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      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 18:45

Cet article fait la suite du précédent article consacré à l'impérialisme, et notamment de son annexe centrée sur le colonialisme occidental . C'est donc ici la notion d'Occident qui sera discutée.

 

            Y a-t-il une civilisation occidentale ?

    

On pourrait, comme le font certains, nier l’existence d’une civilisation occidentale. Dire, par exemple, que la France est davantage liée, par son histoire, à une partie de l’Afrique qu’à d’autres pays d’Europe, ou même aux USA ou à l’essentiel de l’Amérique latine. Mais c’est confondre des liens historiques avec une civilisation. Ce qui est sûr, c’est que l’existence d’une civilisation occidentale ne signifie nullement que les pays qui la composent doivent former une union politique ou même être solidaires entre eux, ou ne chercher leurs alliances qu’entre eux (François Ier ne s’allia-t-il pas avec Soliman le Magnifique contre Charles Quint ? La France devenait-elle alors plus ottomane qu’européenne ?).

 

Une civilisation, ce sont des langues, une vision du monde le plus souvent soutenue par une religion (mais sans que ce soit systématique, le bouddhisme n’étant pas une religion dans le même sens qu’on l’entend pour le christianisme, l’importance de la croyance et de la théologie n’était pas le même dans les polythéismes grec et romain que dans les religions monothéistes). S’y ajoute aussi une organisation sociale, certains modes de production, la considération donnée au travail dans la vie en général, l’importance de l’Etat et son organisation (il n’y a, de fait, et ce n’est pas un hasard, aucune civilisation un tant soit peu développée qui n’ait pas du tout de structure étatique, même au niveau d’une ville), l’organisation familiale, le rapport aux biens et aux êtres vivants – et donc la notion de propriété.

 

Malgré sa grande diversité interne, il existe une civilisation occidentale, sur les continents européen (jusqu’à Vladivostok), australien et américain (nord et sud, il n’y a aucune raison d’exclure l’Amérique latine de l’Occident – Chavez et Castro sont donc des occidentaux, que ça leur plaise ou non). Elle se base sur la prégnance de la religion chrétienne (ou de son héritage pour les pays les moins croyants), sur des langues indo-européennes (avec quelques minorités, basque, magyare, finnoise et baltes en Europe, ou ce qu’il reste des langues amérindiennes et aborigènes sur les autres continents). Elle a donné naissance aux formes les plus sophistiquées de l’Etat, qu’il soit centralisé ou fédéral. Elle a accouché d’une civilisation industrielle, par le marché ou la planification centrale (et souvent un mélange des deux). Le travail n’y a pas toujours été une valeur en soi, rejeté par les anciennes aristocraties, mais devenu une activité essentielle avec les révolutions industrielles, et centrale au point de devenir une mesure de la valeur de l’individu (ne pas travailler, ce n’est pas seulement avoir de grandes chances d’être pauvre, mais aussi de se désocialiser). La productivité est valorisée, le refus de la perte de temps est un réflexe généralisé – à défaut d’être systématique. L’idée de la propriété privée des sols, des biens, d’animaux est acceptée par la plupart des gens, même si un périmètre de propriété étatique ou collective l’est aussi (si le capitalisme est occidental, le communisme non primitif l’est aussi). Ce qui s’accompagne d’une vision de la société où l’individu est le sujet, avant le clan, la famille au sens large, multigénérationnelle, la tribu ou le village (même si l’esprit de clan n’a jamais disparu, et perdure plus ou moins selon les pays et régions). Aussi la famille a tendu, dès que les personnes devinrent plus mobiles en entrant dans l’âge industriel, à se resserrer autour du père de famille, l’individu central d’une société patriarcale, son épouse, et les personnes à charge dont ils ne voulaient pas déléguer la gestion à autrui, c’est-à-dire les enfants. L’idée de l’individu comme sujet de base a aussi inspiré l’idée du droit individuel, et son extension à toute la population. Aussi, après avoir reconnu des droits formels au citoyen, d’abord ceux d’une certaine classe puis tous les hommes, vint l’abolition de l’esclavage, puis l’extension de ces droits aux femmes, et la reconnaissance de droits à l’enfant.

 

Voilà les traits culturels, historiques et idéologiques qui peuvent définir l’Occident. Individuellement, beaucoup de ces traits ne sont en rien un monopole occidental. La famille chinoise, coréenne ou japonaise n’est pas si différente du modèle occidental, de nos jours. Mais c’est la conjonction de tous ces traits qui font l’Occident.

 

Toutes les civilisations se valent-elles?

 

Abordons le côté le plus polémique de cet article : les civilisations sont-elles égales entre-elles ? Ma réponse est non. Et je fais remarquer que l’idée d’une « égalité des civilisations » est déjà un parti-pris idéologique et civilisationnel : dans la civilisation occidentale telle que je viens de la décrire, c’est l’individu qui a des droits, et ce sont les individus qui ont les mêmes droits à la base. Ce ne sont pas les tribus, les nations, les cultures ou les civilisations qui en ont. Si les individus sont égaux, les cultures et les civilisations ne le sont pas. Il y a mille ans, la civilisation franque était sans nul doute inférieure aux civilisations islamiques ou chinoise. Au XVIIIème siècle, sur le plan économique et technique, la France était en retard sur le Royaume-Uni. A l’avenir, il se peut que la civilisation des continents européen et américains soit à nouveau dépassée par celle d’autre continents. Mais pourquoi cette inégalité ? Pour des raisons strictement objectives : ce sont les pays occidentaux qui ont fait le plus progresser la durée de la vie (chose la plus importante à mes yeux), qui ont poussé le plus loin la recherche scientifique (alors que l’Europe était dans un flagrant retard jusqu’à la Renaissance) et ses applications concrètes. Les nations occidentales sont celles qui ont le plus tôt mis une fin durable aux famines (avec les exceptions soviétiques ou dues aux guerres mondiales au XXème siècle). Après avoir longtemps pratiqué l’esclavage (comme le monde islamique), les états occidentaux l’ont fait abolir. Ils ont généralement mis en place des systèmes de solidarité adossés à l’Etat (Sécurité Sociale en France) qui couvrent la plus grande partie de la population (et qui sont loin d’être abolis par la « vague néolibérale », n’en déplaise aux gauchistes).

 

Mais l’autre grande force de cette civilisation occidentale, et qui balaie rapidement les objections selon lesquelles les critères que j’emploie seraient « purement matérialistes », et donc ne seraient valables que d’un point de vue occidental, c’est que justement, cette civilisation occidentale peut répandre ses atouts et en faire profiter les autres, même sans les envahir. Des pays qui n’ont jamais été des colonies européennes (le Japon), ou qui, après avoir été sous influence occidentale, lui ont tourné le dos pour un système fermé (la Chine maoïste), ont finalement décidé, non pas de copier tous les traits de la civilisation occidentale et de substituer celle-ci à leur civilisation propre, mais de prendre ce qui les intéressait le plus dans l’Occident. Ainsi le Japon est devenu une puissance industrielle depuis l’ère Meiji entamée en 1868, la Chine a-t-elle entamé son décollage depuis les années 80. Sur plusieurs aspects –urbains, économiques, techniques, familiaux- ces pays réduisent leur distance avec l’Occident, sans pour autant renoncer à leurs langues ou croyances. A l’inverse, jamais les civilisations chinoise, japonaise ou islamiques n’ont réussi à convertir des territoires aussi vastes à des traits essentiels de leur mode de vie, en dehors de la conquête. Il y a bien sûr des nuances pour l’Islam, qui avait réussi à s’étendre vers des contrées autrement que par la force (vers la Malaise et l’archipel indonésien, ou vers l’Afrique noire), mais même aux siècles médiévaux où l’écart culturel était fortement en faveur du monde musulman par rapport à l’Europe chrétienne, jamais l’Europe ne s’est vraiment transformée pour imiter ses voisins du Sud et de l’Est.

 

Doit-on condamner l'Occident?

 

C’est en ce sens que les discours anti-occidentaux me lassent profondément. Non, l’Occident n’est pas responsable de la pauvreté d’autres parties du monde. Oui, j’ose le dire, même en tenant compte des dettes du Tiers-Monde, de la Françafrique, des œuvres du FMI… Je note juste plusieurs choses dont les « alters » ne parlent jamais : aucun pays pauvre ne s’est sorti de la misère en rompant avec l’Occident, en refusant la mondialisation, les échanges, les investissements étrangers. Un grand pays, l’Inde, en a fait l’amère expérience, en se maintenant pendant plus de trente ans dans une économie fermée et bureaucratique, avant de réaliser que cette « protection » face à l’influence étrangère l’avait fait stagner dans sa pauvreté. On peut tout à fait contester le principe des dettes publiques des pays pauvres, des intérêts surtout (je l’avais fait d’ailleurs pour la France), ou dénoncer certains aspects des plans d’ajustements structurels (mais il me semble démagogique de les refuser en bloc, puisque certains états, dont la Côte d’Ivoire qui fait parler d’elle, ont réellement géré n’importe comment leurs ressources fiscales). Mais même dans le cas africain, ces faits n’expliquent pas tout : sinon, comment expliquer que l’Afrique ait connu une réelle et forte croissance depuis dix ans (voir par exemple ces graphiques, à partir de l'an 2000, pour le Nigeria, l'Afrique du Sud, la Tanzanie , le Kenya, le Ghana, le Cameroun ou le Senegal), alors que les dettes publiques n’ont pas été entièrement absoutes, et que n’ont cessé ni la Françafrique ni le « pillage occidental des matières premières » (expression fourre-tout et utilisant abusivement le terme « pillage » : quand un pays occidental achète du pétrole à un état africain, ou qu’une de ses compagnies paie un droit d’exploitation pour une ressource qu’un pays n’a de toute façon pas les moyens d’extraire seul, je ne vois pas où est le pillage). Le fait que cette croissance n’ait pas toujours eu lieu et qu’elle soit devenue durable montre qu’il y avait bien des entraves propres au continent africain et que les remèdes ne se trouvaient pas dans des dénonciations sans fin de l’homme blanc.

 

On peut aussi passer sur les récriminations contre la civilisation occidentale qui « détruit la planète », alors que ce sont justement les gains de productivité de cette société industrielle occidentale qui permettront de concilier à la fois le droit à un minimum de confort pour tous et l’économie de ressources naturelles. Alors que les pays occidentaux ont déjà décéléré (voir fait stagner) leur consommation énergétique, c’est justement grâce à son haut niveau de productivité, d'inspiration occidentale, qu’un pays comme le Japon peut secourir ses habitants victimes des caprices de notre bien-aimée Gaïa.

 

Le yéti du Choc des Civilisations

 

Le fait de parler d’inégalités de civilisation ne doit en aucun cas être vu comme une incitation à des guerres de conquêtes ou d’oppressions : si l’on reconnaît que les individus ont des droits égaux, alors tuer ou violenter pour imposer une civilisation devient inadmissible (même si, comme la première partie de l’article l’expliquait, les affrontements – violents ou non- entre états seront toujours inévitables, mais ça n’est en rien propre à l’Occident). D’autant qu’une civilisation peut s’étendre par simple persuasion (et nous avons vu que la civilisation occidentale sait le faire). Parler d’inégalité de civilisation ne signifie même pas qu’il faille vouloir l’affrontement entre les civilisations. De toute façon, invoquer la théorie du « Choc des civilisations » me semble plus être une tarte à la crème de la critique des USA qu’une véritable analyse de l’action des pays occidentaux : quand l’OTAN soutient des rebelles libyens ou que Sarkozy soutient le musulman Ouattara contre le chrétien Gbagbo, où est le « choc des civilisations » ?

 

Conclusion: l'Occident en héritage

 

En conclusion de cet article, je dirai juste que la civilisation occidentale est un héritage et une œuvre dont l’ensemble de l’humanité doit se réjouir. Ceux qui vivent en Occident n’ont pas de raison d’en être fiers, puisque la plupart du temps ils n’ont que le mérite d’y être né (c’est mon cas). Mais, plutôt que de l’accabler de reproches le plus souvent déplacés et infondés, cette civilisation doit être une source d’inspiration et d’approfondissements, pour les occidentaux comme les non-occidentaux. Et la réciproque peut exister aussi, même si, pour couper à la démagogie, j’estime que la civilisation occidentale actuelle transmet davantage de savoirs aux autres civilisations que l’inverse. Et ce sera peut-être le contraire dans les siècles futurs.

 

Je termine en disant, pour ceux qui s’étonneraient de trouver un tel article sur un blog communiste, qu’il est temps que les « camarades » qui font la confusion absurde entre le combat du capitalisme contre communisme et le « combat » de l’Occident contre le reste du monde reviennent à la raison, s’ils le peuvent encore. Pour développer le socialisme, il faut une société industrielle. Beaucoup de nations du Tiers-Monde en sont incapables. Un pays comme Cuba peut construire des hôpitaux et des écoles, mais plus difficilement échapper à la pauvreté, dont les pressions américaines ne sont qu’une des causes. Le mieux que l’on puisse leur souhaiter est le développement de cette société, fut-ce par la mondialisation capitaliste, pour ensuite affronter le capitalisme au sein de chaque pays, et pas affronter « l’Occident ».

 

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 21:20

 

 

            Les évènements des mois de mars et avril en Libye et en Côte d’Ivoire ont fait beaucoup réagir les camarades. Sur ce blog, étant passé à un rythme de publication très modéré, je suis plus distant. Mes positions concernant la Libye sont assez proches de cet article, et de celui-ci sur la Côte d’Ivoire. Ni le cas libyen, ni le cas ivoirien ne ressemblent à l’Irak de 2003, le Kosovo de 1999, l’Afghanistan de 2001…et ce serait bon que ceux qui ont des positions arrêtées au sujet des interventions militaires (les anti- principalement) s’en rappellent. J’ai lu sur certains sites des convictions exprimées avec beaucoup d’aplomb, proclamant qu’aucune intervention occidentale n’avait jamais été bénéfique pour aucun peuple : les auteurs de ces propos devraient aller expliquer aux sud-coréens qu’il aurait mieux valu pour eux qu’ils soient abandonnés à Kim-Il-Sung en 1950…Plus généralement, dans la gauche « radicale », ce sont les analyses de la réalité qui sont réduites à la racine, celle-ci étant faite de grands concepts : l’impérialisme, l’Occident, les pôples (pardon : peuples)…

 

            J’ai quelques aveux (au diable le « coming-out ») sur la notion d'impérialisme, et j'en ferai plus tard sur celle d'Occident...

 

Faut-il être anti-impérialiste ?

 

            Concernant l’impérialisme, je le dis tout de suite : je ne suis pas anti-impérialiste. Non pas parce que je trouverais sympathique et beau le fait d’envahir un pays, de tuer ses habitants, et de l’asperger copieusement de bombes. Non, c’est juste parce que l’anti-impérialisme ne correspond à rien, dans la réalité historique. Qu’est-ce que l’impérialisme ? La tendance d’un état à utiliser sa puissance pour imposer ses intérêts aux dépens des autres, en prenant ce qui ne lui appartient pas, sur d’autres sols que le sien, et en contraignant généralement les décisions des autres. Je demande juste : en quoi l’impérialisme est-il spécifiquement occidental ? En quoi est-il spécifiquement capitaliste ?

           

            Tous les états du monde sont impérialistes. Il y a ou a eu un impérialisme français, américain, britannique, chinois, soviétique, russe, turc… mais aussi burkinabé (pays dont le régime est intervenu dans les évènements ivoiriens et libériens), rwandais (au Congo), somalien (pour l’Ogaden), éthiopien (en Erythrée), algérien (au Sahara occidental), marocain (itou), libyen (au Tchad)… Même un pays tel que Cuba, dont une grande partie de la promotion politique est basée sur l’anti-impérialisme, y a trempé : que venaient faire des milliers de combattants cubains, partis d’une petite île pauvre des Caraïbes, dans les conflits angolais et mozambicain (bouh, l’ingérence !), au service de régimes fort peu démocratiques, au nom de prétextes humanitaro-politiques (combattre le régime sud-africain de l’apartheid…) ? A part sous-traiter l’impérialisme soviétique, qui ne pouvait lui-même intervenir directement en Afrique sans déclencher un conflit mondial, je ne vois pas. Je ne condamne nullement les cubains, et ces interventions pouvaient se comprendre, mais le discours anti-ingérence et anti-impérialiste, je le reçois avec un sourire en coin.

 

            Plus fondamentalement, tout état est impérialiste pour des raisons que j’ai déjà cité dans un autre article de ce blog. Et qui se résument simplement : des individus armés créent un état pour défendre quelque chose (des biens, des terres, la sécurité des routes et des échanges). Pour se défendre il faut être puissant. Pour être puissant il faut être grand, et être capable d’empêcher les concurrents potentiels de le devenir. Donc la meilleure défense, c’est l’attaque. Donc le fait que l’Histoire de l’humanité soit émaillée de guerre n’est qu’une conséquence logique de ces bases, qui me semblent peu contestables.

 

            Et plus précisément, je pense que la nature de classe d’un état ne change pas grand-chose à ce fait. Une démocratie peut pratiquer une guerre impériale (l’Indochine et l’Algérie pour la France), avec une contestation très partielle dans la société. Les peuples, même s’ils élisent leurs gouvernements, peuvent, par indolence ou par compréhension de leurs intérêts, soutenir ces guerres. Une démocratie qui serait dominée par les représentants de la classe ouvrière pourrait très bien se comporter de la même façon. Après tout, même si le capitalisme était aboli et la classe ouvrière aux commandes, il faut toujours sécuriser l’approvisionnement en pétrole et en matières premières. S’assurer que le voisin ne va pas devenir beaucoup plus puissant que vous. Qu’il ne va pas bloquer une de vos routes, pour vous racketter ou vous vassaliser ensuite. Je ne vois pas en quoi des gouvernements ouvriers mettraient fin à l’impérialisme. Et de ce fait, je l’avoue volontiers : je n’ai jamais cru que le communisme, même appliqué dans la conformité de ses principes, et donc démocratiquement, pourrait un jour supprimer guerres et impérialismes.

 

Pour avoir la paix : tous impérialistes !

           

            Pour autant, comme toute personne sensée, je n’en renonce pas au désir de paix dans le monde, du respect des souverainetés nationales, de la démocratie généralisée…Comment espérer au moins avoir la paix ? C’est simple, en utilisant la méthode la plus efficace : l’équilibre de la terreur. Abandonner l’utopie « anti-impérialiste » n’est donc nullement contradictoire avec la recherche de paix, car la solution pour y parvenir est non pas que les grandes puissances se désarment et renoncent à étendre leur domination, mais que les faibles s’arment et deviennent puissants. Lincoln disait qu’on ne peut renforcer le faible en affaiblissant le fort. Dans le cas de la France, l’affaiblir serait facile, détruire l’influence vacillante qu’elle a encore sur plusieurs pays africains pourrait prendre peu de temps, si un gouvernement français « anti-impérialiste » s’y mettait, ou que d’autres états nous y contraignaient. Mais cela ne ferait que faire passer l’Afrique dans l’orbite américaine ou chinoise. La seule véritable solution serait l’émergence d’une ou plusieurs puissances africaines (je ne vois pas forcément pourquoi il ne devrait y en avoir qu’une d’ailleurs ; l’Afrique n’est pas un continent plus monolithique que les autres, et ses différentes contrées n’ont sans doute pas les mêmes intérêts). Et la décennie des années 2000, où le continent noir a connu dans l’ensemble une forte poussée de croissance, laisse entendre que ce n’est pas chimérique, et que le sinistre monde occidental n’entrave pas cette progression.   

 

            Avant de faire un deuxième article sur l’Occident, je tiens juste à rappeler qu’aucun pays ne s’est sorti de la misère en rompant toute relation avec ledit « monde occidental ». Les discours enflammés contre l’impérialisme et le néocolonialisme n’ont jamais nourri personne, et étaient souvent le fait de gens qui étaient eux-mêmes des despotes. L’Asie orientale a montré la voie : discrètement, puis de plus en plus vite, elle a acquis un potentiel industriel qui fait que les anciennes puissances coloniales – et le Japon – ne peuvent plus traiter des pays comme la Corée du Sud, et demain bien plus de nations sud-asiatiques, pour quantité négligeables. Créer de la puissance pour répondre à la puissance, c’est la voie la plus efficace pour échapper à la domination, aux conflits et à la pauvreté.

 

            Oublions l’anti-impérialisme, oui au pan-impérialisme !

 

 

PARTIE ANNEXE (25 avril 2011) : L’Europe est-elle plus atteinte de la maladie impérialiste que les autres continents ?

 

            Faisons un détour vers l’impérialisme européen, puisque c’est pratiquement le seul que dénonce la gauche radicale, tant dans l’actualité que pour les siècles précédents. Dans le cas de la colonisation (occidentale, à partir du 16ème siècle), la question n’est pas de savoir au nom de quelles idéologies les européens se seraient arrogé le droit de partir à la conquête du reste du monde (question que nombre d’anticolonialistes posent peu lorsqu’il s’agit des conquérants arabes ou mongols). Les explications du colonialisme français, au 19ème siècle, comme résultant des « idées des Lumières », la gauche française voulant « apporter les lumières aux races inférieures », me paraissent, au fond, vaines ou déplacées. Les idéologies colonialistes sont apparues après le colonialisme lui-même. Ces idéologies furent avant tout des enrobages du produit, pour le vendre aux populations métropolitaines au fur et à mesure que celles-ci deviennent des démocraties. Il est également absurde d’aborder la question coloniale en cherchant à savoir pourquoi « l’Europe », ou « l’homme blanc », pris comme un seul bloc, auraient décidé de conquérir le reste du monde.

 

            La colonisation européenne est le produit de la concurrence entre les états. Portugal, Espagne, Angleterre, France et Pays-Bas s’y sont mis dans les deux siècles qui ont suivi les voyages de Christophe Colomb. Des cités italiennes, des royaumes scandinaves, et même la Pologne-Lituanie ont brièvement tenté leur chance. Que ces conquêtes aient été profitables est très sujet à discussion sur le long terme. Les métaux précieux des Amériques ont surtout amené l’inflation à l’Espagne, et n’ont nullement empêché son déclin. La perte de ses colonies n’a jamais plongé un état européen dans le déclin (dans le cas espagnol, le déclin du 17ème siècle s’est amorcé alors que l’empire était plus grand que jamais), et des pays sans colonies significatives (la Suisse, la Suède, le Danemark) sont devenus très riches au cours de la Révolution Industrielle.

 

Donc l’explication de la colonisation par son gain (le mythe de «l’Europe enrichie par le pillage du reste du monde ») est très incertaine. Ce qui l’est moins, c’est l’appétit du gain que l’aventure coloniale représentait. Si les européens colonisaient, ce n’était pas parce qu’ils y gagnaient, mais pensaient gagner sur le long terme. Une colonie est un investissement qui peut n’être rentable que sur des décennies. Mais si un territoire à prendre recèle potentiellement des ressources insoupçonnées et vitales, le laisserez-vous passer entre les mains du concurrent, parce que vous n’êtes pas sûr ? Laisserez-vous le voisin contrôler un détroit stratégique ? Mettre la main sur des régions populeuses, où il pourra taxer le travail et surtout recruter des troupes indigènes ?

 

La colonisation européenne n’est ni une « erreur » sur le plan tactique, ni la preuve d’une tare morale et culturelle des européens. Qu’on puisse la déplorer sur le plan moral est une chose, mais dans la politique réelle (realpolitik pour ceux qui ont oublié leur langue), elle était inévitable. D’autres continents n’ont pas vu émerger la même dynamique, faute de développement suffisant des techniques, des états, ou de la concurrence entre eux. C’est ce dernier point, et non l’insuffisance technologique, qui a enfoncé la Chine dans la stagnation. Quand l’Europe découvre pour de bon les Amériques, la Chine, sous l’empire issu de Kubilaï Khan, n’a pas de concurrent sérieux. A part les dynasties chinoises entre elles : Ming, Qing, ou entre chinois et mandchous, mais à l’intérieur du même empire. Le voisin japonais se ferme sur lui-même au 17ème siècle. L’Indochine et l’Inde sont très divisées (le sultanat moghol périssant sous les coups marathes et britanniques au 18ème siècle). Lorsque les européens arrivent aux abords de l’Empire du Milieu, celui-ci s’aperçoit que son sommeil a trop duré.

 

La suite dans l'article sur l'Occident.

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 23:58

 

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 Préférer la dissuasion à l'affrontement brutal.

Voici l’article promis il y a quelques jours, où je dois parler des réponses que l’on peut apporter au problème de la prostitution. Je dois prévenir le lecteur de deux choses. D’abord, je vais aborder des sujets variés en apparence, en expliquant cependant dès le départ ce qu’ils ont de commun. Ensuite, je vais faire des propositions qui pourraient paraître comiques à première vue, mais qui sont en fait sérieuses. D’ailleurs, des propositions en apparence délirantes peuvent très bien être sérieuses en fait.

Je vais donc parler à la fois d’un problème comme la prostitution, mais aussi des luttes contre l’alcoolisme, le tabagisme, la délinquance routière. Pourquoi ? Parce qu’il me semble que ces fléaux ont une caractéristique commune, et que les traitements qui me semblent pertinents contre eux ont eux aussi un lien en commun. Ce lien, c’est ce que j’appellerai la stratégie du contre-risque. J’expliquerai pourquoi dans la suite mais commençons par le commencement.

Les fléaux addictifs : délinquance routière, dépendance à l’alcool et au tabac, prostitution

En quoi ces quatre sujets sont-ils reliés ? Quoi de commun entre les accidents de la route, les cancers du poumon, les cirrhoses, et la prostitution ? Le point commun, c’est que ces quatre problèmes peuvent être considérés comme des fléaux addictifs, c’est-à-dire qu’ils sont dus à un comportement addictif, à une dépendance. La mortalité routière est largement due à une tendance à la vitesse excessive chez un certain nombre de conducteurs (1), couplée dans de trop nombreux cas à la consommation d’alcool ou de drogues. Les dépendances au tabac et à l’alcool ne sont un mystère pour personne. Et la prostitution résulte aussi de cette dépendance aux pulsions sexuelles qui pousse à fréquenter une filière virant parfois à l'asservissement des femmes (il existe des prostituées libres, mais combien d'esclaves?). Le rôle de l’addiction est ce qui relie ces quatre sujets. Et c’est aussi par ce biais que l’on peut relier ces quatre problèmes, si l’on s’intéresse aux moyens de les combattre.

Les individus sont-ils rationnels ?

             Commençons par la mortalité routière. Même si elle continue de faucher plusieurs milliers de vies par an en France (moins de 5 000), elle n’en a pas moins nettement chuté par rapport à la situation du début des années 70, où 17.000 personnes restaient sur le bitume en un an. Notons d’abord une chose. Les libéraux dénoncent dans la politique de répression mise en place par l’Etat depuis les années 70 (ceinture de sécurité, permis à point, renforcement des amendes et peines contre les violations des limitations de vitesses et les responsables d’accidents…) une atteinte aux libertés individuelles. L’individu étant rationnel, le fait de réprimer des comportements individuels avant même qu’ils n’aient provoqué de catastrophes (2) revient à infantiliser les individus. Loin de moi l’idée de vouloir défendre l’infantilisation des citoyens, mais dans l’histoire de la délinquance routière, un fait remet en cause l’idée de la rationalité des individus. En effet, si les individus sont rationnels, alors pourquoi, dans les années 70, la simple consultation des statistiques de la mortalité routière n’aurait-elle pas incité les automobilistes à changer leurs comportements ? Voir que  17.000 personnes meurent sur les routes françaises devrait inciter à modérer sa vitesse, à respecter le code de la route, à s’assurer du bon entretien de son véhicule. Il a fallu trente ans pour que le nombre de décès soient divisés par trois (alors que la population montait d’un quart). Alors peut-on parler d’un comportement rationnel chez la plupart des individus concernés ? On pourrait faire le même raisonnement pour l’alcoolisme et le tabagisme. Sauf que ces deux fléaux s’accompagnent d’une dépendance biologique et psychologique à la consommation. On peut mettre à part le sujet de la prostitution, car le client n’est pas vraiment lui-même la victime de son comportement. Mais la lutte contre la prostitution aura besoin du même expédient que nous allons aborder, à savoir le contre-risque.

Le contre-risque

             Pour lutter contre l’insécurité routière, l’Etat a utilisé massivement la menace de la sanction financière, voire de l’emprisonnement, ou du retrait de permis. Toutes ces sanctions sont peu appréciables (normal pour une sanction) pour celui à qui on les inflige, mais notons qu’elles sont tout de même très inférieures au risque que l’Etat cherche à nous épargner : la mort ou un handicap lourd dans un accident routier. Alors que la lecture des statistiques de la mortalité routière des années 70 n’a pas fait réfléchir et réagir les automobilistes, la crainte pour le portefeuille ou le permis a en revanche eu un effet net, notamment au début des années 2000, où l’on passa de 7-8000 morts annuels à un peu plus de 4000. L’Etat a recouru à ce que j’appelle le contre-risque : opposer à un risque connu et gravissime, mais face auquel les individus n’ont que trop peu tendance à se protéger eux-mêmes, un risque bien moins grave (une amende ou un retrait de permis) mais dont l’effet psychologique est bien plus décisif.

             Bien sûr, cette politique est critiquée, certains y voient un état policier, et elle s’encombre d’absurdités pratiques et juridiques (par des emplacements de radar abusifs notamment). Mais il est difficile de faire autrement pour un sujet tel que l’automobile, ou alors guère différemment (3).

Le contre-risque adapté au tabac et à l’alcool.

L’Etat tente de plus en plus d’appliquer cette logique à la lutte contre le tabagisme. Ainsi les interdictions de fumer dans un nombre croissant de lieux publics, ou l’augmentation du prix du tabac. Pour l’alcool, l’offensive est plus timorée, étant donné la plus grande importance de l’économie viticole et alcoolière par rapport à l’industrie tabagique. Les réactions sur le caractère liberticide de cette politique ont été bien plus virulentes que pour la répression de la violence routière (4).

De mon point de vue, l’Etat a raison de s’engager contre ces deux addictions mortifères, qui causent à elles seules 10 à 20% de la mortalité en France (entre 50.000 et 100.000 décès annuels, sur 550.000 dans notre pays). Cependant le fait de procéder par interdictions n’est pas la meilleure façon d’exploiter la stratégie du contre-risque.

Il y aurait une façon à la fois plus amusante, plus libérale et plus efficace de réduire la dépendance au tabac et à l’alcool. Il s’agirait tout simplement de rendre la consommation de ces produits dangereuse. Elle l’est déjà, me direz-vous, et des milliers de gens le paient de leur vie. Mais il s’agirait de la rendre immédiatement dangereuse, et avec un danger d’une bien moins grande gravité et qui arrive bien plus vite. C’est là l’application la plus intelligente du contre-risque.

Concrètement, cela signifierait la distribution par l’Etat (ou sous son contrôle (5)) de cigarettes de mauvaise qualité, vendues de façon indiscernable des autres cigarettes dans les mêmes paquets. Des cigarettes puantes par exemple (plus que les cigarettes ordinaires). Le genre de clopes qui, même si elles ne constituaient qu’un exemplaire sur 3, 4 ou plus, pourraient faire passer l’envie à de nombreuses personnes de recommencer, et pas par crainte du cancer du poumon. Pour la distribution d’alcool, même pratique : une fraction minoritaire des bouteilles pourrait être injectée d’un additif qui les rendrait imbuvables, sans être dangereuses pour la santé. Pour le tabac comme pour l’alcool, les consommateurs pourraient tenter de détecter après l’achat les produits consommables des autres ; mais ils auront quand même payé plus cher en achetant plus d'unités. Et même si les consommateurs raisonnables de tabac ou d'alcool pourront toujours distinguer après coup les bonnes unités des mauvaises, les addicts (poivrots ou fumeurs invétérés) seraient forcément piégés à un moment ou à un autre. Ils pourront tenter de s’approvisionner par des filières illégales. Mais l’Etat pourrait également organiser lui-même ses réseaux « clandestins », et refiler également des cigarettes et binouzes pourries.

Ce dernier point pourrait soulever des critiques sur le fait que l’on pousserait les consommateurs à acheter un produit de mauvaise qualité. Ce qui serait savoureux quant on sait la quantité de poisons que l’on peut trouver dans une simple cigarette.

Le contre-risque adapté à la prostitution

              Nous arrivons maintenant au sujet de la prostitution. Face à ce problème, deux approches principales se dégagent : d’abord la tendance prohibitionniste, qui vise à interdire la prostitution, et pourquoi pas à sanctionner les clients. C’est par exemple ce que fait la Suède. Mais la critique courante de cette tendance est qu’elle a principalement amené la prostitution à s’organiser dans des lieux reculés, où les victimes de ce trafic sont encore plus maltraitées, impossibles à suivre pour les associations d’aide aux prostitué-e-s, et à l’abri de la surveillance policière. S’est donc opposée au prohibitionnisme la tendance qui veut la régularisation du commerce sexuel, avec un encadrement. Les prostituées, ou plus sûrement leurs proxénètes, deviennent des «entrepreneurs»  ayant pignon sur rue. Les partisans de cette approche considèrent que puisque la prostitution est un phénomène qui a toujours existé, et qu’on ne peut le supprimer, alors autant l’officialiser, pour pouvoir lui donner un meilleur suivi social. C’est dans cette veine que reviennent les propositions de rouvrir les maisons closes, avec le soutien de politiciens de l’UMP mais aussi d’Europe Ecologie.

             Comme le pointaient les féministes écrivant dans l’Huma que je citais dans le précédent article, cette approche « régulationniste » est loin d’avoir tenu ses promesses. Dans une maison close, une esclave reste une esclave. Qu’elle soit retirée de la rue et donc de la violence des délinquants survenant au hasard des chemins n’empêche pas qu’elle soit toujours exposée à la principale source de violence que subissent les prostitu-é-s, celle du client ou du proxénète.

             Je m’en tiendrai donc à l’approche prohibitionniste : la prostitution doit être abolie, ou du moins grandement diminuée, pas encadrée. Mais je tiens compte des critiques contre l’action répressive de la police, qui aurait plus pour effet de rejeter la prostitution dans l’ombre que de la réduire.

             La stratégie du contre-risque dans le cas de la prostitution consistera à créer un risque pour celui qui fait l’objet d’une addiction, donc le client. C’est lui qui doit être menacé. Mais pas par une répression policière visible, décelable et au final contournable. Le client court déjà des risques, comme celui de contracter une maladie sexuellement transmissible. Mais c’est un faible frein. Le vrai risque serait que le simple fait de demander une passe expose le client à un risque physique immédiat. En clair : que le client risque de se faire casser la gueule par une fausse prostituée qui serait en fait une vraie flic.

Problèmes de droit

             Cette proposition peut paraître surprenante voire choquante. Envoyer des policières (ou des policiers travestis) à des affrontements avec des particuliers peut sembler être une mise en danger des agents des forces de l’ordre (or, n’est-ce leur métier ?). Aussi, cogner de simples clients peut sembler trop sévère, et illégal. Mais la loi peut changer : la passe pourrait être assimilée à un viol, et le client à un violeur. Les policiers ne traqueraient pas les clients. Mais un client molesté qui viendrait se plaindre de son traitement serait alors directement assimilé à un violeur.

             Cette méthode aurait l’avantage de pouvoir se glisser partout : les vraies-flics fausses-putes pourraient agir tant sur le trottoir que par Internet, dans de fausses maisons closes…Et ne laisser aucun lieu où la prostitution pourrait se réfugier. Certes, cette tactique ouvrirait une brèche dans le principe de l’habeas corpus, c’est-à-dire le droit de chacun à l’intégrité de son corps : la police aurait le droit de violenter quelqu’un sans qu’il ne s’agisse de légitime défense. Mais cette remarque est naïve : frapper sans être en légitime défense, les forces de police ou pénitentiaire le font dans les commissariats, lors des expulsions, ou dans les prisons.

             A l’inverse, que fait-t-on du droit à l’intégrité des prostitué-s, surtout lorsqu'elles/ils n'ont pas choisi ce métier ? Et de toute façon, une prostituée "libre", connue de ses clients, pourra toujours exercer. Il ne s'agit donc pas de proscrire tout échange de passes entre adultes consentants.

Le véritable problème: la motivation démocratique

                    On ne saura traiter ces quatre sujets liés à des addiction sans aborder le problème central : encore faut-il que le pouvoir s'intéresse vraiment à la question. La vidéo de Mélenchon dans le précédent article pose tout à fait le problème : Mélenchon se justifie en disant qu'aucun électeur ne lui parle de la prostitution. Et en effet, les prostituées sont peu nombreuses, et votent sans doute peu. Pour ce qui est du tabac et de l'alcool, la contestation d'une partie de l'opinion s'est manifestée, et ce fut également le cas pour l'insécurité routière. Aux élections régionales de 2004, qui furent (déjà) une défaite de l'UMP, un député de la "majorité" fut contraint d'admettre le problème, et lâcha qu' "il vaut mieux perdre la voix d'un imbécile que perdre des vies".

                     Il n'est pas impossible d'avoir des militant-e-s anti-prostitution décidé-e-s, tout comme il en existe contre l'insécurité routière. Encore faut-il faire partager leurs motivations. Peut-être faudra-t-il primer ceux qui prouveront que l'Etat n'a pas libéré les esclaves des proxénètes?

 

En conclusion, je développe simplement ce qui fait le fil rouge de l’article, à savoir la stratégie du contre-risque. Elle consiste, face à un fléau résultant d’un comportement addictif d’un grand nombre d’individus, à combattre ledit fléau en créant un risque lié à l’addiction elle-même, qui sera moins dangereux que le mal que l’on veut éviter, mais plus immédiat. Dans certains cas, la stratégie du contre-risque ne peut consister qu’en une répression policière (cas de la délinquance routière). Mais dans d’autres cas (lutte contre l’alcoolisme, le tabagisme ou la prostitution), cette stratégie constitue une alternative à la surveillance policière traditionnelle, car le risque nouveau se situe dans la consommation même du produit addictif, non dans le contrôle policier. Elle pourrait être plus efficace, mais aussi plus libérale.

Car, en fin de compte, on n’interdit à personne de se procurer du tabac, de l’alcool ou même une passe. On ne fait que créer un risque (donc incertain) nouveau à ceux qui tentent. Il existe probablement des prostitué-e-s « libres », c’est-à-dire des gens qui se vendent sans être sous la coupe d’un réseau de proxénètes et qui ne le font même pas pour survivre. La stratégie que je propose ne les empêche pas d’agir. Elle rend juste la situation beaucoup plus hasardeuse pour les clients.

Certains ont reproché aux politiques étatiques de répression du tabagisme ou de la délinquance routière d’incarner la dérive de l’Etat vers un « Etat-nounou » infantilisant. Je propose pour ma part de gagner quelques années d’âge mental en passant à l’Etat-farceur. L’Etat pour adultes, ce serait l’idéal. Mais il suffit de voir le comportement de certains citoyens  vis-à-vis des autres ou de leur propre intégrité  pour comprendre que ce n’est pas pour demain.

 

(1)     Des études contestent que ce soit la vitesse moyenne des conducteurs présents sur un tronçon de route qui cause les accidents, mais que ce seraient les écarts élevés entre les vitesses des différents conducteurs qui aggraveraient le risque. Mais même en admettant cela, il n’en reste pas moins que le meilleur moyen de réduire la variance des vitesses reste de rouler à une vitesse modérée !

(2)     Ce qui signifie que pour certains libéraux, on devrait attendre qu’un chauffard ait blessé ou tué des gens pour le sanctionner. Punir quelqu’un qui roule à 200 kms/heures est une atteinte à la liberté. Ne riez pas, j’ai réellement lu ces affirmations, et au premier degré.

(3)     Des libéraux considèrent que la répression étatique de la délinquance routière est en soi une mauvaise solution, liberticide et inefficace. Ils proposent à la place une régulation par les assurances automobiles (qui animent déjà en France la Sécurité Routière), en leur donnant le droit de placer sous les capots de leurs assurés des mouchards qui relèveraient les vitesses moyennes du véhicule. Et ajusteraient donc la prime d’assurance en fonction de la conduite de l’individu. On se doute qu’un assuré qui refuserait le mouchard aurait droit à une surprime, puisqu’il représenterait selon toute vraisemblance un risque de sinistres élevé. On voit donc difficilement en quoi cette politique laisserait du choix à l’individu, en quoi elle serait libérale, et pas plutôt « liberticide ».

(4)     Et ce avec un emploi abusif du terme « fasciste » pour désigner la politique antitabac du gouvernement. Un vocable qui non seulement banalise le fascisme, mais aussi pourrait lui donner une connotation positive ( le fascisme mussolinien avait-il pour but de diminuer la mortalité cancéreuse et de sauver des vies ?).

(5)     Rappelons que l’ancienne société publique tabagique, la SEITA, a été privatisée en 1995 et renommée ALTADIS suite à une fusion en 1999.

 

 

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Published by DiadoreCronos - dans Misanthropie
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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 01:04

      Suite à la réaction d’un commentateur (qui se reconnaîtra), j’ai refait l’introduction de cet article. Cet article parle d’abord de certains travers du discours d’une partie des féministes (soyons prudent), que ce soit par la manipulation de statistiques ou des raisonnements misérabilistes au sujet des femmes, pour aller ensuite aborder le thème de la misandrie, c’est-à-dire la haine de l’homme en tant que tel. Pour constater que le discours anti-hommes, tenus par des hommes comme par des femmes, est assez généralisé, dans une société non féministe mais qui cultive des « valeurs féminines ». Et nous finirons par une réponse de fond contre ce discours sexiste anti-hommes, et une conclusion.

Edition de janvier 2015 : l'article a été légèrement corrigé, sa conclusion raccourcie.

La journée du 8 Mars

                 Pour le 8 Mars, je n’ai rien fait. Cette journée est pourtant une création de l’Internationale socialiste (sur proposition de Clara Zetkin, en 1910, mais sans date fixée à l’époque). Mais je n’y participe pas. Parce que je n’en vois pas l’utilité, considérant que les luttes pour l’égalité des genres sont une œuvre continue. Tout comme le sont les dévoiements de la lutte féministe, qui ne se cantonnent pas non plus au 8 Mars. Car des dévoiements, il y en a. De façon analogue, en ce qui concerne les luttes pour les droits des étrangers et immigrés, nous avons également eu une initiative impertinente, avec la fameuse « journée sans immigrés » prévue pour le 1er Mars. Et qui a fait un flop monumental. Heureusement d’ailleurs.

                 De la même manière que la « journée sans immigrés » tentait d’imposer, même sous les tournures enjolivées des organisateurs, un rapport de force entre natifs et immigrés, la journée de la Femme suppose qu’il existe généralement une oppression de la femme, imputable bien entendu aux hommes en tant que bloc. De la même manière que la « journée dans immigrés » supposait que le trader asiatique a les mêmes intérêts que le technicien de surface sénégalais, la journée de la femme suppose que la bourgeoise hautement diplômée ou héritière et la chômeuse se retrouvent aussi dans le même camp. Peut importe que la première peut plus facilement échapper aux discriminations à l’emploi, aux salaires inégaux ou aux charges ménagères qui menacent la seconde.

La domination masculine ? Ou certaines dérives du féminisme…

                 Généralement, je rejette la notion de « domination masculine » comprise comme l’existence de deux classes que seraient les hommes et les femmes, la première classe exploitant la seconde. Je me base simplement sur le fait que la plupart des hommes n’exercent en rien une domination sur les femmes, et ne sont nullement responsables des discriminations qui les frappent. La très grande majorité des hommes ne sont ni chefs d’entreprise ni  recruteurs ni même managers, et ne peuvent donc être responsables des inégalités dans l’accès à l’emploi ou dans les différences salariales entre hommes et femmes. Les différences dans le partage des tâches ménagères ont aussi pour cause le temps de travail inégal entre les genres, les hommes travaillant en moyenne plus que les femmes, et les premiers étant moins touchés par le chômage et les temps partiels que les secondes. Or là encore, l’immense majorité des hommes ne sont pas responsables de cet état de fait. La très grande majorité des hommes ne commettent pas de violence envers les femmes, ni physiquement, ni mentalement.

                 On peut aussi évoquer « l’exploitation » que subirait la femme au foyer. A la fin des années 90, le Quid estimait que, rémunérée aux prix du marché des services ménagers, l’activité d’une femme au foyer vaudrait 12 000 francs par mois (1820 euros de l’époque). Peut-on parler d’une exploitation économique de la Femme par l’Homme ? Non, car cette activité ne profite pas seulement au conjoint, qui ramène également une masse salariale (de fait souvent supérieure à celle de sa conjointe) et qui la partage avec elle, mais aussi à la femme elle-même et l’œuvre de la femme au foyer profite aussi largement aux enfants. Ainsi, contrairement à l’exploitation capitaliste mesurable directement par la dividende ou l’intérêt, il n’y a pas d’évidence générale de ce que le travail d’une femme au foyer rapporterait plus à son conjoint que ce que celui-ci dépense en temps de travail et en argent pour sa conjointe.

                 La question se pose bien entendue encore bien moins pour les célibataires, ou les couples homosexuels. Eriger en « classes » les deux genres est donc complètement impertinent. La réalité est que nous vivons dans une société où l’essentiel du pouvoir politique, économique et culturel est détenu par une partie des hommes, et où des discriminations contre les femmes (ou du moins une partie d’entre elles) sévissent, mais où la grande majorité des hommes ne sont pas dominants.

Manipulations autour de la violence faite aux femmes

                 A propos du comportement de l’homme « moyen » envers les femmes, citons le cas des violences conjugales, visées spécialement par une loi récente spécialement nommée « contre les violences faites aux femmes ». Cette loi a fait réagir certains, pas spécialement à gauche, comme Eric Zemmour, ou le blogueur euro-centriste Eolas : faire une loi qui s’attaque aux violences contre les femmes mais pas aux violences contre les hommes, c’est créer une discrimination inacceptable dans le cadre d’une république (d’ailleurs la loi a dû être élargie aux deux sexes pour être constitutionnelle). De même, les propositions du Front de Gauche visant à créer des centres d’accueils pour les femmes victimes de violence ou une aide financière pour les femmes seules avec enfants sont discriminatoires : il y a des hommes qui se font chasser de chez eux, et 15% des familles monoparentales sont masculines. Rien ne justifie de les ignorer.

Bien que Marie-Georges Buffet ait voué Zemmour aux gémonies (en commentant par le petit bout de la lorgnette ses arguments), et bien que celui-ci soit un anticommuniste viscéral pas toujours très visionnaire (1), il n’en reste pas moins que Zemmour a raison sur au moins un point. La violence contre les hommes n’est pas une vue de l’esprit, ni un cas théorique, mais une réalité, surtout si l’on s’intéresse aux violences psychologiques, pour lesquelles les femmes sont au moins autant armées que les hommes.

                 Le site La Cause des Hommes, se revendiquant comme « hoministe » et « opposé à tous les sexismes » rappelle que, s’il y a effectivement une femme qui meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint, il y a aussi un homme tué par une femme tous les treize jours. Parmi les réactions de ceux qui veulent que l’on continue de ne parler que de la violence des hommes envers les femmes, et pas d’autres violences, on a les arguments suivants : « les meurtres d’hommes par des femmes ont souvent été précédés de violences masculines » : mais même si c’est le cas, un antécédent violent ne signifie pas que le meurtre ait été commis en légitime défense, seul cas où la culpabilité du meurtre pourrait être absoute. Ou encore : « de toute façon, les femmes constituent l’immense majorité des victimes de violences au sein du couple, donc il faut se concentrer sur le plus urgent ». Un homme tué tous les treize jours, ça fait quatre fois moins qu’une femme tuée tous les trois jours, mais ça ne crée pas une « immense majorité » de femmes victimes pour autant. Sur le site du ministère de l’intérieur, on peut constater que s’il y a 570 homicides recensés par les forces de police et de gendarmerie, on a 77 femmes impliquées en tant qu’auteures du crime (2) ! Et de toute façon, que dirait-on d’une loi qui constaterait que la grande majorité des assassiné-e-s sont des blanc(he)s catholiques, et qui alors se focaliserait uniquement sur les assassins de blancs catholiques ? Et si, lorsque l’on ferait remarquer aux promoteurs de la loi qu’il y a aussi des noirs ou des musulmans qui se font tuer, ceux-ci répondraient : « Oui, mais c’est minoritaire. Concentrons-nous sur les cas les plus urgents » ?

                 Un chiffre continue de circuler depuis le début des années 2000 : celui de « 10% de femmes battues en France ». Cette statistique se basait sur l’Etude Nationale sur les ViolEnces Faites aux Femmes (ENVEFF). Et donc on en a conclut que 10% des femmes, toutes catégories sociales confondues, se faisaient boxer chaque soir par leur époux ou concubin, et que 10% des hommes étaient physiquement violents. Dès 2003, notamment avec la parution de l’essai d’Elisabeth Badinter « Fausse route », cette étude était éclaircie : ce 10% rassemblait en fait toutes les violences recensées, en se basant sur les témoignages de femmes (ceux des hommes n’intéressant pas l’étude), violences pourtant très diverses par leurs natures. En réalité, 1 à 2% des femmes s’étaient révélées victimes de violences physiques. C’est toujours trop, et déjà largement assez pour faire plus d’une centaine de mortes par an. Le reste, ce sont les violences psychologiques, bâties autour des injures, des menaces, du mépris exprimé par des insinuations et remarques blessantes, etc… bref, une violence morale que les femmes sont parfaitement capables d’exercer en retour contre les hommes ! Et qu’elles exercent, pour une partie d’entre elles : toujours selon « la Cause des Hommes », en interrogeant les hommes sur les violences morales subies, on trouve également un ordre de grandeur tournant autour de 10% de victimes parmi les hommes…En prenant bien sûr tout cela avec des pincettes, car, comme Zemmour avait raison de le préciser, la violence morale fait largement appel à la subjectivité, et est donc difficilement traitable par les tribunaux.

Des combats sans intérêts contre le « porno »

                 En parlant de subjectivité, évoquons un sujet sur lequel certaines féministes perdent leur temps, alors qu’il serait autrement plus précieux s’il était consacré à des situations vraiment dramatiques que connaissent des femmes. Ce sujet est celui des publicités dites « sexistes ». Je suis défavorable à la publicité par principe, mais pas sur la base de cet argument. Non pas qu’il n’existe aucune publicité réellement sexiste (le slogan « je la lie, je la fouette et elle passe à la casserole » d’une marque de crème fraiche du début des années 2000 s’en approchait beaucoup), mais la plupart des réclames indexées comme telles ne méritent pas ce jugement. En 2008, à la Fête de l’Humanité, j’ai pu trouver des placards qui atteignaient la quintessence de ce délire. Les imprimés en question dénonçaient la marque Orangina, rebaptisée Mach’Orangina, pour sa campagne publicitaire. Rappelez-vous, le vendeur de boissons pulpeuses utilisait des animaux à silhouettes humaines, représentant presque tous des femmes lascives, assises sur des blocs de glace – en train de fondre, évidemment. Comme dans chacune des dénonciations des « pubs sexistes », on avait droit à la « réduction de la femme à l’objet sexuel ». Et en plus, des accusations de racisme (il y avait une panthère noire parmi les bestioles, c’était bien évidemment une illustration d’un cliché raciste sur les femmes noires). Et le seul personnage masculin, un ours musclé, était décrit comme « dominant » (alors qu’il était dessiné à genoux et quasiment nu !).

                 Je n’ai jamais accroché à ce discours, tout en n’étant aucunement amateur ni consommateur de prostitution. Tout simplement parce que, contrairement à ces « militants » antipub, j’en reste à la notion de responsabilité individuelle et de logique, pas de « symboles ». Lorsque je vois une publicité pour une marque de lingerie avec un mannequin (et que voudriez-vous d’autre pour illustrer le produit ? des soutiens-gorges posés sur une table ?), je ne lis nullement que la femme est un objet sexuel, et qu’il faut que j’en consomme immédiatement et sans modération. Je sais que la mannequin en question a été volontaire et rémunérée, et que si ce n’était pas le cas, une plainte pourrait déjà être déposée avec les lois en vigueur. Il ne me dérangerait pas de voir des publicités avec des hommes nus ou presque, il y en a déjà eu, mais la libido féminine est généralement moins basée sur le visuel, ce qui fait qu’en dehors de la presse gay, ce genre de publicité est peu rentable.

                 Les militants anti- « pubs sexistes » clameront également que les publicitaires considèrent les hommes comme des obsédés sexuels, mais dans les faits ce sont eux qui, par leur indignation, révèlent qu’ils considèrent les hommes comme incapables d’interpréter ces pubs autrement que comme une incitation au viol. D’ailleurs, il n’existe pas à ma connaissance d’étude démontrant le lien entre l’exposition de publicités dénudées et le niveau de violence sexuelle dans une société développée.

Mythologie autour de la répartition des tâches ménagères

                 Un autre thème qui revient très souvent est la question des tâches ménagères : récemment, une enquête insistait sur le fait que la distribution de ces tâches dans les couples hétérosexuels n’avait quasiment pas changé au cours des dernières décennies. Le site La Cause des Hommes rappelle les biais que rencontrent souvent ce genre d’études : 1) ne prendre en compte que les avis des femmes, supposées objectives, les avis des hommes étant jugés sans intérêt (ce n’est pas le cas de l’enquête précitée, qui interroge aussi des hommes, mais moins que de femmes) ; 2) se focaliser sur certaines tâches généralement occupées par les femmes, et ignorer celles où les hommes sont nettement plus actifs (jardinage, bricolage, entretien de la voiture). Et, très généralement, ces enquêtes sont reprises par la presse comme preuve de l’oppression des femmes au sein du couple. Cette déduction n’a pas lieu d’être. Premièrement, parce que pour parler d’oppression des femmes, il faut dire quels sont les moyens de pression que les hommes utiliseraient. On vient de le voir plus haut, dans la très grande majorité des cas, ce n’est pas la violence, ni physique, ni même morale : 90% des femmes ne s’en déclarent pas victimes. Le fait que les hommes travaillent plus longtemps et sont moins souvent au chômage (même si, actuellement, les hommes sont les premières victimes de la flambée du chômage) joue aussi, mais comme nous l’avons déjà cité, les hommes ne sont généralement pas responsables du chômage ou du temps partiel de leur conjointe. Ensuite, il existe une minorité non négligeable de femmes (La Cause des Hommes mentionnait une étude plaçant le chiffre à 20% des interrogées) qui refusent de partager les tâches avec leur conjoint, puisqu’elles estiment que ce n’est pas son rôle. On peut aussi, dans certains cas, renverser l’analyse : des femmes peuvent refuser à leur conjoint de faire des travaux domestiques parce qu’ils seraient incompétents (du coup c’est l’homme qui est victime de violence psychologique !), et le monopole de l’entretien du foyer devient une source de pouvoir pour la femme au sein du couple, et non la signification de son oppression. Les bourdieusiens nous expliqueront sans doute que ces femmes ne font qu’intégrer les valeurs imposées par la domination masculine… Et on en vient au schéma général de l’homme parasite et oppresseur (même quand aucune forme de violence n’est pointée par la conjointe), et de la femme éternelle mineure, incapable de négocier avec son homme, et forcément opprimée même quand la pression masculine est nulle.

La misandrie au quotidien

                 On avait également atteint des sommets avec Clémentine Autain, qui, en 2006, face à unE journaliste sceptique, maintenait son affirmation que la répartition des tâches défavorable aux femmes et le viol n’étaient que deux points d’un même continuum, celui du patriarcat. Cette affirmation, mettant en lien un refus de faire la vaisselle et une agression sexuelle, s’inscrit dans une dérive dénoncée – à juste titre- depuis des années : celle d’une partie des féministes vers la misandrie. La misandrie, pour ceux qui n’ont pas de dictionnaires, c’est la haine de l’homme, du mâle en tant que tel. Elle n’a a priori rien à voir avec le féminisme, qui est la lutte contre les injustices réellement infligées aux femmes et l’accession pour elles de l’égalité avec les hommes. Généraliser la condamnation du violeur à celle d’une grande partie du genre masculin qui ne passe pas assez le balai à la maison, c’est une forme de misandrie. On peut aller beaucoup plus loin, et constater que le discours misandre est le seul discours haineux, essentialisant, et catégorique qui puisse s’exprimer sans contrainte sur la scène publique.

                 Par exemple, Alain Souchon pouvait déclarer que « l’humanité est une décision de femmes » et considérer que « les hommes font des enfants pour en faire de la chair à canon ». Un professeur de médecine russe pouvait écrire dans un article que « si les hommes avaient la charge de la procréation, l’humanité aurait disparue depuis longtemps » parce que « les femmes ont un altruisme que les hommes n’ont pas ». Une comédienne dont j’ai oublié le nom sans peine peut déclarer sur un plateau de télévision que « les femmes sont plus courageuses que les hommes » en se basant sur le fait que…les femmes seraient plus directes pour rompre une relation amoureuses (les poilus de la Grande Guerre seraient agréablement surpris d’apprendre que le vrai courage n’est pas d’affronter les obus de l’ennemi, mais de savoir rompre un couple). Ou encore cette commentatrice de Rue89 qui écrivait que si les femmes sont majoritaires parmi les infirmières ou les institutrices, c’est parce que les hommes refusent les métiers impliquant le dévouement et l’attention. Dans l’esprit de cette femme, toutes les tâches ingrates d’exécutantes et les métiers du social sont donc occupés par des femmes, tandis que tous les hommes seraient cadres, contremaîtres ou professeurs. Elle n’a sans doute jamais entendu parler des ouvriers agricoles, des ouvriers spécialisés, des vigiles, des routiers, etc…

Au cinéma, la misandrie symbolique est très courante. Un exemple parmi mille avec le film Avatar, où, chez les humains, la sagesse et le Bien sont bien entendus figurée par une femme (Sigourney Weaver, dont j’aurais préféré qu’elle reste le lieutenant Ripley de la série Alien), et la déraison, la terreur brute et le Mal sont figurés par un colonel tout ce qu’il y a de plus « viril » et ultramusclé. Ou encore, pour remonter dans le temps, dans Terminator 2 (James Cameron, 1992), où, vers la fin du film, Sarah Connor inflige cette leçon de morale à l’inventeur (masculin bien entendu) du monstre Skynet qui va quasiment détruire l’humanité : « Vous [les hommes, les inventeurs] croyez être créatifs, mais vous ignorez ce que c’est que de sentir un être grandir et bouger en vous… ». Donc, parce qu’ils n’ont pas d’utérus, les hommes ne sauraient être véritablement créatifs. Cette tirade on ne peut plus mièvre et sexiste revient à reprendre en les inversant les jugements médiévaux sur l’incapacité de la femme à la création. Ségolène Royal a largement utilisé sa féminité comme argument (c’était même son principal argument) en 2006-2007, promettant de faire à la France ce qu’elle a fait pour ses enfants en tant que mère (alors que, pour ma part, avoir François Hollande pour géniteur me tentait assez peu).

                 Imaginez seulement que, dans ces citations, on remplace le mot « hommes » ou ses équivalents par noirs / arabes / juifs / gays ou tout simplement « femmes », et les auteurs de ces propos auraient récolté des procès en nombre en moins de 24 heures. Le discours misandre est un discours sexiste, injurieux, basé sur de fausses évidences. Les hommes seraient historiquement responsables de tout le mal commis sur Terre (Catherine de Russie n’a-t-elle pas réduit des centaines de milliers de paysans au servage ? La reine Victoria, même si son pouvoir était symbolique, s’est-elle servi de son aura pour s’émouvoir et dénoncer les famines dans l’Empire des Indes ?), responsables de la très grande majorité des actes de violence, de la pollution, du capitalisme (même si ce système a de fougueuses groupies féminines, d’Ayn Rand à Laurence Parisot en passant par Maggie Thatcher - seule femme au monde à laquelle feu le chanteur Renaud voulut bien reconnaître des torts dans une chanson purement et bêtement misandre des années 80).

Une société jeuniste et efféminée, mais hostiles aux vrais jeunes et aux vraies femmes          

Le discours misandre est loin d’être uniquement le fait de femmes, comme nous l’avons vu. A l’inverse, la grande majorité des femmes refusent de s’abaisser à la misandrie (mais on me traitera de misogyne quand même, hein). Ce discours est devenu, malgré la persistance d’inégalités tout à fait réelles en défaveur des femmes, une des récurrences idéologiques de la société actuelle : Jacques Séguéla nous annonçait à la fin des années 90 un an 2000 « en rose bonbon », et « gouverné par les valeurs  féminines » (car il est bien évident que dialogue, écoute, compréhension et amour sont du domaine féminin, voyons, et les hommes ne peuvent au mieux qu’emprunter ces valeurs…). Jean-Pierre Raffarin, du temps de son passage à Matignon, reprenait les chiffres de l’ENVEFF comme quoi « 10% des hommes sont violents » sans chercher davantage de détails ni s’interroger sur la violence morale que peuvent exercer les femmes, quand Elisabeth Badinter posait clairement la question. Même si, comme le note La Cause des Hommes, des tribunaux ont reconnu le caractère sexiste de certaines publicités contre les hommes, la misandrie garde le droit de cité.

                 Nous ne sommes évidemment pas dans une société féministe, c’est-à-dire qui garantirait une égalité réelle aux hommes et femmes, et encore moins qui privilégierait les femmes (même si celles-ci sont majoritaires dans certains domaines, tels l’éducation primaire (3) ou bientôt la médecine). Mais nous sommes dans une société efféminée, au sens où elle valorise une certaine conception de la féminité, peu importe qu’elle corresponde à la réalité. Ainsi, quelle pertinence a le discours sur le dialogue, la compréhension, l’absence de violence physique, la modération dans les propos, les buts et les moyens, tout cela vu en tant que « valeurs féminines », quand on songe à la violence dont les femmes réelles sont capables, violence révolutionnaire notamment, par exemple avec les pétroleuses de la Commune, les parisiennes de 1789, les femmes de la Résistance ?

                 On peut établir un parallèle entre le caractère efféminé mais pas féministe de la société française, et son caractère jeuniste mais antijeune. En effet, contrairement à ce que croient certains lorsqu’ils dénoncent la domination du « jeunisme », notre société n'est pas favorable aux jeunes. Ainsi les jeunes réels, pour un grand nombre d’entre eux et selon leur appartenance de classe, écopent largement de la précarité, de la pauvreté, et sont généralement loin d’être avantagés par la société où ils vivent. Cette société n’en est pas moins « jeuniste » au sens où sont nettement dévalorisés l’âge, la dégradation physique ou encore la diminution de la sexualité que l’âge entraîne, et où beaucoup de vieux sont laissés au chômage puis à des retraites pauvres. L’idéal dominant d’une société dont les élites sont composées d’individus généralement quadragénaires ou plus, c’est un homme de 50 ans, bien entendu riche et bien inséré dans le système capitaliste, avec tout son vécu derrière lui, et avec le corps d’un homme de 20 ans, mais sans la pauvreté, l’inexpérience et les incertitudes de cet âge. Pour la société efféminée, l’idéal est une élite (dans les faits généralement masculine) faisant régner à son profit les valeurs dites « féminines » qui ont pour intérêt principal de répudier toute violence (potentiellement révolutionnaire), de vivre plus longtemps avec moins de heurts physiques (ce qui se rapproche plus d’une vie féminine). Mais cette élite refusera bien entendu de céder ses places à des femmes dans les faits.

De l’utilité du genre masculin : au fond, à quoi peuvent bien servir les hommes ?

Attention : le passage qui suit est rédigé dans un ton volontairement provocateur.

                 L’acceptation du discours misandre s’appuie largement sur son aspect a priori « réaliste », voire « évident ». N’est-il pas évident que la grande majorité des criminels sont des hommes ? Que la totalité des dictateurs, hormis 2-3 reines ou impératrices, furent des hommes ? Que les plus grands conflits de ce monde (et les petits aussi), les génocides, les massacres, les traites esclavagistes…furent décidés par des hommes ? Ne sont-ils pas aussi à l’origine de la plupart des fléaux modernes, de la pollution à la corruption ? N’est-il pas évident que les hommes seraient plus « égoÏstes », « immatures », vaniteux, sales, irresponsables que les femmes ? Ne sont-ils pas dépassés par elles à l’école, dans les études ? Ne sont-ils pas généralement surpassés par leurs sœurs dans les exercices qui demandent de la concentration et de la discipline ? Les femmes ne font-elles  pas preuve de plus de courage dans bien des situations ? N’est-il pas évident qu’il faudrait que les femmes deviennent le genre dominant, et tout irait pour le mieux ?

                 Vous trouverez peut-être ce discours excessif. Tant mieux pour vous. Mais d’autres le tiendront pour vrai. Je suis même étonné, à supposer qu’on l’accepte, que la Nature ait pu créer une telle dichotomie dans une même espèce, un genre concentrant toutes les tares, et l’autre toutes les qualités.

                 Et au fond, en continuant plus loin, à quoi servent les hommes ? Puisque les femmes peuvent tout faire – de la procréation au travail manuel et intellectuel, et systématiquement mieux que les hommes, si ce n’est dans les tâches exigeant de la force physique, ce que la technique enverra bientôt aux oubliettes de l’histoire -, pourquoi la Nature a-t-elle créé le genre masculin ? Les biologistes évolutionnistes ont leurs réponses : parce que la reproduction sexuée permet une plus grande diversité des combinaisons de gènes, ce qui permet d’avoir des individus aux qualités plus variées, rendant l’espèce plus apte à la survie. Il est donc important d’avoir un grand nombre de mâles et de femelles, et que les accouplements soit divers (la fidélité entre deux individus est tout sauf naturelle…). Mais quand même, pourquoi autant de mâles que de femelles ? Et pourquoi cette bizarrerie d’avoir créé des mâles physiquement forts, et des femelles plus faibles (4), alors qu’en toute logique, on aurait eu intérêt à l’inverse ? Il aurait été plus rationnel d’avoir des femelles, porteuses de vie, fortes, et des mâles petits et malingres, vivant peu longtemps, comme les mâles fourmis, sortes de larves un peu développées qui de toute façon meurent au moment de l’accouplement (contrairement aux femelles) puisqu’ils ne servent quasiment à rien en dehors de la fécondation des femelles.

                 Et d’ailleurs, puisque les hommes ne servent à rien, font tout plus mal que les femmes, sont quasiment les seuls fauteurs de violences, pourquoi ne se passe-t-on pas d’eux ? Après tout, les techniques d’insémination, voire de clonage, permettraient de se passer de reproducteurs mâles, avec peut-être un peu de perte au niveau de la diversité génétique, mais bon, pas d’omelettes sans casser d’œufs, non ? Ou, au pire, ne conserver que 10 ou même 1% des hommes pour la perpétuation de l’espèce ? N’était-ce pas le récit des Amazones, cette nation presque exclusivement féminine, où les nouveaux-nés mâles étaient soit tués, soit estropiés dès la naissance afin de servir les femmes ?

                 Il y a quelque chose de vrai dans ces dernières lignes : oui, apparemment, la plupart des hommes sont dispensables pour l’humanité. Mais justement, j’en tire la conclusion inverse des misandres. Les hommes sont la partie sacrifiable du genre humain, et c’est justement ce qui en fait la dignité. L’identité profonde de la virilité réside dans la notion de sacrifice. En cas de catastrophes, ce sont en premier lieu les hommes qui doivent disparaître, se sacrifier. Oui, mais, me direz-vous, nous avons la chance de ne plus avoir à faire face à de grandes famines, des guerres ou autres épreuves pouvant emporter des millions des nôtres. Et puis la guerre, aujourd’hui, étant donné le niveau technologique atteint, fait peu de morts (dans nos rangs), et est « propre » ! En fait, les guerres récentes ne sont peu couteuses en vie et « propres » (pour nous), que parce que des armées occidentales (en particulier celle des USA) affrontent des armées bien plus faibles en nombre et technologie (en Iraq ou en Afghanistan). Lorsque deux armées équipées de technologies de pointe et disposant de troupes en masse devront s’affronter, la technologie ne réduira pas mais augmentera considérablement les pertes.

                 Et il ne faut pas voir la notion de « sacrifice » uniquement sous sa forme mortifère. Cela n’évoque pas nécessairement les larmes et la souffrance : le sacrifice, c’est tout dévouement de l’existence à une cause ou un projet qui dépasse une simple vie. Ce peut-être la science, l’exploration, la mise en valeur d’un territoire, sa colonisation, la construction d’œuvres…tout simplement le travail, en dehors de l’économie domestique, autarcique, la production au-delà de la simple survie. Et là aussi, le genre masculin, justement parce qu’il est sacrifiable, trouve toute son utilité. Car si la femme peut donner la vie, l’homme ne peut donner que la sienne. Quitte à me fâcher avec certaines, je pense que si l’humanité n’avait été composée que de femmes, ou d’une majorité de femmes accompagnées d’une minorité de petits mâles destinés à féconder puis mourir aussitôt, alors l’humanité en serait sans doute restée à la préhistoire. Non pas parce que les femmes seraient plus bêtes ou moins courageuses que les hommes. Même la moindre force physique des femmes ne serait pas vraiment en cause. L’obstacle majeur serait l’épuisement des femmes et la forte mortalité en couches, surtout à une époque où la mortalité élevée des enfants obligeait à de nombreuses grossesses. Le genre masculin représente donc une main d’œuvre indispensable à l’humanité, pour qu’elle puisse tenter ses expériences, ses essais et ses erreurs, découvrir de nouveaux espaces, maîtriser les outils (et ce quand bien même les premiers outils auraient été développés par les femmes), puis les armes, puis la guerre.

                 Parlons-en de la guerre : comme tout le monde, j’espère ne jamais avoir à en vivre une. Mais, contrairement à beaucoup, j’estime que l’existence des guerres ne prouve en rien que l’humanité serait une espèce tarée. De façon cynique, ou tout simplement matérialiste, je dirais même que l’existence des guerres prouve la rationalité de l’humanité. Les êtres humains sont individués, nous avons chacun une conscience que les autres ne peuvent réellement sonder et réciproquement. Donc nous ne pouvons avoir une confiance totale envers les autres, et nous devons organiser chacun notre défense. Le moyen le plus efficace est de constituer des groupes, des tribus, des nations, en sachant que d’autres font de même. Il faut être puissant pour se défendre. Et le meilleur moyen d’être puissant est de s’agrandir. Les guerres ont été inévitables pour créer des états et des empires. Et ces structures politiques reposant sur la violence ont été les indispensables vecteurs de la sécurité des échanges et des propriétés (l’analyse marxiste qui fait commencer les états avec l’apparition des classes de propriétaires et de serviteurs n’est donc pas impertinente). Et par là progressaient les civilisations. Pas une civilisation ne s’est complètement passé de l’art militaire et des structures étatiques : ni la civilisation chinoise, ni les indiennes, ni la latine, ni les cités grecques, ni les empires islamiques, inca, aztèque…

                 Alors oui, les hommes sont des fauteurs de guerre. Mais sans guerre, pas d’état, pas de civilisation, pas de science, pas de découverte du monde. Et pas de colonisation des Amériques (les premières sociétés coloniales européennes en Amérique étaient largement masculines, d’où un niveau de violence élevé). Les féministes radicales américaines devraient donc savoir que sans les hommes, elles ne seraient pas américaines, elles n’auraient aucune des inventions de la société industrielles (ni la voiture, ni la machine à laver, l’électricité, l’aspirateur, le sèche –linge, la pilule contraceptive ou la péridurale) et qu’elles n’existeraient sans doute pas. Et au final, l’état de paix générale dans lequel se trouvent aujourd’hui la plupart des pays du monde (Afrique, Proche-Orient et plusieurs coins d’Asie exceptés) est plus dû à un équilibre des forces entres les nations et les systèmes d’alliance qu’à une quelconque « évolution morale » de l’humanité.

                 Et imaginez un monde sans conflits, où les êtres humains se feraient généralement confiance : il n’y aurait certes pas de guerre…Mais une minorité mal intentionnée pourrait prendre le pouvoir, d’autant plus facilement que la majorité des autres seraient trop peu méfiants pour s’armer, et alors les despotes pourraient infliger leur cruauté comme bon leur semble sans risquer de réaction violente de la part des opprimés. Alors, un monde de méfiance, avec la possibilité de guerres, ce n’est pas forcément la pire des choses.


Alors, cette identité masculine, qu'en est-il ?

               
  Il est courant en sociologie et en psychologie de gloser sur l’actuelle dissolution de l’identité masculine. Nous vivons dans une société ou apparemment, la force physique ne sert plus à rien (en réalité, c’est un mythe de classe, puisque les travaux manuels pénibles impliquant des efforts lourds sont loin d’avoir disparu pour les ouvriers ou travailleurs des services), où l’existence apparaît tranquilisée (du moins pour le travailleur aisé, considéré comme le point de mire et la destination finale de l’espèce humaine). Et on débat de la frustration de ces pauvres hommes qui ne savent plus quoi faire de leur virilité. En réalité, il n’y a pas de nature masculine ni féminine, et il n’y aura jamais de manuel de ce qu’est un vrai homme ou une vraie femme. Il y a en revanche des capacités biologiques différentes, qui impliquent des responsabilités différentes entre les hommes et les femmes.

Mais les individus peuvent choisir de les assumer ou pas. Mais ils doivent en assumer les conséquences. N’en déplaise à certains, je considère que la pression sociale – dans la limite de la courtoisie – sur les personnes, et dans les faits plus souvent sur les femmes, pour qu'ils/elles fassent des enfants, est justifiée. En effet, le choix de ne pas faire d'enfants implique de rejeter sur les autres personnes, notamment les autres femmes, la responsabilité de perpétuer l’espèce. Un tel choix peut aussi aboutir à ne pas prolonger du tout l'humanité. Ceci ne signifie évidemment pas qu’une femme ait l’obligation de faire le plus d’enfants possibles et que sa vie se réduise à cela. Pour un homme, le problème ne se pose pas de la même manière, puisque si 10% des hommes fécondent à eux seuls toutes les femmes, la perpétuation de l’espèce est assurée. Mais un homme qui refuse le sacrifice, par exemple un objecteur de conscience qui refuse de toucher une arme, mérite le mépris. A titre tout personnel, je suis également assez intolérant vis-à-vis de la notion d’homme au foyer. Qu’un homme ne travaille pas parce qu’il ne trouve pas d’emploi est une chose compréhensible. Qu’il gagne moins que sa conjointe n’a pas d’importance. Mais un homme qui refuse de chercher à travailler mêrite le mépris. D’une part parce qu’il se retrouvera en situation d’infériorité face à une conjointe qui assumera toute la partie financière de la vie du ménage, tout en occupant une partie de l’activité domestique, dont notamment l’éducation des enfants. Ne serait-ce que pour des raisons biologiques évidentes, la mère est au moins aussi proche de ses enfants que le père (4). Si en plus l’homme est retiré du domaine professionnel, il devient le membre secondaire du couple. Mais surtout, un homme qui ne cherche pas à travailler et préfère l’activité au foyer refuse la notion de sacrifice. Non pas que le travail domestique ne soit pas un travail : mais contrairement à un emploi, qui implique le risque de licenciement, de mauvaises affaires, voire de faillite, le travail domestique implique peu de risques, et constitue non pas un projet mais une activité récurrente.

              Je considère tout personnellement que pour la femme, le travail est une liberté, un moyen d’émancipation, mais que pour l’homme, c’est un devoir. Une femme qui refuse de travailler – si elle peut matériellement se le permettre - et de ce fait s’extrait du risque professionnel ne nuit pas à la société, tant qu’elle garde la possibilité d’assumer ce que seules les femmes peuvent faire, à savoir la gestation. Un homme qui refuse de travailler se refuse à faire ce qui peut être exigé des hommes et d’eux seulement : le sacrifice au travail.

Conclusion : la misandrie, inutile et inepte

                 Ceux qui auront lu les précédentes lignes penseront peut-être que je suis réactionnaire, que j’impose des rôles normés à l’homme et à la femme. Je les invite à relire pour bien comprendre. Bien au contraire, la conception de la virilité que je cite (je ne l’invente pas, elle me semble trop évidente), la virilité par le sacrifice, serait plutôt progressiste. En tout cas bien plus que la virilité définie par la reproduction, qui se mesure au nombre de conquêtes féminines (alors qu’au fond, peu importe que 90% des hommes ne se reproduisent pas…)…et qui mène immanquablement au machisme, au mépris des célibataires et à l’homophobie.

Je vous invite sinon à imaginer une société où les individus ne seraient pas invités à avoir de rôle envers la collectivité. Ca tombe bien, nous y sommes, du moins dans l’idéologie de la consommation et du capitalisme : il n’y a plus de responsabilité envers le collectif, seulement des intérêts individuels. Que les français ne fassent plus assez d’enfants, ce n’est pas grave, on importera des immigrants. Que le travail soit aliéné (au sens marxiste du terme : le travailleur ne possède pas ce qu’il produit et ne le décide pas) n’est pas grave : il n’y a plus de projet pour lequel le sacrifice est possible, seulement des ventes de travail et des jouissances ("Seigneur Dieu, il oppose le sacrifice et la jouissance, il parle comme Pétain !" se diront les amateurs d’amalgames). Dans ce contexte de société capitaliste développée où la majorité de la population n’est plus en situation de survie, mais trop aliénée pour être en situation de projet, la plupart des hommes se retrouvent dans une situation d’inutilité (quand ils ne travaillent pas ou peu, ou quand ils ont un travail facile mais peu rémunérateurs), soit en situation de dépossession, s’ils ont un travail difficile et usant, mais adopté par nécessité, et sans réelle utilité collective. Un vigile qui garde un stade de foot, à moins d’être fan de foot lui-même, aura peu l’impression d’être utile à la société. Son épouse, si elle a eu des enfants, aura eu la satisfaction d’avoir engendré une famille. L’homme aussi, mais il y aura eu objectivement une moindre part.   

La misandrie, ce n’est pas le féminisme. Elle n’aide en rien les femmes face aux véritables oppressions qu’elles subissent, ne serait-ce que parce que la misandrie fausse les diagnostics sur la violence ou l’organisation au sein du ménage. 



(1)    En 2008, Zemmour prédisait que Cohn-Bendit ne réussirait pas à ranimer les Verts, politiquement morts selon le journaliste. Malheureusement, Zemmour s’est trompé.

(2) Il faut aller voir dans ce document, à la page 3, et regarder les deuxième et troisième lignes de statistiques, se rapportant aux homicides, notamment les dernières colonnes sur la droite.

(3) En n’effet, n’oublions pas que les femmes sont très majoritaires dans l’enseignement en maternelle, à l’école primaire, et fort bien représentées dans l’enseignement secondaire (mais moins dans le supérieur). Ce qui, en plus du temps consacré par les mères à l’éducation (plus long en moyenne que celui des pères) amène logiquement à penser que les femmes sont en premières lignes dans la transmission des valeurs. Donc on peut se poser la question : si des générations de jeunes hommes machistes et immatures se sont succédées, n’y a-t-il pas un début de responsabilité –fut-il complètement involontaire- dans l’éducation prodiguée par les femmes ? En version plus claire : n’oublions pas que les machos ont en premier lieu été élevés par des femmes…

En tout cas ne manquez pas ce très bon texte d’un ancien professeur de français qui décrit les inégalités en défaveur des garçons dans l’enseignement secondaire, sur le site de l’Observatoire du Communautarisme.

(4) Pour ceux qui auraient besoin d'explications, ce lien mère-enfant est plus fort que le lien père-enfant car 1) la mère a (sup)porté l'enfant neuf mois, quand l'oeuvre du père s'est peut-être réduite à quelques minutes; 2) la mère est sure de sa parenté avec les enfants, le père pas souvent. Et, que vous le vouliez ou non, l'évolution nous a programmé pour vouloir la transmission de nos gènes.

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Published by DiadoreCronos - dans Misanthropie
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