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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

     www.pourlecommunisme.com est un site qui s'attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l'idéal communiste, faillite économique, etc...). Il ne fait la promotion d'aucun régime existant ou ayant existé par le passé, s'efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l'avenir.

     Vous êtes anticommuniste et voulez débarasser le monde d'un jeune fou qui, selon vous, risque de faucher à nouveau des millions de vies?

Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis?

Vous voulez simplement parler du communisme?

Alors ce blog est pour vous.

 

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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 23:38

N'étant pas journaliste de profession, je ne peux suivre les dernières nouvelles et vous en faire une prompte analyse.

Cependant, il semble que les militaires honduriens aient fait ce dont rêve la droite vénézuélienne : le renversement d'un président élu.

Lundi 29 Juin



L'histoire fait aussi largement penser à la chute d'Allende. Petite remise dans le contexte.

Le Honduras est un charmant pays de 7.5 millions d'habitants, dont la capitale a un nom très sympathique pour les bègues (Tegucigalpa), ancienne colonie espagnole (jusqu'à 1821), et qui, comme le Nicaragua, le Guatemala, le Panama et le Costa Rica, fait écharpe autour de l'isthme centro-américain (ce qui fait qu'une grève des routiers pour bloquer toute la région ne doit pas être une excellente idée, vu que tous ces pays peuvent se rendre la pareille). Ce pays est fort peu connu, sauf peut-être aux USA sous le nom de "USS Honduras" (car sa soumission aux intérêts US en faisait l'équivalent d'un porte-avion américain durant la Guerre Froide), ou, au Nicaragua (voisin du Sud), comme vecteur des contras-venus-défendre-la-liberté-contre-le-totalitarisme-communiste dans les années 80. Les amateurs de football (ou d'histoire militaire) savent aussi que ce pays et son voisin le Salvador se sont fait, en 1969, une guerre portant le nom de leur sport favori (
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_du_football, oui, moi aussi je croyais à une plaisanterie au départ) .

Manuel Zelaya a été élu président du pays en 2005. Homme de droite, il lui vient la curieuse idée de passer à gauche (en voilà un qui n'aurait eu aucune chance au PS, et qui n'a pas dû être trotskyste dans sa jeunesse), et il fait entrer son pays dans l'ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Amériques). Manque de chance, son mandat devait durer quatre ans, et il doit donc s'arrêter en 2009.

Et il n'a pas le droit de se représenter, c'est interdit par un article de la constitution nationale.

Et dans cette Constitution, un autre article interdit de modifier le précédent article.

(Ils n'ont même pas pensé à faire un article pour interdire de supprimer l'interdiction de supprimer l'interdiction de se représenter à la présidentielle).
http://www.latinreporters.com/honduraspol26062009.html

Un article de Rue89 explique posément le pourquoi du comment : http://www.rue89.com/panamericana/2009/06/28/honduras-le-nombre-de-mandats-pretexte-du-coup-detat . Dans plusieurs pays d'Amérique latine, comme par exemple la Colombie jusqu'au premier mandat d'Uribe-le-démocrate en 2002, le mandat présidentiel unique était de rigueur. Uribe l'a fait réformer, et de ce fait a pu être réélu. Cette prévalence de constitutions imposant un seul mandat venait de la crainte, après des décennies de dictatures liées à la guerre froide dans nombre de pays latinoaméricaines (ef africains aussi), de voir réapparaître des caudillos et des démocratures dirigées par des présidents à vie.

Notons que même cette crainte ne justifie pas en soi que l'on ne permette pas deux mandats présidentiels. Car un président qui n'a pas à se soucier de sa réélection devient d'un coup moins responsabilisé de sa politique. Enfin détail.

Ayant quelques désaccords avec son parlement (un peu la situation d'Allende à la fin de sa vie), Zelaya ne pouvait obtenir la majorité des deux tiers des parlementaires pour modifier la Constitution, et ça n'aurait même pas servi à quelque chose de chercher cette majorité puisque, comme dit plus haut, la Constitution interdit de supprimer l'unicité du mandat présidentiel.

Alors, Zelaya  a lancé un scrutin "illégal" (et de fait, il l'était), pour mettre en place une Constituante. Pour faire adopter l'idée de mettre en place cette Constituante, il songe à faire mettre une "quatrième urne" lors des élections présidentielles, législatives et municipales (trois élections en un seul jour, de quoi mettre au chômage bien des Duhamel et Chabot privés de soirées électorales...), pour que les électeurs répondent "oui" ou "non" à son idée. Ceux qui ont destitué Zelaya l'ont accusé de mener ainsi un "coup d'état technique". On ne m'enlèvera pas de l'idée qu'un coup d'état à coup de bulletins de vote dûment comptés est plus sympathique qu'un coup d'état mené par quelques robes d'hermine et quelques paires de rangers.

Le Parlement, la Cour Suprême, et l'armée ne le voient pas ainsi. En conséquence de quoi, Zelaya a été arrêté ("démission volontaire", comme la droite vénézuélienne nous l'a fait pour Chavez en avril 2002), et plusieurs membres de son gouvernement ont démissionné.

C'était donc anticonstitutionnel. Ah bon?
Et quel autre moyen de changer une Constitution, surtout une qui précise qu'elle est inamovible?

Bien sûr, dans toute démocratie, qu'elle soit bourgeoise ou prolétarienne, il y a des options qui doivent être interdites. Une répression raciale, même voulue par un parlement à plus de 60%, ne saurait être admise. Cependant il s'agit là d'un exemple extrême. L'interdiction du renouvellement du mandat présidentiel (idée stupide en soi) n'entre pas du tout dans la même catégorie.

Et surtout, ceux qui défendront cette "manoeuvre légale" pour "défendre la démocratie" seront encore de ceux qui s'imaginent que le droit est au-dessus des choix de société, sans parler des rapports de classe. Pas étonnant que la plupart des juristes soient de droite.

C'est la même défense du droit qui a motivé les parlementaires chiliens à demander l'intervention de l'armée en 1973, ce qu'elle fit en Septembre de la même année, avec quelques milliers de morts et de torturés au final.

Et Libération qui reprend les mêmes arguments légalistes pour mettre en doute l'idée qu'il s'agisse d'un coup d'Etat.

http://www.liberation.fr/monde/0101576738-le-president-du-honduras-expulse-son-allie-ch-vez-irrite

Il y a trente-six ans, Libération aurait donc dû applaudir Pinochet.

Que pouvons-nous faire concrètement?

Si vous êtes francilien, le cercle bolivarien appelle à se rassembler devant l'ambassade hondurienne (http://cbparis.over-blog.com/article-33221124.html).

Mais en réalité, si de nouvelles élections libres avaient lieu sous peu au Honduras, la droite serait quasiment assurée de passer (selon LatinReporters), et ce quand bien même Zelaya (qui ne fait plus partie de la droite) se représenterait. Enfin on ne saura pas justement, puisqu'il ne se représentera pas.

Ce coup d'état "légal" montre à quel point il est facile de verrouiller une démocratie.


 

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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 21:29


Pour changer du triste article précédent, un petit article de réjouissances.

Dimanche 15 Janvier, Hugo Chavez et le PSUV (Parti Socialiste Unifié du Vénézuela) ont gagné un référendum sur un projet d'amendement constitutionnel qui modifiait 5 articles de la Constitution de 1999, permettant au Président comme aux maires et aux gouverneurs de pouvoir se représenter sans limite. Autrement dit, d'instaurer une situation électorale telle qu'elle a cours en France.

Plus de 6 millions de votants (54% des exprimés) ont opté pour le oui.

Le contexte a peut-être changé depuis Décembre 2007, mais en tout cas ça ne valide pas mon hypothèse d'il ya quatorze mois selon laquelle le référendum du 2 Décembre 2007 aurait été perdu (de très peu) en raison des articles permettant à Chavez de se représenter.

J'avais écrit aussi à cette époque qu'après tout, le fait que Chavez ne puisse se représenter forcerait son parti à se trouver de nouvelles têtes, et de construire la pérennité du mouvement. La victoire du "Si" renforce au contraire le risque de personnalisation du chavisme. Cependant, on aurait pu renvoyer aux antichavistes leur propre raisonnement: si le gouvernement (ou "régime" en version Le Monde-Libération-France2-Canal+-etc...) de Chavez est si médiocre et désastreux, alors affronter Chavez en 2012 vous permettra de lancer tous vos arguments contre lui, alors que s'il ne peut se représenter, il formera peut-être un(e) candidat(e) neuf(ve) pour lui succéder...On pourra toujours dire qu'un candidat issu du PSUV devrait porter le bilan de 13 ans de chavisme. Mais on a vu, en France par exemple en 2007, un candidat, qui, alors qu'il était le n°2 du gouvernement sortant et ministre de l'Intérieur après avoir été aux Finances, s'est attribué le rôle de "candidat de la rupture" et qui ne fut jamais présenté comme le candidat sortant qu'il était pourtant...

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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 15:42

Sur beaucoup de points je soutiens Chavez, et pratiquement toutes les accusations formulées contre lui ont été efficacement démontées, car souvent elles ne passaient même pas le test de la cohérence logique. Ainsi les fameuses accusations sur le fait que Chavez veuille devenir président à vie, sur ses déclarations "antisémites", ou même sur les accusations encore plus incroyables -et fausses à en lire Amnesty International- sur les "escadrons de la mort au Venezuela" inventés par un mauvais journaliste français.

 

Cependant, le problème des pénuries alimentaires depuis le début de l'année 2007 est différent. Chavez, confronté à une inflation et à la dévaluation du bolivar, a voulu plafonner les prix alimentaires. Grave erreur me semble-t-il. Depuis, des pénuries de lait, de viande, d'autres aliments et produits de base se sont généralisées. Bien sûr, on découvre des stocks régulièrement. L’armée vénézuélienne démantèle des réseaux de contrebande à la frontière colombienne. Et les chavistes de parler de blocus organisé; mais, cette fois-ci, contrairement aux autres argumentaires chavistes, ça ne me convaint pas.

En économie de marché - ce qu'est toujours le Venezuela-, bloquer les prix d'une production expose toujours à se retrouver avec des pénuries. On ne peut pas reprocher à un paysan qui met 3 euros (chiffre bidon) à produire un poulet de refuser de le vendre à 2 euros, et de préférer stocker sa production pour la vendre au marché noir, ou cesser son activité. Ainsi, le fait que l'on retrouve quantité de stocks ne prouve en rien la réalité d'un complot. Il s'agit au contraire d'une réaction logique et spontanée des producteurs, aussi bien des plus modestes que de multinationales telles que Nestlé ou Parmalat que Chavez accuse de participer au blocus.

L'effet médiatique de ces pénuries est désastreux (et a sans doute participé à la défaite du 2 décembre), on peut trouver des images d'étals vides sur de nombreux blogs. Cela réactive le discours sur "le socialisme, c'est la pénurie et la faim", sur "l'échec inéluctable de tout socialisme", etc... Et c'est d'autant plus désastreux que bloquer des prix, ça n'est pas du socialisme! Rien dans un blocage des prix n'implique la collectivisation des biens de production.  Et ce même si Chavez a brandi la menace d'une nationalisation des supermarchés. D'ailleurs, la création de supermarchés à prix réduits pour les quartiers pauvres a déjà eu lieu, elle ne nécessitait pas une politique de blocage des prix. On fixe certes les prix dans une économie planifiée, mais ce n'est pas encore le cas de l'économie vénézuélienne! Donc si Chavez pensait instaurer le socialisme en commençant par bloquer des prix, il inverse les étapes...Dommage, car jusque là, sa méthode politique me semblait, peut-être pas parfaite, mais très réussie!

Alors certes le gouvernement peut panser le problème par le recours aux importations alimentaires. Chavez vient d'ailleurs de signer des contrats en ce sens avec l'Argentine. Et de toute façon le Venezuela était déjà sous dépendance alimentaire en 1998, avant Chavez; mais il est déplorable qu'un secteur de l'économie vénézuélienne qui aurait pu être fort et source d'enrichissement national soit un secteur faible.

 

Il y a cependant d’autres informations qui doivent être prises en compte. Par exemple sur : michelcollon.info : L’oligarchie vénézuélienne tente de provoquer une crise alimentaire

Ou : http://www.legrandsoir.info/spip.php?article6106)

 

- ainsi, donc, la régulation des prix mise en cause daterait en fait de 2005, non du début 2007. En soit, ce n’est pas un argument pertinent pour nier la responsabilité du gouvernement vénézuélien sur les pénuries, puisque le plafonnement des prix pouvait très bien ne pas être gênant en 2005 et l’être devenu en 2007 avec une inflation à plus de 15% annuels;

- dès mars 2007, le gouvernement a donc supprimé la TVA sur des produits alimentaires, permettant aux producteurs et distributeurs de récupérer un huitième du prix de leurs ventes (14% sur 114% du prix HT). C'est une preuve de rationalité de la part du gouvernement, mais ce n'est pas sûr que cela suffise, vu que l'inflation a été supérieure à ce taux;

- il semblerait donc que la pénurie n'existe que dans les supermarchés, qu'il n'existerait pas de baisse de la production au niveau agricole ;

- selon des témoignages sur le site de la radio nationale (RNV), la pénurie peut tout aussi bien être attribuée à l'augmentation des salaires, qui a fait arriver devant les magasins des gens qui n'y allaient pas auparavant faute d'argent. C'est une explication très partielle, mais elle doit être retenue.

 http://www.rnv.gov.ve/noticias/index.php?act=ST&f=26&t=61134

            -une autre hypothèse, venant de droite celle-là : les coopératives agricoles mises en place par Chavez seraient improductives car subventionnées sans lien avec leur production réelle. Cette hypothèse n’est pas très convaincante, car le secteur privé, toujours majoritaire, aurait vite fait de prendre les parts de marché que les coopératives n’occuperaient pas.

 

Il y a aussi une autre hypothèse à soulever. Comme je le disais plus haut, dans les quartiers populaires, le gouvernement bolivarien a ouvert des centres commerciaux à bas prix, qui ne seraient pas (selon LeGrandSoir) atteint par les pénuries. Peut-être parce qu’ils distribuent des produits importés. Dans ses déclarations, Chavez prétend que ces nouveaux canaux de distribution, en supprimant le maximum d’intermédiaires, on peut obtenir un prix satisfaisant pour le producteur et le consommateur (une application du commerce équitable, en quelque sorte)…Que ces prétentions soient vraies ou pas, on peut y voir une tentative de réaliser ce que Chavez a déjà annoncé : une nationalisation de la grande distribution. Si les affirmations du gouvernement bolivarien sont sincères, alors on aura effectivement, par la chute de la distribution privée frappée de pénuries, une socialisation des supermarchés et une retombée des pénuries. Si ces prétentions sont insincères ou naïves, alors cela révèle que Chavez a effectivement pris un chemin dangereux, en jouant avec l’approvisionnement de ses administrés, pour aboutir à cette socialisation. Un pari risqué, probablement pas la meilleure voie, car, en me répétant encore, la construction d’un réseau de distribution avec le minimum d’intermédiaires aurait très bien s’opérer sans plafonnement des prix.

 

En tout cas, si la situation que je lis sur le Venezuela ne s'améliore pas, on pourra toujours, à gauche, vanter le courage du peuple vénézuélien face aux immondes procédés de l'oligarchie, au final, on se retrouvera dès 2009-2010 avec un référendum révocatoire qui trouvera sans problème ses signatures. Si Chavez perdait un tel référendum, ce serait une fin catastrophique pour le chavisme et un boulet de plus, énorme, pour la cause socialiste au XXIème siècle. A l’inverse, une victoire dans un tel référendum (qui aura sans doute lieu) serait un juste contrecoup à la défaite du référendum du 2 Décembre.

 

J'espère ne pas paraître trop défaitiste, je ne demande qu'à être convaincu du contraire de ce que je dis, mais il n'y a rien de pire pour moi que de voir ces photos de magasins vides, de lire ces histoires de pénuries de lait...et d'entendre pour toute réponse "c'est la faute aux oligarques!". Réglons le problème d'abord, accusons ensuite.


Et pour l'instant, la meilleure solution me semble encore être la levée du plafonnement des prix agricoles.

Post-Scriptum: On lit beaucoup d'appréciations très diverses sur le Venezuela sur le Web, de la part de gens "qui en reviennent". Voici un article qui ne m'a pas semblé trop partial, d'un bord ou de l'autre:

http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/244875-la-revolution-bolivarienne/
On peut lire sinon des quantités d'horreurs sur le gouvernement bolivarien. Dans la mesure où c'est invérifiable pour moi, je m'abstiens de fouiller ces "informations".

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Published by DiadoreCronos - dans Monde - Amérique latine
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3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 21:12

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      J’aurais préféré d’autres circonstances pour poster mon premier article concernant le Venezuela et Hugo Chavez. Dans la nuit (heure GMT) du 2 au 3 Décembre, nous avons assisté à la première défaite électorale –de justesse- du président vénézuélien depuis 1998, date de son accession au pouvoir. Etait en jeu une réforme de la Constitution qui, loin de se limiter à ce que les médias occidentaux en ont retenu (la suppression de la limite du nombre de mandats présidentiels, comme en France, ou certaines dispositions sur la presse, voir ici pour plus d’informations : http://cbparis.over-blog.com/categorie-291815.html ou encore là: http://www.oulala.net/Portail/IMG/_article_PDF/article_3193.pdf ) modifiait près de 70 des 330 articles de la Constitution vénézuélienne (datant de 1999, donc déjà sous Chavez). Les propositions de modifications de la constitution étaient divisées en deux blocs (A pour les propositions présidentielles, et B pour celles d’une commission mixte).

 

L’étrange défaite 

            Les deux blocs ont été rejetés avec un peu moins ou un peu plus de 51% de suffrages défavorables, et 45% d’abstention. L’opposition (qui fédère tout et n’importe quoi, des sociaux-démocrates à la droite la plus dure y compris les partisans du putsch d’Avril 2002) n’a réuni que 4,5 millions de suffrages alors que 16 millions de personnes étaient inscrites sur les listes électorales, mais seulement 4,3 millions votèrent « Oui ».

            En comparant avec les résultats de la présidentielle de Décembre 2006, remportée par Hugo Chavez avec 63% des voix, soit  près de 7,2 millions de suffrages, quand le candidat de l’opposition , Manuel Rosales, n’en récoltait que 4,2 millions, on tire une conclusion évidente. L’opposition n’a gagné qu’environ 300.000 voix en un an, soit 1 à 2% du corps électoral, mais les électeurs chavistes ont comme oublié de voter. Le dixième des 2,9 millions de voix chavistes en moins aurait suffit à inverser les résultats du référendum. Cela aurait certes donné une approbation très précaire de la nouvelle Constitution, et le président bolivarien ne s’en serait pas satisfait.

            Les nombreuses manifestations pro-réforme n’auront donc mobilisé que 60% des électeurs chavistes. Il est extrêmement important que la gauche vénézuélienne remobilise son électorat, avant que le pire n’arrive : que d’anciens électeurs chavistes ne soient séduits par l’opposition. Car ce n’est pas ce qui se produit pour l’instant.

 

Prime à la calomnie ? 

            Les vénézuéliens sont des adultes rationnels, aussi ne passerai-je pas mon temps à leur reprocher leur non-vote, à tenter de disséquer les causes possibles de l’échec, à dire « si Chavez avait fait ou n’avait pas fait ceci… ». L’échec est acté. Il est cependant regrettable qu’il satisfasse ceux qui ont très largement donné dans la calomnie contre Chavez et son gouvernement (rebaptisé « régime » dans de nombreux reportages, au mépris de son élection démocratique, voire même « dictature »).

            Que n’a-t-on entendu, en effet ! Que Chavez voulait le pouvoir à vie, alors que sa réforme allait simplement, et ce n’était qu’un des 70 articles de la Constitution modifiés par son projet, lui permettre de tenter autant de mandats qu’il le souhaiterait, tout en devant passer le barrage du vote à chaque fois ! Si pouvoir se présenter plus de deux fois à une présidentielle fait de vous un dictateur, alors tout président français de la cinquième République est un dictateur ! On a aussi énormément menti sur la « fermeture » d’une télévision d’opposition, RTCV, alors que le gouvernement n’a fait qu’utiliser la loi en retirant à cette chaine sa fréquence hertzienne, tout en la laissant libre de se diffuser par câble ou satellite ! On entendit Reporters Sans Frontières crier à la disparition des « médias d’opposition », quand ceux-ci sont pourtant toujours bien présents (voir : http://cbparis.over-blog.com/article-14050967.html ).

            D’autres accusations bien plus incroyables circulèrent encore, proférées par des journalistes, français entre autres, que quasiment personne n’ose contredire si ce n’est le Monde Diplomatique et quelques sites de gauche sur le Net : il y aurait même des escadrons de la mort au Venezuela ! Sitôt cette énormité entendue, je me rue sur le site d’Amnesty International, et constate qu’au Venezuela, il y a, comme malheureusement tous les pays d’Amérique latine (sauf probablement ceux du cône Sud, du moins depuis leur retour à la démocratie), des meurtres commis par les forces de police, qui restent trop souvent impunis, des personnes dont la vie est menacée, sans que l’on puisse en rendre le gouvernement responsable !

            En lisant le rapport suivant (en anglais : http://thereport.amnesty.org/eng/Regions/Americas/Venezuela ; à comparer avec ceux du Brésil et de la Colombie : http://thereport.amnesty.org/eng/Regions/Americas/Brazil et http://thereport.amnesty.org/eng/Regions/Americas/Colombia ) on constate que le principal tort du gouvernement vénézuélien est de ne pas être assez ferme contre des policiers véreux et corrompus qui, à deux reprises dans l’année écoulée, ont abattu des journalistes enquêtant sur leurs agissements. Mais qui songerait à qualifier le président brésilien Lula de dictateur en raison du millier (au moins) de meurtres dont le Brésil est malheureusement la scène tous les ans ? Et pourquoi ne pas s’acharner contre le président colombien Alvaro Uribe, alors qu’en Colombie les paramilitaires (sans parler des FARCs) assassinent régulièrement ?

 

Avec philosophie… 

            Cette –très courte- défaite de Hugo Chavez, qui, rappelons-le encore, ne correspond en rien à un « sursaut populaire » contre « l’autocrate » Chavez, devrait prouver une chose à tous : Chavez est bel et bien un président qui respecte l’expression démocratique. S’il était vraiment un truqueur d’élections, alors il doit s’y prendre fort mal, car quelques milliers d’urnes bourrées lui auraient permis d’inverser les résultats. L’opposition a tout à fait pu s’exprimer dans cette confrontation, et la gagner. Mais bien sûr, les vaillants opposants, à Paris ou ailleurs, au « régime Chavez » ne reconnaîtront en rien cette honnêteté du président vénézuélien. Ils chanteront peut-être la « victoire de la démocratie », alors que cette démocratie est déjà au Venezuela !

            « L’avantage » que peut avoir cette défaite, est qu’elle empêche, sauf nouvelle modification réussie de la constitution avant 2013, Hugo Chavez de se représenter à la présidentielle de 2013. Non pas que je souhaite son départ : mais il se verrait obligé de trouver un successeur, et de faire en sorte que son parti, le Parti Socialiste Unifié du Venezuela, gagne les élections par lui-même et pas seulement par son candidat.

           

            En conclusion, le Venezuela a déjà l’immense mérite, depuis Décembre 2006, d’être le premier pays au monde a avoir sincèrement et démocratiquement voté pour un candidat qui annonçait clairement son intention de passer au socialisme – ce qui n’était pas évident chez Chavez en 1998 ou 2002. Allende n’avait qu’une majorité relative, et son programme ne parlait pas explicitement du socialisme (cf. l’article de ce blog consacré à Allende). On peut difficilement dire que Mitterrand voulait réellement abolir le capitalisme français dans son ensemble. En revanche, le Venezuela ne sera pas (tout de suite) le premier pays à se doter démocratiquement au XXIème siècle d’une constitution mentionnant clairement le socialisme. Mais nous pouvons réaliser un fait important : il y a quinze ans, affirmer que bientôt un peuple serait à deux doigts de voter sincèrement pour le socialisme aurait provoqué des crises d’hilarité générales. Cette nuit, cela s’est produit, et peut-être mieux encore si quelques articles concernant la présidence n’avaient pollué le débat.

            Au fond ce résultat n’est pas si grave : l’important est que le gouvernement Chavez continue sa politique, par des nationalisations, l’encouragement des coopératives ouvrières. Le Venezuela connaît la croissance, l’augmentation de son espérance de vie et de sa population. Que cela continue ainsi. Bien plus qu’à proclamer ou a constitutionnaliser, le socialisme doit se faire.

            Voir aussi ces statistiques :

http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/pays/VEN/fr.html

 

            Et cette analyse sur le « danger » que Chavez représente pour la démocratie :

http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=362

 

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22 novembre 2006 3 22 /11 /novembre /2006 22:01

Il était important pour moi de poster cet article.

 

Salvador Allende, président du Chili de 1970 jusqu’au 11 Septembre 1973, date de son renversement par Pinochet, est resté une figure mythique pour la gauche occidentale, et une partie de la gauche latinoaméricaine. De nombreuses rues françaises portent son nom, en souvenir de celui que l’on considère comme le premier président socialiste élu, renversé par le fasciste Pinochet alors qu’il était censé diriger pacifiquement son pays.

 

Pourtant, la réalité fut plus compliquée. Par simple souci d’information, je suis allé voir ce que la droite pensait de cet homme et de son gouvernement. Et là, on s’en doute, le son de cloche est différent. Peut-être pas au point de justifier l’action de Pinochet, mais pas loin pour certains.

 

En clair, pour les anticommunistes, Allende était un crypto-dictateur qui menait son pays à la ruine alors qu’il n’avait pas été élu réellement démocratiquement. Les critiques qu’ils lui portent contiennent une part de vérité, néanmoins à relativiser car les anticommunistes mentent souvent par omission.

 

Voir :  

 

http://es.wikipedia.org/wiki/Salvador_Allende (en espagnol, article de meilleure qualité qu’en français ou anglais, point de vue partagé et nuancé)

 

ou, si vous avez les nerfs plus solides :

 

http://www.liberte-cherie.com/a819-Allende_etait-il_le_petit_saint_que_les_communistes_en_ont_fait_.html?q=allende

 

 

 

Les anticommunistes disent :

 

·        Qu’Allende n’aurait pas été élu démocratiquement pour réaliser le socialisme ; 

 

Il est vrai qu’en Septembre 1970, la coalition de gauche de l’Unité Populaire conduite par Allende n’obtint que 36.6% des suffrages exprimés, et que, suivant la Constitution chilienne, Allende ne devint président qu’avec l’accord des députés de la Démocratie-Chrétienne. L ’Unité Populaire n’a donc jamais eu qu’une majorité relative au Chili. Il est vrai également que les programmes électoraux de l’Unité Populaire comme de la Démocratie-Chrétienne étaient seulement des programmes de gauche réformiste. Mais contrairement aux anticommunistes qui en concluent qu’Allende n’a pas été élu pour faire passer son pays au socialisme, on peut répondre deux choses :

-   d’abord qu’un gouvernement élu n’est pas obligé d’appliquer la politique qu’il a promise. Ce que je viens d’écrire est certes provocateur, et  en disant cela j’ai en tête ce qui se passe aujourd’hui en Hongrie où le premier ministre Gyurcsany a reconnu avoir menti aux électeurs. Mais la constitution d’un état démocratique autorise normalement un parlement à voter des lois auxquelles ne s’attendaient pas les électeurs, qui pourront toujours dire ce qu’ils en pensent aux prochaines élections (ils peuvent tout à fait approuver ce changement de politique) ;

-   ensuite qu’Allende n’a pas eu la chance de connaître les joies de la démocratie à la française. Dans notre bel hexagone, l’UMP a empoché la moitié de l’Assemblée Nationale avec 36% des suffrages exprimés aux législatives en Juin 2002 (abstention : 38%), soit sensiblement le même score que l’Unité Populaire en Septembre 1970 au Chili. Aujourd’hui, la France est gouvernée par un parti qui a reçu les voix d’un peu plus d’un tiers des exprimés, et moins du quart des inscrits. Avec la Constitution française, Allende aurait pu avoir un Parlement conforme à ses souhaits et gouverner beaucoup plus légalement.

Il n’en reste que dans la réalité, Allende n’a pas eu la majorité de l’Assemblée chilienne, et que celle-ci a rapidement manifesté son désaccord lorsque le Président a entamé la « transition vers le socialisme » : pour réaliser son projet, Allende a fait le choix de gouverner par décret, contre l’accord du parlement dont il déniera de plus en plus les prérogatives. Il aurait pu choisir d’attendre d’être majoritaire.

 

 

 

  • Que la politique économique d’Allende a ruiné le pays ;  

Allende a mis en œuvre dès 1971 une politique de réforme agraire radicale, de nationalisation de la majorité de l’industrie, en particulier du cuivre, et de relance monétaire et des salaires. La politique de socialisation, face à un Parlement hostile, ne put qu’avoir lieu par décret, par réquisitions suite à des troubles sociaux dans les entreprises. En 1971, le Chili connut une bonne année économique : la sous-utilisation des capacités économiques permit à la hausse des salaires d’être efficace, et le pays connut une croissance de 8%, avec une inflation basse. Mais dès 1972, les choses s’inversèrent :

 

- la relance monétaire se transforma en inflation, qui culmina au taux officiel de 342% en 1973, inflation à laquelle le gouvernement répliqua par le contrôle des prix, générant le marché noir ;

 

 - les industries nationalisées virent leur production baisser ; les grèves et la paralysie du pays qui allèrent croissantes, l’inflation, le marché noir et la désorganisation des réseaux économiques peuvent en partie expliquer ce phénomène, mais il est fort probable que les dirigeants nommés par l’état chilien à la tête des entreprises en un temps très court aient été réellement incompétents. De toute façon les dirigeants d’entreprises nationalisées ne pouvaient être responsabilisés de leur gestion, puisque pour cela il faut qu’ils aient des comptes à rendre devant une délégation démocratiquement désignée. Or, la coalition d’Allende étant minoritaire, et vu qu’il n’y avait pas eu de vote des salariés chiliens sur la collectivisation parallèlement aux élections parlementaires, il était facile de gager que tout compte-rendu des directeurs d’usines nommés par Allende aurait été une occasion pour l’opposition de descendre le gouvernement ;  

 

- dès 1972 les pénuries se répandirent, entrainant des manifestations de « casseroles vides », la grève de plusieurs corporations dont les camionneurs : même en pointant une éventuelle participation de la CIA , l’ampleur de l’affrontement social qui eu lieu au Chili est sans aucun doute largement d’origine interne, et l’opposition à Allende spontanée.

 

 

 

 

En 1972, le Chili connut une récession de 2.5% du PIB par habitant, et une récession de 6.5% en 1973. Mais il ne faut pas s’arrêter aux chiffres globaux, car le Chili comme ailleurs est un pays dont la population se divise en classe sociales. La prise en charge de l’approvisionnement des bidonvilles par le gouvernement, le montage de réseaux ouvriers de production et de distribution des biens, ont fait que tout le pays n’a pas vécu la crise de la même manière. En mars 1973, alors que le pays était globalement en crise, 40% des suffrages exprimés des chiliens se portaient sur l’Unité Populaire aux élections parlementaires (le score de l’UP fut de 43%, mais des rumeurs de fraudes portant sur 3 ou 4% des bulletins courent, selon J.F. Revel ; je ne considère pas feu l’académicien comme une référence en termes de vérité, mais par prudence voire par masochisme je préfère voir à la baisse le score de l’UP).

 

Ces faits sont aussi à mettre en comparaison du « miracle néolibéral » qu’aurait connu le Chili sous l’administration de Pinochet et des Chicago boys. Le Chili a certes connu des années de forte croissance depuis 1975, mais entrecoupées de deux années de sévères récessions du PIB par tête, pires qu’en 1973 : -12% en 1975, -11% en 1982. Et surtout un fait sur lequel les néolibéraux sont peu bavards : le Chili actuel est un pays très inégalitaire, où les 10% de chiliens les plus riches engrangent 47% des revenus en 1998, ce qui fait que le revenu moyen dont disposent les 90% restant est nettement moins flatteur que ce qu’annonce le chiffre global (un PIB par habitant supérieur à 10.000 $ en parité de pouvoir d’achat pour les comparaisons internationales, au début des années 2000).

 

Source des chiffres cités : http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMPays?codePays=CHL&grandesRegions=100&annee=2000&codeStat2=x&mode=carte&langue=fr&afficheNom=aucun

  

 

·        Qu’Allende serait responsable indirectement de plusieurs centaines de meurtres ; 

 

La violence politique a incontestablement existé au Chili sous le gouvernement d’Allende, notamment avec les actions du MIR (Movimiento de la Izquierda Revolucionar ), qui, pendant la réforme agraire entre autres, ont procédé à de nombreux meurtres. Les « libéraux » de Liberté Chérie imputent plusieurs centaines d’assassinat à cette organisation. Mais là où ce sont les anticommunistes qui abusent de l’ignorance des gens, c’est lorsqu’ils oublient de dire que le MIR n’avait pas attendu l’arrivée d’Allende à la Présidence pour se mettre à tuer. Le MIR a commencé sa période terroriste dès le milieu des années 60, pour ne l’achever qu’au milieu des années 90 (voir : http://www.tkb.org/Group.jsp?groupID=220 ). Soit trente ans de faits d’armes, alors que l’Unité Populaire n’a gouverné que trois ans, et que si Allende peut être accusé de ne pas avoir fait punir les assassins du MIR, ça ne fait pas de lui et de son « régime » le commanditaire des meurtres. Sur le lien concernant Allende sur Wikipédia en espagnol, il est plutôt question de cent morts dus à la violence politique sous le gouvernement d’Allende (« La violencia callejera se volvió cada vez más intensa, acercándose a la barrera de los 100 muertos por violencia política durante el gobierno de Allende”). Mais il faut remarquer que la violence politique ne fut pas due qu’à l’extrême-gauche: des mouvements de droite comme Patria y Libertad ne se sont pas fair prier non plus pour passer au terrorisme contre-révolutionnaire; en juin 1973, ce mouvement participe à une tentative de coup d’état plus tard nommée « tanquetazo » qui fit 20 morts.

 

Il serait bon de préciser aussi que plusieurs pays d’Amérique latine, qu’on ne peut pas considérer comme des dictatures, connaissent aujourd’hui même des cas de violations des droits humains permanents et nombreux. Au Brésil, des centaines de meurtres seraient commis par la police et d’autres groupes de « sécurité » dans l’indifférence du gouvernement ; en Colombie, les militaires et paramilitaires sont certes aux prises avec la guérilla des FARC, mais cela ne justifie pas l’indulgence du gouvernement de droite quant aux nombreux meurtres que ces (para)militaires commettent chaque année. Il ne s’agit pas de dire que les exécutions seraient pardonnables en Amérique latine car elles feraient partie du « folklore » ; leurs auteurs doivent être condamnés, mais ce n’est pas parce que ces crimes ont lieu que l’on peut dire pour autant que la Colombie d’Uribe, le Brésil de Cardoso ou de Lula, ou encore le Chili d’Allende sont ou furent des dictatures.

 

Voir les liens d’Amnesty International sur le Brésil et la Colombie  :

http://web.amnesty.org/report2003/col-summary-fra

http://web.amnesty.org/report2004/col-summary-fra

http://web.amnesty.org/report2005/col-summary-fra

http://web.amnesty.org/report2003/bra-summary-fra

http://web.amnesty.org/report2004/bra-summary-fra

http://web.amnesty.org/report2005/bra-summary-fra

 

 

 

·        Qu’Allende préparait l’instauration d’une dictature marxiste ;

 

Gouvernant contre son Parlement, avec une aile extrémiste violente, la coalition d’Allende a multiplié les entorses à la Constitution chilienne. Et en Août 1973, les députés de l’opposition votèrent une déclaration énumérant les violations de la constitutions qu’ils lui reprochaient, à commencer par la négation du rôle du Parlement, le refus de se plier aux verdicts judiciaires, les atteintes à la propriété privées, la tolérance de milices armées, avec des armes et instructeurs reçus du bloc de l’Est par l’intermédiaire de Cuba, la mise en cause des libertés d’expression, avec des cas d’arrestations arbitraires et de tortures sur des journalistes, le favoritisme envers certains magasins pro-gouvernementaux dans le contrôle des prix…

 

Que répondre ?

 

Certaines « violations » d’une constitution d’un état capitaliste, du point de vue d’un communiste, sont tout à fait compréhensibles :

      -on ne peut pas socialiser les entreprises en indemnisant les anciens propriétaires, du moins en totalité, car cela revient à acheter la fin de l’exploitation capitaliste, et surtout ces entreprises peuvent déjà être considérées comme l’œuvre de leurs salariés et donc leur revenir ;

      -la prise de contrôle des medias peut dans une certaine mesure se comprendre. Dans un pays comme la France , ceux-ci sont de plus en plus au main de groupes financiers, qu’on ne peut sans doute pas accuser de donner des ordres aux journalistes, mais ceci entraîne sans doute l’autocensure des mêmes professionnels de la presse. Dans le cas d’un gouvernement socialiste, même parfaitement majoritaire et légal, il serait tout à fait convenable d’imposer aux principaux journaux télévisés ou à des organes de presse sous contrôle public de réserver une partie de leur temps ou publication au point de vue des différents partis ;

      - il serait tout à fait nécessaire, dans l’hypothèse d’un tel gouvernement, qu’il cherche à se protéger d’un coup d’état en fractionnant l’armée pour mettre des officiers fidèles dans l’une des deux armées, tout en laissant l’autre armée « multipartite ». Prendre le contrôle de toute l’armée au profit d’un parti, c’est la dictature ; ne pas avoir de forces armées acquises au gouvernement, c’est du suicide.

 

Mais Allende est sans doute allé bien au-delà des cas que je viens de citer. Bien sûr, comme je l’ai dit plus haut, on n’est pas obligé d’être d’accord avec tout ce qui est dit dans la déclaration des députés chiliens, sur le caractère scandaleux ou pas des violations de ladite constitution. Et ces faits, même s’ils sont vrais et très condamnables pour certains, ne font pas du Chili d’Allende une dictature (ou alors le Brésil de 2000 et la Colombie de 2006 le sont aussi).

 

      Quant aux milices armées qui commençaient à s’entraîner au Chili là encore je ne peux approuver la condamnation des anticommunistes. Ceux-ci s’appuient sur l’existence de ces milices et sur des citations guerrières de membres de l’UP pour avancer que la gauche marxiste chilienne se préparait à « écraser dans le sang » la colère du peuple chilien « opprimé ». Sauf que pour « écraser dans le sang » une révolte, il faut avoir le contrôle sinon l’indifférence de l’armée, sans quoi on risque de la trouver sur son chemin. La tentative de coup d’état de Juin 1973, les renversements de gouvernements de gauche dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et d’une manière générale l’hostilité d’une fraction de l’armée au socialisme avaient depuis longtemps fait comprendre à la gauche chilienne que l’armée n’était pas dans son camp, et que pour se protéger de cette armée il serait nécessaire de constituer ces milices. En réalité, Allende refusa même de distribuer des armes aux militants de gauche qui en réclamaient.

 

Au terme de leur déclaration d’Août 1973, les députés chiliens de l’opposition majoritaire appelèrent les forces armées à venir « sauver la Constitution  » des affres du socialisme. Les anticommunistes en concluent que les militaires putschistes voulaient donc « sauver leur pays ». Mais là encore ils effectuent un biais, et oublient de préciser qu’après cette déclaration parlementaire, Allende chercha à trouver une issue favorable à la crise nationale en préparant un plébiscite sur sa personne (qui, en cas d’échec –probable- aurait pu mener à sa démission). Mais la gauche de l’unité populaire (le MIR et le parti socialiste entre autres) refusa ce projet, tandis que le PC chilien s’y déclarait favorable. C’est donc un point qui ne peut être passé sous silence : Allende ne contrôlait pas vraiment sa coalition hétéroclite, et était réellement dépassé par son aile gauche. A l’annonce du projet de plébiscite, les partisans du MIR cessèrent d’appeler Allende « camarade » (compañero) pour passer à « Monsieur » (señor).

 

            L’avenir le plus probable du Chili sans le coup d’état de Septembre 1973 aurait sans doute été une guerre civile. Mais, malgré le fait que les marxistes chiliens aient fait fréquemment référence à une telle guerre, on ne saura jamais qui aurait pris l’initiative de la déclencher.

 

            Si Pinochet était intervenu le 11 Septembre 1973 pour faire désarmer le MIR et contraindre le gouvernement à se conformer à la Constitution , voire pour faire de nouvelles élections, alors il aurait pu passer pour un défenseur de la démocratie. Et là où l’argumentation anticommuniste se mord la queue, c’est qu’on voit mal pourquoi les putschistes de droite n’ont-ils pas relancé des élections alors que, paraît-il, le peuple chilien en était venu à haïr la politique d’Allende.

 

 

Quelles leçons tirer de l’expérience du gouvernement d’Allende ?

 

            Il faut renoncer à un mythe : Allende n’a pas été le premier président élu pour réaliser un programme socialiste. Mais l’expérience de son gouvernement n’illustre en rien la soi-disante théorie anticommuniste comme quoi le socialisme, même en commençant légalement, devrait fatalement devenir dictatorial pour contenir la colère des populations excédées par les pénuries. Et ce pour la simple raison que le cas d’Allende ne répond ni à la première ni à la seconde des conditions qui auraient été nécessaires pour appuyer une telle théorie :

 

            -la politique d’Allende n’était pas légale, même d’un point de vue moral j’approuve certains points ;  

 

            -elle n’a pas débouché sur une dictature, quoi qu’en disent les anticommunistes. Dans une dictature, l’opposition ne peut pas être majoritaire aux élections comme en mars 1973 et détenir la majorité du Parlement (qu’il soit respecté ou pas), les opposants ne peuvent pas faire grève et manifester contre le Président. Et surtout, dans une dictature, le gouvernement contrôle de près l’armée.

             Quant au pinochetisme, il reste une exemple fort de ce que l’anticommunisme, lorsqu’il n’est pas sûr de gagner les élections (sinon pourquoi ne pas en avoir refait après Septembre 1973 ?) ne tient plus tellement à la démocratie.  

 

            Quant à la politique économique d’Allende, elle renforce une idée que j’avais déjà évoqué dans mon site : même si la propriété des entreprises devient collective (ce qui ne signifie pas forcément étatique), il ne vaut mieux pas que le gouvernement cherche à organiser lui-même la production. La priorité est d’abord d’instaurer chez les salariés la conscience de leur propriété, et leur faire adopter le comportement du salarié-électeur, vigilant vis-à-vis des élus chargé de la gestion des entreprises. Mais comme je l’ai écrit plus haut, une telle responsabilisation des décideurs était très difficile dans le contexte rencontré par Allende (et largement dû  son choix d’agir en minorité).  

 

            Les politiques de relance monétaire et le contrôle des prix qui en résulta fut également très discutable, et ce n’était pas une conséquence logique de la collectivisation.

 

            Au final, l’expérience « allendiste » illustre que le socialisme peut être voulu par des une fraction importante de la population (35% à 40% est déjà un beau score), mais il faudrait un soutien encore plus important pour pouvoir construire une économie collectivisée responsabilisée et viable.  

 

Or, question ouverte: comment espérer obtenir une telle majorité politique si la population n’a pas déjà vu un exemple de socialisme réussi ?

 

 

 

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Published by DiadoreCronos - dans Monde - Amérique latine
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