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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

     www.pourlecommunisme.com est un site qui s'attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l'idéal communiste, faillite économique, etc...). Il ne fait la promotion d'aucun régime existant ou ayant existé par le passé, s'efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l'avenir.

     Vous êtes anticommuniste et voulez débarasser le monde d'un jeune fou qui, selon vous, risque de faucher à nouveau des millions de vies?

Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis?

Vous voulez simplement parler du communisme?

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 22:03

 

  Il y a maintenant deux semaines, la Pologne voyait se réaliser ce que peu de révolutions ou de coup d’états parviennent à faire : la disparition instantanée d’un gros escadron de son élite politique, gouvernement comme principales oppositions  comprises. Enfin pas tout à fait. Contrairement à ce qui a été écrit ou dit, ce n’est pas toute la tête du gouvernement polonais qui a été supprimée dans cette catastrophe, mais principalement son aile présidentielle, ainsi que militaire. Le premier ministre polonais, Donald Tusk, et la plupart des membres de son gouvernement s’étaient rendus à Katyn le 7 avril, trois jours avant l’accident. Aussi l’état polonais ne s’est pas retrouvé en vacance politique, et l’élection présidentielle avancée se tiendra en Juin prochain.  

La Pologne est un pays particulier par rapport aux positions que défend ce blog : par rapport au communisme, par rapport à l’Europe fédérale, et par rapport à l’Europe tout court.

   

Un pays anticommuniste ?

   

                La Pologne a une place particulière dans l’histoire du socialisme. Elle fut partagée entre Autriche-Hongrie, Prusse (donc futur empire allemand) et, pour l’essentiel, la Russie, suite aux partages de 1772, 1793 et 1795. Les socialistes polonais auraient pu s’intégrer au mouvement socialiste russe, et exiger une Russie multinationale. Mais le Parti socialiste Polonais (PPS), créé en 1892, dont Joseph Pilsudski (1867-1935) était membre dès la première année, s’engagea rapidement pour une Pologne indépendante. En 1906, le parti scissionne, entre un parti social-démocrate de Pologne et de Lithuanie, (SDKPiL), dont est membre Rosa Luxembourg, et qui combat l’option nationaliste du PPS. La Pologne est également l’une des terres d’action d’une des plus grandes organisations socialistes juives, l’Union Générale des Travailleurs Juifs de Russie et de Pologne, plus connue sous le nom de Bund. Celui-ci, fondé en 1897, est distinct du PPS, en butte à l’antisémitisme d’une partie des militants polonais. Le PPS essaie de développer ses propres organisations juives pour contrer le Bund. Il ne faut pas oublier qu’en ces temps-là, la majorité des juifs du monde étaient polonais, russes ou ukrainiens. Le sionisme et l’émigration vers la Palestine (alors turque) venaient juste de s’initier.

 

                La Révolution d’Octobre achèvera d’opposer socialistes russes et polonais : bien que le SDKPiL fonde un Parti Communiste Polonais en 1918, c’est Joseph Pilsudski et le PPS qui, avec d’autres partis polonais (le parti paysan), prend l’égide de la seconde république polonaise (la première étant la république nobiliaire née au 15ème siècle) suite au soulèvement national de la même année. Soulèvement national, qui, comme l’oublient certains nationalistes polonais, doit tout à la défaite allemande sur le Front Ouest, alors que l’empire Hohenzollern avait eut raison de l’empire russe et imposé à la République de Russie (nom que la Russie porte jusqu'à la proclamation officielle de l’URSS en Décembre 1922) le traité de Brest-Litovsk. Pilsudski, sorti vainqueur ou non-vaincu (selon le point de vue polonais ou russe) de la guerre bolchévico-polonaise de 1920, prendra personnellement le pouvoir en 1926, la Pologne s’enfonçant dans une dictature militaire. Le Parti Communiste Polonais (opposé au PPS) restera nettement minoritaire pendant la seconde république polonaise (8% des voix aux législatives de 1928). En 1945, PCP et PPS seront fusionnés par Staline dans le Parti Ouvrier Unifié Polonais (POUP).

   

                On le voit, faire de la Pologne un pays traditionnellement antisocialiste serait une profonde erreur, même si la seconde république polonaise, initiée par des socialistes, se droitisera jusqu’à sa destruction en 1939. L’anticommunisme actuel des polonais est bien davantage la résultante de l’affrontement avec la Russie et l’URSS.

 

                  Pourtant, au risque de fâcher certains patriotes polonais, j’estime que cette hostilité aux russes repose sur un oubli majeur. Certes, la Russie a opprimé le cœur de la Pologne de 1793 à 1915, et s’est trouvée en guerre avec la Pologne indépendante en 1920. Certes, Staline a choisi de partager la Pologne avec Hitler pour ne pas avoir à entrer en guerre seul contre le Reich dès 1939. Certes, au cours de l’occupation soviétique sur l’Est de la Pologne en 1939-1941 et sur tout le territoire  partir de 1944, les déportations de polonais vers la Sibérie et les exécutions de masse ont fait plus d’un million de victimes, avec une nette volonté de « dé-poloniser » la Pologne orientale, aujourd’hui partagée entre Ukraine et Biélorussie. Mais le fait est que l’Armée Rouge n’en a pas moins sauvé la Pologne du nazisme. Et que le traitement que l’URSS a fait subir à la Pologne de 1945 à 1989 ne peut être comparé à celui que le Troisième Reich lui réservait. Et qui fut rapidement entamé de 1939 à 1944 : réduction de la Pologne à un « gouvernement général » au Sud et Est du pays, éradication de cinq millions de polonais par les nazis, dont trois millions de juifs (80% de la communauté), «dé-polonisation » sur tout le territoire, notamment sur la Posnanie devenue « Wartheland », et au final l’application du Generalplan Ost qui visait à réorganiser ethniquement l’Europe de l’Est en déplaçant les polonais vers l’Est, les russes plus encore, afin de faire place à la colonisation allemande.

 

 

 

La Pologne dans le Grand Reich, en 1941  

 

Germany1941.png

 

   

 

                Lorsque l’Armée Rouge conquiert la Pologne, celle-ci n’a plus que 28 millions d’habitants, soit six millions de moins qu’en 1939. 45 ans plus tard, la Pologne compte 39 millions d’habitants. On peut relever de nombreuses brimades du « frère » soviétique, mais nullement une volonté de détruire la nation polonaise. Celle-ci est en revanche déplacée vers l’Ouest, sur les rives de l’Oder et du Neisse, sa frontière actuelle avec l’Allemagne.

 

   

                Notons aussi qu’en Pologne, le pouvoir pro-soviétique accorda plusieurs compromis avec la résistance agraire et catholique. L’étatisation (« collectivisation »)  des terres n’atteint jamais le niveau de pays comme la RDA, sauf dans l’Ouest de l’actuelle Pologne (qui venait donc juste d’être retiré à l’Allemagne en 1945), où l’Etat s’appropria les terres des junkers. Mais les trois quarts des surfaces restèrent familiales, les fermes d’états occupant le reste avec des résultats pas meilleurs qu’ailleurs dans le Comecon.  

 

 

                Comme le reste du bloc soviétique, la Pologne fut un pays où l’on ne manquait pas d’argent mais de quoi acheter avec. En conséquence, en 1970, le gouvernement de Gomulka augmente les prix, déclenchant la grève des chantiers navals de Gdansk, et le remplacement de Gomulka par Gierek. La Pologne deviendra alors effectivement l’un des fossoyeurs du bloc de l’Est, mais pas seulement par l’action de Solidarnosc, mais aussi par le fait que le régime polonais sera l’un des premiers à s’engager dans un cycle d’endettement et d’importations de matériel occidental pour accroître la productivité de ses usines. L’échec est de plus en plus évident au cours des années 70, le principal résultat étant l’endettement international croissant, la désorganisation de l’économie sous un enchevêtrement de projets abandonnés précipitamment dans la grande crise qui frappe le bloc de l’Est en 1980, où la Pologne perd 12% de son revenu national. Surviennent alors la grève de 1980 et la création de Solidarnosc, dont la revendication n'a pas été la restauration du capitalisme (cf. cet entretien de Karol Modzelewski, critique marxiste du régime polonais, ou cet article d'Inprecor sur la programmatique socialiste de Solidarnosc) mais un socialisme démocratique.

   

 

                Cependant, dans l’opposition polonaise, la fascination pour le modèle occidental, et pour le modèle néolibéral, alors conquérant sous Reagan, finira par s’exercer pleinement : lorsque le premier gouvernement dirigé par un non-membre du POUP, Tadeusz Mazowiecki, prend effet en 1989, on passe rapidement à la « thérapie de choc ». On rétablit la liberté des prix, désorganisant une économie planifiée dont l’appréciation de la rareté des biens était totalement différente. On procède à des privatisations massives afin de briser les résistances bureaucratiques. « Ce sera dur mais pas long » : en effet, après 20% de chute du PIB de 1989 à 1993, la Pologne retrouve la croissance. Elle est cependant loin d’être devenu un pays ultralibéral, avec toujours plus de 40% de dépenses publiques dans le PIB.

 

   

                La « gauche polonaise » après la fin du POUP, s’est largement reconvertie dans la social-démocratie et l’atlantisme, portant Alexander Kwasniewski à la présidence en 1995 (face à Lech Walesa) et en 2000, avant de s’effondrer dans des scandales immobiliers. Le fait est qu’aujourd’hui, la gauche polonaise s’est trouvée très largement minorée : le parti communiste polonais, recréé en 2002, n’a fait que 0.77% des voix lors de la présidentielle de 2005. La gauche sociale-démocrate polonaise, dont l’Alliance de la gauche démocratique (issue du POUP) et l’Union du Travail (reliquat de Solidarnosc), s'incarne dans la coalition Gauche et Démocrates, qui ne détient, suite aux élections législatives de 2007, que 53 sièges à la Diète (Sejm, Parlement) sur 460, les autres sièges, excepté un occupé par un représentant de la minorité allemande (150.000 personnes), allant à des formations de droite. Parmi elles, la plateforme civique du premier ministre eurofédéraliste Donald Tusk (209 sièges), les agrariens du Parti Populaire Polonais (31), le parti Droit et Justice de feu le président Lech Kaczynski et dirigé par son frère Jaroslaw (166 sièges). Le fait est que la Pologne est actuellement un des pays les plus à droite d’Europe, l’un des seuls où l’on trouvait une réelle proximité idéologique vis-à-vis de la droite américaine, au-delà de l’appartenance à l’OTAN (intégré en 1999). Ainsi je me rappelle d’un sondage de 2004 sur l’élection présidentielle américaine, les polonais étant parmi les rares pays européens préférant Bush à Kerry.

   

 

Un pays victime de l’Histoire ?

   

                C’est l’un des grands refrains qui tournent sur la Pologne, et que l’accident du 10 Avril a ré-amplifié : celui de la Pologne comme LE pays victime de l’histoire européenne. En effet, 123 ans d’inexistence politique de 1795 à 1918, puis cinquante ans de guerre, de génocide et d’occupation de 1939 à 1989 font figurer la Pologne parmi les pays infortunés de l’époque moderne (c’est-à-dire depuis la Révolution Française, désolé pour le chauvinisme). Cette idée de nation-victime a joué dans les arguments justifiant l’élargissement de l’Union Européenne à l’Est, en 2004, au nom du « devoir moral » que les pays d’Europe de l’Ouest auraient vis-à-vis de ceux de l’Est (et au nom de quelle culpabilité ? Celle de ne pas avoir déclenché de guerre contre l’URSS en 1945 ?).

   

                Une perspective un peu plus profonde change un peu le tableau. La Pologne existe depuis le Xème siècle, où l’unification des tribus polanes sous la dynastie des Piast a engendré un vaste royaume allant de la Slovaquie à la Vistule, et que les divisions vont ensuite plonger dans la faiblesse, notamment face à la puissance teutonique occupant alors la future Prusse orientale jusqu’à l’actuelle Lettonie, jusqu’au quatorzième siècle. A cette époque, l’alliance de la Pologne avec la Lithuanie, sous la dynastie des Jagellons, elle-même lithuanienne, et la défaite infligée aux teutons à Grunwald (1410), renforcent le Grand-Duché de Pologne-Lithuanie, le plus grand état européen par sa superficie à l’époque (où la future Russie est partagée entre Moscovie, Novgorod, et khanats tatars). C’est également au XVème siècle que commence véritablement l’affrontement entre polono-lithuaniens d’une part, Habsbourg d’Autriche et la Moscovie d’Ivan III d'autre part.

   

 Le royaume des deux nations à la fin du XVIIème siècle

(Pologne en Jaune, Lithuanie en rosé)

 

765px-Rzeczpospolita.png 

 

                Le territoire immense contrôlé par le Grand-Duché englobe largement la Biélorussie, et l’essentiel de l’Ukraine, dont le sud est tenu par les tatars de Crimée. L’Ukraine et la Biélorussie ont donc été sous le contrôle polonais, lui-même impérialiste à son époque comme l’étaient toutes les puissances d’Europe. L'Ukraine sera perdue que deux siècles plus, suite à la grande révolte des Cosaques qui aboutie à l’autonomie de l’Ukraine en 1648, qui passera ensuite à la Russie lors de la guerre que celle-ci mène contre la Pologne en 1654.  

 

      A la fin du Moyen-Age européen, la paysannerie de l’Europe orientale, polonaise, ukrainienne ou russe, était nettement plus libre que  ne l’avaient été les paysans occidentaux, soumis au servage deux siècles encore auparavant. La condition paysanne orientale va suivre le chemin inverse de l’ouest, vers l’instauration du servage (qui ne sera aboli qu’au XIXème siècle, en 1861 pour l’empire russe, en 1848 en Autriche-Hongrie).

   

                On le voit, la Pologne n’est pas qu’une nation victime de l’Histoire : c’est une puissance impérialiste qui a eu moins de chance que les autres, et qui fut vaincue par des adversaires qui, au XVème siècle, à l’apogée de l’empire polono-lithuanien, étaient bien plus faibles qu’elle.

   

                Et elle retentera sa chance lors de sa résurrection de 1918 : la Pologne, sans frontières établies, s’étend à l’Est sur des territoires dont la population est en majorité non polonaise, comme le montre la carte ci-dessous. Elle s’empare également de la république d’Ukraine occidentale, petit état provisoirement formé autour de Lwow (aujourd’hui en Ukraine).

Carte des langues en Pologne en 1937

(polonais en bleu, ukrainien en jaune, biélorusse en vert, allemand en bleu) 

 

Poland1937linguistic.jpg

 

Source: Mariusz Paździora

 

                Au cours de l’année 1919, les troupes polonaises de Pilsudski affrontent plusieurs fois l’armée rouge en Biélorussie, sans qu’il n’y ait d’offensive majeure des bolchéviques, occupés à combattre les blancs (auxquels les polonais refusent de se joindre) sur d’autres fronts (Ukraine, Oural). Le gouvernement polonais passe une alliance avec le nationaliste ukrainien Simon Petlioura, lui-même en lutte avec l’Armée Rouge, dans le cadre d’un projet de fédération « d’une mer à l’autre » qui germe dans l’esprit de Pilsudski, comme nous le verrons plus bas. Au début de 1920, alors que les bolcheviks triomphent de leurs adversaires, le régime de Moscou masse 800.000 hommes à l’Ouest. L’idée d’un franchissement de la Pologne par l’Armée Rouge a fait son chemin dans l’esprit de Lénine. Cependant, les forces russes sont bien plus faibles que celles du Tsar six ans plus tôt, et peuvent juste espérer entrer en Allemagne et en Hongrie pour y soutenir les révolutionnaires ou déclencher les révolutions, pas plus.

   

               Forte d’un demi-million d’hommes à la préparation inégale, l’armée polonaise décide de lancer l’offensive vers l’Ukraine, en Mars 1920. Après une avance rapide vers Kiev, c’est le recul brutal : l’Armée rouge reconquiert l’Ukraine, et s’abat sur la Pologne jusqu’à la Vistule. La Pologne semble condamnée, mais un retournement soudain de situation autour de Varsovie met en déroute l’offensive de Simon Boudienny et des forces bolcheviques. A la fin de l’année, les deux belligérants reviennent sur la frontière initiale polono-russe du début de l’année, et qui subsistera jusqu’en 1939, pendant que l’Ukraine indépendante est anéantie. Chaque camp crie victoire. Techniquement, la Pologne a initié le conflit en 1920, mais la présomption est forte que l’assaut était préventif d’une campagne bolchévique vers l’Ouest imminente.

   

               La Pologne fut également en conflit avec deux autres de ses voisins : la Lithuanie (dont elle annexa Wilno, la capitale actuelle : Vilnius) en 1920, et la Tchécoslovaquie, qui s’appropria Teschen en Silésie en 1920, que la Pologne s’adjugea en 1938, devenant de fait complice du Troisième Reich dans le démembrement de la Tchécoslovaquie, au même titre que la Hongrie.

 

 Le démantèlement de la Tchécoslovaquie en 1938, avec la Pologne (en rouge) et Teschen (au centre, indiqué par un 2)

 

teschen689px-M-C3-BCnchner_abkommen5-2B_svg.png 

 

La Pologne après l’Union Européenne ? ou la pertinence de l’idée polonaise

   

                La Pologne est également un pays paradoxal dans sa relation à l’Union Européenne : alors que son adhésion fut massivement adoptée par référendum, les polonais sont parmi le peloton de tête de l’absentéisme aux élections européennes, la participation se limitant à 20% des inscrits. Curieux pays pour qui « l’Europe » semble avoir été une espérance depuis plus de soixante ans, son gage de liberté et de prospérité, et qui révèle dès son adhésion sa tiédeur face au « rêve européen ».

   

                La question que l’on peut se poser est : que serait la Pologne sans l’Union Européenne ? Et si celle-ci se disloquait ? A priori pas grand-chose : 38 millions de personnes, sur un peu plus de 300.000 km², une population vieillissante, une économie en reconstruction.  

 

                Cependant, d’autres combinaisons que l’empire fédéral européen seraient possibles, et les polonais eux-mêmes y ont pensé depuis longtemps. Le projet de Pilsudski d’une fédération « Międzymorze » (entre deux mers) aurait regroupé Pologne, Biélorussie, états baltes, et surtout l’Ukraine, dans un bloc commun face à la Russie et l’Allemagne. Pilsudski cru d’abord possible de la réaliser contre la Russie avec l’aide des allemands, puis, en 1920, par la Pologne elle-même alliée aux nationalistes ukrainiens. Les lithuaniens, déjà en conflit avec la Pologne au sujet de Vilnius, ne voulurent pas en entendre parler. La guerre russo-polonaise de 1920 enterra le projet. En son temps, le projet Międzymorze était clairement en opposition avec la Révolution bolchevique. Il n’en mérite pas pour autant d’être vu comme intrinsèquement réactionnaire, étant donné le contexte totalement différent en 2010.

   

                Aujourd’hui, à supposer que l’Union Européenne éclate, la réunion des pays indiqués par Pilsudski semblerait toujours difficile, pour au moins un d’entre eux : la Biélorussie, dont le régime politique assez particulier de Lukashenko, et sa proximité avec la Russie (avec laquelle la Biélorussie a une union douanière), réduisent les possibilités d’une alliance avec ses voisins occidentaux. Une alliance polono-ukrainienne poserait le problème qui se pose dans tout couple : parmi deux égaux, il y en a toujours un plus égal que l’autre. La Pologne est plus riche, mais moins peuplée que l’Ukraine. Et comment trancher les décisions à deux ? Le seul moyen de créer une union pour les nations d’Europe Centrale semble être de la faire à trois au moins.  

 

                Le troisième larron est tout trouvé, et c’est la troisième plus grande nation par sa population entre la Russie et l’Allemagne (ou l’Italie) : il s’agit de la Roumanie. Une association Polono-ukraino-roumaine (que je nommerais par la suite Poloromanukraine) aurait les avantages suivants : aucune nation ne serait suffisamment peuplée pour dominer les deux autres. Et elle permettrait de reposer la question de l’absorption de la Moldavie dans la Roumanie. Moldavie qui n’est autre que la Bessarabie roumaine annexée par l’URSS en 1940. Elle est de fait de langue roumaine, avec quelques variations lexicales qui font du moldave au mieux un dialecte roumain. Mais le conflit entre partisans moldaves du rattachement à la Roumanie et adversaires se campe aussi sur le clivage droite-gauche. La réunification avec la Roumanie signifierait à coup sûr la marginalisation du Parti des Communistes de Moldavie, au pouvoir jusqu'à récemment. Et la nécessité de compter avec la minorité russophone (déjà sécessioniste en Transnistrie) rend le problème encore plus délicat, au point que le rattachement, déjà rejeté massivement en 1994, n’est pas d’actualité aujourd’hui.

   

     Une fédération de Poloromanukraine changerait nettement la donne sur le plan stratégique. Certes, les trois nations, en cours de vieillissement accéléré de part une natalité faible et une espérance de vie en retard sur l’Occident, vont passer de 110 millions d’habitants aujourd’hui à 85 millions en 2050. Mais ils occuperont une position fondamentale sur la route de l’énergie en Europe, comme le montre la carte ci-dessous, recoupant le passage de trois gazoducs et d’un oléoduc majeur. Certes, des contournements sont possibles par les Balkans, la Méditerranée ou la Baltique. Mais les trois (ou quatre) états seraient susceptibles de faire ce qu’aucun d’eux ne peut seul : bloquer les exportations de la Russie, ou négocier en bloc avec les états occidentaux, les principaux clients de la Russie donc, et bénéficier de leur soutien en cas de confrontation avec Moscou.

   

La Pologne-Roumanie-Ukraine dans la carte énergétique de l'Europe, vue en 2007.

 

 (Les trois pays plus la Moldavie sont entourés en rouge).

 

   

Europe Energie Poloromanukraine 

                  L'avantage d'une union à trois est qu'elle permettrait l'intégration culturelle des trois (ou quatre avec la Moldavie) pays par le bilinguisme. En effet, si chaque ukrainien est bilingue soit en polonais, soit en roumain, chaque polonais en ukrainien ou en roumain, et ainsi de suite pour les roumains, chacun est assuré d'avoir au moins une langue en commun avec tous les habitants de la "trination". Ce qui n'est plus possible avec quatre langues différentes. Et qui n'exclut pas la connaissance d'une langue étrangère (anglais, allemand en Pologne, français en Roumanie ou russe en Ukraine...).

 

Cette union pourrait aussi intégrer, au-delà de la Mer Noire, la Géorgie, dont le conflit frontalier avec l’Ossétie et l’Abkhazie (donc la Russie) est loin d’être réglé. La Géorgie fut dès son indépendance une nation aux frontières ingérables, et trop faible pour ne pas être en conflit avec son grand voisin. Même si les armées polonaises, ukrainiennes et roumaines ne sont pas de taille à affronter l’armée russe, un conflit armé deviendrait très improbable entre la Russie et ces nations si elles s’unissaient.

 

 L'Europe orientale après une éventuelle fin de l'Union Européenne:

Pologne, Roumanie et Ukraine en vert foncé, autres pays d'Europe centrale en vert clair, Moldavie et Géorgie en vert.

  Poloromanukraine-copie-1.png

 

  

 On aurait alors, après l’Union Européenne, une possible reconfiguration du continent autour de trois blocs (occidental, russe, polono-romano-ukrainien), peut-être quatre avec les 85 millions de turcs de 2050, peut-être plus, mais en tout cas sans recréer l’absurde empire aux 27 et bientôt 30 provinces.

 

 

 

 

 

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Published by DiadoreCronos - dans Monde - Europe
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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 01:01

  

Trouvé hier :

Dans l'émission "Infrarouge" de la TSR, le député européen Daniel Cohn-Bendit s'en est aussi vivement pris au résultat du scrutin. "La majorité n'a pas raison", a asséné l'écologiste, qui a indiqué que la Suisse ne s'en sortira que si elle lave "ce vote honteux". D.Cohn-Bendit propose ainsi de rejeter le verdict des urnes pour lancer un nouveau débat généralisé sur le sujet. Ensuite, selon lui, il faudrait organiser un nouveau vote dès l'an prochain. L'eurodéputé a aussi affirmé qu'"il serait très drôle" que les pays musulmans retirent leur argent des banques suisses, y voyant une belle claque affligée "à MM.Blocher et Freysinger. (SWISS TXT)

   Nan, là sérieux, Dany, t'abuses.

 

   Tu t'étais déjà prononcé pour un référendum "paneuropéen" sur le Traité de Lisbonne, sous-entendant que si la majorité des europénes se prononçait pour le oui, les états malotrus où la majorité aurait voté contre devraient se résigner à dire oui. On t'avait déjà expliqué que le référendum paneuropéen était une insulte à l'idée même de démocratie et de souveraineté nationale. Ah mais j'oubliais, la souveraineté nationale, c'est fasciste, j'oubliais.


   Tes copains ont fait revoter les irlandais, en considérant qu'il suffisait de négocier avec eux sur quelques garanties.
   Bien sûr, il ne vous est pas venu à l'esprit qu'on pourrait aussi renégocier Maastricht, en rassurant les ouiistes sur les points qui leur tenaient à coeur, en remplaçant toute ébauche de fédéralisme européen par de l'association souveraine, et refaire voter le traité (avec l'espoir d'une victoire du Non). Non, dans ce sens là, ça marche pas.

   Alors certes, les suisses n'ont pas voté comme tu le sentais.

   Passons sur le fait que l'UDC, à l'origine de la votation contre les minarets, serait un parti populiste-d'extrême-droite-antisémite-raciste.

   Passons aussi sur le fait que, au fond, l'interdiction des minarets est un sujet assez idiot, un point de détail du phénomène musulman en Europe.

   Loin de moi cependant l'envie de condamner les suisses, cependant, sais-tu. S'ils avaient voté sur quelque chose de plus fondamental, comme par exemple la place que la Confédération Helvétique est prête à donner à l'Islam (et donc les limites à son expansion), ce scrutin aurait été nettement plus réjouissant. Et il aurait encore davantage fait hurler les islamophiles (c'est-à-dire ceux qui nous refourguent continuellement l'amalgame islamophobie=racisme, que la gauche doit soutenir l'Islam qui est la religion des pauvres et des opprimés, etc...).

   Moi-même je ne sais pas ce que j'aurais voté. Non parce que la question n'était pas bonne, ou par tactique contre l'UDC. Ou Oui pour enfin relancer le débat sur notre tolérance vis-à-vis de l'Islam.

   Sur le fond, et tu dois (ou a dû) un peu être comme moi (mais en restant loin, veux-tu), la religion dans son ensemble, je suis pas fan. Toutes portent en elles l'argument d'autorité : "Dieu a dit...donc on fait". Je me suis amusé à poser la question à des croyants sur ce qu'ils feraient si l'archange Gabriel (ou Djibril pour les musulmans) venait sur Terre, vrai de vrai, sans trucage explicable scientifiquement, et nous disait que, aimer son prochain, c'était une grosse vanne d'il y a deux mille ans, et que Dieu, qui met 2000 ans à vanner à nouveau, nous informait maintenant qu'il fallait que nous nous égorgiassions mutuellement (n'est-ce paaaas, comme dirait un borgne breton). Le chrétien à qui j'ai dit cela m'a répondu qu'il était impossible que Dieu puisse vouloir cela. Il en savait des choses, sur Dieu, lui. Moi qui croyait que les voies du Seigneur étaient impénétrables (en voilà un qui doit être tranquille dans les expériences de sexualité de groupe, comme dirait Stoni). Donc pour peu qu'un énergumène arrive à se faire passer pour l'archange Gabriel / Djibril...je te décris pas le tableau.

   Il y a quand même une différence entre l'Islam et les autres religions. Actuellement. C'est que 1) on ne sait pas combien elle a d'adeptes, ni quelle est sa progression en nombre, ni où elle s'arrêtera ; 2) que les mosquées sont tout sauf vides (et que justement, les minarets servent à éviter qu'elles le soient, du genre "ohé, du bateau, rappelle-toi que pas de boogie-woogie avant ta prière du soir!").

   Le jour où on manquera d'imams, même en provenance de la péninsule arabique, et qu'en entrant dans une mosquée, chaussé ou pas, on n'y trouvera que trois vieux qui se demandent encore si c'est bien la meilleure façon d'occuper leur temps, alors oui, ce jour-là, j'aimerai l'Islam.

   Mais toi, ça t'es resté en travers, ce vote. Et ce qui est merveilleux avec toi, c'est que tu as gardé ton âme d'enfant. Quand tu gagnes, c'est définitif. Quand tu perds, on fait la revanche?

   Mais suggérer que les riches musulmans de ce monde retirent leurs dépôts de Suisse, alors là...

    - tu soumets le vote du peuple suisse à des pressions de l'étranger;
    -en plus de cela, tu invites des personnes privées à excercer des représailles contre un choix collectif;
    - et de surcroît, tu mets en équivalence le supposé "préjudice moral" que représenterait ce vote (contre les musulmans qui n'ont rien perdu de leur liberté religieuse, à part un préjudice architectural ? contre toi ?) et le préjudice économique tout à fait concret qui pourrait retomber sur des suisses si ta suggestion se réalisait.


   Bon on te savait libéral, atlantiste, etc... Mais là...

   Et tu es sûr que tu veux pas qu'on revote les Européennes? Pour que ta liste passe devant le PS?
   Et si tu ne gagnes pas de région en 2010, tes copains industriels (tu sais, ceux que tu as rencontrés à l'Université d'été du Medef en 2000) ne vont-il pas annoncer des fermetures d'usines chez les mal-votants?


   Petite thérapie proposée:

   Toi qui aime tellement l'Islam, je te propose l'importation d'une pratique devenue très tendance ces derniers temps. Le lancer de chaussures. Tu te places bien droit derrière un bureau. Un type très agité court pour te lancer quelque chose. Mais pas une vulgaire savate. Plutôt le genre de chaussures que les hélvètes (et autres) utilisent pour gravir les versants escarpés de leurs gracieuses montagnes. Avec des crampons, oui. Et bien aiguisés. Comme sur la photo qui surplombe cet article.

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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 22:45

Le Oui passerait à 67%.

Il s'agit du deuxième scrutin, après celui de Juin 2008, et depuis lors le gouvernement irlandais a négocié avec les autres gouvernements de l'Union des garanties sur le Traité.

En apparence, "victoire de l'Europe", "défaite du souverainisme", d'un côté, "vote truqué", "voix irlandaises achetées" (par les aides accordées par la commission européenne à une entreprise irlandaise menacée de délocalisation, comme le remarquait justement Edgar sur son blog), "pression sur le peuple irlandais", "vote sans intérêt" de l'autre côté.

Je fais plutôt les remarques suivantes:

- L'Europe fédérale est sensée être une grande puissance ayant sa propre voix dans le monde --> l'Irlande a obtenu la garantie de sa neutralité militaire. Une Europe faite d'états neutres ne risque pas de faire peur à grand-monde;

- L'Europe fédérale est sensée permettre l'harmonisation fiscale et sociale --> l'Irlande a obtenu qu'on ne touche pas à sa fiscalité...

...et elle a obtenu d'autres aménagements pour avoir la certitude de conserver un irlandais au sein de la Commission Européenne.

Enfin bref, l'Irlande a dit "Oui à l'Europe...mais à la carte".

Un an et demi après la glorieuse ratification du Traité de Lisbonne par la France, le fédéralisme européen s'est à nouveau couvert de gloire.

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 20:28

              Un autre article rédigé pour le journal des Jeunes Communistes du 92. J'aurais dû le poster avec moins de retard par rapport au sommet de Strasbourg du  Avril, mais le journal lui-même est en retard... 

              Créée en 1949 pour parer au bloc de l'Est, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, dont les membres s'étendent de l'Amérique du Nord à la Turquie, n'a jamais désarmé après la Guerre Froide (cf. principalement les interventions en Yougoslavie en 1999, en Afghanistan depuis 2001). Il s'agit surtout d'une organisation de coopération autour de l'armée américaine. Membre fondatrice, la France en quitta le commandement en 1966 pour y retourner en 2009. Certains ont critiqué l'abandon d'un projet de défense européen. Pure naïveté: les traités européens (Maastricht en premier lieu) n'ont jamais exigé la rupture de leurs signataires avec l'OTAN.
               Il faut savoir ce que signifie ce traité d'alliance, à commencer par l'assistance entre alliés: si la Géorgie avait réussie à être membre de l'OTAN, l'intervention militaire géorgienne en Ossétie en Août 2008 et sa représaille russe aurait dû amener les membres de l'Alliance à intervenir contre la Russie. La Russie, justement, a monté avec ses voisins d'Asie centrale et la Biélorussie l'Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC). Elle reconstitue ainsi une influence et une force de réaction après avoir perdu ses alliés tout au long de la dernière décennie, par des « révolutions démocratiques» financées par les USA*, et finissant dans la confusion et la division (en Ukraine) ou par des aventures militaires (Géorgie).
               Entre 10,000 et 30,000 personnes ont manifesté lors du sommet qui se tenait à Strasbourg. Pour nous, européens et français en premier lieu, quel est l'intérêt d'accroître cette alliance atlantique alors que nos supposés ennemis (tels la Russie) sont sur la défensive et notre « allié » américain sur l'offensive? Devons-nous accepter d'envoyer plus de forces en Afghanistan tant que le gouvernement mis en place par les USA en 2001 à Kaboul, dirigé par Hamid Karzaï, est de fait un gouvernement islamiste, infligeant entre autres la peine de mort pour «insulte à l'islam »** ?


*  Voir ce documentaire, «Les USA à la conquête de l'Est» :
http://atlasalternatif.over-blog.com/article-28041188.html, et d'une manière générale le site de l'Atlas Alternatif, http://atlasalternatif.over-blog.com/

**  «Le bourbier afghan» http://atlasalternatif.over-blog.com/article-16441471.html

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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 22:58

          Bonsoir aux rares passants.

          Je préviens d'abord que je consacrerai un article sur la grève du 29 Janvier, et tout le contexte, sans quoi vous serez libres de m'exiler sur la Kolyma. Ensuite, puisqu'il va être question d'Europe dans ce billet, je vous fait part de mon déplaisir à la lecture des résultats des sondages IFOP paraîssant sur les Européennes de Juin, attribuant jusqu'à 10% des voix à un NPA fantômatique sur le terrain. Alors que le PCF fait l'objet d'un black-out (qui ne semble pas déranger beaucoup notre direction), il va être temps de faire campagne pour expliquer aux électeurs que se ranger derrière une figure médiatique n'est pas une solution.

          Venons-en à l'ébauche du sujet, puisque je n'ai pas le temps de le rédiger ce soir, faute d'avoir pu finir un livre. Ce livre, c'est "L'idéologie européenne", écrit par trois auteurs, Benjamin Landais, Aymeric Monville, et Pierre Yaghlekdjian, aux éditions Aden. Bien qu'il me reste un gros tiers de l'ouvrage à finir, je peux que vous le conseiller, malgré quelques limites. N'hésitez donc pas à l'acheter, le commander, le voler (avec un pourboire pour les auteurs car ils l'ont mêrité) voire à offrir vos faveurs aux dits auteurs si vous les connaissez. Pour ma part, je me suis contenté de l'emprunter à la Fédération du PCF du 92.


31 Janvier 2009

Les auteurs

          Il n'est précisé qu'à la fin de l'ouvrage que ces trois auteurs sont des militants du PCF (que je ne connais pas). Il ne sera pas difficile de les situer dans le parti : ils sont très nettement plus proches de la ligne des partisans du texte 3 de 2008 que de la direction sociale-démocrate et pro-européenne.

Sujet et structure du livre

          Il est bien question ici d'analyser l'idéologie européenne, plutôt que de faire une étude factuelle démontant les affirmations des eurofédéralistes. Ainsi, on commence par resituer cette idéologie depuis ses premiers partisans européens, aussi bien les "pères fondateurs" avant l'heure qu'invoquent souvent les européïstes, tels l'austro-hongrois Coudenhove-Kalergi, partisan de la "pan-europe" (en réalité un personnage d'influence très limitée) que des aspects un peu plus obscur du "rêve européen" (c'est-à-dire sa version fasciste). Puis les auteurs passent sur le caractère antidémocratique de la construction européenne, plus flagrant que jamais en 2008, sa soumission congénitale aux lobbys capitalistes, puis son rôle impérialiste à travers le monde.

          Mais le cinquième chapitre n'a plus pour sujet les idéologues européens mais la gauche internationaliste, et son rapport avec la question nationale. Pour les auteurs, un patriotisme bien compris, auquel ont droit tous les peuples, est indispensable à un véritable inter-nationalisme. On revient au sixième chapitre sur le mythe de l'Europe sociale et en dernier lieu sur la propagande européenne au jour le jour.

Comme si je l'avais écrit moi-même

          J'ai été frappé, en lisant ce livre, de la proximité des idées des auteurs avec les miennes. Sur le fait national, ils affirment comme je l'ai fait depuis plusieurs années que sans souveraineté nationale, une nation ne peut pas être internationaliste, elle ne peut qu'être soumise. Pour que les nations soient alliées, il faut d'abord qu'elles soient libres.  La négation des nations, les citations tronquées de Marx, les slogans du style "notre seul drapeau est rouge" montrent l'ineptie des gauchistes. Ce livre m'a notamment appris, bien que j'ai lu Le Manifeste du Parti Communiste, que les gauchistes qui citent Marx disant "Les ouvriers n'ont pas de patrie" ont oublié la citation complète:

"Les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut leur prendre ce qu'ils n'ont pas. Comme le prolétariat doit en premier lieu s'emparer du pouvoir politique, s'ériger en classe dirigeante de la nation, se constituer lui-même en nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens où l'entend la bourgeoisie"...

                         (Karl Marx et Friedrich Engels, Le Manifeste du Parti Communiste, 1848)

Comme quoi le problème n'est pas Marx, mais certains marxistes...

          Les auteurs ont également une confiance nulle envers la possibilité de réorienter l'Europe, comme moi ils pensent que c'est un exemple national qui peut motiver la révolution ailleurs, et que ce ne sera jamais au Parlement Européen que l'on votera un changement de société. Leur estime pour le Parti de la Gauche Européenne est tout aussi nulle, cette formation étant vue comme ce qu'elle est: un moyen de plus de vider la référence au communisme dans les formations membres.

Le manque de faits

          Le problème de ce livre est justement que, pour le militant que je suis, il apprend peu en fait. Et il est surtout lisible par des gens qui seraient déjà communistes. Montrez-le à un social-démocrate pro-européen, il en lira quelques pages, puis il vous le rendra en vous disant qu'il ne s'agit que d'un fatras d'idéologie archéo-marxiste. Les auteurs auraient gagné à présenter leur point de vue politique dès le début de l'ouvrage, plutôt que de le réveler au cours des chapitres, pour pouvoir répondre d'emblée aux critiques immédiates contre le communisme, et ce brièvement, pour ne pas faire dévier le sujet du livre entier.

           Mais surtout, il aurait fallu, et il y avait la place en près de 400 pages, faire une démolition factuelle minutieuse des thèses européïstes. Un manque énorme dans ce livre est l'absence d'un chapitre qui aurait pu être consacré à démolir l'idée que la "construction européenne" aurait créé la paix en Europe de l'Ouest. Il me semble, bien que j'en ai parfois douté, que les trois auteurs savent que c'est un mythe. Mais ils ne l'exposent pas.

          Une autre mystification qu'il aurait fallu démolir est l'ensemble des réalisations législatives dues à "l'Europe". Les européïstes, dès qu'on leur demande ce que nous pouvons bien devoir à cette merveilleuse Europe, outre la paix dont elle serait soi-disant responsable, nous déballent des litanies de droits, accords, lois, normes, instaurant le libre-échange, la protection des consommateurs, de l'environnement, des droits des personnes, etc... Le point sur lequel ils n'insistent jamais, c'est : comment ces décisions ont-elles été prises? Fut-ce par des décisions adoptées à l'unanimité (auquel cas le fédéralisme n'y est pour rien, on n'est que dans la coopération intergouvernementale), ou à la majorité? Et dans ce dernier cas, était-il vraiment important que les pays qui ont eu une opinion contraire et minoritaire soient contraints d'adopter des réformes dont ils ne voulaient pas?

         Si l'on avait voulu rédiger un véritable Scud antifédéraliste, il aurait fallu se livrer à une étude minutieuse de l'évolution des institutions européennes, le passage progressif des décisions prises à l'unanimité vers les votes à la majorité, et montrer qu'en réalité, ces derniers votes ne sont pas nécessaires, que les plus grandes réalisations coopératives se sont faites et doivent se faire par la coopération entre gouvernements élus et souverains. Et qu'il n'y a surtout pas besoin d'être 27 pour cela, qu'une alliance des six à huit plus grands états européens est largement suffisante pour organiser une superpuissance.

        Dès le début du livre, les auteurs avaient annoncé qu'ils refusaient de décrire ce à quoi ressembleraient des coopérations alternatives au supranationalisme européen, et qu'ils considéraient que la réalite de la lutte des classes était l'alternative. Je ne pense pas que cela soit une bonne tactique. Mettre en avant des réalisations intergouvernementales extérieures à l'Union Européenne (dont Airbus est un exemple, le groupe de Cairns aussi), voire transcontinentales, brisant le mythe de la "communauté de destin" de pays situés sur un même continent (pourquoi devrions-nous nous sentir plus proches de la Pologne que du Brésil?), aurait pu achever, par une démonstration factuelle, frappante même pour un lecteur hermétique aux points de vue communiste et marxiste, l'idéologie européenne.

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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 23:22

          7 Janvier 2009: avec un peu de retard (car les nuits peuvent être longues chez moi), je rédige enfin cet article, ... 
           et vous présente au passage mes voeux de bonne année à tous, même si c'est relatif pour les 50 à 60 millions de personnes qui vont trépasser, de cause évitable ou pas, au cours de cette année à travers le monde...

            Pendant que le malheureux état d'Israël est obligé de tuer des centaines de palestiniens au motif incontestable de sa sécurité, un petit article sur l'euro, en réaction aux propos de Jean Quatremer :

http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2009/01/prague-veut-ado.html

et notamment ces deux phrases :

"Cela étant, si même les eurosceptiques tchèques, pourtant parmi les plus virulents de l’Union européenne, trouvent des vertus à la monnaie unique, cela devrait interpeller ceux qui, même s’ils se font plus rares, continuent à la critiquer… Il doit bien y avoir une raison à cette ruée vers l’euro, non ?"

La Slovaquie vient d’entrer dans la zone euro le 1er Janvier, la République Tchèque envisage sa candidature, la livre sterling est au plus mal, bientôt à parité avec l’euro quand il fallait 1,5 euro pour une livre au début de 2007, la Norvège va subir la baisse du prix du baril, les habitants de l’Islande en faillite financière sont majoritaires à souhaiter l’adhésion à l’Union Européenne et à l’euro…


Le triomphe de la monnaie unique ?


               Il y a bien une raison qui explique cette « ruée vers l’euro » dont parle Jean Quatremer : elle s’appelle « facilité politique ».

Le Royaume-Uni paie actuellement (et depuis 2007 en fait, avec le début du dégonflement de la bulle immobilière) son orientation vers les services financiers et l’immobilier. L’Islande a bien trop joué sur la spéculation. Une solution de long terme pour ces pays est de se re-spécialiser, par exemple d’opérer leur ré-industrialisation. Il est cependant nettement plus facile de changer de monnaie, pour ne plus avoir à porter le poids du déséquilibre du commerce extérieur de son pays, et le faire supporter par l’ensemble de la zone euro, c’est-à-dire pour l’essentiel par l’Allemagne.

Quoique l’on pense des effets de l’euro fort sur les exportations de certains pays (tels que la France), il y a toujours une critique que l’on peut faire à la monnaie unique. Il s’agit tout simplement du fait que l’existence de monnaies nationales, et donc de possibles dévaluations par rapport aux monnaies voisines, était aussi un moyen de sanction contre un pays ayant une mauvaise spécialisation économique, générant des déficits commerciaux, ou dont la politique du gouvernement mettait en danger les taux d’intérêts (car nous sommes toujours malheureusement en économie capitaliste). Qu’il soit évident que nous ayons intérêt à monter des projets industriels et scientifiques communs entre états européens ne signifie pas que nous devions nous passer de cette sanction potentielle.

Certes, pour les déficits publics, et le volume de la dette, il y a les critères de convergence du Pacte de stabilité (les fameux 3% du PIB en déficit public et la dette publique limité à 60% du PIB), et nous ne commettrons pas la malhonnêteté de mettre sur le compte des partisans de l’euro le non-respect de ces critères par les états de la zone euro.

Mais lorsque l’on veut redresser – et durablement – le solde commercial, la réorientation de l’économie est une meilleure solution, plus longue, plus courageuse aussi. En France, c’est notre faiblesse industrielle (surtout face à l’Allemagne) qui nous grève. L’euro n’est sans doute pas la cause profonde de nos difficultés extérieures, mais il y a de fortes chances pour que la monnaie unique ne nous aide pas.

 

            Les défenseurs de l’euro ont usé de plusieurs arguments tels que :

            « Les allemands ont un fort excédent commercial malgré l’euro ! »

            Parce qu’ils n’ont pas la même spécialisation industrielle que nous, et aussi parce que la monnaie unique les avantage contre nous ! L’euro n’existerait pas, le mark serait surévalué par rapport au franc, de par le creusement du déficit commercial avec nos voisins d’outre-Rhin. Ce qui renchérirait les productions allemandes chez nous. L’euro empêche cela et favorise à court terme l’Allemagne (et la politique du franc fort dans les années 80-90 avait le même effet). Il s’agit bien de court terme car il ne s’agit pas de tomber dans le travers du « ce qui est bon pour l’Allemagne est mauvais pour la France et vice-versa ». Bien au contraire, et l’Allemagne pâtit de l’atonie de la croissance française comme nous subissons le recul de l’activité allemande suite à la crise.

 

            Ou encore cet argument :

            « La France accroît ses déficits commerciaux en Europe et dans la zone euro, pas seulement vis-à-vis des pays qui n’ont pas l’euro ».

Comme l'explique ce blog:

http://convictionspolitiques.midiblogs.com/archive/2008/01/07/le-commerce-exterieur.html ,

 nos déficits se sont creusés avec d'autres pays européens depuis 2005. L'auteur du blog, pro-européen, nous dit que ces pays ont pour monnaie l'euro, mais il cite quatre pays avec lesquels nos déficits se sont accrus: l'Allemagne, la Belgique, ...la Norvège et la Russie! Pour ces derniers, c'est le pétrole qui est en cause. Or on nous a justement fait croire que le haut niveau de l'euro nous protégeait en partie de la hausse du pétrole, c'est justement la faiblesse du dollar face à l'euro qui poussait à sa hausse en dollar (en plus des tensions offre demande bien sûr)! 

          Parenthèse sur le pétrole, l'euro et le dollar:
                             - la montée conjointe du cours de l'euro en dollar et du prix du pétrole apparaissent sur ces graphes, pour la période 2002-2008.
              Pour le cours de l'euro en dollar (sur Wikipédia):
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/27/EuroDollarECB.png/450px-
 
              Pour le prix du pétrole (sur Inflation en France):
http://inflation.free.fr/img/brent.gif

                              - cependant, personne ne peut dire bien sûr que toute la progression du baril en dollar est due à cette montée de l'euro (car le baril s'apprécie en euros aussi) :
http://www.boursorama.com/forum/message.phtml?file=365372539&pageForum=1
          Fin de la parenthèse sur le pétrole. 


Pour ce qui est des déficits commerciaux, notre premier déficit est celui avec l'Asie, la Chine notamment. C'est à la fois un problème de spécialisation industrielle et monétaire: la Chine a une monnaie sous-évaluée, la nôtre surévaluée. Toujours selon le tableau des déficits, en cas de rétablissement des monnaies nationales, la France serait en difficulté face à l'Allemagne, pas face au Royaume-Uni ni l'Espagne. Et il se peut très bien que l'euro nous grève dans la conquête d'autres marchés, pour compenser le désavantage qualitatif que nous avons face à l'Allemagne, qui ne se résoudra qu'avec du temps.

Eurofédéralistes, gardez vos cris de victoire…

 

Au passage, je remarque que les discours européistes qui proclament la victoire enfin confirmée de l’euro rappellent les discours minables anti-souverainistes que l’on pouvait entendre fin 2001, suite aux attentats du 11 Septembre. J’avais à l’époque trouvé dans l’Express (ou le Point, peut-être), un article intitulé « Le crépuscule du souverainisme ». La thèse était tout simplement que la « guerre contre le terrorisme » avait ressoudé les nations du « monde libre » entre elles, et que c’était là la défaite –définitive, bien sûr- du « souverainisme » (car pour l’auteur, « souverainisme » signifiait « absence totale de coopération entre nations »). On a vu comment les referenda français, néerlandais et irlandais ont validé cette proclamation…On souhaite de pareils réveils brutaux aux laudateurs de l’euro dans un avenir proche!

 

Même si le cas de la petite Islande semble entendu, pour trois pays réfractaires à l’euro (Suède, Danemark, Royaume-Uni), rien n’est joué. Les britanniques restent massivement opposés à la monnaie de la BCE, et ils ont raison. On ne peut justifier que le navire britannique reste amarré à un port qu’il aura du mal à quitter ensuite sous prétexte d’une tempête ponctuelle. Le Royaume-Uni affronte pourtant une situation difficile, car en plus de la récession (que nous connaissons aussi) qu’il doit traverser, le gouvernement britannique a réalisé l’un des plus importants déficits publics de son histoire (ce qui joue dans la baisse de la livre). Londres sait que ses difficultés actuelles ont des origines nationales, et que se jeter dans l’empire européen serait une tromperie.

 

Camarades, notre mot d’ordre sera donc : « God Save The Queen ! »

 

Et pour l’Europe fédérale : « No Future for You ! »

 

 


(Ce n'est sans doute pas la meilleure image du clip de God Save The Queen des Sex Pistols, si quelqu'un veut m'en passer une autre, pas de souci...)

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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 00:04

Je ne peux que vous recommander l'article d'Edgar, bien plus que la morgue du "maître Eolas":
http://www.lalettrevolee.net/article-20424832.html


Bonne nouvelle Vendredi 13 Juin: l'Irlande a voté non !

Bien sûr, aussitôt la batterie eurofédéraliste s'est enclenchée:

- les partisans du Non irlandais sont un ramassis de quasi-fascistes, anti-avortement, anti-immigrés, anti-fiscalistes, ils auraient menti sur tout pendant la campagne, désinformant les malheureux citoyens irlandais sur la réalité de ce formidable projet qu'est la construction de l'empire européen... Sur ce point, la morgue des partisans du oui a au moins le mêrite de rappeler que les motivations du Non irlandais sont très différentes du Non français de 2005. Au non "antilibéral" français a succédé un non plutôt conservateur, favorable à une économie de marché faiblement imposée, telle qu'elle existe en Irlande. Le Non néerlandais -appuyé par la critique de l'euro- comme un très probable Non britannique en cas de référendum -qui n'aura pas lieu, puisque Westminster vient de ratifier le traité de Lisbonne- auraient été eux aussi forts différents. Le seul message commun des "Non" est qu'ils estiment que puisque le fédéralisme européen ne respectera pas le modèle national, puisqu'il risque de leur imposer une majorité hostile à leurs propres valeurs, alors ils préfèrent refuser ce traité. Et les nonistes ont parfaitement raison. Cela n'a rien à voir avec de l'égoïsme, avec un refus borné de négocier avec les autres; simplement, les irlandais ont considéré (du moins huit cent mille d'entre eux, plus un million et demi d'abstentionnistes qui ont pensé aussi que même si le Non l'emportait, l'Irlande ne s'en porterait pas plus mal) que l'Irlande n'avait pas besoin d'entrer dans l'Empire. Que son modèle, malgré des ralentissements comme en connaissent tous les pays, fonctionnait correctement, qu'ils n'avaient pas besoin d'être "protégés dans la mondialisation" par l'UE (de toute façon, la menace "ultralibérale", comme quoi la mondialisation amènerait, sans supranationalisme européen "protecteur", à l'effondrement de nos acquis sociaux, est largement un dragon imaginaire, cf. l'article 
http://pourlecommunisme.over-blog.com/article-6633352.html ). Que leur neutralité leur allait, que de toute façon, un irlandais soucieux d'aller se battre pour la paix, la démocratie ou toute autre cause qui lui semble juste peut très bien aller s'engager dans l'armée britannique ou fédérale américaine comme tant d'irlandais par le passé.

Il peut paraître étrange qu'un communiste ait ce jugement bienveillant par rapport au modèle irlandais. Et pourtant, devrions-nous dire aux irlandais que leur modèle est mauvais, et qu'ils devraient adopter le nôtre, ou celui de l'URSS? Si je suis communiste, c'est en partie en m'appuyant sur des faits concrets (la construction d'un secteur public et d'une sécurité sociale en France, par exemple), que j'approuve en les trouvant largement perfectibles, mais aussi sur des projets encore non testés à ce jour (cf. les programmes sur mon site). Je ne suis pas un défenseur jusqu'au-boutiste du "modèle français", et ne demande à aucun autre peuple de l'adopter. Les irlandais préfèrent le leur, ils préfèrent surtout qu'on ne leur impose pas, au nom d'une quelconque harmonisation (comme celle de l'impôt sur les sociétés voulue par la France), ce qu'ils ont à faire chez eux;


-ensuite, ces salauds d'irlandais auraient osé voter Non alors qu'ils ont été gavé de subventions! Cet argument de maître-chanteur dévoile bien le niveau de truanderie morale des européïstes - et qu'ils sont très mal placés pour dénoncer la malhonnêteté qu'ils attribuent aux nonistes (qui est réelle pour certains nonistes cependant). D'abord, soulignons que l'Irlande n'a jamais signé de traité en vertu de quoi elle recevait des subventions européennes contre l'obligation de se soumettre au fédéralisme européen, quand celui-ci voudrait prendre une tournure plus avancée que ne l'était la CEE. Ensuite, l'argent des subventions, l'Irlande le rend et le rendra largement par ses échanges commerciaux: maintenant que l'Irlande est un pays riche, de par les exportations que les autres européens peuvent y faire, elle est une source de revenus. L'Irlande n'est donc pas le pays qui "se tire avec le fric en faisant un bras d'honneur à l'Europe"; l'Irlande reste intégrée au marché européen, elle est toujours joignable pour le commerce, la diplomatie, les échanges culturels et scientifiques. Seulement, c'est un état souverain;

-ces crétins d'irlandais auraient cru - et effectivement, c'est ce qu'on peut lire sur le site de l'association Libertas (
http://www.libertas.org/), que le vote Non amènerait à meilleur traité, alors que cet argument avait déjà été servi en France contre le traité de Rome, et avait justement mené au traité de Lisbonne! Personnellement, cet argument ne me fait ni chaud ni froid, puisque je ne veux pas qu'on renégocie un traité européen quelconque, je souhaite que l'ébauche d'Europe fédérale s'effondre. Il faut cependant réaliser qu'un certain nombre d'électeurs du Non en Irlande -comme en France- ont cru à ce "Non pour un meilleur traité". En 2005, on pouvait éventuellement croire cet argument; mais en 2008, les irlandais, qui ne sont sans doute pas moins informés que les autres peuples, ont largement eu le temps de voir ce que signifiait "renégocier un traité" pour les chefs d'Etat européistes tels que Sarkozy ou Merkel: reprendre l'ancien traité, remanier son contenu pour brouiller les pistes, proclamer, comme Sarkozy l'a fait en février 2008, que la partie du Traité de Rome concernant les institutions faisait consensus (sur quoi se basait-il pour dire cela?), que seule la partie III de l'ex-TCE était mauvaise, et ensuite passer sur le choix des électeurs en faisant voter un parlement. L'affiche de Libertas que j'ai copié en tête de mon article indique que les irlandais étaient parfaitement au courant de cela. Et donc, même si des nonistes -dont Libertas- ont cru à un potentiel "nouveau traité, meilleur pour l'Irlande et l'Europe", dans les faits, ils aboutissent au blocage de cette négociation. Il faut alors raisonner en marxiste et voir que l'action des irlandais doit être évaluée par sa conséquence réelle, non par les motivations autoproclamées des électeurs.

Dans les faits, les irlandais ont bloqué la construction du fédéralisme européen. Ils vont obliger les gouvernements européens (dont aucun n'a été élu uniquement pour faire "avancer l'Europe") à entamer des discussions avec le gouvernement irlandais, pour que celui-ci accepte de vendre le vote des irlandais contre quelques concessions décidées par des parlementaires -qui là encore n'auront pas été mandatés précisément sur ces questions-, ou même à pratiquer la guerre d'usure contre les citoyens en les faisant revoter.

Quoiqu'il arrive, même si l'on oblige l'Irlande à revoter et que le oui passe, cette victoire n'aura pas la valeur de celle du Non le 12 juin 2008, car une victoire lors d'un second vote serait une victoire de la pression. Une seconde victoire du Non serait à l'inverse beaucoup plus forte. Le vote Non, quelque soit ses motivations et la qualité des arguments, est un vote libre, qu'on ne fait pas pour que le pouvoir nous laisse enfin tranquille.

Au passage, j'ajoute qu'il est tout à fait contre-productif de se foutre du résultat de ce référendum, en se disant "de toute façon, le Système finira par effacer le vote irlandais". Quand bien même ce scénario se réaliserait, il nous prouverait -encore- la nature antidémocratique du fédéralisme européen (qui suinte déjà par tous les pores à entendre les réactions européistes: "plus de référenda nationaux! Un référendum paneuropéen !!!" ... un référendum européen aurait en effet l'intérêt d'éluder la question de la souveraineté des nations, donc à régler la principale question avant même le vote).

En raisonnant en marxiste encore, on constate que si les irlandais ne se réclament pas majoritairement de la sortie de l'Europe fédérale, c'est à cela qu'ils ont oeuvré, puisqu'ils ont voté pour une Europe qui leur ressemble, et qu'ils n'auront pas (tout comme l'Europe-sociale-qui-ferait-contrepoids-aux-USA dont rêvent les altereuropeistes français). Si c'est cette tendance de l'histoire qui continue, alors les irlandais finiront par être gagnés à l'idée qu'il vaut mieux pas du tout d'Europe fédérale, rester à l'Europe-marché et à leur neutralité. Bien qu'il ne soit pas un vote contre l'UE en tant que telle, le vote des irlandais sert donc concrètement nos positions d'anti-fédéralistes, pas celles des partisans de l'"Autre Europe".

Donc encore merci, peuple d'Irlande.

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1 avril 2008 2 01 /04 /avril /2008 22:17

 


(ci-dessus une carte ethnique du Kosovo datant de 2003)

 


Plus on est de fous…plus on est de fous. Et c’est pas forcément drôle.


Je vais avoir pour habitude d’écrire sur des sujets avec plusieurs semaines, voire mois à l’avenir, de retard sur leur « actualité ». D’une part parce que je suis souvent en retard, d’autre part parce que je n’aime pas que l’actualité journalistique me dise sur quoi je dois me pencher ou pas.

Donc un « petit » article sur la proclamation unilatérale d’indépendance du Kosovo par son assemblée, le 16 Février.

            Tout de go, je commencerais par ceci : la France, et tous les autres états, ne devraient pas (ou n’auraient pas dû) reconnaître l’indépendance du Kosovo.

            Non pas au nom de la Grande Serbie et de son droit éternel à posséder ses terres historiques, son Champ des merles, et ce qui s’ensuit. Ce genre d’arguments permettraient de refaire indéfiniment toute la carte du monde.

            Non pas non plus au nom de ce que l’indépendance kossovare servirait les diaboliques desseins du Pentagone, de la CIA, de sa façade OTAN-tique, dans un lugubre plan de domination de l’Europe Centrale et du monde (bien que l’installation pour quasiment un siècle des forces américaines au camp Bondsteel alimente tout à fait cette théorie).

            Mais tout simplement parce que le Kosovo est un trop petit pays. Il y a déjà trop de petits états sur le continent européen. Leur multiplication ne fait que rendre toujours plus difficile la coordination des états européens, et qui fait avancer les pions de ceux qui pensent que c’est seulement au travers d’un empire continental, après avoir pulvérisé les souverainetés nationales, qu’une puissance européenne pourrait s’affirmer. Une alliance de souverainetés est possible dans une Europe (au sens géographique) qui compterait une douzaine de grands états ou fédérations de peuples (comme l’était la Yougoslavie). Dans un ensemble de plusieurs dizaines de petits états, c’est impossible. Voilà pourquoi la France aurait dû refuser, et ce indéfiniment et sans conditions, de reconnaître l’indépendance du Kosovo et du Monténégro.

            Bien sûr, en France comme à l’étranger, des voix se seraient élevées pour dénoncer notre « racisme », notre « mépris tout jacobin  des peuples ». Rien à voir. Les « petites nations » ont également besoin, dans leur liberté, de puissance (sans quoi on a peu de liberté) et de capacité à se défendre (sans quoi pas de liberté). Un état nain est moins profitable à ses habitants qu’un pays de taille moyenne. Comme je l’écrivais dans ma lettre à Philippe Val il y a bientôt un an, la démocratie n’étant pas indéfiniment élastique, un état-continent comme la Chine (ou l’Union Européenne) n’est pas non plus l’idéal d’un état démocratique.

      Cependant, en disant cela, je conçois tout à fait qu’avec 90% de sa population albanophone et peu serbophile, le Kosovo ne doive pas rester serbe bien longtemps à l’avenir. Contradiction me direz-vous ? Non. Les solutions envisageables à court ou moyen terme sont :               

-         le partage (comme le suggérait Evgueni Primakov, ex-premier ministre russe) du Kosovo. Mais pas entre la Serbie et un Kosovo indépendant. Mais entre la Serbie et l’Albanie. Et alors on s’exclamera que l’Albanie n’a rien demandé, que l’affaire kossovare est suffisamment compliquée ainsi pour qu’on y rajoute un nouvel acteur. Au contraire, je répondrai que c’est l’acceptation brute d’un nouvel état, non reconnu par une minorité non négligeable de ses habitants (les 7% de serbes) qui complique la carte de l’Europe et crée des précédents douteux pour d’autres régions séparatistes. Rattacher l’essentiel du Kosovo à une Albanie qui ne l’a pas demandé ne constitue au contraire aucun précédent pour d’éventuelles réclamations d’un état sur des régions d’autres états sur des prétextes ethniques. Notons au passage que pour reloger les milliers de serbes qui ont fui le Kosovo à partir de 1999, la Serbie serait en droit d’exiger plus que 7% de la province. Puisque nous n’admettrons pas la pulvérisation de l’Europe, la seule réponse à faire aux indépendantistes kossovars (fussent-ils une majorité de la population) est : « A vous de choisir : vous êtes serbes, ou albanais. Kossovar, ça n’existe pas. Il y a déjà trop d’états en Europe ». Certes, si l’Albanie refuse absolument une telle solution, elle ne sera pas praticable ;

-         soit encore, la recréation d’une fédération dans les Balkans. Bien sûr, cela n’apparaît pas du tout à l’ordre du jour. Et si cela revenait, il y aurait peu de chances, après la guerre de Bosnie, qu’une telle fédération regroupe à nouveau Serbes, Bosniaques, Croates. Mais les états qui se sont séparés de la Serbie (Croatie, Fédération croato-musulmane de Bosnie, Monténégro, Kosovo) pourraient toujours cohabiter dans une fédération illyrienne ;

-         soit alors, si aucune de ces solutions ne trouve preneurs (et c’est ce qui semble le plus probable aujourd’hui), alors refuser indéfiniment l’indépendance du Kosovo, et le considérer toujours comme territoire de la République Serbe, jusqu’à ce qu’une solution (par exemple l’une des deux précédentes) soit mise à l’ordre du jour.

Si l’on me répond que ces solutions sont actuellement irréalistes, je réponds que c’est justement ce qui me plait. Les états européens attachés à la souveraineté et l’intégrité territoriale doivent justement refuser coûte que coûte l’indépendance kossovare, en maintenant une impasse juridique à durée indéfinie. Car c'est encore la réponse la plus directe pour parer aux ambitions des atlantistes et européistes de tout poil pour qui la pulvérisation des nations est le meilleur moyen d’arriver à l’empire européen qu’ils souhaitent. 


Le Kosovo, preuve de la « menace immigrée » ?

         Je consacrerai la fin de mon article à répondre aux nationalistes en tous genres pour qui la séparation du Kosovo de la Serbie (qui est une hypothèse que j’admets, comme je l’ai dit plus haut) serait l’aboutissement de la menace « immigrationniste ». Selon eux, la présence des albanais au Kosovo est due à une immigration récente (ce qui est tout à fait faux, les albanais sont présents dans la province depuis le haut Moyen-Âge), et donc reconnaître le détachement du Kosovo de la Serbie, c’est admettre que des immigrants puissent, par leur nombre, s’emparer du territoire d’un pays qui les a accueillis. Ainsi, des lepénistes nous feraient croire qu’à tolérer une trop forte immigration musulmane dans le Sud de la France, on se retrouverait avec des velléités d’indépendance d’un « Provencistan ». Outre la fausseté de cette interprétation de l’histoire du Kosovo, je réponds qu’effectivement, si une nation laisse une minorité immigrée devenir majoritaire dans une province, alors elle ne peut pas refuser de la perdre. Et que la nation perdante ne devra s’en prendre qu’à elle-même. Car une nation avec une culture digne de ce nom peut toujours tenter d’assimiler ses immigrants, de les convertir à sa langue, de les disperser sur le sol national pour qu’ils ne soient majoritaires nulle part avant de s’assimiler, quitte à ce que l’ensemble de la nation se métisse un tant soit peu plutôt que de se fractionner. Ce qui est grave pour la nation française, ce n’est pas de recevoir des millions d’immigrants (dont la grande majorité respectent les lois de la République et parlent sa langue) mais de les regrouper dans certaines communes, certains départements ou régions.

J’en profite au passage pour tacler Rama Yade, qui, avant de louper un rôle de maire-adjoint dans notre belle ville de Colombes, avait dénoncé la décision de la mairie PCF d’Aubervilliers de porter plainte contre des squatteurs finalement évacués par la police. Sans vouloir ressortir les « seuils de tolérance » ou autres bêtises proto-frontistes à la Marchais, je dis qu’il est normal qu’une municipalité comme Aubervilliers considère que ce n’est pas à elle de recevoir tous les immigrants. Et le gouvernement aurait très bien pu rendre caduque la plainte de la mairie d’Aubervilliers en organisant le relogement des squatters, au lieu de laisser les juges prononcer l’évacuation. Donc le militant PCF que je suis ne se sent nullement culpabilisé par les attaques hypocrites de la secrétaire d’Etat aux droits de Sarkozy.

En conclusion, une nation qui renonce à convertir à sa culture des masses d’immigrants est une nation qui fait acte de sa faiblesse. Les Etats-Unis ont progressivement fait de dizaines de millions de gens non nés sur le sol des USA, des américains. Pourquoi la France et sa culture millénaire en seraient incapables ? Interdire l’immigration n’est qu’un aveu encore plus criant de faiblesse. Comme le dit très bien Ayaan Hirsi Ali, ce sont les individus qui sont égaux entre eux, pas les cultures. Une culture qui se sent menacée par la seule présence d’individus n’ayant pas (encore) la même culture est une culture faible, et personne n’a le devoir de se forcer à la conserver telle une pièce de musée.

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4 février 2008 1 04 /02 /février /2008 20:36

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Plus de 550 voix pour la révision constitutionnelle au Congrès des Parlementaires à Versailles aujourd'hui. Dont la majorité des députés PS. Quelques centaines de manifestants à l'extérieur exigeant un référendum. 

Pourquoi cette absence de réaction de la part des français? Parce que, ânonnent les ouistes, les français se seraient aperçus des "mensonges" des partisans du non en 2005, qu'il n'y avait pas de plan B, qu'il n'y aurait pas de renégociation d'un nouveau traité, etc?

Parce que les français ne croient plus en la France, se lamentent quelques nationalistes?

Problème: si les français étaient réellement passionnés de la construction européenne, comment expliquer leur si faible participation aux élections européennes? La validation à l'arrachée du traité de Maastricht, il y a 16 ans à peine?

La réalité est plutôt celle-là: les français partisans du non ont bien compris que de toute façon leur avis comptait pour queue de chique. Qu'ils pouvaient manifester contre la révision constitutionnelle, signer des pétitions (120.000 signatures avaient d'ailleurs été recueillies), ils savaient bien qu'élus PS comme UMP les mépriseraient, et que, quand bien même un grand sursaut national aurait empêché la ratification du Traité de Lisbonne, d'autres méthodes auraient été employées, à commencer par le report de l'échéance, de nouveaux traités faisant passer par morceaux, etc...
 
Les nonistes savent également que le vote sanction contre le PS n'aura pas lieu, ou marginalement, car les français ne mélangent pas les élections. La construction européenne n'est qu'un sujet parmi d'autres, surtout au niveau municipal et cantonal, et les électeurs du Non ne sont pas des fanatiques, certainement pas plus que les enragés du Oui pour qui voter Non revenait à voter Hitler (car chacun sait que sans "l'Europe", retour à Verdun et à Auschwitz)... Les électeurs du Non de gauche savent également qu'à voter contre le PS ils ne font gagner que l'UMP et le MODEM, eux aussi pour le Oui.

Les français du Non savent qu'à ne prendre que des postures défensives (et le 29 Mai 2005 fut une victoire défensive seulement), on finit toujours par perdre. Les plus puissantes forteresses ont leurs failles. Il n'y aura de remise en cause des Traités européens, de la construction européenne, que si un mouvement politique, de gauche ou de droite radicale, porte cette remise en cause. Un grand parti de gauche anti-européen pourrait menacer le PS de lui faire perdre les élections s'il trahit le vote des français. Le PCF aurait pu être ce parti, il le peut peut-être encore. Il aurait pu gagner en importance grâce au Non, s'il avait mené campagne contre le PS aux présidentielles, au lieu de s'assoupir aux promesses Royalistes de ne pas remettre en cause les résultats du référendum de 2005. En tout cas, le parti dont nous avons besoin ne sera pas celui de Besancenot. Le fait que nous devions lutter contre la ligne européenne du PS ne signifie pas que nous devions refuser toute alliance avec certains de ses éléments ou avec le PS lui-même dans des enjeux locaux.

Pour finir, je ne peux qu'exprimer mon mépris des ouistes qui se réjouissent de l'acte misérable qu'ont commis les parlementaires. Si c'est cela le genre de victoires que les "européens convaincus" peuvent remporter, alors on en aurait presque de la peine pour eux. Nous n'avons pas fini d'encaisser les discours stupides, mensongers, incohérents et manipulateurs des ouistes, notamment sur ces deux points:

                -le vote du 29 Mai 2005 ne serait pas un vrai choix démocratique car les français auraient voté "pour des raisons de politique intérieure", "manipulés par la démagogie contre la Turquie ou le plombier". Discours odieux à plusieurs titres, car sur les mêmes arguments je peux également disqualifier la victoire de Sarkozy en Mai 2007 car il a également fait preuve de démagogie dans sa campagne, et on peut même disqualifier toutes les élections car les vaincus ont toujours des arguments pour expliquer que le vainqueur mentait et trompait le public! Odieux également, car les motifs de "politique intérieure" avaient toute leur place dans le débat sur "faut-il ou non transférer notre souveraineté aux institutions européennes?".Car répondre Oui, c'était effectivement dire à nos gouvernants qu'ils avaient raison de mal gérer le pays, puisque de toute façon nous considérions que c'était au niveau européen que devraient se décider un nombre croissant de nos politiques. Voter Non, c'était au contraire dire: nous vous tenons pour responsable de votre politique nationale, que ce soit sur la croissance, l'emploi, le niveau de vie, etc... et ce d'autant plus que votre politique est mauvaise, et nous ne vous laisserons pas déléguer vos responsabilités au niveau européen!

                 -ensuite l'élection de Sarkozy le 6 Mai 2007 permettrait d'annuler le vote de Mai 2005, car Sarkozy avait prévenu de ses intentions concernant la reprise du TCE... J'ai déjà répondu à ces idioties dans un autre article (
http://pourlecommunisme.over-blog.com/article-13539129.html ) mais répétons-le une fois pour toutes : l'élection présidentielle ne sert qu'à désigner la PERSONNE du (de la) Président(e) de la République, elle n'avalise en rien son PROGRAMME. Que Sarkozy soit élu ne valide aucune des mesures de son programme, qui doivent être débattues pendant le mandat. De même, pour prendre les européistes à leur piège, quand Chirac se faisait élire en 2002, il avait dans son programme la baisse de la TVA sur la restauration à 5.5%, chose qui ne pouvait être obtenue qu'avec l'accord -très improbable et non obtenu- des autres membres de l'UE! Juste histoire de rappeler que lorsqu'on élit un président, fut-ce à 82%, on ne valide pas du tout son programme pour autant. Et qu'ensuite, sur le modèle oui-iste, on peut parfaitement dire que l'élection de Sarkozy était, comme l'infâme vote Non du 29 Mai 2005, qu'un résultat de la démagogie et de la manipulation populiste. Parmi les 19 millions de français qui ont élu Sarko le 6 Mai, combien ont voté pour ses annonces sur les heures supplémentaires, la sécurité, l'impôt sur les successions, ou même la couleur de sa cravate?

 

 

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8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 21:21

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Je reprends par un sujet que j’avais déjà abordé dans un billet de mai dernier consacré à Philippe Val : mes positions concernant la « construction européenne »

 

Je ne suis pas un anti-européen fanatique. Je considère que l’Europe en tant que zone de libre-échange (avec bien sûr les exceptions qui s’imposent pour les services publics, et pas « services d’intérêt économique généraux », et la propriété publique), en tant que zone de circulation des personnes (mais pas en tant que forteresse), est une bonne chose. Cela peut surprendre de la part d’un communiste, mais comme je l’ai déjà dit dans un billet sur Alstom, je ne pense pas que le protectionnisme (dans lequel le PCF a encore voulu donner par ses propositions l’an dernier) ait quoi que ce soit de progressiste.

 

Mais je ne me considère pas non plus comme « alter-européïste ». La position dont je suis le plus proche est celle d’un arrêt de la « construction européenne », avec un recul des décisions supranationales prises à la majorité (que ce soit au Conseil des Ministres/de l’Europe, ou par la réduction des pouvoirs dudit « Parlement Européen » -et pourquoi pas sa suppression ?). N’ayant plus le temps d’écrire des pavés, je ne poste que l’une des critiques à porter à l’UE (je n’en ai pas 40.000 non plus) :

 

L’UE a trop de membres

A 27 pays membres, les partisans du ressuscité « Traité Constitutionnel Européen » nous expliquent qu’on ne peut plus gouverner «l’Europe » de la même manière, que la coopération intergouvernementale est une « vieille utopie » (le Traité de Rome prévoyait déjà en 1957 la prise de décision majoritaire au sein du Conseil des Ministres, validée par le Compromis de Luxembourg en 1966, avec la condition de "chercher l'unanimité"), que les souverainetés nationales devraient être davantage réduites, pardon, « partagées ».

 

Or tout ce discours n’est que prophétie autoréalisatrice. Chaque « élargissement » (encombrement plutôt) de l’Union Européenne a été présenté comme une « victoire », une « réunification de l’Europe » (comme si elle avait été unifiée un jour…ah si, temporairement et partiellement sous Hitler, mais nous nous garderons des amalgames). En quoi pourtant est-ce dramatique qu’un pays n’entre pas dans l’Union Européenne ? En quoi cela le prive-t-il de coopérer avec les états de l’UE ? De recevoir, si besoin est, des fonds et de l’aide technique ? De participer à des opérations humanitaires/militaires ? En rien. Comme je l’écrivais dans ma lettre de mai dernier à Philippe Val, « l’Europe » n’a jamais empêché aucune guerre, ni sorti un quelconque pays d’un régime dictatorial – toutes les dictatures européennes qui sont tombées dans ces cinquante dernières années l’ont fait de l’intérieur. Il est de surcroît complètement improbable qu’un état non-membre de l’UE vire dans « l’Axe du mal », devienne un allié de Ben Laden ou de Kim-Jong-Il.

 

Quand à l’argument comme quoi laisser à l’écart de l’UE un petit pays, c’est le laisser à l’impuissance, il est totalement erroné. Comme le montre très bien la Norvège, un petit état peut au contraire parfaitement tirer partie de sa petite taille, de sa neutralité, pour participer à des missions de médiations extérieures, alors qu’au sein de l’Union Européenne, les petits états restent ce qu’ils sont : de petits membres, avec de petites voix, et ce quand bien même on sacrifie le principe proportionnel au « Parlement européen » pour leur faire plaisir.

 

A l’inverse, si nous prenons quand même le parti (un peu utopique, j’expliquerai ensuite pourquoi) de dire qu’il faut quand même une alliance plus ou moins poussée entre états européens, un ensemble d’états formant une zone de libre échange/circulation, alors 7 ou 8 pays suffisent. Dans l’ordre décroissant de population : l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, la Pologne, la Roumanie. Ces sept états forment 75% de la population de l’actuelle UE à 27. En ajoutant l’Ukraine, on a 70% de toute la population du continent européen hors Russie, en huit états seulement. C’est cette situation que j’ai représenté sur la carte en haut de l’article, avec l’Ukraine en bleu pâle, et tous les petits états de l’UE27 (moins de 20 millions d’habitants) en bleu clair.

 

Sur cette carte, trois états au centre, la France, l’Allemagne et l’Italie. Si une alliance approfondie devait vraiment être construite entre états européens, ces trois-là suffiraient. De taille comparable, sans aucun pour être majoritaire, avec des situations économiques très proches.

 

Mais là vous me direz : « Arrête ton délire. Une « Europe » à trois, ou sept, certains de nos ‘partenaires’ ne l’auraient jamais accepté. A commencer par l’Allemagne. ». Sans vouloir verser dans le mythe comme quoi la « construction européenne » se serait faite contre la France, il y a effectivement des états plus favorables que le nôtre à cette intégration insatiable de petits états pour sans cesse compliquer le fonctionnement de cette Union et appeler à toujours moins de souveraineté nationale. En intégrant le Bénélux dans la première CEE –ce qui était dispensable-, l’Allemagne s’est évitée un tête à tête avec la France, unique membre des signataires du Traité de Rome à être considérée comme un des vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale. Faire entrer plusieurs petits états a permis de moraliser les vues françaises de l’Europe comme coopération intergouvernementale, et ce en utilisant des petits pays qui n’avaient pas le passé honteux de l’Allemagne.

 

Parce que cette alliance (terme que je préfère à Union) européenne là n’aurait pas pu voir le jour faute de la volonté de certains, je considère que l’UE réelle et actuelle à 27 ne vaut pas la peine d’être continuée ni même maintenue, et qu’elle ne peut qu’effacer les souverainetés nationales au profit d’un système fatalement moins démocratique.

 

Fêtant cette année ses 51 ans, l’UE devrait envisager sa retraite anticipée.

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