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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

     www.pourlecommunisme.com est un site qui s'attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l'idéal communiste, faillite économique, etc...). Il ne fait la promotion d'aucun régime existant ou ayant existé par le passé, s'efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l'avenir.

     Vous êtes anticommuniste et voulez débarasser le monde d'un jeune fou qui, selon vous, risque de faucher à nouveau des millions de vies?

Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis?

Vous voulez simplement parler du communisme?

Alors ce blog est pour vous.

 

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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 23:43




L’offensive lancée par l’armée israélienne sur Gaza en est à plus de 350 morts côté palestinien, la majorité d’entre eux étant censés être membres du Hamas, et avec eux, inévitablement, quelques dizaines de civils.

Abordant là un sujet plus que polémique, c’est mon premier billet concernant Israël et la Palestine. Je ne vais pas surprendre grand-monde en annonçant que je suis plus de ceux qui ont envie d’engueuler Israël que de ceux qui ont envie d’engueuler le Hamas.

Pas parce que le Hamas aurait mes faveurs, loin de là. Ce mouvement a largement montré, au cours des affrontements inter-palestiniens avec le Fatah, ce que signifiait pour lui l’exercice du pouvoir. Et sa « moralité » a été largement étalée depuis sa création dans les années 80, au cours des innombrables attentats perpétrés contre des civils israéliens. Si j’avais un levier qu’il suffirait d’enclencher pour changer tous les membres du Hamas en fiottes incapables de toucher une arme, je le ferai. Cependant, je n’ai pas ce levier. Le Hamas doit être considéré comme un mur : il a toujours dit la même chose, veut toujours la même chose (la destruction d’Israël) et ne négocie pas. On peut dénoncer un mur lorsqu’on le trouve au milieu de son chemin. Au bout d’un moment, il faut trouver un moyen de le contourner.

Israël intervient officiellement pour riposter aux tirs de roquettes dont le sud israélien fait l’objet depuis la bande de Gaza, sous contrôle du Hamas depuis les affrontements de 2007 entre palestiniens (« coup d’état militaire » selon Israël). De par le monde, on trouvera bien des gens « éclairés » et « courageux » pour mettre en équivalence 4 morts israéliens et 350 palestiniens, tout comme on justifiait bien en 2006 un millier de morts libanais et 140 gazaouis par une centaine de morts israéliens (la vie du non-israélien s’est dévaluée depuis, telle la livre sterling face à l’euro). Il vient un moment où la disproportion n’est plus seulement une gène dans une opération militaire, mais où elle inverse la charge des culpabilités. Si tu me donnes une claque et qu’ensuite je t’arrache la tête, c’est moi le coupable.

Les israéliens sont les seuls à savoir ce que sont la guerre et le terrorisme, bien entendu. Et nous, français qui vivons en paix, sommes forcément des enfants gâtés qui n’y connaissons rien. « Confrontée au terrorisme, n’importe quelle nation réagirait comme Israël », entendait-t-on en 2006. Donc, en 1995, la France, frappée par des attentats dont l’origine était clairement liée à l’islamisme algérien, aurait donc dû déclarer la guerre à l’Algérie et bombarder ses villes et bleds. Tout comme, en 2006, Israël faisait de fait la guerre au peuple libanais parce que le Hezbollah était basé au Liban. Fort heureusement pour les français et surtout les algériens, la France de 1995 n’était pas gouvernée par Ehud Olmert.

Je donne mes positions

 

Sur la question israélo-palestinienne, on est sorti depuis longtemps du débat pour aller au procès. Je donne donc d’entrée de jeu mes papiers :

 

Antisémite : non je ne le suis pas. Je ne m’oppose à l’existence d’aucune ethnie ou famille d’ethnies. Bien qu’opposé aux idées mêmes de toute religion (car toute religion est basée sur des arguments d’autorité), je ne conteste à personne le droit de pratiquer la sienne, pourvu qu’elle ne consiste pas en la destruction d’autrui.

 

Antisioniste : Au sens basique du terme, non. Je trouve nécessaire qu’il existe un état pour les juifs. Ou, plus exactement, un état pour les victimes de l’antisémitisme. Ce sont les états qui reconnaissent les autres états, pas des individus. Je souhaite que la France soit un état laïc, c’est-à-dire un état qui ne reconnaîsse pas les religions, ne s’en serve pas et ne les serve pas. Pour une France laïque, la religion juive est inconnue au bataillon, car un état laïc n’est pas censé connaître le sens du mot « Dieu ». Par contre, l’antisémitisme, comme vague de violences commises contre un groupe de personnes – et il est important de noter que les antisémites ne se soucient pas de savoir si leurs persécutés sont croyants ou pas- existe. Et à ce titre, la France doit supporter l’existence, non pas d’un état juif, mais d’un état-refuge pour les victimes de l’antisémitisme. Et cet état est Israël.

 

            Cependant, si le sionisme désigne la création d’un état juif sur l’intégralité du territoire des antiques royaumes hébreux, ou sur toute la Palestine britannique de 1947, en déni d’un état pour les arabes locaux (les palestiniens donc), alors, refusant ce projet, je suis donc antisioniste. En réalité je ne me dis ni sioniste ni antisioniste, tant qu’on ne précise pas clairement la définition.

 

Antisionisme=Antisémitisme ? Clairement non. L’argument magique des sionistes pour démontrer cette égalité est que contester aux juifs leur droit d’avoir un état (les juifs auraient donc l’obligation de se reconnaître comme une nation ; un juif vivant en France est un juif avant d’être un français) revient à leur refuser un droit qu’on accorde à d’autres peuples, et que cela est donc un racisme antijuif. Cet argument est illogique, car même pris dans son acception radicale (refus total d’un état dédié au juif), l’antisionisme ne dit pas nécessairement que les juifs n’ont pas le DROIT d’avoir un état, mais qu’ils n’en ont pas nécessairement le BESOIN ou l’INTÉRÊT. Des juifs sont antisionistes car ils considèrent que seul le Messie peut ramener les juifs en Terre Promise. Des juifs sont de fait antisionistes en se considérant comme patriotes français, américains, britanniques, et non comme patriotes juifs, malgré les oukases sionistes.

 

Le fait que je ne partage pas tout à fait l’opinion de ces gens (puisque je pense qu’il est nécessaire d’avoir un état pour les juifs et les victimes de l’antisémitisme en général, je suis donc sioniste a minima) ne signifie pas que pour moi, ne pas vouloir d’un état juif soit une opinion criminelle.

 

Partisan d’un état palestinien ? Oui. A la différence que, contrairement à d’autres, j’ai vu que l’Histoire, au cours des dernières années, a démenti cette idée que nous nous faisions, pro-palestiniens, que l’évacuation de territoires comme la bande de Gaza diminuerait le terrorisme en donnant enfin un début d’état aux palestiniens. Je pense toujours que c’est l’occupation qui génère le terrorisme, et non le contraire. Cependant, le Hamas a clairement montré que l’occupation a suscité un terrorisme qui ne veut aucune concession avec Israël, et qui ne cessera son combat qu’avec la destruction de l’Etat Hébreu (qu’il n’aura jamais).

 

On m’objectera que Gaza est en réalité passée de l’occupation à un blocus sévère, renforcé encore depuis 2006. Certes. Cela n’a pas empêché que le Hamas montre la conception qu’il a du pouvoir, même après être passé par un processus électoral pour arriver majoritaire : voter pour le Hamas, c’est voter pour la dernière fois.

 

La construction d’un état palestinien est la seule voie possible. Certains partisans d’Israël affirment souhaiter l’annexion de toute la Palestine dans Israël, pour que les palestiniens bénéficient du niveau de vie (pas excellent d’ailleurs) et de la démocratie israéliens. Ces idées là doivent surtout avoir cours loin de Tel-Aviv ou Jérusalem. Par une plus forte natalité, les non-juifs (musulmans surtout, mais aussi chrétiens) finiront fatalement, au bout de quelques décennies, par devenir plus nombreux que les juifs, et alors un état englobant dans Israël Gaza et la Cisjordanie – sans même parler de retour des réfugiés palestiniens – ne pourrait plus être l’état juif.

 

Et votre état palestinien, je vous le sers dans quelles frontières ? Celles de 1967. On ne reviendra pas dessus. Elles ont été acquises au bout d’une lutte défensive des israéliens contre plusieurs dictatures arabes. Conformisme de pensée de ma part, peut-être, mais une position « rebelle » ne serait que vaine, ou génératrice de nouveaux affrontements hautement dispensables.

 

Récapitulons.

 

Je me mets à la place du lecteur qui fait le tour de ce que j’ai écrit depuis le début de l’article :

               -donc Israël est en tort de mener ses offensives, tant au Liban qu’à Gaza ;

               -il faut créer un état palestinien ;

               -mais le principal parti palestinien, par les urnes, est le Hamas, et c’est un mouvement terroriste avec lequel on ne peut négocier. Il faudrait donc, si l’on ne s’abuse, pouvoir effacer ce parti dans l’avenir qu’on souhaite pour cette région du monde, non ?

               Donc Israël a tort, mais il faut un état palestinien sans le ou les partis plébiscités par les palestiniens (le Fatah a lui aussi ses branches terroristes). On se sort comment de cette équation ?

 

               Israël a effectivement tort car il est juge et partie dans son face-à-face –bien réel- avec le terrorisme. Israël ne fait pas que « se défendre » depuis des décennies de colonisation en Cisjordanie. Israël ne peut pas réagir sans cesse par des justifications telles que « N’importe quel autre état réagirait comme nous à notre place ». Peu d’états empiètent en permanence sur la souveraineté d’un autre – au point de nier son existence.

 

Il est absurde de conditionner la reconnaissance d’un état palestinien à l’arrêt complet du terrorisme : le terrorisme existera tant que les palestiniens n’auront pas une nation instituée et respectée, et c’est à l’état palestinien en premier lieu de supprimer des réseaux terroristes anti-israéliens sur son sol, tout comme c’est à l’état libanais qu’il revient de supprimer le Hezbollah.

 

               Bien sûr, Israël n’a jamais trouvé d’interlocuteurs crédibles pour construire cet état palestinien avec qui bâtir la paix. Oui, le Fatah n’a pas rompu avec le terrorisme – c’est un constat, indifféremment des différents contextes (désespoir de la population palestinienne, concurrence avec le Hamas,…) qui peuvent l’expliquer. Oui, il n’y a rien à tirer d’un dialogue avec le Hamas. Mais de l’autre côté, Israël n’a pas non plus appelé d’autres nations, par le biais des Nations-Unies, à prendre totalement la relève d’Israël, en supprimant toute présence de Tsahal dans la bande de Gaza et en Cisjordanie pour laisser à des forces internationales le soin d’éradiquer le terrorisme à sa place. Ce qui serait pourtant l’application réelle d’une justice internationale, et l’expression d’une volonté de mettre fin au terrorisme qui ne soit pas un paravent pour la colonisation.

 

               Dans un état palestinien démocratique, tout israélien doit avoir le droit de circuler, à condition qu’il se reconnaisse comme touriste ou immigré, et que la loi de l’état palestinien a cours là où il marche.

 

               C’est en cela, à mon sens, que devrait consister la « feuille de route », si l’on souhaitait la paix dans la région :

-       l’évacuation des colonies en Cisjordanie, la reconnaissance d’un état palestinien couvrant Gaza et la Cisjordanie, avec une libre liaison entre les deux ;

-       le remplacement des forces israéliennes et l’occupation de Gaza par une armée arabe internationale, formée et financée par les membres de l’ONU, chargée de faire de l’autorité palestinienne un véritable état démocratique et relativement transparent, d’y organiser des élections opposant des partis n’ayant pas de branche armée. Ce qui signifie donc, au passage, l’écrasement du Hamas et le désarmement du Fatah ;

-       le versement à Israël d’une caution de plusieurs milliards ou dizaines de milliards d’euros pour garantir le risque du terrorisme. Pour chaque attentat qui se produirait en Israël malgré la construction de l’état palestinien, Israël s’indemniserait en piochant sur la caution, qui serait sinon remise aux états finançant l’armée arabe au terme de plusieurs années de paix relative.

 

Certes, tout cela est purement utopique tant qu’on sait qu’Israël n’a pas intérêt à confier à quelqu’un d’autre l’occupation militaire de la Cisjordanie. Cependant, le cycle sans fin des offensives « pour gagner la guerre contre le terrorisme » doit nous faire douter de la volonté réelle de l’état israélien de solutionner le conflit.

 

J’aimerais, un jour, qu’au lieu des discours sur « l’irresponsabilité » du Hamas, ou la « disproportion des réponses » d’Israël, on trouve dans les communiqués du gouvernement français le constat suivant : « Nous ne pouvons que constater que l’état d’Israël ne lutte pas contre le terrorisme : il le cultive ».

 

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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 13:21


1er Octobre 2008 :

Je rédigerai l'article dans les prochains jours, voir ce soir si possible, mais je vous invite d'abord à lire le texte de l'intervention de Roland Muzeau: 


http://www.groupe-communiste.assemblee-nationale.fr/actualite/legroupe/lesdeclarations/RMuzeauAfghanistan220908.htm


Cette intervention me plait davantage que la plupart des discours plus ou moins énervés sur le retrait d'Afghanistan, car elle pose au moins le problème de l'après-retrait, ce qu'oublient bien souvent la plupart de ceux qui hurlent au retrait immédiat des forces occidentales. Il y a beaucoup de gens qui oublient ce qu'était l'Afghanistan "libre" (c'est-à-dire sans soviétiques ni américains) entre 1989 et 2001: guerres internes, chefs de guerre n'ayant, pour prendre l'exemple de Rachid Dostom, même pas besoin des talibans pour exceller en barbarie... Des gens dont le souci premier est de s'opposer aux USA et à l'OTAN, plus que de songer au sort des afghans...

14 Octobre 2008 :

Comme je l'avais annoncé, ma position diffère de celles qui ont fleuri après la mort en Août de dix français en Afghanistan (retrait immédiat des troupes françaises). Si les occidentaux (et pas seulement les français) se retirent d'Afghanistan, que devient le pays? L'issue la plus probable est le retour à une situation de guerre civile. Et puisque le retrait de l'OTAN ne se fera pas en un jour, les factions issues de l'Alliance du Nord, les chefs de guerre non talibans qui dominent le pays en dehors de Kaboul se tiendront prêtes à un retour des talibans, donc on aura une guerre civile durable.
La présence occidentale et le conflit prenant après le retour des talibans en 2002-2003, a déjà eu des conséquences très dures sur le pays. L'espérance de vie, déjà faible avant 2001 (aux alentours de 45 ans) a regressé de plusieurs années. Cependant, le retrait et la guerre civile qui s'ensuivrait n'améliorerait pas les choses.
Précisons d'abord quelques faits:
          - l'Afghanistan occupé depuis 2001 par les forces américano-britanniques de l'opération Enduring Freedom (moins de 20 000 hommes) et par plus de 50 000 soldats de la force internationale (ISAF) regroupant des membres de tout l'OTAN:
                        - au Nord de l'Afghanistan, des allemands, des norvégiens et suédois ;
                        - à l'Ouest, des italiens, bulgares, espagnols;
                        - au Sud, des américains, britanniques, des soldats du Bénélux;
                        - dans le secteur de Kaboul, les français, italiens, et quelques turcs;
                        - à l'Est de l'Afghanistan, hors Kaboul, des américains.

L'Etat afghan créé par les occidentaux avec à sa tête Hamid Karzai (ancien ministre du roi Zaher, déposé en 1973), dispose d'une armée de 70.000 hommes (l'Armée Nationale Afghane, ou l'ANA).

L'Afghanistan est, pour sa part, composé:
             - 40% de pashtounes, qui vivent au Sud (Kandahar) et à l'Est (Kaboul). Un nombre plus élevé encore de pashtounes  (le double de ceux qui sont en Afghanistan) vit au Pakistan. C'est de cette ethnie qu'est parti le mouvement taliban en 1994, qui prendra Kaboul en 1996 (les racines idéologiques du mouvement seraient en Inde). Hamid Karzai est lui aussi pasthoune;
              - 26% de tadjiks (la même ethnie que celle du Tadjikistan, ex-République Soviétique, au Nord) et 19% de Hazaras. Ces deux peuples, du Nord et de l'Est de l'Afghanistan, parlent des langues proches du persan (farsi), également parlé la moitié des iraniens;
              - le reste des afghans, à l'Ouest, au Nord, au Sud, est composé d'ouzbeks, turkmènes (au Nord), d'Aimaks (de l'Ouest), de quelques baloutches (au Sud), etc...

La dispersion de toutes ces ethnies est loin d'être simple, des minorités pasthounes se retrouvent par exemple au Nord et à l'Ouest du pays.

Pourquoi ces précisions? Car l'ampleur du conflit n'est pas la même selon les régions d'Afghanistan. C'est en pashtoune que les affrontements les plus violents ont lieu (et les français en ont fait les frais). Non pas qu'il n'y ait rien au Nord :  les allemands et les norvégiens ont mené ces dernières années plusieurs opérations (opérations Hakate Yolo et Karez) contre des forces supposées talibanes le long de la frontière ouzbèke. De même, les forces rebelles afghanes recensées ne se limitent pas aux talibans: par exemple, l'Imu (Islamic movement of Uzbekistan) dont l'objectif serait justement de mener la révolution islamique dans les républiques ex-soviétiques d'Asie Centrale, alignerait plusieurs milliers de combattants. Cependant, la plupart des mouvements combattants se trouveraient dans le Sud du pays, et une minorité serait composée de combattants à temps plein.

Ce que chacun devrait avoir en tête, suite à la division peuple pashtoune entre Afghanistan et Pakistan, c'est qu'il n'y a pas en réalité un conflit afghan, mais un conflit afghan et pakistanais. La ligne qui sépare les deux pays et le peuple pashtoune est une ligne dessinée par la conquête britannique (la ligne Durand) à la fin du XIXème siècle (1893). Avant cela, l'Afghanistan était plus étendu vers le Sud, et a connu au XVIIIème siècle des extensions plus grandes encore, vers le Baloutchistan (Sud-Ouest du Pakistan, le long du Golfe d'Arabie).
Les frontières actuelles de l'Afganistan ne sont que les limites de ce qui n'a pas été conquis par les britanniques et les russes. Au Sud de la ligne Durand, sévit un conflit entre l'état pakistanais et les islamistes, notamment dans la province du Waziristan. Le Pakistan, état très précaire, est dans une situation délicate: il doit à la fois régler cette guerre civile, tout en limitant l'intervention militaire américaine sur son sol: bien que le soutien matériel des USA soit probable dans les opérations menées par le gouvernement afghan, le récent premier ministre Zardari s'est opposé à une intrusion aérienne des forces de l'OTAN en y répondant par des tirs de sommation.

En Afghanistan, il n'y a que peu d'intérêt de comparer les effectifs des forces occidentales et de l'ANA contre les effectifs supposés des rebelles, talibans ou pas. Puisqu'en réalité, un important va-et-vient (replis et renforts) a lieu sur la ligne Durand; le gouvernement officiel afghan, bien qu'élu, est largement décribilisé par la corruption  et sa nature de narco-état. Les affrontements continus avec les rebelles font que la population afghane ne peut même pas reconnaître en lui le garant de sa sécurité. Alors que l'un des points qui rendaient supportable le régime taliban pour une partie de cette population (qui débordait de la seule ethnie pashtoune) était, outre la réduction de la production d'opiacées, la sécurité relative sur la majorité du territoire. De fait, nous ne sommes pas en conflit avec une minorité rebelle, mais avec un peuple. Ce sur quoi je minterroge actuellement est le fait qu'il s'agisse du peuple pashtoune (comme la répartition des combats semble l'indiquer) ou  d'une fraction plus large du peuple afghan.


Si cette hypothèse (le conflit est nettement plus intense avec les pashtounes qu'avec les autres peuples), alors je me permets ces suppositions, loin d'être assurées, juste pour en avoir (ou en espérer) des commentaires:

-il ne sert à rien d'exiger le retrait d'Afghanistan en disant que c'est au "peuple afghan" de construire lui-même sa démocratie, parce que le peuple afghan n'existe pas, tout simplement. Il existe par opposition au monde extérieur, mais n'a pas d'unité interne. Et l'Afghanistan actuel n'est qu'une fraction d'un territoire plus grand (comprenant les pashtounes pakistanais) qui existait avant le XIXème siècle;

-il pourrait être pertinent de réunifier les pashtounes afghans et pakistanais. C'est-à-dire: de construire un état démocratique dans la moitié Nord de l'Afghanistan, où les pashtounes sont minoritaires. Cela pourrait être l'occasion de changer la composition de l'actuel gouvernement afghan, dirigé par le pashtoune Karzai. Non pas que les pashtoune soient plus enclins à la corruption et au narco-trafic que les autres ethnies. Cependant, de nouvelles élections sur une autre base ethniques amèneront un changement des personnes, donc peut-être une épuration de ce gouvernement. Les forces occidentales auraient alors vocation à quitter le Nord de l'Afghanistan au plus vite;

-les pashtounes pourraient être intégrés à une démocratie pakistanaise. C'est en effet là, sur la consolidation et la démocratisation de l'état pakistanais, que devrait se porter l'attention des progressistes, et de nos gouvernements -s'ils étaient progressistes. Cela signifierait la fusion des fronts anti-taliban pakistanais et afghans, voire l'absorption de l'Afghanistan pashtoune dans le Pakistan. En tout cas, c'est une occasion de supprimer la ligne Durand qui ne correspond à rien sur le plan des peuples, et sert de fait de levier stratégique aux islamistes, offrant un refuge et des renforts aux talibans afghans. Là encore, les occidentaux devraient se retirer rapidement du territoire afghano-pakistanais, car il n'y aurait pas d'état démocratique qui se construirait sous occupation étrangère, surtout quand il a lui-même les moyens de se maintenir.

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2 janvier 2007 2 02 /01 /janvier /2007 21:23

 

J’ai reçu aujourd’hui un texte de l’Union des Révolutionnaires Communistes de France (URCF), condamnant l’exécution de Saddam Hussein.

Le texte dit entre autres :

 

« L’URCF condamne la mise à mort du président irakien Saddam Hussein, par l’administration Bush et ses agents compradores locaux. Ce simulacre de justice illustre la réalité d’une guerre colonialiste conduite pour le seul profit du complexe pétrolier par les impérialismes américains et britanniques.

 »

« Le président Saddam Hussein a refusé de plier devant les diktats des grandes puissances et d’obéir aux intérêts des magnats de l’OPEP. Nationaliste, il fit preuve parfois d’anticommunisme et commit des erreurs préjudiciables à son pays. Nous partageons cependant  l’analyse de Lénine selon laquelle, dans certaines circonstances de la lutte anti-impérialiste, la  cause de la bourgeoisie nationale dans les Etats opprimés s’avère infiniment plus juste en défendant l’intégrité territoriale et la souveraineté du pays que  celle des  dirigeants sociaux-démocrates des pays capitalistes qui conduisent les guerres de conquête comme le travailliste Blair, laquais de Bush pour satisfaire les intérêts boursiers de l’oligarchie financière ou celle de « communistes » (révisionnistes en fait) qui misent sur l’appui des puissances impérialistes pour leur « mission ». »

 

Je précise mes positions :

 

-sur la peine de mort : je suis contre en temps de paix. Mais pour un type comme Saddam, je n’ai pas envie de m’indigner.

 

-sur Saddam Hussein : les « révolutionnaires » de l’URCF ne pourront rien changer au fait que Saddam fut responsable, par sa guerre contre l’Iran, par la répression des kurdes, des chiites, par les centaines de milliers de disparitions sous son régime, d’au moins un voire deux millions de morts (ce dernier chiffre venant du Livre Noir de Saddam Hussein).

 

Il est tout à fait juste de rappeler les complicités occidentales vis-à-vis du régime baasistes, mais ça ne retire rien à la criminalité de celui-ci. L’URCF a donc raison de dire que l’Irak était un pays opprimé, mais par Saddam en premier lieu.

 

-sur la guerre d’Irak : fallait-il donc envahir l’Irak pour mettre fin à ce régime ? Quelle autre solution, disaient en 2003 les partisans de la guerre ? Et bien déjà, les USA et leurs alliés auraient pu mentionner de véritables prétexte, comme le caractère sanguinaire du régime irakien, plutôt que des mensonges sur des armes de destruction massive (ADM), qui, même si elles avaient existé, n’auraient pas vraiment menacé l’Occident. En effet, une guerre bactériologique ou même nucléaire lancée par l’Irak aurait rapidement conduit à l’emploi d’autres ADM, mais occidentaux ceux-là, sur Bagdad. Le risque de diffusion des armes par et pour des mouvements terroristes est un risque nettement plus sérieux, mais les liens supposés entre Saddam et Al-Qaeda semblent avoir été infirmés.

 

Les états occidentaux, à travers l’OTAN ou les Nations-Unies, auraient donc pu négocier avec l’Irak sur la question des droits humains, en exigeant l’abolition de la peine de mort (mais il est vrai qu’une telle demande serait surprenante venant de Bush), l’ouverture des prisons à des inspections, l’instauration d’un état de droit, quitte à devoir laisser Saddam Hussein dans un rôle monarchique à pouvoir réduit. Bien sûr, pour que ces négociations aient un sens, il fallait menacer l’Irak d’invasion, et la France aurait dû mobiliser des troupes dans le Golfe pour contribuer à la pression sur Saddam (mais la mobilisation n’est pas la guerre).

 

Au lieu de cela, pendant des mois de l’hiver 2002-2003, ont circulé des missions d’inspections sur des ADM évasives, Bush s’énervant que les missions ne puissent chercher ce qui n’existait pas. Et finalement, lorsque les inspecteurs commencèrent à faire état d’une plus grande coopération des irakiens, les USA et leurs alliés prirent l’initiative du conflit, sachant qu’ils ne décrocheraient pas le mandat onusien pour partir à l’assaut.

 

Je suis donc resté contre la guerre d’Irak, non pas parce qu’une guerre est forcément mauvaise (je suis plus mitigé vis-à-vis de la guerre d’Afghanistan, car autant on peut négocier avec un homme ayant des intérêts matériels comme Saddam, autant on ne peut pas négocier avec le fanatisme des talibans). Mais parce que l’on n’avait pas procédé de sorte à éviter le plus de morts possibles, en essayant de mettre fin aux crimes massifs de Saddam sans devoir lancer l’assaut. Bush Junior et ses alliés se sont donc bel et bien rendus coupables de milliers de morts, mais ça n’exonère pas d’être prudent vis-à-vis des chiffres.

Le bilan de trois ans de conflit en Irak

Une étude par sondage faisait état il y a quelques mois de la mort de 600.000 personnes en trois ans. Dès les mois qui suivirent le conflit, des sources de l’armée britannique témoignaient de 20.000 à 30.000 morts irakiens au cours de trois semaines d’un conflit qu’on avait cru « propre et rapide ».

 

On ne peut pas être sûr du chiffre de 600.000 victimes, d’autres estimations ayant fait état de 200.000. Ces morts ne sont pas tous dûs à l’action directe de l’armée US et de ses alliés, loin s’en faut. La dégradation des conditions sanitaires et économiques y est pour beaucoup, mais surtout le terrorisme permanent, les règlements de comptes entre personnes et communautés, ont déjà fait des dizaines de milliers de victimes et contribuent aussi largement au chiffre global. Aussi, quand l’URCF écrit :

 

« Mais un peuple libre ne saurait tomber ! Depuis, une large résistance irakienne à l’occupation porte des coups militaires de plus en plus rude à l’armada américano-britannique, l’obligeant à l’envoi de troupes supplémentaires malgré les recommandation de plusieurs experts américains liés à l’administration de Bush senior qui recommandait pourtant  un « désengagement » mais ce serait un aveu trop cuisant d’échec pour l’hôte de la maison blanche ! 

»

…ils oublient complètement que beaucoup des « résistants » irakiens ne sont tout bonnement que des terroristes, menant un combat moyen-âgeux anti-chiites ou anti-sunnites, ou tout bonnement islamistes, et qu’avec l’arrivée de ce genre de gens au pouvoir l’Irak ne risque pas de connaître la paix. A côté des « coups militaires » portés à « l’armada américano-britannique », il y a aussi des dizaines et des centaines de morts hebdomadaires qui étaient simplement des civils passés au mauvais endroit, jugés par leurs assassins comme étant de la mauvaise religion ou ethnie.

 

 

 

Condamner Bush et Blair est certes juste au regard de ce que j’ai écrit plus haut, mais décrire Saddam en combattant « anti-impérialiste » (lui qui avait déclenché une guerre contre l’Iran) et confondre des terroristes avec des résistants n’a pas grand-chose de « progressiste ».

 

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Published by DiadoreCronos - dans Monde - Moyen-Orient
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