est malheureux que le PCF – mais toutes les formations de gauche radicale, ainsi que les mouvements récents comme ceux des « indignés » - parlent encore aux individus du « Peuple », comme une masse unifiée.

           

            Cette demande – aussi individuelle – de retour concret sur les promesses politiques – souvent déçues – fait que Louis Mazuy comprend les demandes de programmes détaillés et précis. Mais sa critique des rapports sociaux capitalistes l’amène plutôt sur un ensemble de pistes dans la seconde moitié de son livre.

           

            Avant toute chose, il ne demande pas le retour aux vagues de nationalisations sur le modèle de 1981 et avant cela. D’une part parce que nombre d’entreprises publiques se sont retrouvées à produire en fonction du marché, parce qu’elles auraient servi à compenser la baisse du taux de profit des entreprises capitalistes jusqu’à ce que celles-ci aient trouvé les moyens de les rétablir, et parce qu’elles n’ont nullement contredit les rapports sociaux constatés dans l’entreprise capitaliste.

 

C’est aussi le cas du projet de « sécurité emploi formation » proposé par Paul Boccara au sein du PCF : il ne remet pas en cause la tendance des entreprises capitalistes à obtenir le plus possible de valeur ajoutée par unité de capital par des restructurations et fusions incessantes. Cependant, la constitution de droits accrus pour le salarié est une base indispensable pour que celui-ci acquiert une véritable motivation dans son travail, autre que celle de la contrainte du licenciement, et lui permettant de participer réellement à une démocratie sociale.

 

Propositions

 

Cette démocratie dans le monde du travail, Louis Mazuy la recherche par l’instauration d’une gestion triple de l’entreprise : salariés, usagers/consommateurs (ou entreprises clientes), et représentation de « l’intérêt général ». Cette nouvelle administration de l’entreprise obligerait à annuler le pouvoir des actionnaires, et Mazuy propose de transformer leurs actions en fonds rémunérés en fonction du profit de l’entreprise (pas de confiscation du capital, donc) mais sans donner aucun pouvoir dans l’entreprise.

 

           

Suivant les propositions de Tony Negri, le financement des entreprises pourrait être confié à une multitude de banques autogérées, sans monopole, mais où une planification de fait de l’allocation des capitaux se ferait par une fixation étatique des taux d’intérêts. Mais ces propositions ne sauraient, selon l’auteur, suffire à modifier profondément les rapports sociaux capitalistes si l’on n’en atteint pas le cœur nucléaire, à savoir le salaire.

 

De ce point de vue, Mazuy rejoint les propositions de Bernard Friot pour un salaire universel, et non le revenu d’existence universel (mais il me semble faire une mauvaise contestation du revenu d’existence, celui-ci étant assimilé à tort avec les revenus d’assistance à une partie de la population comme le RMI/RSA). Versé à vie, indépendamment de l’exercice d’un travail en entreprise, il ne serait que l’achèvement de la socialisation des revenus actuellement effectuée par les cotisations sociales. Cependant, Mazuy ne précise pas quelle part cette socialisation devrait prendre par rapport à l’ensemble de la masse salariale (où les cotisations, CSG incluse, prennent déjà 50% du total), ni les critères d’affectation et de modulation de ce revenu.

 

Le projet-monde ?

 

Louis Mazuy rejette les politiques faites au niveau d’un seul état, notamment, par le biais du protectionnisme. En vue de contrer l’externalisation des emplois directement productifs vers les pays émergents, vue comme une forme d’impérialisme et de domination sur les nouveaux « ateliers du monde », et d’aboutir à une gestion concertée tant des ressources (matérielles et énergétiques) que de la recherche. Et aboutir à une « responsabilité au niveau de la planète » sur ces sujets. Mais les institutions comme les moyens d’action des citoyens restent, comme dit l’auteur, « à inventer ».

 

Une autre idée serait la « TVA labellisée » : les taux de TVA prélevés sur les différentes marchandises seraient modulées en fonction de critères sociaux et écologiques. Ce qui compliquerait quelque peu la tâche du fisc, mais ça n’en fait pas un argument décisif. Ce qui pose davantage problème, c’est que lorsqu’elle s’applique à des entreprises ayant des activités à l’étranger, cette taxation, qui pourrait rejoindre un esprit « solidaire » (conforter les entreprises qui améliorent la condition salariale à l’étranger, respectent des conventions environnementales…) pourrait tout simplement se retourner en outil protectionniste.

 

Conclusion

 

Il ne s’agit ici que d’une partie, mais à mon sens les plus décisives et concrètes, des réflexions et propositions faites ou rassemblées par Louis Mazuy dans ses lectures. Elles décrivent un socialisme à transition douce, ne croyant pas à la planification directe. Mais ce « projet » (puisqu’il ne faut pas parler de modèle) réutilise trop souvent les outils classiques dont dispose l’Etat actuellement (fiscalité sur telle ou telle marchandise, fixation d’intérêts – ce dont disposait l'Etat avant l’euro). Dans le système de socialisme allocatif que j’ai esquissé dans Pour le Communisme, l’intérêt n’existe plus, l’Etat peut influencer la répartition de la main d’œuvre et des productions via des coefficients sur le salaire, plus facilement visibles et soumis au débat que des taux de TVA. La liberté de création d’entreprise est peu évoquée, et la croissance des entreprises, surtout avec la gestion nouvelle tripartite qu’esquisse Mazuy, semble compliquée.

 

Au final, il est beaucoup question de droits et de rapports sociaux dans ce livre. Sans doute happées par la dénonciation d’un « néolibéralisme » à la réalité mitigée en France, les notions de création individuelle et d’initiative manquent.

 

 

 

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Published by DiadoreCronos - dans Economie
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