Présentation


Ce blog est lié au site
www.pourlecommunisme.com (site actuellement suspendu depuis le 1er Mars, et qui

reparaîtra fin Mai ou en Juin),  rédigé par un militant du PCF,  dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Par la suite, il est également devenu  un blog de suivi (discontinu) de l’actualité du PCF, de réactions à divers sujets n’ayant pas leur place sur le site.

www.pourlecommunisme.com est un site communiste qui s’attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l’idéal communiste, faillite économique, etc…). Il ne fait la promotion d’aucun régime ayant existé par le passé, s’efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l’avenir.

Vous êtes anticommuniste et voulez débarrasser le monde d’un jeune fou qui, selon vous, risque sinon de faucher à nouveau des millions de vies ?

Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis ?

Vous voulez simplement parler du communisme ?

Ce blog est pour vous.

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Vendredi 20 novembre 2009

Encore un article de mise au point.

Jeudi, sur le site de Rue89, paraissait
l'article suivant sur l'anticommunisme de l'Union Européenne. Est évoquée, entre autres, la comparaison communisme / nazisme.

Je ne pouvais pas manquer de faire
un petit commentaire pour promouvoir, à très juste titre, mon site.

Et là, je reçois
le commentaire suivant. Il est signé par un gus qui n'a visiblement pas compris que le site www.pourlecommunisme.com , s'il ne se compose que de deux pages HTML, contient néanmoins plusieurs PDF de plusieurs dizaines de pages. Et du coup, il a cru que mon site était pauvre en arguments. Le rustre.

Après avoir fait une
réponse pédagogique et diplomatique , je n'en ai pas moins refait la présentation du site, pour que les liens vers les PDF soient plus clairs.

Le manque de pédagogie, de clarté, de vulgarisation a gravement handicapé mon site. Cela ne m'a pas été rapporté par ceux qui l'avaient lu, puisque justement ils étaient déjà intéressés, mais j'aurais pu le comprendre au regard de sa fréquentation faible.

Je n'ai jamais été bon pour la communication. Créer le buzz, mettre mes liens sur tous les forums, ça fait autant de temps en moins pour lire, chercher, réfléchir et écrire.

Si quelqu'un a des propositions pour améliorer la communication des idées du site et de ce blog, je suis preneur. S'il s'agit d'un projet qui prend du temps et de l'argent, je serai prêt à négocier une rémunération.

Le contact est partout sur le site :
diadorecronos@hotmail.com

Par DiadoreCronos - Publié dans : Sur le Net
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Jeudi 19 novembre 2009
Un petit article dont le principal intérêt est de ne pas me faire attaquer pour plagiat. Et pour inciter les visiteurs à (re) regarder les vidéos "Changer de système".

              Parcourant le Net, je me suis aperçu, ces derniers jours, de l’existence d’un site proposant un système alternatif au capitalisme affublé du nom disgracieux d’écosociétalisme. Déjà, à la base, je déteste le terme « sociétal ». Ce mot, sensé désigner ce qui concerne à la fois le social et le politique, n’est à mon sens qu’un pion de la « guerre du vocabulaire » (employer « charges sociales » au lieu de « cotisations sociales » pour faire passer l’idée qu’elles sont payées par les entreprises qu’elles écrasent, ou encore ressasser l’existence d’une confuse «classe moyenne »…). Et qu’en l’occurrence, « sociétal » sert à ne plus employer le mot « social ».

 

          Mais bon. Passons sur ces discussions sémantiques. Le site www.societal.org présente ce système alternatif. Et, en lisant cette page (http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=Accueil), que lis-je ? Ca ressemble, à première vue, au système que j’ai exposé dans mes vidéos « Changer de système ». Le principal défenseur de ce système, André-Jacques Holbecq, a publié en 2005 le livre « Une alternative de société : l’écosociétalisme».

          Ce qui est surprenant, c’est qu’à la même époque, je songeais déjà à deux systèmes alternatifs au capitalisme : un système de collectivisation dans l’économie de marché, et l’autre système, celui présenté dans les vidéos. J’y pense depuis 2003 pour le premier, 2004 pour le second. Et les deux programmes ont été publiés sur le site fin 2005. Je ne pouvais pas connaître l’œuvre de Holbecq.

 

Que propose l’écosocial…pardon écosociétalisme ? Sur la page précitée, on voit :

 

-          que lorsqu’un individu veut créer une entreprise, la société met à sa disposition l’équipement productif nécessaire, sous réserve de la pertinence de son projet. Ce qui ressemble à mon système, a priori…

-          qu’ensuite, lorsque vous travaillez, vous êtes rémunérés avec une monnaie créée instantanément et à usage unique (comme l’est la monnaie des particuliers dans mon système). Cette rémunération est mentionnée de façon assez floue. D’abord, (dans le troisième des quatorze points importants du système mentionnés en bas de page) on vous dit qu’elle est versée sur le principe de : une unité pour six minutes de travail. En lisant la suite, c’est un peu plus compliqué que cela, puisque votre rémunération est coefficientée en fonction de l’utilité sociétale de votre activité. Il faut donc supposer qu’une grille de coefficients est régulièrement éditée, par un organisme démocratique. On peut aussi s’attendre à ce que, plus votre activité est jugée écologique, plus elle est valorisée.

-          chaque consommation que vous faîtes (et dont il faut croire que le prix sera mesuré par le temps de travail ?) implique la destruction de la monnaie que vous dépensez. Il existe toujours des taxes sur les production, devant favoriser les plus « écosociétales », et défavorisant les autres. Le produit de la taxe sert à payer le secteur non-marchand et à fournir un revenu minimum d’existence à tous ;

-          le revenu individuel se décompose donc en un revenu minimum d’existence plus un revenu d’activité (marchand ou non). La société peut donc déterminer les inégalités sociales, soit directement dans le cas du revenu d’existence et du revenu non marchand, soit en le modulant pour ce qui est du revenu marchand.

 

Est-ce la même chose que le système que j’ai présenté ?

En fait non. Plusieurs grosses différences existent.

D’abord, dans le système écosociétal, les capitaux d’une nouvelle entreprise lui sont fournis par la société. Ce qui induirait que l’autorité sociale sache quel est le capital dont a besoin chaque entreprise. Ce qui revient déjà à une forme de planification des allocations de capitaux. Ca n’existe pas chez moi : la nouvelle entreprise dispose d’un monnaie illimitée. A elle de se procurer le capital dont elle a besoin, sachant que si elle abuse de dépenses, elle risque de se retrouver avec un solde négatif et d’être dissoute par l’Etat.

Ensuite, le système écosociétal n’a qu’une seule monnaie. Alors qu’il y en a trois dans mon système : celle des particuliers (qui est à usage unique comme la monnaie écociétale), la monnaie des entreprises (qui est virtuelle), et la monnaie utilisée pour les échanges extérieurs.

Le système écosociétal tombe de ce fait dans une erreur tragique : celle de la fixation des rémunérations du travail en se basant sur l’idée de la valeur-travail : la valeur d’une production dépend du temps de travail qui y est inclus. Sur ce point, les écosociétalistes sont plus marxistes que moi. Ce fonctionnement entraîne des failles béantes : dois-je comprendre que si je travaille à deux à l’heure, en mettant deux heures à faire ce qui n’en nécessiterait qu’une, je serai deux fois plus riche ? Ou alors, comme dans la théorie de Marx sur la valeur-travail, c’est le temps de travail « socialement nécessaire » qui sert de référence ? Dans ce cas, l’Etat devra donc avoir une grille de temps de travail nécessaire pour chaque production. Ces estimations seront sans doute inexactes, et surtout, et toutes les branches de l’économie auraient intérêt à faire surestimer le temps de travail nécessaire pour chacune de leurs activités.

D’une manière générale, la fixation des prix via la valeur-travail, ou par un système d’impôts, furent-ils « écosociétaux », risque de déboucher sur une mauvaise distribution et un mauvais fonctionnement de l’économie. Si l’état se trompe sur la valeur sociale d’une activité et lui fixe un coefficient trop bas, il se retrouve avec une chute de cette activité qui aura des conséquences graves pour le reste de l’économie. Dans mon système, premièrement, ce ne sont pas les activités qui sont coefficientées, mais le secteur auquel on appartient. On peut plus facilement frauder sur la nature d’une de ses activités que sur l’activité générale de son entreprise. Ensuite, le revenu qu’on verse à chaque individu est toujours coefficienté par la performance économique de l’entreprise, qui dépend de ventes effectuées à prix librement négociés entre vendeurs et acheteurs. Donc si l’Etat commettait une erreur en défavorisant des activités  indispensables pour le reste de l’économie, les entreprises en question pourront toujours rappeler qu’elles sont indispensables en demandant des prix plus élevés à leurs partenaires. Elles auront un fort coefficient de performance, qui contrebalancera un mauvais coefficient de secteur. Dans le système écosociétaliste, cette autorégulation n’est pas possible. De même, dans les ventes entre particuliers et entreprises, dans mon système, l’Etat peut défavoriser un bien en utilisant le  taux de conversion entre la monnaie des particuliers et celle des entreprises. L’Etat peut faire que chaque unité dépensée par un particulier se traduise en peu d’unités gagnées par l’entreprise vendeuse. Mais l’entreprise peut réagir en augmentant ses prix. Et si ce bien est réellement indispensable pour les particuliers, l’erreur de l’Etat se verra par une hausse des prix, non pas par une pénurie.

Pour finir, l’unicité de la monnaie dans le système écosociétal oblige au maintien d’un système fiscal pour financer des revenus non marchands. Ce système fiscal n’existe plus dans mon système.

 

 

Par DiadoreCronos - Publié dans : Sur le Net
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Vendredi 6 novembre 2009

Le 1er Novembre dernier, ce blog fêtait (en silence et tout seul) ses trois ans d'existence.

Au total, en incluant tous les articles, son contenu dépasse les 900.000 caractères (blancs compris), en incluant les articles où je raconte un peu ma vie, le compte-rendu du voyage à Cuba, et les vidéos "Changer de système" (et on serait à un million si je publiais la version écrite de ce que je baragouine dans ces vidéos - encore désolé pour la voix, je n'ai toujours pas de speakerine à voix sensuelle à disposition).

Autrement dit, j'ai publié l'équivalent de 10 pages de livre au format courant (25.000 caractères) par mois, sans compter quelques graphes et illustrations. Commencé le 1er Novembre 2006, ce blog n'a connu que trois mois sans aucune publication, dont deux en 2007, pour cause de stage et d'abattement moral profond suite aux performances du Parti.

Cette excuse du "je publie rien car j'ai pas le temps (bon ça c'est vraiment bidon) et parce que l'état du parti me fait déprimer" a beaucoup fait pour que je mettre plus d'un an à me rendre compte que, ben non, un blog, même en plus d'un site, ça suffit pas à soulever un mouvement de masse sur le Net.

(Pourtant y en a qui essaient. Cherchez le "Mouvement Agir Pour l'Avenir" sur le Net. Un "parti" créé par un type de 19 ans, uniquement -ou presque- par Internet. Il a des centaines de contacts. Je vous laisse juges de la qualité des idées).

Si je poste cet article, c'est parce que j'ai plusieurs choses à annoncer.

D'abord, je me suis lancé dans les formations pour les Jeunes Communistes du 92. La première séance a lieu ...demain, 7 Novembre, à Gennevilliers, à la section locale du Parti, vers 16 heures ou 17 heures. C'est évidemment tard pour prévenir, mais je ne comptais pas sur ce blog pour faire passer le message. C'est juste que si des gens habitant l'Ile-de-France veulent un jour y venir, j'annoncerai les suivantes ici même.

La séance du 7 Novembre sera un peu "pilote", et aura pour thème la Révolution bolchevique, son contexte, ses mythes, etc... La prise du Palais d'Hiver ayant justement eu lieu le 7 Novembre 1917.

Ensuite, j'essaie de (re)-créer une activité (j'ose pas dire une section) JC à Colombes (j'inclus La Garenne- et Bois-Colombes dedans). Pas facile. Pour l'instant, deux contacts du MJCF/PCF ont répondu positivement, pour huit fois plus de contacts à radier des listes (numéros obsolètes, perte d'intérêt, déménagements,...). Si vous habitez dans le coin, ben...n'hésitez pas à prendre contact ici même.

Autre nouvelle.

Je vais essayer de publier mon site. En version papier. Dès 2006, vu sa faible fréquentation, j'aurais dû comprendre que ce  n'était pas vraiment un site, mais un livre en ligne. J'ai passé mon mois d'Octobre à compléter ma bibliographie (qui reste faible), et remettre à jour mon texte. Ce n'est pas encore fini. Je ferai mes envois aux éditeurs la semaine prochaine.

Je suis tombé parfois sur des révisions à faire. La dernière est problématique. Cette semaine, je suis tombé sur un article d'un universitaire indien qui explique que, contrairement à ce qu'on croit, l'état indien du Kérala ("petit" état de 30 millions d'habitants situé au Sud-Ouest de la péninsule) est non pas un état moyennement riche par rapport à l'Inde (donc très pauvre par rapport à la France), mais en fait le plus riche de l'Inde (c'est-à-dire très pauvre mais un peu moins que prévu). Qu'est-ce qu'on en a à foutre, me diront ceux qui n'ont pas lu mon site de fond en comble?

Et bien que le Kérala, état dirigé par le (ou plutôt un des) parti(s) communiste(s) indien(s), s'est bâti une réputation d'être un état pauvre où la population est bien éduquée (alphabétisation quasi-complète, y compris pour les femmes), et bien soignée, avec une des mortalités infantiles les plus basses d'Asie, et une espérance de vie de 73 ou 74 ans ces dernières années. Celle de l'Inde tourne à 65 ans (même si la CIA, dans son World FactBook - cherchez sur le Net, bossez un peu par vous-mêmes, le moteur de recherche est ton ami- annonce que l'espérance de vie indienne aurait fait un bond jusqu'à 69 ans ces dernières années; tant mieux pour eux). Donc une sorte de mythe s'est répandu parmi les communistes et la gauche altermachin (mondialiste pardon), sur le Kerala, "état pauvre où l'on vit vieux".

Or, l'article que j'ai lu cherche à démontrer qu'en fait, les revenus des kéraliens sont sous-estimés. Et qu'ils sont en fait l'état le plus riche d'Inde. Ce qui fait que, même si le gouvernement local a effectivement mis à la disposition d'une majorité de la population des services médicaux publics accessibles à tous, une fraction importante (plus de la moitié) des kéraliens utilisent souvent la médecine privée, plus chère. Car ils ont de la thune, qui leur vient soit de l'économie informelle, soit des deux millions de kéraliens travaillant à l'étranger, dans le Golfe Persique surtout.
L'auteur se base sur les statistiques de la consommation par ménages pour prouver que les revenus de cet état sont sous-estimés. Et les statistiques officielles du gouvernement indien que j'ai consultées confirment ce qu'il dit : les kéraliens sont effectivement les plus aisés, en moyenne, du pays de Gandhi.

Donc en fait, le Kérala est "l'état riche (par rapport à l'Inde) où l'on vit vieux". Ce qui est nettement moins surprenant.
Ca me pose problème, dans la mesure où, dès 2005, j'ai moi-même écrit un article sur la surmortalité dans le monde capitaliste (cherchez sur www.pourlecommunisme.com, dans le PDF sur le Livre Noir du Capitalisme), en citant le Kérala comme exemple de pays pauvre où on vit vieux, et en écrivant également que le Kérala se situait dans la moyenne de l'Inde pour ses revenus, voire en dessous. C'était erroné, et je m'en excuse auprès des lecteurs de mon site (bon, d'après les stats, ils étaient rares, mais quand même).

En fait, pas tant que ça. En réunissant des statistiques accessibles au grand public sur le site Perspectives Monde de l'Université canadienne de Sherbrooke, on s'aperçoit quand même que, même en réévaluant les revenus par habitant des kéraliens, cet état obtient des performances en termes de santé et de longévité nettement supérieures à celles d'autres pays aussi fortunés en moyenne, par exemple l'Indonésie. Et il n'est pas le seul. Vous en saurez plus...dans le livre "Pour le Communisme" (t'as vu le plan marketing?), quand il paraîtra (c'est-à-dire pas avant le Printemps prochain, si Dieu-Marx-la Chance le veut).

Je mets donc à jour mes écrits sur la surmortalité capitaliste, et le site www.pourlecommunisme.com sera, si la publication advient, changé en résumé promotionnel du livre, en supprimant la plupart des PDF (que peu de gens lisent de toute façon).

Voilà, vous en savez autant que moi sur mon avenir proche.

Par DiadoreCronos - Publié dans : Présentation
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Mercredi 28 octobre 2009

Maintenant, le gros dossier : la question de l'efficacité qualité / prix des entreprises publiques, et des solutions pour l'améliorer sans nullement toucher à la propriété publique, ni même au monopole. On y distingue la partie "arguments qui peuvent être employés dans une discussion" des propositions, la deuxième étant trop complexe pour être lancée dans une discussion courante.


 

Argument n°6 : « Le problème des surcoûts n’est pas une question de propriété publique ou privée, mais une question de responsabilisation de l’entreprise »

Nous sommes habitués à un modèle d’entreprise publique : ses dirigeants sont directement nommés par le gouvernement, c’est à lui que l’entreprise rend des comptes, si tant est que le gouvernement y tienne, et le seul pouvoir des citoyens de base est d’élire un autre gouvernement. En supposant bien sûr que la gestion des entreprises publiques soit un jour le thème central d’une élection présidentielle.

D’où l’idée que ressassent les libéraux, qui est que

-          l’entreprise publique n’est de fait jamais sensible à la satisfaction du client (ou alors seulement lorsque le service est très défaillant, au cours d’une grève massive par exemple) ;

-          que quand bien même le mécontentement des usagers serait pris en compte, ce serait sous la pression médiatique et donc sans lendemains ;

-          que les entreprises ne sont pas vraiment sensibles à leur résultat financier, peuvent supporter des déficits récurrents, espérant l’aide de l’état au final ;

-          que, partant sur la série précédente, les entreprises publiques ne songent que peu à rationaliser leurs coûts, embauchent massivement sans licencier lorsque leurs besoins sont dépassés, que les compétences sont peu mises à profit, la productivité est basse, etc…

Et tout cela génèrerait le surcoût des entreprises publiques par rapport à une gestion privée. Le fait que les entreprises publiques n’aient pas de dividendes à verser (en fait elles en versent à l’Etat, mais celui-ci pourrait les en dispenser, ce que ne fera pas durablement un actionnaire privé) ou encore le fait qu’un monopole public n’ait pas besoin de démarchage publicitaire (alors qu’EDF ou la SNCF en font…), tout cela est loin de pouvoir compenser ce surcoût du monopole public.

Je ne discuterais pas non plus longtemps la réalité des affirmations précédentes sur les monopoles publics : les entreprises publiques ne sont pas figées en réalité, elles sont progressivement réformées et savent utiliser le droit privé dès qu’elles peuvent (par l’utilisation massive de contrats précaires par exemple, ou le fait de proposer à des salariés de travailler dans leurs filiales de droit privé, comme le fait la SNCF par exemple). Les comptes d’entreprises telles que la Poste ou la SNCF se sont rapprochés de l’équilibre, mais avec l’aide de l’état : la SNCF, qui prétend ne pas recevoir de subventions d’Etat, a de nombreux contrats de service public avec des collectivités. Vu qu’elle est en monopole pour remporter ces contrats, on se doute que le prix doit être confortable pour la SNCF…).

Mais surtout, ce mode de fonctionnement de l’entreprise est loin d’être le seul possible. On peut très bien recréer les contraintes de gestion obligeant une entreprise à l’efficacité (c’est-à-dire l’optimisation du rapport qualité du service / dépense effectuée) sans toucher à son caractère public ni même à son monopole.

La première voie pour y arriver est de se rappeler qu’en tant qu’entreprises publiques, la SNCF, EDF et La Poste appartiennent à chacun de nous. C’est-à-dire que nous devrions tous pouvoir nous considérer comme ses sociétaires (1). Et plutôt que de dépendre du gouvernement, la présidence des entreprises publique devrait être élue –ou du moins révocable- par les sociétaires.

En clair, cela veut dire qu’une fois par an au moins, lorsque la presse révèlerait le bilan de la SNCF, sous la forme d’un épais déficit et d’une qualité médiocre de la desserte, si plusieurs centaines de milliers de personnes en expriment le souhait, la direction gicle. Il serait peu réaliste de faire voter 48 millions de français majeurs sur la gestion de leurs entreprises publiques tous les ans. Le simple pouvoir de révocation par demande d’une minorité suffisante serait déjà une puissante pour la gestion desdites entreprises.

                Mais encore faut-il que les citoyens/usagers/clients/contribuables se manifestent, et ne se contentent pas de hausser les épaules en lisant les mauvais bulletins de notes de l’entreprise, en se disant qu’ils n’y changeront rien de toute façon. La responsabilisation de l’entreprise repose sur la sensibilisation de l’usager/citoyen/client et sa capacité de réaction. Si le quidam de base ne ressent pas sur sa chair nue les effets d’une mauvaise gestion et d’un mauvais service (2), et surtout s’il n’a pas les moyens de réagir vite avant que d’autres soucis quotidiens ne l’en aient détourné, alors rien ne marchera.

                D’où les propositions ci-dessous. La première est relativement simple, et peut être lancée dans une discussion, même hargneuse, contre un partisan des privatisations. La seconde ne l’est pas, et ne peut être avancée que dans un dialogue détendu.

Proposition n°1 : dividende négatif et droit de renvoi des citoyens-sociétaires

                La première proposition serait directe, à défaut d’être populaire. Il s’agit tout simplement de faire payer directement une fraction du déficit d’une entreprise publique par chaque ménage, sous la forme d’un dividende négatif. C’est-à-dire : chaque année, si déficit il y a, une fraction de celui-ci est partagée entre tous les ménages, et une facture leur parvient, annonçant à l’heureux sociétaire qu’il est joyeusement invité à payer 20 euros pour combler le déficit des entreprises publiques. En modulant ce « dividende » en fonction de la tranche d’imposition sur le revenu du contribuable en question, bien sûr.

                Cela ne coûtera pas forcément plus cher à la population. Ce déficit qui serait payé directement, c’est de l’endettement en moins, ou de la subvention d’Etat en moins, donc moins d’impôt au final.

                Mais surtout, l’effet principal de cette mesure, c’est son défaut apparent : elle en énervera plus d’un, et amènera à ce que, chaque année, plusieurs centaines de milliers de personnes transmettent une demande de démission de la présidence de telle ou telle entreprise. On pourra fixer le barème fatal à 200.000, 500.000 ou un million de mécontents exprimés pour faire tomber la sanction.

                Pour qu’une véritable démocratie des citoyens-sociétaires existe, ce droit au mécontentement ne suffira pas. Si l’entreprise décide une politique de déficit volontaire pour assumer un service de qualité à prix bas, les sociétaires doivent également avoir la possibilité d’exprimer une demande de maintien de l’actuelle direction. Et c’est la différence entre le nombre de demandes de démission et de maintien qui décidera du sort des sortants. Parallèlement à cela, de véritables syndicats d’usages, et pas seulement des associations « d’usagers en colère » doivent voir le jour, et mener le dialogue avec les entreprises publiques, lançant si besoin est des mots d’ordre pour exiger (ou non) la décapitation de l’entreprise.

Proposition n°2 : prix à partie libre

                Cette proposition est plus complexe est plus originale, et elle est à manier avec précaution, et surtout pas dans une discussion tendue. Son principe est pourtant simple : pour donner à chaque usager/client un pouvoir de pression contre une entreprise publique en monopole, on décide que les prix seront en deux parties : un prix minimum, et on est libre de payer plus. Si vous arrêtez là la présentation de l’idée, vous verrez vos interlocuteurs hilares (j’en ai fait l’expérience), puisqu’il est évident que personne ne paiera plus que le minimum.

                Mais l’idée est plus complexe que ça. Je l’avais déjà évoquée à la fin de l’article contre la privatisation de la Poste. Voici en quoi elle consiste :

première étape : chaque année, une autorité extérieure à l’entreprise publique (mettons la SNCF) se réunit. Elle regroupe des usagers, des salariés, des parlementaires, des syndicats d’entreprise, enfin bref, tous ceux qui sont concernés par le fonctionnement de la SNCF, mais personne de la SNCF même, ni du gouvernement. Cette autorité va fixer deux cahiers des charges à la SNCF. Je dis bien deux cahiers des charges. Le premier sera un cahier des charges minimal, c’est-à-dire le service minimum en dessous du quel la SNCF ne peut pas descendre. C’est le niveau de service où il y a tout juste assez de trains pour que le pays puisse relativement fonctionner. Et un  cahier des charges souhaité, c’est-à-dire les objectifs de service public les plus élevés possibles que la SNCF puisse remplir. On souhaite bien sûr que la SNCF s’approche le plus possible du second cahier des charges, mais le premier aura une utilité.

En sus de cela, l’autorité extérieure fixe des prix minimaux pour les principales ventes de la SNCF. Ces prix répondent à une règle : ils doivent être si bas que, même en pratiquant le cahier des charges minimal, et même en intégrant toutes les subventions de l’Etat pour l’année à venir, la SNCF serait en déficit à la fin de l’année si ces prix étaient pratiqués. Cela veut dire que même si l’état rajoute des subventions l’année suivante, les prix seront encore rabaissés. Et on peut même aller jusqu’au cas théorique extrême, c’est-à-dire les prix négatifs : on paie les gens pour prendre le train. Ce ne sera jamais fait bien sûr, cette situation absurde n’est invoquée que pour rappeler à l’Etat qu’il ne peut pas prendre intégralement en charge les frais de la SNCF.

-          Deuxième étape : maintenant, tout au long de l’année, les usagers sont libres de ne payer que ces prix minimaux pour leurs billets, mais ils sont invités à payer plus. Et il semble évident qu’ils ne vont payer que le minimum. Sauf que la SNCF, si elle constate cela, est libre de rabaisser son service au niveau du cahier des charges minimal, c’est-à-dire de supprimer (uniformément sur le territoire, pour respecter l’égalité du service public) un grand nombre de trains. Par exemple, si tous les malins s’amusent à payer le minimum, ils s’apercevront rapidement qu’un train sur deux, voire moins, roulera, voire même qu’il n’y en aura plus de disponible pour eux. Et aucune grève ne sera en cause.

Vous aurez donc compris le fondement de cette proposition : c’est la rationalité collective. C’est-à-dire un jeu où le comportement qui semble évident pour une personne (je ne paie que ce que je suis contraint de payer) ne l’est plus si une sanction du comportement collectif menace. Il faut donc raisonner sur la base du « que se passe-t-il si beaucoup de gens font comme moi ? ».

Précisons encore une chose : la SNCF est responsabilisée sur son déficit auprès des citoyens que nous sommes, par le biais du dividende négatif (cf. proposition n°1). Les deux propositions se combinent donc. Si la direction de la SNCF réalise un déficit trop important, elle ne passe pas l’année.

                                On va alors avoir quatre situations possibles, représentées sur le graphe suivant :

 

Situation 1 : celle qui semble évidente : tout le monde paie le minimum, et la SNCF applique le service minimal en permanence. Cette situation est désastreuse pour les particuliers comme pour l’économie, mais aussi pour la SNCF qui de toute façon réalise un déficit, étant donné la bassesse des prix minimaux (cf. plus haut).

Situation 2 : quand bien même les particuliers seraient « généreux » et paieraient plus que le minimum, si la SNCF offre un mauvais service, cette générosité s’évaporera en moins de deux.

Situation 3 : Si la SNCF est de bonne volonté mais que personne ne paie plus que le minimum, elle réduit son service, afin de réduire son déficit.

                Bref, les situations 2 et 3 renvoient à la situation 1, qui ne satisfait personne.

Les usagers vont alors devoir s’organiser, via des syndicats d’usagers, pour négocier avec la SNCF des engagements concrets en vue de se rapprocher du cahier des charges souhaité évoqué plus haut, ou tout simplement pour avoir un service correct. Après accord, lesdits syndicats et l’entreprise communiquent dessus pour lancer le mot d’ordre pour que les usagers paient plus que le minimum, et que l’équilibre financier soit atteint pour la SNCF. Si les particuliers jouent le jeu et pas la SNCF, situation 2. Dans le cas inverse, situation 3, et au final situation 1.

                Et l’on doit, par cette négociation, et la rationalité de chacun, arriver à progresser vers la situation 4 : la SNCF pratique un service qui s’améliore, elle réduit ses coûts au minimum puisque la tendance de tous les clients sera de revenir au prix minimum, et que tout surcoût dévoilé par la presse pourra les convaincre de le faire.

                Bien sûr, ce système laisse quelques questions : d’abord, il y aura toujours des « passagers clandestins », c’est-à-dire une minorité de gens qui profiteront de ce que les autres paient plus pour continuer à payer le minimum. Sauf qu’ils ne peuvent être trop nombreux, sinon la SNCF réduit son service. Mais ils existeront quand même. Cela peut sembler dommageable moralement, mais c’est le prix à payer pour un système qui permet à chacun d’exprimer sa satisfaction ou insatisfaction de l’entreprise en monopole public à chaque achat. On pourrait sinon imaginer des systèmes de prix versés collectivement par des syndicats d’usagers, ou autre solution utilisant la délégation. Mais même des représentants élus par les usagers ne transmettraient qu’imparfaitement et avec retard l’avis des usagers. L’existence de ces passagers clandestins peut même être une justice sociale si ce sont les plus pauvres qui paient le moins (cependant, ce résultat n’est pas assuré en soi, il peut y avoir des pauvres généreux et des moins pauvres radins). Il faut aussi que toute réduction du service touche toutes les stations sans en pénaliser une plus que d’autres, sans quoi, dans certains secteurs géographiques du réseau ferroviaire, les clients se sentiraient davantage sous pression pour payer plus qu’ailleurs.

                Ensuite, il est évident qu’une personne qui ne prend le train qu’une ou deux fois par an peut, à la limite, se moquer de la qualité du service, tant qu’il a son billet, et ne paiera donc que le minimum, tandis que l’usager régulier de la SNCF sera plus concerné par la qualité du service. C’est pour cela que le système de prix libres ne concernera que les clients qui auront déjà réalisé un ou deux achats dans l’année. Le prix des premiers billets doit alors être fixé par l’autorité extérieure à la SNCF.

                Plus encore, pour que la pédagogie se fasse, il faut que la menace soit crédible. Donc, dans les premiers mois où ce système prendrait effet, qu’une direction kamikaze applique tout de suite la réduction du service, pour faire comprendre aux clients avares qu’on ne plaisante pas dans ce jeu SNCF/usagers. Les usagers-sociétaires pouvant faire des demandes de démission de ladite direction tant pour des motifs de déficits que pour la qualité du service, il sera certain que cette direction ne verra pas les années suivantes de l’expérience.

(1)                            des sociétaires sont un peu comme des actionnaires, sauf qu’ils votent dans leur société au principe de « une personne une voix » et non sur le « une action une voix » des actionnaires ; on peut devenir sociétaire sans apporter des capitaux propres à l’entreprise, mais par exemple en devenant un de ses cotisants (comme dans une société mutuelle d’assurance).

(2)                            Il n’y a pas trop de soucis à se faire sur ce dernier point : lorsque les trains sont en retard ou absents, que le courrier n’arrive pas, ou que l’électricité est coupée, en général l’usager le ressent et n’est pas très satisfait. Sauf s’il habite dans le Larzac, porte une veste en laine cachée par une longue tignasse et fait ses propres yaourts.


Par DiadoreCronos - Publié dans : Luttes
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Mardi 27 octobre 2009

Après un premier article un peut rabat-joie, remontons-nous le moral avec la deuxième partie.

Continuons avec  les arguments que l’on peut utiliser :

Argument n°3 : « La propriété publique est le seul cadre admissible pour pratiquer la vente à perte généralisée dans l’intérêt de l’économie »

Nous avons vu que la notion de service public ne justifie pas en soi la propriété publique de certaines entreprises. Le véritable intérêt des entreprises publiques, c’est :

-          D’une part la certitude que certaines industries n’appartiendront pas à des capitaux étrangers, donc potentiellement à des intérêts étrangers, comme par exemple des entreprises d’armement. J’écris cet argument à titre purement théorique, car aujourd’hui, d’une part nous avons un risque de guerre faible, et nous sommes intégrés à une alliance qui dépasse largement la France (l’OTAN) ;

 

-          Mais surtout la possibilité de mener politique d’intérêt national en pratiquant des prix n’ayant rien à voir avec les « prix du marché » (c’est-à-dire les prix qui auraient cours si on livrait l’activité de l’entreprise au marché concurrentiel), mais des prix fixés dans l’intérêt de l’économie dans son ensemble, le plus souvent en les fixant à un niveau bas. Par exemple, le train, le courrier, l’électricité pourraient être vendus à perte, non pas sur un secteur jugé non rentable (les trois grand-mères du hameau de Lozère) mais sur l’ensemble du pays. Cette action est largement pertinente dans les secteurs cités car tout le monde, particuliers comme entreprises, a besoin tous les jours de transports, de courrier, d’électricité. Ce serait donc une aide permanente à l’économie, pouvant générer un surplus de croissance, et donc d’impôts, et c’est donc une politique rationnelle pour l’économie nationale comme pour l’Etat.

Une entreprise privée ne pourrait pas assumer cette politique. Ou alors elle devrait recevoir une subvention de l’Etat sur toutes ses activités. Imaginons cependant une entreprise privée à qui on déléguerait ce service avec obligation de tout vendre à pertes. Autrement dit, cette entreprise « privée » vivrait complètement aux crochets de l’argent public. Certes, on pourrait fixer des règles : que l’Etat verse une subvention en bloc, fixée pour une durée assez longue (plusieurs années par exemple). Et pendant ce temps, l’entreprise privée pourrait optimiser sa gestion, maintenir ses coûts au plus bas, et proposer des prix (inférieurs au coût de revient) attractifs. Ainsi, même si elle aurait besoin de la subvention pour exercer, l’entreprise privée devrait assurer son bénéfice par une gestion efficace.

Sauf qu’en réalité, de par la variation du trafic, des coûts, de la croissance économique (donc du pouvoir d’achat des particuliers et des trésoreries des entreprises), l’Etat ne pourra se permettre de fixer une subvention pour longtemps, et devra intervenir régulièrement pour modifier la subvention. Alors, l’entreprise privée qui serait délégataire du service aura pour principal intérêt de faire pression (ou du lobbying) pour augmenter cette subvention, et en tirer l’essentiel de la croissance de son bénéfice. Elle pourra prendre exemple sur le lobby des agriculteurs nourris aux subventions de la Politique Agricole Commune (exemple de secteur ‘privé ‘ vivant de fonds publics) ou utiliser des relais politiques (à l’image de l’héritier des entreprises de Dassault, lui-même parlementaire, et qui vote donc le revenu de son entreprise, qui a pour client essentiel l’Etat français). Les dividendes d’une telle entreprise n’auraient aucun fondement, à part (peut-être), le rôle de réducteur de coûts (en partant du principe – théorique- qu’une entreprise privée réduira au minimum les sureffectifs et les dépenses inutiles dans son activité), point que nous aborderons dans l’argument n°5.

Argument n°4 : « La privatisation n’est pas nécessaire pour obtenir un financement, fut-il privé»

Il est en effet surprenant de toujours entendre l’argument selon lequel une entreprise publique ne peut vivre que des aides de l’état, que l’absence d’entrée de capital privé bloque son développement, qu’il faut donc ouvrir le capital (donc privatiser), la seule alternative étant l’endettement. Il est vrai qu’il y a une différence de nature entre un achat de parts de capital par des actionnaires et un emprunt fait sur des fonds privés : l’actionnariat est une finance désintermédiée (on n’a pas à payer, entre le créancier et l’entreprise, les frais de fonctionnements et les bénéfices de l’intermédiaire qu’est la banque), la valeur du capital achetée par l’actionnaire diminue si l’entreprise va mal (alors qu’une somme empruntée reste fixe, le taux d’intérêt pouvant être mobile en revanche), les actionnaires peuvent accepter un dividende nul en cas de mauvais résultats (alors que les intérêts versés aux créanciers ne fonctionnent pas ainsi). On peut comprendre qu’une entreprise préfère avoir des actionnaires plutôt qu’un emprunt.

Cependant, un actionnaire, cela reste une charge de dividendes à fournir. Et qu’on ne doit surtout pas multiplier les cas où le dividende sera nul, sinon on ne trouvera plus d’actionnaires ! Les entreprises publiques, même celles qui restent (grosso modo EDF, SNCF, La Poste…) demeurent des poids lourds économiques. L’Etat négocie des emprunts aux taux les plus bas du marché (puisque le remboursement est quasi-assuré). Pourquoi les entreprises publiques ne peuvent-elles pas s’endetter collectivement, à un taux faible (plus bas qu’un emprunt EDF, puisque les entreprises publiques dans leur ensemble sont plus solides encore) ? Elles pourraient le faire au travers d’une structure qui apporterait son financement aux entreprises en leur re-prêtant sans majorer le taux d’intérêt. Certes, cela crée une dette. Mais l’important n’est-il pas de savoir quel est le coût de cette dette en termes de charges d’intérêts ? Et s’il est plus bas, à long terme, que le coût du versement de dividendes, pourquoi ce financement serait-il pire que « l’ouverture de capital » au privé ?

En disant cela, nous avons mis de côté le financement de l’Etat pour le développement de l’entreprise publique, en partant sur le principe (favorable aux libéraux donc) que l’Etat ne peut se permettre d’accroître son aide. Or, si la vente à perte pratiquée par l’entreprise publique permet comme on l’a suggéré une croissance plus forte (les entreprises peuvent faire voyager leurs salariés plus fréquemment et plus loin grâce à des prix de billets de trains très bas, elles peuvent faire plus de courrier, consommer plus d’électricité – la préoccupation écologique mise à part), alors elle peut représenter un gain pour l’Etat. Plus de croissance fait généralement plus d’impôts pour l’Etat, d’où le gain en question. Il servira à combler le déficit organisé de l’entreprise publique (ce qui rend cohérente la politique de vente à perte), mais aussi, s’il est suffisamment élevé, de financer son développement.

Argument n°5 : « Le statut protecteur de l’emploi pour un salarié d’entreprise publique (si du moins il est titulaire !) n’est pas un privilège, mais une couverture contre le risque de licenciement politique »

Je l’avais expliqué dans les tout premiers articles du blog, il y a trois ans bientôt : l’Etat ne pouvant faire faillite (enfin pas facilement), il peut se permettre de se débarrasser d’agents, mêmes doués, pour des motifs d’opposition politique. Le statut des fonctionnaires évite de se retrouver avec une vague de licenciement après chaque alternance politique. Que l’on veuille introduire des contraintes de résultats dans une administration, une entreprise publique, c’est possible. On peut utiliser les incitations au résultat collectif (c’est-à-dire primer ou mettre un malus  à un service entier), mettre en retrait de son poste un agent en sureffectif et lui laisser plusieurs choix de réaffectations, etc… Mais le licenciement individuel pour critères « d’inefficacité » peut toujours être suspect dans la sphère administrative/ des entreprises en monopole.

Et le fait de transférer l’activité à des prestataires privés ne changera pas grand-chose à l’affaire : au contraire, la répression syndicale prendra de plus belle. Les nouveaux employeurs peuvent améliorer le salaire de certains agents pour acheter leur assentiment au renvoie d’autres. Et, ayant l’Etat pour principal client, une entreprise privée sous-traitante de l’activité de l’Etat peut très bien recevoir des consignes politiques.

Historiquement, les privatisations ont toujours un aspect politique, ne serait-ce que dans l’optique de détruire les syndicats, comme au début des années 80 dans le conflit opposant Thatcher aux mineurs britanniques.

 

Par DiadoreCronos - Publié dans : Luttes
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