Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

     www.pourlecommunisme.com est un site qui s'attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l'idéal communiste, faillite économique, etc...). Il ne fait la promotion d'aucun régime existant ou ayant existé par le passé, s'efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l'avenir.

     Vous êtes anticommuniste et voulez débarasser le monde d'un jeune fou qui, selon vous, risque de faucher à nouveau des millions de vies?

Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis?

Vous voulez simplement parler du communisme?

Alors ce blog est pour vous.

 

Communisme communiste révolution réforme capitalisme libéralisme argent entreprise impôt état France Europe URSS Chine USA Monde PCF NPA LCR LO UMP PS Modem élection Buffet Besancenot Laguiller Bové Marx

Rechercher

Archives

19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 23:43

Un petit article dont le principal intérêt est de ne pas me faire attaquer pour plagiat. Et pour inciter les visiteurs à (re) regarder les vidéos "Changer de système".

              Parcourant le Net, je me suis aperçu, ces derniers jours, de l’existence d’un site proposant un système alternatif au capitalisme affublé du nom disgracieux d’écosociétalisme. Déjà, à la base, je déteste le terme « sociétal ». Ce mot, sensé désigner ce qui concerne à la fois le social et le politique, n’est à mon sens qu’un pion de la « guerre du vocabulaire » (employer « charges sociales » au lieu de « cotisations sociales » pour faire passer l’idée qu’elles sont payées par les entreprises qu’elles écrasent, ou encore ressasser l’existence d’une confuse «classe moyenne »…). Et qu’en l’occurrence, « sociétal » sert à ne plus employer le mot « social ».

 

          Mais bon. Passons sur ces discussions sémantiques. Le site www.societal.org présente ce système alternatif. Et, en lisant cette page (http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=Accueil), que lis-je ? Ca ressemble, à première vue, au système que j’ai exposé dans mes vidéos « Changer de système ». Le principal défenseur de ce système, André-Jacques Holbecq, a publié en 2005 le livre « Une alternative de société : l’écosociétalisme».

          Ce qui est surprenant, c’est qu’à la même époque, je songeais déjà à deux systèmes alternatifs au capitalisme : un système de collectivisation dans l’économie de marché, et l’autre système, celui présenté dans les vidéos. J’y pense depuis 2003 pour le premier, 2004 pour le second. Et les deux programmes ont été publiés sur le site fin 2005. Je ne pouvais pas connaître l’œuvre de Holbecq.

 

Que propose l’écosocial…pardon écosociétalisme ? Sur la page précitée, on voit :

 

-          que lorsqu’un individu veut créer une entreprise, la société met à sa disposition l’équipement productif nécessaire, sous réserve de la pertinence de son projet. Ce qui ressemble à mon système, a priori…

-          qu’ensuite, lorsque vous travaillez, vous êtes rémunérés avec une monnaie créée instantanément et à usage unique (comme l’est la monnaie des particuliers dans mon système). Cette rémunération est mentionnée de façon assez floue. D’abord, (dans le troisième des quatorze points importants du système mentionnés en bas de page) on vous dit qu’elle est versée sur le principe de : une unité pour six minutes de travail. En lisant la suite, c’est un peu plus compliqué que cela, puisque votre rémunération est coefficientée en fonction de l’utilité sociétale de votre activité. Il faut donc supposer qu’une grille de coefficients est régulièrement éditée, par un organisme démocratique. On peut aussi s’attendre à ce que, plus votre activité est jugée écologique, plus elle est valorisée.

-          chaque consommation que vous faîtes (et dont il faut croire que le prix sera mesuré par le temps de travail ?) implique la destruction de la monnaie que vous dépensez. Il existe toujours des taxes sur les production, devant favoriser les plus « écosociétales », et défavorisant les autres. Le produit de la taxe sert à payer le secteur non-marchand et à fournir un revenu minimum d’existence à tous ;

-          le revenu individuel se décompose donc en un revenu minimum d’existence plus un revenu d’activité (marchand ou non). La société peut donc déterminer les inégalités sociales, soit directement dans le cas du revenu d’existence et du revenu non marchand, soit en le modulant pour ce qui est du revenu marchand.

 

Est-ce la même chose que le système que j’ai présenté ?

En fait non. Plusieurs grosses différences existent.

D’abord, dans le système écosociétal, les capitaux d’une nouvelle entreprise lui sont fournis par la société. Ce qui induirait que l’autorité sociale sache quel est le capital dont a besoin chaque entreprise. Ce qui revient déjà à une forme de planification des allocations de capitaux. Ca n’existe pas chez moi : la nouvelle entreprise dispose d’un monnaie illimitée. A elle de se procurer le capital dont elle a besoin, sachant que si elle abuse de dépenses, elle risque de se retrouver avec un solde négatif et d’être dissoute par l’Etat.

Ensuite, le système écosociétal n’a qu’une seule monnaie. Alors qu’il y en a trois dans mon système : celle des particuliers (qui est à usage unique comme la monnaie écociétale), la monnaie des entreprises (qui est virtuelle), et la monnaie utilisée pour les échanges extérieurs.

Le système écosociétal tombe de ce fait dans une erreur tragique : celle de la fixation des rémunérations du travail en se basant sur l’idée de la valeur-travail : la valeur d’une production dépend du temps de travail qui y est inclus. Sur ce point, les écosociétalistes sont plus marxistes que moi. Ce fonctionnement entraîne des failles béantes : dois-je comprendre que si je travaille à deux à l’heure, en mettant deux heures à faire ce qui n’en nécessiterait qu’une, je serai deux fois plus riche ? Ou alors, comme dans la théorie de Marx sur la valeur-travail, c’est le temps de travail « socialement nécessaire » qui sert de référence ? Dans ce cas, l’Etat devra donc avoir une grille de temps de travail nécessaire pour chaque production. Ces estimations seront sans doute inexactes, et surtout, et toutes les branches de l’économie auraient intérêt à faire surestimer le temps de travail nécessaire pour chacune de leurs activités.

D’une manière générale, la fixation des prix via la valeur-travail, ou par un système d’impôts, furent-ils « écosociétaux », risque de déboucher sur une mauvaise distribution et un mauvais fonctionnement de l’économie. Si l’état se trompe sur la valeur sociale d’une activité et lui fixe un coefficient trop bas, il se retrouve avec une chute de cette activité qui aura des conséquences graves pour le reste de l’économie. Dans mon système, premièrement, ce ne sont pas les activités qui sont coefficientées, mais le secteur auquel on appartient. On peut plus facilement frauder sur la nature d’une de ses activités que sur l’activité générale de son entreprise. Ensuite, le revenu qu’on verse à chaque individu est toujours coefficienté par la performance économique de l’entreprise, qui dépend de ventes effectuées à prix librement négociés entre vendeurs et acheteurs. Donc si l’Etat commettait une erreur en défavorisant des activités  indispensables pour le reste de l’économie, les entreprises en question pourront toujours rappeler qu’elles sont indispensables en demandant des prix plus élevés à leurs partenaires. Elles auront un fort coefficient de performance, qui contrebalancera un mauvais coefficient de secteur. Dans le système écosociétaliste, cette autorégulation n’est pas possible. De même, dans les ventes entre particuliers et entreprises, dans mon système, l’Etat peut défavoriser un bien en utilisant le  taux de conversion entre la monnaie des particuliers et celle des entreprises. L’Etat peut faire que chaque unité dépensée par un particulier se traduise en peu d’unités gagnées par l’entreprise vendeuse. Mais l’entreprise peut réagir en augmentant ses prix. Et si ce bien est réellement indispensable pour les particuliers, l’erreur de l’Etat se verra par une hausse des prix, non pas par une pénurie.

Pour finir, l’unicité de la monnaie dans le système écosociétal oblige au maintien d’un système fiscal pour financer des revenus non marchands. Ce système fiscal n’existe plus dans mon système.

 

 

Repost 0
Published by DiadoreCronos - dans Economie
commenter cet article
6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 20:55

Le 1er Novembre dernier, ce blog fêtait (en silence et tout seul) ses trois ans d'existence.

Au total, en incluant tous les articles, son contenu dépasse les 900.000 caractères (blancs compris), en incluant les articles où je raconte un peu ma vie, le compte-rendu du voyage à Cuba, et les vidéos "Changer de système" (et on serait à un million si je publiais la version écrite de ce que je baragouine dans ces vidéos - encore désolé pour la voix, je n'ai toujours pas de speakerine à voix sensuelle à disposition).

Autrement dit, j'ai publié l'équivalent de 10 pages de livre au format courant (25.000 caractères) par mois, sans compter quelques graphes et illustrations. Commencé le 1er Novembre 2006, ce blog n'a connu que trois mois sans aucune publication, dont deux en 2007, pour cause de stage et d'abattement moral profond suite aux performances du Parti.

Cette excuse du "je publie rien car j'ai pas le temps (bon ça c'est vraiment bidon) et parce que l'état du parti me fait déprimer" a beaucoup fait pour que je mettre plus d'un an à me rendre compte que, ben non, un blog, même en plus d'un site, ça suffit pas à soulever un mouvement de masse sur le Net.

(Pourtant y en a qui essaient. Cherchez le "Mouvement Agir Pour l'Avenir" sur le Net. Un "parti" créé par un type de 19 ans, uniquement -ou presque- par Internet. Il a des centaines de contacts. Je vous laisse juges de la qualité des idées).

Si je poste cet article, c'est parce que j'ai plusieurs choses à annoncer.

D'abord, je me suis lancé dans les formations pour les Jeunes Communistes du 92. La première séance a lieu ...demain, 7 Novembre, à Gennevilliers, à la section locale du Parti, vers 16 heures ou 17 heures. C'est évidemment tard pour prévenir, mais je ne comptais pas sur ce blog pour faire passer le message. C'est juste que si des gens habitant l'Ile-de-France veulent un jour y venir, j'annoncerai les suivantes ici même.

La séance du 7 Novembre sera un peu "pilote", et aura pour thème la Révolution bolchevique, son contexte, ses mythes, etc... La prise du Palais d'Hiver ayant justement eu lieu le 7 Novembre 1917.

Ensuite, j'essaie de (re)-créer une activité (j'ose pas dire une section) JC à Colombes (j'inclus La Garenne- et Bois-Colombes dedans). Pas facile. Pour l'instant, deux contacts du MJCF/PCF ont répondu positivement, pour huit fois plus de contacts à radier des listes (numéros obsolètes, perte d'intérêt, déménagements,...). Si vous habitez dans le coin, ben...n'hésitez pas à prendre contact ici même.

Autre nouvelle.

Je vais essayer de publier mon site. En version papier. Dès 2006, vu sa faible fréquentation, j'aurais dû comprendre que ce  n'était pas vraiment un site, mais un livre en ligne. J'ai passé mon mois d'Octobre à compléter ma bibliographie (qui reste faible), et remettre à jour mon texte. Ce n'est pas encore fini. Je ferai mes envois aux éditeurs la semaine prochaine.

Je suis tombé parfois sur des révisions à faire. La dernière est problématique. Cette semaine, je suis tombé sur un article d'un universitaire indien qui explique que, contrairement à ce qu'on croit, l'état indien du Kérala ("petit" état de 30 millions d'habitants situé au Sud-Ouest de la péninsule) est non pas un état moyennement riche par rapport à l'Inde (donc très pauvre par rapport à la France), mais en fait le plus riche de l'Inde (c'est-à-dire très pauvre mais un peu moins que prévu). Qu'est-ce qu'on en a à foutre, me diront ceux qui n'ont pas lu mon site de fond en comble?

Et bien que le Kérala, état dirigé par le (ou plutôt un des) parti(s) communiste(s) indien(s), s'est bâti une réputation d'être un état pauvre où la population est bien éduquée (alphabétisation quasi-complète, y compris pour les femmes), et bien soignée, avec une des mortalités infantiles les plus basses d'Asie, et une espérance de vie de 73 ou 74 ans ces dernières années. Celle de l'Inde tourne à 65 ans (même si la CIA, dans son World FactBook - cherchez sur le Net, bossez un peu par vous-mêmes, le moteur de recherche est ton ami- annonce que l'espérance de vie indienne aurait fait un bond jusqu'à 69 ans ces dernières années; tant mieux pour eux). Donc une sorte de mythe s'est répandu parmi les communistes et la gauche altermachin (mondialiste pardon), sur le Kerala, "état pauvre où l'on vit vieux".

Or, l'article que j'ai lu cherche à démontrer qu'en fait, les revenus des kéraliens sont sous-estimés. Et qu'ils sont en fait l'état le plus riche d'Inde. Ce qui fait que, même si le gouvernement local a effectivement mis à la disposition d'une majorité de la population des services médicaux publics accessibles à tous, une fraction importante (plus de la moitié) des kéraliens utilisent souvent la médecine privée, plus chère. Car ils ont de la thune, qui leur vient soit de l'économie informelle, soit des deux millions de kéraliens travaillant à l'étranger, dans le Golfe Persique surtout.
L'auteur se base sur les statistiques de la consommation par ménages pour prouver que les revenus de cet état sont sous-estimés. Et les statistiques officielles du gouvernement indien que j'ai consultées confirment ce qu'il dit : les kéraliens sont effectivement les plus aisés, en moyenne, du pays de Gandhi.

Donc en fait, le Kérala est "l'état riche (par rapport à l'Inde) où l'on vit vieux". Ce qui est nettement moins surprenant.
Ca me pose problème, dans la mesure où, dès 2005, j'ai moi-même écrit un article sur la surmortalité dans le monde capitaliste (cherchez sur www.pourlecommunisme.com, dans le PDF sur le Livre Noir du Capitalisme), en citant le Kérala comme exemple de pays pauvre où on vit vieux, et en écrivant également que le Kérala se situait dans la moyenne de l'Inde pour ses revenus, voire en dessous. C'était erroné, et je m'en excuse auprès des lecteurs de mon site (bon, d'après les stats, ils étaient rares, mais quand même).

En fait, pas tant que ça. En réunissant des statistiques accessibles au grand public sur le site Perspectives Monde de l'Université canadienne de Sherbrooke, on s'aperçoit quand même que, même en réévaluant les revenus par habitant des kéraliens, cet état obtient des performances en termes de santé et de longévité nettement supérieures à celles d'autres pays aussi fortunés en moyenne, par exemple l'Indonésie. Et il n'est pas le seul. Vous en saurez plus...dans le livre "Pour le Communisme" (t'as vu le plan marketing?), quand il paraîtra (c'est-à-dire pas avant le Printemps prochain, si Dieu-Marx-la Chance le veut).

Je mets donc à jour mes écrits sur la surmortalité capitaliste, et le site www.pourlecommunisme.com sera, si la publication advient, changé en résumé promotionnel du livre, en supprimant la plupart des PDF (que peu de gens lisent de toute façon).

Voilà, vous en savez autant que moi sur mon avenir proche.

Repost 0
Published by DiadoreCronos - dans Présentation
commenter cet article
28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 01:45

Maintenant, le gros dossier : la question de l'efficacité qualité / prix des entreprises publiques, et des solutions pour l'améliorer sans nullement toucher à la propriété publique, ni même au monopole. On y distingue la partie "arguments qui peuvent être employés dans une discussion" des propositions, la deuxième étant trop complexe pour être lancée dans une discussion courante.


 

Argument n°6 : « Le problème des surcoûts n’est pas une question de propriété publique ou privée, mais une question de responsabilisation de l’entreprise »

Nous sommes habitués à un modèle d’entreprise publique : ses dirigeants sont directement nommés par le gouvernement, c’est à lui que l’entreprise rend des comptes, si tant est que le gouvernement y tienne, et le seul pouvoir des citoyens de base est d’élire un autre gouvernement. En supposant bien sûr que la gestion des entreprises publiques soit un jour le thème central d’une élection présidentielle.

D’où les idées que ressassent les libéraux, qui sont que

-          l’entreprise publique n’est de fait jamais sensible à la satisfaction du client (ou alors seulement lorsque le service est très défaillant, au cours d’une grève massive par exemple) ;

-          que quand bien même le mécontentement des usagers serait pris en compte, ce serait sous la pression médiatique et donc sans lendemains ;

-          que les entreprises ne sont pas vraiment sensibles à leur résultat financier, peuvent supporter des déficits récurrents, espérant l’aide de l’état au final ;

-          que, partant sur la série précédente, les entreprises publiques ne songent que peu à rationaliser leurs coûts, embauchent massivement sans licencier lorsque leurs besoins sont dépassés, que les compétences sont peu mises à profit, la productivité est basse, etc…

Et tout cela génèrerait le surcoût des entreprises publiques par rapport à une gestion privée. Le fait que les entreprises publiques n’aient pas de dividendes à verser (en fait elles en versent à l’Etat, mais celui-ci pourrait les en dispenser, ce que ne fera pas durablement un actionnaire privé) ou encore le fait qu’un monopole public n’ait pas besoin de démarchage publicitaire (alors qu’EDF ou la SNCF en font…), tout cela est loin de pouvoir compenser ce surcoût du monopole public.

Je ne discuterais pas non plus longtemps la réalité des affirmations précédentes sur les monopoles publics : les entreprises publiques ne sont pas figées en réalité, elles sont progressivement réformées et savent utiliser le droit privé dès qu’elles peuvent (par l’utilisation massive de contrats précaires par exemple, ou le fait de proposer à des salariés de travailler dans leurs filiales de droit privé, comme le fait la SNCF par exemple). Les comptes d’entreprises telles que la Poste ou la SNCF se sont rapprochés de l’équilibre, mais avec l’aide de l’état : la SNCF, qui prétend ne pas recevoir de subventions d’Etat, a de nombreux contrats de service public avec des collectivités. Vu qu’elle est en monopole pour remporter ces contrats, on se doute que le prix doit être confortable pour la SNCF…).

Mais surtout, ce mode de fonctionnement de l’entreprise est loin d’être le seul possible. On peut très bien recréer les contraintes de gestion obligeant une entreprise à l’efficacité (c’est-à-dire l’optimisation du rapport qualité du service / dépense effectuée) sans toucher à son caractère public ni même à son monopole.

La première voie pour y arriver est de se rappeler qu’en tant qu’entreprises publiques, la SNCF, EDF et La Poste appartiennent à chacun de nous. C’est-à-dire que nous devrions tous pouvoir nous considérer comme ses sociétaires (1). Et plutôt que de dépendre du gouvernement, la présidence des entreprises publique devrait être élue –ou du moins révocable- par les sociétaires.

En clair, cela veut dire qu’une fois par an au moins, lorsque la presse révèlerait le bilan de la SNCF, sous la forme d’un épais déficit et d’une qualité médiocre de la desserte, si plusieurs centaines de milliers de personnes en expriment le souhait, la direction gicle. Il serait peu réaliste de faire voter 48 millions de français majeurs sur la gestion de leurs entreprises publiques tous les ans. Le simple pouvoir de révocation par demande d’une minorité suffisante serait déjà une puissante contrainte pour la gestion desdites entreprises.

                Mais encore faut-il que les citoyens/usagers/clients/contribuables se manifestent, et ne se contentent pas de hausser les épaules en lisant les mauvais bulletins de notes de l’entreprise, en se disant qu’ils n’y changeront rien de toute façon. La responsabilisation de l’entreprise repose sur la sensibilisation de l’usager/citoyen/client et sa capacité de réaction. Si le quidam de base ne ressent pas sur sa chair nue les effets d’une mauvaise gestion et d’un mauvais service (2), et surtout s’il n’a pas les moyens de réagir vite avant que d’autres soucis quotidiens ne l’en aient détourné, alors rien ne marchera.

                D’où les propositions ci-dessous. La première est relativement simple, et peut être lancée dans une discussion, même hargneuse, contre un partisan des privatisations. La seconde ne l’est pas, et ne peut être avancée que dans un dialogue détendu.

Proposition n°1 : dividende négatif et droit de renvoi des citoyens-sociétaires

                La première proposition serait directe, à défaut d’être populaire. Il s’agit tout simplement de faire payer directement une fraction du déficit d’une entreprise publique par chaque ménage, sous la forme d’un dividende négatif. C’est-à-dire : chaque année, si déficit il y a, une fraction de celui-ci est partagée entre tous les ménages, et une facture leur parvient, annonçant à l’heureux sociétaire qu’il est joyeusement invité à payer 20 euros pour combler le déficit des entreprises publiques. En modulant ce « dividende » en fonction de la tranche d’imposition sur le revenu du contribuable en question, bien sûr.

                Cela ne coûtera pas forcément plus cher à la population. Ce déficit qui serait payé directement, c’est de l’endettement en moins, ou de la subvention d’Etat en moins, donc moins d’impôt au final.

                Mais surtout, l’effet principal de cette mesure, c’est son défaut apparent : elle en énervera plus d’un, et amènera à ce que, chaque année, plusieurs centaines de milliers de personnes transmettent une demande de démission de la présidence de telle ou telle entreprise. On pourra fixer le barème fatal à 200.000, 500.000 ou un million de mécontents exprimés pour faire tomber la sanction.

                Pour qu’une véritable démocratie des citoyens-sociétaires existe, ce droit au mécontentement ne suffira pas. Si l’entreprise décide une politique de déficit volontaire pour assumer un service de qualité à prix bas, les sociétaires doivent également avoir la possibilité d’exprimer une demande de maintien de l’actuelle direction. Et c’est la différence entre le nombre de demandes de démission et de maintien qui décidera du sort des sortants. Parallèlement à cela, de véritables syndicats d’usagers, et pas seulement des associations « d’usagers en colère » doivent voir le jour, et mener le dialogue avec les entreprises publiques, lançant si besoin est des mots d’ordre pour exiger (ou non) la décapitation de l’entreprise.

Proposition n°2 : prix à partie libre

                Cette proposition est plus complexe est plus originale, et elle est à manier avec précaution, et surtout pas dans une discussion tendue. Son principe est pourtant simple : pour donner à chaque usager/client un pouvoir de pression contre une entreprise publique en monopole, on décide que les prix seront en deux parties : un prix minimum, et on est libre de payer plus. Si vous arrêtez là la présentation de l’idée, vous verrez vos interlocuteurs hilares (j’en ai fait l’expérience), puisqu’il est évident que personne ne paiera plus que le minimum.

                Mais l’idée est plus complexe que ça. Je l’avais déjà évoquée à la fin de l’article contre la privatisation de la Poste. Voici en quoi elle consiste :

première étape : chaque année, une autorité extérieure à l’entreprise publique (mettons la SNCF) se réunit. Elle regroupe des usagers, des salariés, des parlementaires, des syndicats d’entreprise, enfin bref, tous ceux qui sont concernés par le fonctionnement de la SNCF, mais personne de la SNCF même, ni du gouvernement. Cette autorité va fixer deux cahiers des charges à la SNCF. Je dis bien deux cahiers des charges. Le premier sera un cahier des charges minimal, c’est-à-dire le service minimum en dessous du quel la SNCF ne peut pas descendre. C’est le niveau de service où il y a tout juste assez de trains pour que le pays puisse relativement fonctionner. Et un  cahier des charges souhaité, c’est-à-dire les objectifs de service public les plus élevés possibles que la SNCF puisse remplir. On souhaite bien sûr que la SNCF s’approche le plus possible du second cahier des charges, mais le premier aura une utilité.

En sus de cela, l’autorité extérieure fixe des prix minimaux pour les principales ventes de la SNCF. Ces prix répondent à une règle : ils doivent être si bas que, même en pratiquant le cahier des charges minimal, et même en intégrant toutes les subventions de l’Etat pour l’année à venir, la SNCF serait en déficit à la fin de l’année si ces prix étaient pratiqués. Cela veut dire que même si l’état rajoute des subventions l’année suivante, les prix seront encore rabaissés. Et on peut même aller jusqu’au cas théorique extrême, c’est-à-dire les prix négatifs : on paie les gens pour prendre le train. Ce ne sera jamais fait bien sûr, cette situation absurde n’est invoquée que pour rappeler à l’Etat qu’il ne peut pas prendre intégralement en charge les frais de la SNCF.

-          Deuxième étape : maintenant, tout au long de l’année, les usagers sont libres de ne payer que ces prix minimaux pour leurs billets, mais ils sont invités à payer plus. Et il semble évident qu’ils ne vont payer que le minimum. Sauf que la SNCF, si elle constate cela, est libre de rabaisser son service au niveau du cahier des charges minimal, c’est-à-dire de supprimer (uniformément sur le territoire, pour respecter l’égalité du service public) un grand nombre de trains. Par exemple, si tous les malins s’amusent à payer le minimum, ils s’apercevront rapidement qu’un train sur deux, voire moins, roulera, voire même qu’il n’y en aura plus de disponible pour eux. Et aucune grève ne sera en cause.

Vous aurez donc compris le fondement de cette proposition : c’est la rationalité collective. C’est-à-dire un jeu où le comportement qui semble évident pour une personne (je ne paie que ce que je suis contraint de payer) ne l’est plus si une sanction du comportement collectif menace. Il faut donc raisonner sur la base du « que se passe-t-il si beaucoup de gens font comme moi ? ».

Précisons encore une chose : la SNCF est responsabilisée sur son déficit auprès des citoyens que nous sommes, par le biais du dividende négatif (cf. proposition n°1). Les deux propositions se combinent donc. Si la direction de la SNCF réalise un déficit trop important, elle ne passe pas l’année.

                                On va alors avoir quatre situations possibles, représentées sur le graphe suivant :

 

Situation 1 : celle qui semble évidente : tout le monde paie le minimum, et la SNCF applique le service minimal en permanence. Cette situation est désastreuse pour les particuliers comme pour l’économie, mais aussi pour la SNCF qui de toute façon réalise un déficit, étant donné la bassesse des prix minimaux (cf. plus haut).

Situation 2 : quand bien même les particuliers seraient « généreux » et paieraient plus que le minimum, si la SNCF offre un mauvais service, cette générosité s’évaporera en moins de deux.

Situation 3 : Si la SNCF est de bonne volonté mais que personne ne paie plus que le minimum, elle réduit son service, afin de réduire son déficit.

                Bref, les situations 2 et 3 renvoient à la situation 1, qui ne satisfait personne.

Les usagers vont alors devoir s’organiser, via des syndicats d’usagers, pour négocier avec la SNCF des engagements concrets en vue de se rapprocher du cahier des charges souhaité évoqué plus haut, ou tout simplement pour avoir un service correct. Après accord, lesdits syndicats et l’entreprise communiquent dessus pour lancer le mot d’ordre pour que les usagers paient plus que le minimum, et que l’équilibre financier soit atteint pour la SNCF. Si les particuliers jouent le jeu et pas la SNCF, situation 2. Dans le cas inverse, situation 3, et au final situation 1.

                Et l’on doit, par cette négociation, et la rationalité de chacun, arriver à progresser vers la situation 4 : la SNCF pratique un service qui s’améliore, elle réduit ses coûts au minimum puisque la tendance de tous les clients sera de revenir au prix minimum, et que tout surcoût dévoilé par la presse pourra les convaincre de le faire.

                Bien sûr, ce système laisse quelques questions : d’abord, il y aura toujours des « passagers clandestins », c’est-à-dire une minorité de gens qui profiteront de ce que les autres paient plus pour continuer à payer le minimum. Sauf qu’ils ne peuvent être trop nombreux, sinon la SNCF réduit son service. Mais ils existeront quand même. Cela peut sembler dommageable moralement, mais c’est le prix à payer pour un système qui permet à chacun d’exprimer sa satisfaction ou insatisfaction de l’entreprise en monopole public à chaque achat. On pourrait sinon imaginer des systèmes de prix versés collectivement par des syndicats d’usagers, ou autre solution utilisant la délégation. Mais même des représentants élus par les usagers ne transmettraient qu’imparfaitement et avec retard l’avis des usagers. L’existence de ces passagers clandestins peut même être une justice sociale si ce sont les plus pauvres qui paient le moins (cependant, ce résultat n’est pas assuré en soi, il peut y avoir des pauvres généreux et des moins pauvres radins). Il faut aussi que toute réduction du service touche toutes les stations sans en pénaliser une plus que d’autres, sans quoi, dans certains secteurs géographiques du réseau ferroviaire, les clients se sentiraient davantage sous pression pour payer plus qu’ailleurs.

                Ensuite, il est évident qu’une personne qui ne prend le train qu’une ou deux fois par an peut, à la limite, se moquer de la qualité du service, tant qu’il a son billet, et ne paiera donc que le minimum, tandis que l’usager régulier de la SNCF sera plus concerné par la qualité du service. C’est pour cela que le système de prix libres ne concernera que les clients qui auront déjà réalisé un ou deux achats dans l’année. Le prix des premiers billets doit alors être fixé par l’autorité extérieure à la SNCF.

                Plus encore, pour que la pédagogie se fasse, il faut que la menace soit crédible. Donc, dans les premiers mois où ce système prendrait effet, qu’une direction kamikaze applique tout de suite la réduction du service, pour faire comprendre aux clients avares qu’on ne plaisante pas dans ce jeu SNCF/usagers. Les usagers-sociétaires pouvant faire des demandes de démission de ladite direction tant pour des motifs de déficits que pour la qualité du service, il sera certain que cette direction ne verra pas les années suivantes de l’expérience.

(1)                            des sociétaires sont un peu comme des actionnaires, sauf qu’ils votent dans leur société au principe de « une personne une voix » et non sur le « une action une voix » des actionnaires ; on peut devenir sociétaire sans apporter des capitaux propres à l’entreprise, mais par exemple en devenant un de ses cotisants (comme dans une société mutuelle d’assurance).

(2)                            Il n’y a pas trop de soucis à se faire sur ce dernier point : lorsque les trains sont en retard ou absents, que le courrier n’arrive pas, ou que l’électricité est coupée, en général l’usager le ressent et n’est pas très satisfait. Sauf s’il habite dans le Larzac, porte une veste en laine cachée par une longue tignasse et fait ses propres yaourts.


Repost 0
Published by DiadoreCronos - dans Luttes
commenter cet article
27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 00:02

Après un premier article un peut rabat-joie, remontons-nous le moral avec la deuxième partie.

Continuons avec  les arguments que l’on peut utiliser :

Argument n°3 : « La propriété publique est le seul cadre admissible pour pratiquer la vente à perte généralisée dans l’intérêt de l’économie »

Nous avons vu que la notion de service public ne justifie pas en soi la propriété publique de certaines entreprises. Le véritable intérêt des entreprises publiques, c’est :

-          D’une part la certitude que certaines industries n’appartiendront pas à des capitaux étrangers, donc potentiellement à des intérêts étrangers, comme par exemple des entreprises d’armement. J’écris cet argument à titre purement théorique, car aujourd’hui, d’une part nous avons un risque de guerre faible, et nous sommes intégrés à une alliance qui dépasse largement la France (l’OTAN) ;

 

-          Mais surtout la possibilité de mener politique d’intérêt national en pratiquant des prix n’ayant rien à voir avec les « prix du marché » (c’est-à-dire les prix qui auraient cours si on livrait l’activité de l’entreprise au marché concurrentiel), mais des prix fixés dans l’intérêt de l’économie dans son ensemble, le plus souvent en les fixant à un niveau bas. Par exemple, le train, le courrier, l’électricité pourraient être vendus à perte, non pas sur un secteur jugé non rentable (les trois grand-mères du hameau de Lozère) mais sur l’ensemble du pays. Cette action est largement pertinente dans les secteurs cités car tout le monde, particuliers comme entreprises, a besoin tous les jours de transports, de courrier, d’électricité. Ce serait donc une aide permanente à l’économie, pouvant générer un surplus de croissance, et donc d’impôts, et c’est donc une politique rationnelle pour l’économie nationale comme pour l’Etat.

Une entreprise privée ne pourrait pas assumer cette politique. Ou alors elle devrait recevoir une subvention de l’Etat sur toutes ses activités. Imaginons cependant une entreprise privée à qui on déléguerait ce service avec obligation de tout vendre à pertes. Autrement dit, cette entreprise « privée » vivrait complètement aux crochets de l’argent public. Certes, on pourrait fixer des règles : que l’Etat verse une subvention en bloc, fixée pour une durée assez longue (plusieurs années par exemple). Et pendant ce temps, l’entreprise privée pourrait optimiser sa gestion, maintenir ses coûts au plus bas, et proposer des prix (inférieurs au coût de revient) attractifs. Ainsi, même si elle aurait besoin de la subvention pour exercer, l’entreprise privée devrait assurer son bénéfice par une gestion efficace.

Sauf qu’en réalité, de par la variation du trafic, des coûts, de la croissance économique (donc du pouvoir d’achat des particuliers et des trésoreries des entreprises), l’Etat ne pourra se permettre de fixer une subvention pour longtemps, et devra intervenir régulièrement pour modifier la subvention. Alors, l’entreprise privée qui serait délégataire du service aura pour principal intérêt de faire pression (ou du lobbying) pour augmenter cette subvention, et en tirer l’essentiel de la croissance de son bénéfice. Elle pourra prendre exemple sur le lobby des agriculteurs nourris aux subventions de la Politique Agricole Commune (exemple de secteur ‘privé ‘ vivant de fonds publics) ou utiliser des relais politiques (à l’image de l’héritier des entreprises de Dassault, lui-même parlementaire, et qui vote donc le revenu de son entreprise, qui a pour client essentiel l’Etat français). Les dividendes d’une telle entreprise n’auraient aucun fondement, à part (peut-être), le rôle de réducteur de coûts (en partant du principe – théorique- qu’une entreprise privée réduira au minimum les sureffectifs et les dépenses inutiles dans son activité), point que nous aborderons dans l’argument n°5.

Argument n°4 : « La privatisation n’est pas nécessaire pour obtenir un financement, fut-il privé»

Il est en effet surprenant de toujours entendre l’argument selon lequel une entreprise publique ne peut vivre que des aides de l’état, que l’absence d’entrée de capital privé bloque son développement, qu’il faut donc ouvrir le capital (donc privatiser), la seule alternative étant l’endettement. Il est vrai qu’il y a une différence de nature entre un achat de parts de capital par des actionnaires et un emprunt fait sur des fonds privés : l’actionnariat est une finance désintermédiée (on n’a pas à payer, entre le créancier et l’entreprise, les frais de fonctionnements et les bénéfices de l’intermédiaire qu’est la banque), la valeur du capital achetée par l’actionnaire diminue si l’entreprise va mal (alors qu’une somme empruntée reste fixe, le taux d’intérêt pouvant être mobile en revanche), les actionnaires peuvent accepter un dividende nul en cas de mauvais résultats (alors que les intérêts versés aux créanciers ne fonctionnent pas ainsi). On peut comprendre qu’une entreprise préfère avoir des actionnaires plutôt qu’un emprunt.

Cependant, un actionnaire, cela reste une charge de dividendes à fournir. Et qu’on ne doit surtout pas multiplier les cas où le dividende sera nul, sinon on ne trouvera plus d’actionnaires ! Les entreprises publiques, même celles qui restent (grosso modo EDF, SNCF, La Poste…) demeurent des poids lourds économiques. L’Etat négocie des emprunts aux taux les plus bas du marché (puisque le remboursement est quasi-assuré). Pourquoi les entreprises publiques ne peuvent-elles pas s’endetter collectivement, à un taux faible (plus bas qu’un emprunt EDF, puisque les entreprises publiques dans leur ensemble sont plus solides encore) ? Elles pourraient le faire au travers d’une structure qui apporterait son financement aux entreprises en leur re-prêtant sans majorer le taux d’intérêt. Certes, cela crée une dette. Mais l’important n’est-il pas de savoir quel est le coût de cette dette en termes de charges d’intérêts ? Et s’il est plus bas, à long terme, que le coût du versement de dividendes, pourquoi ce financement serait-il pire que « l’ouverture de capital » au privé ?

En disant cela, nous avons mis de côté le financement de l’Etat pour le développement de l’entreprise publique, en partant sur le principe (favorable aux libéraux donc) que l’Etat ne peut se permettre d’accroître son aide. Or, si la vente à perte pratiquée par l’entreprise publique permet comme on l’a suggéré une croissance plus forte (les entreprises peuvent faire voyager leurs salariés plus fréquemment et plus loin grâce à des prix de billets de trains très bas, elles peuvent faire plus de courrier, consommer plus d’électricité – la préoccupation écologique mise à part), alors elle peut représenter un gain pour l’Etat. Plus de croissance fait généralement plus d’impôts pour l’Etat, d’où le gain en question. Il servira à combler le déficit organisé de l’entreprise publique (ce qui rend cohérente la politique de vente à perte), mais aussi, s’il est suffisamment élevé, de financer son développement.

Argument n°5 : « Le statut protecteur de l’emploi pour un salarié d’entreprise publique (si du moins il est titulaire !) n’est pas un privilège, mais une couverture contre le risque de licenciement politique »

Je l’avais expliqué dans les tout premiers articles du blog, il y a trois ans bientôt : l’Etat ne pouvant faire faillite (enfin pas facilement), il peut se permettre de se débarrasser d’agents, mêmes doués, pour des motifs d’opposition politique. Le statut des fonctionnaires évite de se retrouver avec une vague de licenciement après chaque alternance politique. Que l’on veuille introduire des contraintes de résultats dans une administration, une entreprise publique, c’est possible. On peut utiliser les incitations au résultat collectif (c’est-à-dire primer ou mettre un malus  à un service entier), mettre en retrait de son poste un agent en sureffectif et lui laisser plusieurs choix de réaffectations, etc… Mais le licenciement individuel pour critères « d’inefficacité » peut toujours être suspect dans la sphère administrative/ des entreprises en monopole.

Et le fait de transférer l’activité à des prestataires privés ne changera pas grand-chose à l’affaire : au contraire, la répression syndicale prendra de plus belle. Les nouveaux employeurs peuvent améliorer le salaire de certains agents pour acheter leur assentiment au renvoie d’autres. Et, ayant l’Etat pour principal client, une entreprise privée sous-traitante de l’activité de l’Etat peut très bien recevoir des consignes politiques.

Historiquement, les privatisations ont toujours un aspect politique, ne serait-ce que dans l’optique de détruire les syndicats, comme au début des années 80 dans le conflit opposant Thatcher aux mineurs britanniques.

 

Repost 0
Published by DiadoreCronos - dans Luttes
commenter cet article
25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 22:35

Encore un article super long, pour changer. Donc je le publierai en trois parties.

  Cet article doit servir de source et de proposition à la fois, sur un thème que les communistes ne peuvent bien sûr pas ignorer. En participant à la votation citoyenne contre le changement de statut de La Poste, à laquelle deux millions de personnes ont participé, j’ai pu remarquer plusieurs faits.

                D’abord, la plupart des passants semblent ne pas avoir envie de se plaindre du service fournie par l’entreprise publique postale.           

                Ensuite, parmi le grand nombre de ceux qui ont pris les tracts, la plupart semblaient avoir un avis positif sur notre vote, et donc contre la privatisation. Il y a eu quelques cas de gens qui clamaient qu’ils étaient pour la privatisation, mais ça ne semble pas être une exigence répandue.

Ensuite, en conversant avec ceux qui s’arrêtent pour prendre le tract, on a parfois des avis très remontés contre le service du courrier, et aussi celui de la Banque Postale. Ainsi, une dame m’a décrit pendant dix minutes comment la Banque Postale la volait en lui prélevant des agios sans justification pendant une année entière avant qu’elle ne ferme son compte. Mais elle est finalement allée voter contre le changement de statut de La Poste.

Il existe une littérature considérable sur les abus, les gaspillages, ou encore la médiocrité de certains services rendus par les entreprises publiques. Le mécontentement reste cependant minoritaire, une entreprise publique telle qu’EDF restant parmi celles qui ont la meilleure image auprès des français (ce qui est un peu moins le cas de La Poste, qui garde une image positive auprès de la majorité des français, tandis que celle de la SNCF monte et chute au gré des vagues de grèves). Nous avons donc la chance d’être dans un pays où les usagers font relativement bien la distinction entre des fautes des entreprises publiques et l’existence même de ces entreprises. Il n’en reste pas moins que, jusqu’à cette votation citoyenne (qui reste une manifestation très tranquille), il n’y a pas eu de protestation généralisée contre les privatisations. Et que la justification de l’existence d’entreprises publiques n’est pas assurée pour tous, d’où la nécessité d’un article dans la catégorie « Luttes ». Imaginez, en effet, ce que cela donne si en plein tractage, vous vous retrouvez coincé par un argumentaire favorable à la privatisation, construit, subtil, a priori convaincant ? Le militant qui part tôt le matin (ou rentre tard le soir) distribuer des tracts fait peut-être preuve d’abnégation, il n’en est pas pour autant buté et insensible aux arguments adverses.

Chaque discussion de comptoir peut être l’occasion d’une escarmouche entre partisans et adversaires et entreprises publiques. Paraphrasant Ho Chi Minh, le front se situe là où se trouve l’ennemi, c’est-à-dire partout.

L’article va comprendre des arguments à opposer ou à ne pas opposer aux partisans des privatisations. Mais aussi des propositions, car il est évident que du fait des déficits récurrents qu’ont connu les entreprises publiques, les défauts de services et les surcoûts qui leur sont reprochés, on ne peut être partisan de maintenir ces entreprises telles qu’elles existent.

Ces arguments sont destinés à convaincre –ou du moins à mettre en doute- aussi bien des communistes que des non-communistes. Donc on ne trouvera pas l’argument fondamental du communisme, à savoir que tout revenu du capital étant un vol du travail (même si Marx préférait le terme exploitation qu’il jugeait plus rigoureux), donc tout accroissement de la propriété privée signifie l’expansion du domaine de l’exploitation. Cependant, dans une discussion de rue, cet argument sera difficile à placer, car il est relativement long à exposer. Mais surtout, cet argument ne fera effet que si le montant des revenus du capital est élevé par rapport à la valeur ajoutée produite par les salariés. Et là, tout dépend des sensibilités : pour moi, 5 à 10% de revenu du capital, c’es trop (tout ce qui est plus que 0% aussi en fait). Un non-communiste pourra trouver cela tolérable, surtout si, croit-il, la privatisation amenait en revanche une baisse de prix et un meilleur service. C’est donc directement sur ces sujets qu’il faut mener la conversation.

Commençons par les arguments qu’il ne faut pas utiliser :

Argument n°1 : « La privatisation va mener à la fin du service public, c’est-à-dire du service de qualité égal pour tous au même prix : plus de lignes de train non rentables, moins de bureaux de poste, moins de lignes de bus, etc…» 

Il n’y aura plus de facteur pour aller distribuer le courrier aux trois grand-mères qui habitent dans un hameau perdu de Lozère (et qui font un peu chier le monde en habitant là) ! La question du service public a largement été traitée par les libéraux. Rappelons d’abord la définition du service public : un service égal, sans discrimination géographique ni de condition des usagers, et sans discrimination de prix, le tout financé par une péréquation des prix (les secteurs où le service est rentable financent les secteurs où il ne l’est pas. Le service public n’est pas synonyme d’entreprise publique, et les libéraux ont raison de rappeler ce point. Une entreprise privée ayant une délégation de service public peut se voir imposer, lorsqu’elle répond à un appel d’offres, un cahier des charges, incluant l’obligation de servir des usagers même si ce n’est pas rentable. La collectivité (l’Etat, la région, la commune) va financer ensuite une subvention à l’entreprise pour combler la perte que l’entreprise privée ferait en desservant ces usagers « non-rentables ». N’importe quel libéral un peu conséquent vous fera cette parade. C’est notamment ce qui se passe dans les opérations de privatisation des transports ferroviaires, tramway ou bus : la collectivité examine régulièrement le respect du cahier des charges par l’entreprise, avant de relancer un appel d’offres, en cas d’insatisfaction, où si une entreprise prétendant à un coût plus bas au même niveau de service se présente.

Il y a une réaction immédiate que l’on peut avoir : mais cette subvention publique représente un (sur)coût, qui pourrait être diminué dans le cas d’un service assuré par une entreprise publique, qui pourrait utiliser ses gains sur des zones rentables pour financer le reste du service, tandis qu’une entreprise privée va utiliser une partie de ces gains pour distribuer des bénéfices, sa raison d’être ultime ! Réaction parfaitement juste : théoriquement, une entreprise publique a un avantage sur une entreprise privée : à supposer qu’elles aient toutes deux exactement les mêmes coûts, l’entreprise publique n’a pas l’obligation de verser des profits, ce qui devrait l’amener à des investissements plus élevés ou des prix plus bas qu’une entreprise privée. On passe donc à la question cruciale des prix.

Argument n°2 : « De par la recherche de profit maximal pour les actionnaires, l’entreprise privée va faire monter les prix ! »

Exposé devant un libéral, cet argument paraîtra surréaliste : il vous expliquera que dans la plupart des cas, c’est la privatisation et la mise en concurrence qui font baisser les prix. On citera à l’avenant le cas de la privatisation des télécoms (en mettant très souvent sous silence les gains de productivité dû aux évolutions technologiques, sur la téléphonie mobile surtout, qui peuvent expliquer également des baisses de coûts), ou encore de la circulation aérienne. L’origine des tarifs élevés que les monopoles publics sont accusés de pratiquer est double :

-          La situation de monopole : qu’il existe ou non des surcoûts dans la production (j’entends par surcoûts les sureffectifs, les achats inutiles, les dédoublements d’administration et de services…), une entreprise qui n’a pas de concurrent serait sans contrainte pour imposer des prix élevés, et ce quand bien même elle en arrive à réduire le nombre de ventes, la maximisation de la recette étant le seul critère ;

-          L’existence de surcoûts, évoqués plus haut, permis justement par le fait que l’entreprise ne souffre d’aucun risque de faillite. Ces surcoûts peuvent non seulement pousser à des prix plus élevés encore que ceux qu’amène la situation de monopole, mais ils peuvent surtout faire que, même en monopole, l’entreprise soit en déficit.

Je n’ai pas à moi seul la compétence et les chiffres pour dire si oui ou non les privatisations ont tenu leurs promesses en termes de prix, ou du moins si elles les ont tenu sur le long terme, si la concurrence seule explique les baisses de prix, etc… Il faut s’attaquer à l’idée que seules la concurrence et la privatisation mèneront à mettre les entreprises sous l’obligation de pratiquer le coût minimum pour un service maximum (en supposant bien sûr que le service d’une entreprise privée et concurrentielle soit bien de qualité).

Repost 0
Published by DiadoreCronos - dans Luttes
commenter cet article
21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 01:10
Et voilà, c'est le dernier épisode. Il répond à quelques questions "secondaires" sur le système proposé, à commencer par les questions de commerce extérieur et de finance.

Je donne en fin de la vidéo le lien vers le site pourlecommunisme.com, où l'on peut trouver le PDF décrivant le système que j'avais nommé alors "socialisme allocatif'.

http://www.pourlecommunisme.com/VII%20Un%20programme%20Communiste%20-%20Programme%20alloc.pdf

Je ne tarderai pas à améliorer et mettre à jour ce document.




Repost 0
Published by DiadoreCronos - dans Vidéos de propagande
commenter cet article
13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 21:33

Allez, c'est presque fini...un petit épisode en résumé des idées des deux précédents épisodes.
On va notamment répondre à la question que certains se posent: dans une série de vidéos où il est question d'entreprises, de concurrence, de ventes et d'achats : mais où est donc le communisme, bon Dieu?

La réponse est dans ces quelques minutes de discours et d'images saugrenues en tout genre...

Repost 0
Published by DiadoreCronos - dans Vidéos de propagande
commenter cet article
9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 21:09
Voici le sixième épisode de la série. On aborde le sujet le plus propre au communisme dans le projet de nouveau système : le fait que la collectivité est dépositaire des revenus individuels, et qu'elle les affecte selon des règles qui font l'objet de débats démocratiques, tout en laissant la place à des critères de performance individuels / d'entreprise qui peuvent se constater objectivement, via un solde commercial par exemple.

(Pour ceux qui n'auraient pas vu les précédents épisodes : cliquez sur "VIdéos de propagande" dans les catégories, à gauche de votre fenêtre).

Je republie l'article pour qu'il attire davantage l'attention. Les lecteurs qui trouvent que certains schémas, dans cet épisode et dans le précédent, ne sont pas nets, se rassureront en apprenant que je corrige et finis les vidéos ce week-end (parution de l'épisode 7 le 13 Octobre, et de l'épisode final le 20).

Repost 0
Published by DiadoreCronos - dans Vidéos de propagande
commenter cet article
7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 23:03


C'est un pays - Soldat Louis
Hymne sympathique à la Bretagne, qui, comme toute chanson bretonne voulant avoir un public, est interprétée en français, et qui n'en comporte pas moins quelques passages surprenants, comme "après la langue [bretonne], on [sous-entendu l'immonde France jacobine] vise la race [bretonne ???]"...

Racisme

Dans le passage concernant la Nation, nous avons posé le fait que la nation n’existe pas et ne survit pas sans un modèle culturel hégémonique. Ce qui signifie que si la culture (linguistique ou religieuse) vient à changer, la nation joue sa survie même. Si c’est la langue qui change, la nation elle-même change : ainsi la Gaule est devenue la France, pas tellement parce que sa population avait changé (les envahisseurs francs, burgondes ou plus encore vandales étaient peu nombreux), ni parce que sa religion avait changé (elle était déjà christianisée, au contraire des francs). Ce qui a changé principalement, ce sont ses structures politiques, l’apparition d’une royauté succédant à l’empire romain et que les gaulois n’avaient jamais durablement construit, et un changement de langue (même si l’on passait du gallo-romain à une autre langue latine). La Maurétanie n’est pas non plus devenue le Maghreb par un changement de population (les envahisseurs arabes du VIIème siècle furent aussi peu nombreux), mais de religion, et de langue (et encore, l’arabe n’a pas complètement éradiqué les langues berbères, et a mis des siècles à s’imposer).

Ainsi, on peut le dire pour la France : si la culture dominante sur le sol national devait changer radicalement sur l’un des points évoqués plus haut, que ce soit la langue, la religion, ou la culture religieuse (beaucoup d’athées ont une culture chrétienne, que ce soit par les fêtes célébrées, ou des principes moraux hérités du catholicisme comme l’idée d’associer rédemption morale et souffrance ; on peut être apostat de l’islam et avoir conservé des tabous musulmans sur l’alimentation, par exemple), alors on ne pourra pas parler d’  « évolution de l’identité française » mais bien d’une fin de la France en tant que nation. Que l’identité de la France puisse s’enrichir par des différences culturelles minoritaires (c’est-à-dire véhiculées par une minorité, par exemple la musique antillaise, la littérature maghrébine…), c’est une chose : mais ce qui compte surtout, c’est leur aspect minoritaire justement, parce que cela montre que ces différences sont intégrées et appréciées pour leur beauté, et non imposées par le nombre.

Les propos qui précèdent permettent de joindre le quatrième sujet de cette série d’articles, la question du racisme. Il existera sans doute des antiracistes professionnels (c’est-à-dire des gens chez qui la lutte contre le racisme n’est plus un idéal, mais un moteur de leur existence : cela veut dire que lorsqu’ils ne trouvent pas de racisme à dénoncer, ils en inventent) qui verraient dans mes propos la justification du refus de la différence culturelle, l’apologie du sectarisme franco-français. Sur un autre blog, j’ai lu cette définition particulièrement stupide du racisme : « Refuser ce qui est différent ». A ce rythme-là, je suis raciste antinazi, il y a en effet certaines différences entre eux et moi que je ne tolère pas.

Je vais donc finir cette série par une définition du racisme. Comme celle sur la nation, elle est un peu complexe, et nécessite donc des justifications.

« Le racisme est une inégalité de droit(s) instaurée entre des groupes humains séparables, basée sur des critères fixés par la naissance. »

Inégalité de droits 

C’est le point le plus important à expliciter. Car trop souvent on invoque le racisme pour des faits qui n’ont absolument rien à voir. Je vais citer un exemple flagrant. Vous pouvez commencer par lire cet article de Pierre Tévanian, sur le site Les mots sont importants (site de gauche au début des années 2000, complètement sombré depuis dans le communautarisme, de préférence islamophile) à http://lmsi.net/spip.php?article657

Vous aurez peut-être le même dégoût que moi en constatant tous les raccourcis, amalgames, bouchages de nez (c’est-à-dire les citations qu’il fait sans plus de commentaires, comme s’il était évident pour tout le monde que lesdites citations étaient racistes, alors que ce n’est pas forcément le cas) qu’accumule l’auteur. Le cas qui m’intéresse le plus est celui de Sylvie Noachovitch. Candidate UMP aux législatives de 2007, cette dame aurait lâché, en milieu « semi-privé » comme le reconnaît Tévanian lui-même (divulguer des propos privés ne le gêne donc pas), cette phrase :

« Moi, mon mari peut dormir tranquille : dans ma circonscription, il n’y a que des Noirs et des Arabes, et l’idée de coucher avec l’un d’entre eux me répugne ! ».

Mon Dieu, la phrase raciste que voilà ! Et Tévanian de se scandaliser que Noachovitch n’ait pas été contrainte à des excuses publiques. Sauf qu’elle n’a en réalité rien dit de raciste. Prévenons au passage les naïfs qu’elle n’a nullement dit, contrairement à ce que croit Tévanian, que « les arabes sont répugnants », mais que « coucher avec eux la répugne », ce qui n’a rien à voir et reconnaît la subjectivité de cette assertion. Mais même après cela, il y aura des « antiracistes » pour lui reprocher d’exclure des hommes en fonction de leur peau.

 Le racisme est une inégalité de droit, c’est-à-dire qu’on vous prive d’un droit qui devrait revenir à toute personne, en raison de critères de naissance. Par exemple, vouloir priver les noirs ou les arabes du droit de vote, c’est du racisme. Comme je l’écrivais dans un article précédent, le programme de préférence nationale du FN est raciste, parce qu’il réduit les droits des étrangers (or, on est souvent étranger de par sa naissance même, et on peut être étranger et né en France !), tout en restreignant l’accès à la nationalité française (donc l’inégalité n’est pas soluble par l’intégration civique). Le racisme, c’est donc la privation de droits. Or, que je sache, coucher avec Sylvie Noachovitch n’est pas un droit inscrit dans la constitution. Que celle-ci refuse ses faveurs à telle catégorie d’hommes, fut-ce sur les critères les plus arbitraires et généralisants qui soient, c’est son problème, et sa liberté de femme. Qu’elle l’ait exprimé (et pas en public, ceci dit) de façon assez inélégante est une autre chose, très triviale au demeurant.

Ce n’est pas la première fois cependant que j’entends ou lis ce genre d’amalgames, du genre : « Tu refuses de sortir avec une femme d’une autre couleur de peau que la tienne ? Tu n’a pas d’amis noirs ? Tu es raciste ! », mélangeant complètement les domaines de la préférence personnelle, n’engageant que sa vie privée, et la question de l’égalité des droits. On peut parfaitement être actif dans la lutte contre les discriminations légales contre les étrangers ou les minorités ethniques, « typées », ou, osons le terme, « raciales » (1), et faire le choix, à titre personnel, de n’avoir que des blancs blonds (et aux yeux bleus, pendant qu’on y est) dans son entourage personnel. Et à l’inverse, on peut avoir un entourage bigarré et être raciste ; je me souviens de cette réplique mémorable de Le Pen, répondant à des interrogateurs de France2, qui lui demandaient s’il était raciste, en 2004, que cela ne pouvait être vrai, puisqu’il avait eu des domestiques noirs pendant vingt ans !

Pour en rester à Le Pen, justement, ce travers de l’amalgame entre choix personnels et questions de droits ne peut que servir son raisonnement raciste. Rappelons que pour Le Pen, la préférence nationale se justifie car « je préfère ma fille à ma nièce, ma femme aux autres femmes… donc préférons les français aux étrangers ». Sauf que le raisonnement n’a aucune valeur. Que je préfère ma femme aux autres femmes est une question de goût personnel, mais que je ne traduis nullement en accordant des baisses d’impôts à ma femme ou en décrétant que son bulletin de vote comptera plus que celui des autres femmes. Confondre une préférence personnelle et une discrimination de droit n’a donc aucun sens, et les prétendus antiracistes qui font cette confusion et condamnent la femme blanche qui refuse de coucher avec des noirs jouent en fait sur le terrain de Le Pen, sauf qu’eux partent sur la pente opposée du faux dilemme posé par le leader du FN, et, puisqu’ils sont antiracistes, concluent que le métissage est une obligation.

Finissons sur ce point en constatant que, dans cette logique « antiraciste » foireuse, Tévanian, grand libertaire « de gauche », se retrouve au final à fliquer les préférences sexuelles d’une femme (bourgeoise de droite certes, mais une femme avant tout)… L’émancipation des opprimé-e-s n’est pas gagnée.

Groupes humains séparables

Il s’agit ici de préciser que le sexisme n’est pas assimilable au racisme. Et ce pour la simple raison que les noirs peuvent être séparés des blancs et se perpétuer séparément, mais qu’à l’inverse les hommes et les femmes ne peuvent être séparés durablement.

Différences fixées par la naissance

             Allons droit au but : il s’agit de préciser que l’islamophobie, entre autres, n’est pas un racisme. Personne sur Terre ne naît musulman. L’Islam n’est pas génétique. On peut parler de racisme lorsque l’on se fait priver de droits en raison de son lieu de naissance, de l’identité de ses parents, de sa couleur de peau ou des formes du visage. On peut éventuellement parler de racisme culturel lorsque le critère de discrimination porte sur la culture dans laquelle vous avez été éduqué dans votre enfance, culture que vous n’avez forcément pas choisie. Mais, gros point de détail : l’Islam n’est pas une culture. C’est une idéologie, à la fois religieuse et politique. Comme toute idéologie religieuse, elle a pour but principal de régenter la vie complète des fidèles, et donc de façonner leur culture parfois dans les moindres détails (2). Mais l’idéologie transformatrice n’est pas la culture, de la même manière que la sculpture n’est pas le sculpteur. On peut continuer à faire une fête le jour de l’Aid-el-Kébir, ne pas boire d’alcool, ne pas manger de porc, et être athée : on peut avoir été sculpté et avoir rejeté finalement le sculpteur. L’Islam n’est pas seulement une idéologie religieuse, mais aussi politique. Et, transmis à ceux qui rabâchent que le voile/la burqa/l’intégrisme ne sont que des « manipulations politiques  de la religion», dans la religion musulmane, il n’y a pas, fondamentalement, de distinction entre le religieux et le politique : la réalisation de la communauté des croyants (oumma), régie par une loi d’origine divine, est un but religieux et politique (et militaire, historiquement) et pendant les premières décennies et même siècles de l’histoire islamique, il n’y avait pas de différence entre les dirigeants politiques et religieux (s’incarnant tous deux dans le calife).

             Ce que je dis s’applique bien sûr aussi pour le christianisme (même si, dans l’histoire de ce dernier, la distinction entre les responsables religieux et les pouvoirs politiques a toujours existé, même si elle est devenu confuse avec l’apparition des états papaux), le judaïsme, le bouddhisme, ou encore le communisme et le capitalisme. Dans aucun cas ces idéologies, si prégnantes soient-elles sur la vie de la société, ne peuvent être confondues avec une culture. Et le fait de revendiquer cette idéologie par certains signes (par exemple, le voile) expose tout à fait au droit fondamental de tout citoyen d’une démocratie, à savoir le droit à la critique de l’idéologie des autres. Et donc je ne vois absolument pas en quoi je devrais m’émouvoir de « l’hostilité environnante » affectant les femmes qui se voilent consciemment, pas plus que je ne m’étonnerais des réactions anticommunistes (qui, à défaut d’être justes, seraient prévisibles), si je prenais le RER affublé d’un uniforme de l’Armée Rouge. Je ne m’émouvrais même pas d’une discrimination à l’embauche pour une femme qui a décidé de se présenter voilée, puisque je ne me suis jamais pointé à un entretien en arborant un t-shirt flanqué du marteau-faucille.

             La critique de l’idéologie n’est bien entendu pas l’exclusion des personnes, encore moins leur agression : mais le simple fait de devoir, par prudence, rappeler une telle banalité est consternant.

Conclusion : peut-on contrôler l’immigration sans être raciste ?

             Le fait d’avoir défini le racisme comme une exclusion basée sur la naissance crée une contradiction avec la définition de la nation et de ses impératifs de survie que j’ai énoncés plus haut. Je m’explique : j’ai défini la nation comme un groupe ayant un modèle culturel hégémonique. En France, ce modèle peut se définir comme celui d’une culture latine, fortement influencée par le christianisme (sans inclure l’obligation de la foi chrétienne elle-même, bien sûr), et surtout par la langue française. Une remise en cause de cette majorité culturelle, par exemple par l’immigration (et ce serait même la principale source de cette remise en cause) remet en cause la nation. Non pas que la nation ne puisse pas intégrer des minorités diverses, mais à condition de pouvoir convertir l’essentiel d’entre elles et garder sa majorité culturelle. Une nation qui serait totalement incapable de communiquer sa culture est une nation condamnée, et ce n’est heureusement pas le cas de la France. Mais une immigration massive, plus rapide que la capacité d’intégration culturelle, peut remettre en cause cette majorité nationale. Et ce changement de majorité remet en question l’existence même de la nation (l’éventuelle « fin de la France » que j’ai évoqué au début de l’article), soit parce que la nation serait remplacée par une autre, soit parce qu'elle serait rattachée à une autre. Et l’ancienne majorité nationale se retrouverait minoritaire, sans l’avoir voulue ; elle n’accepterait donc pas forcément la nouvelle nation, et pourrait être opprimée avec elle, alors qu’actuellement, les minorités nationales de France (par exemple les Antilles ou la Bretagne) ont accepté leur intégration à la nation française.

Cela crée une contradiction avec le droit fondamental de tout être humain de quitter son pays pour aller vivre dans un autre. Oui, c’est un droit, il est dans la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, et il est juste : au nom de quoi ai-je le droit de refuser à celui, qui serait aussi intelligent et travailleur que moi, et même plus, mais né dans un pays pauvre, de venir dans un pays plus accueillant pour y développer ses capacités ? Lui refuser ce droit, c’est lui intimer l’ordre de continuer à subir la pauvreté ou l’oppression du fait qu’il soit né au mauvais endroit. Alors qu’on acceptera la solidarité avec ceux qui sont nés dans l’aire nationale, on la refuse à ceux qui sont nés en dehors (retour à la notion de racisme vue plus haut). On peut bien sûr répondre que c’est à chaque nation d’assurer les droits fondamentaux de ses ressortissants. Mais quand le niveau de développement matériel ou la nature du régime politique y contrevient, que faire sinon migrer ? Ce droit à la migration a été déjà évoqué dans un autre de mes articles, intitulé « A propos de l’immigration ».

On se retrouve donc avec deux principes à gérer : le devoir (oui, devoir) de laisser celui qui est né au mauvais endroit migrer s’il le souhaite ; 2) la nécessité de conserver la puissance nationale, garante de la protection du citoyen, en conservant une majorité culturelle.

Ce dilemme interdit de concevoir les questions d’immigration et d’intégration sous le seul angle de l’immigré opprimé face à l’Etat et la société racistes et xénophobes.

(1)   Contrairement à l’opinion très couramment admise, je n’ai aucune certitude pour penser que les races n’existent pas au sein de l’humanité, races au sens de groupes d’individus d’une même espèce partageant des caractères génétiques, mais qui peuvent parfaitement se reproduire avec des individus de la même espèce mais d’une autre race. Si on peut parler de races parmi les chats, on peut peut-être le faire avec les humains, sachant que reconnaître des races ne signifie pas plus être raciste que reconnaître les différences entre les deux sexes ne signifie être sexiste.

L’idée selon laquelle la science génétique aurait banni l’idée de race chez les humains s’appuie souvent sur des arguments d’une partie des généticiens, au premier rang desquels Albert Jacquard, et notamment l’argument suivant : « vous trouverez plus de différences génétiques entre deux maliens ou entre deux français pris au hasard qu’entre un français et un malien pris au hasard ». Le Club de l’Horloge (club d’extrême-droite, mais pas forcément idiot pour autant) a répondu que sur le même principe, on déniait les différences entre l’homme et la femme, ou entre l’homme et le chimpanzé (plus de différences entre deux hommes ou deux singes qu’entre un homme et un singe, puisque ce sont une minorité de nos gènes qui font de nous des hommes ou des femmes, des humains ou des chimpanzés).

(2)   Je me rappelle d’une discussion avec un ami musulman qui m’expliquait que l’Islam est une religion qui autorise une grande liberté, et disait notamment que chacun était libre de gérer son ramadan comme cela lui convenait, et qu’il existait (heureusement) de nombreuses exceptions, pour les femmes enceintes, les enfants, les travailleurs de force…mais une règle quand même : il faut faire le ramadan.

 

Repost 0
Published by DiadoreCronos - dans Nation
commenter cet article
4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 23:48

Laibach, Germania, Volk, 2006

S'il est un pays où la question de l'identité nationale est difficile, c'est bien celui-là...

Identité

         Les marxistes et le nationalisme

 

L’état étant l’instrument de la classe dominante (et malheureusement réduit à cela chez les marxistes), son aspect culturel, la nation, qui tend à correspondre à un ou plusieurs états, encourt aussi le risque de servir également la classe dominante. Ainsi, certains marxistes considèrent que toute revendication de souveraineté nationale est bourgeoise (cas de Rosa Luxembourg). Pour Lénine, puisque le capitalisme moderne tend à se regrouper en grands impérialismes, les luttes nationales de minorités opprimées ou colonisées (comme la Finlande ou la Pologne dans l’empire tsariste) peuvent être progressistes, en minant l’impérialisme. Les militants marxistes doivent alors soutenir les revendications nationales des minorités, et, s’ils sont eux-mêmes issus d’une nation impérialiste (la Russie, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France…), ils ne doivent surtout pas soutenir leur impérialisme national.

 
               C’est ainsi que prend naissance la théorie selon laquelle il y a des nations opprimées dont le nationalisme est positif, progressiste, révolutionnaire et des nations impérialistes où le nationalisme et réactionnaire. Ainsi, il est positif d’être un nationaliste kurde, algérien, basque, mais un nationaliste français est un fasciste. Théorie passablement idiote et insupportable au passage.

 

              Marx lui-même, à la suite de sa fameuse phrase sur les prolétaires qui « n’ont pas de patrie », rappelait qu’en prenant le pouvoir, le prolétariat restait encore national, que la nation où triomphait la Révolution n’en restait pas moins une nation, avec un devoir de puissance à faire respecter.

           
            En vertu de ce que j’ai écrit sur la nation, je considère qu’une nation socialiste ne doit en aucun cas chercher à s’affaiblir en encourageant le séparatisme. Si une minorité souhaite absolument prendre son indépendance, il serait antidémocratique de s’y opposer durablement, même si l’on peut tenter de convaincre ladite minorité que son projet n’est pas nécessairement pertinent. Mais les militants communistes français, par exemple, n’ont aucune obligation de prendre parti pour les causes bretonne, basque, corse, ou de soutenir l’indépendantisme des départements d’outre-mer. A la fois parce que cela émietterait la puissance de la révolution en France, et parce qu’il n’est pas dans l’intérêt des habitants de ces régions de se retrouver citoyens d’états-nains (au mieux, la Bretagne intégrant la Loire-Atlantique aurait 4 millions d’âmes). Les militants communistes qui soutiennent ces séparatismes s’imaginent qu’une France socialiste et une Bretagne, Corse ou Guadeloupe socialistes continueraient de marcher main dans la main pour la révolution mondiale. Comme si des désaccords entre états socialistes ou prétendus tels n’étaient pas possible. L’URSS (qui avait formé Tito), a rapidement compris, avec le « schisme » yougoslave de 1948, que même en nommant ses protégés à la tête de « pays frères », elle n’en risquait pas moins la perte de son bloc, et ne desserra jamais la vis de l’occupation militaire de l’Europe de l’Est. Ce risque de division entre pays socialistes démocratiques serait encore beaucoup plus fort.

Différents types de nationalismes           

 

Nationalisme « astérixien »   

 

C’est ainsi que je nomme un nationalisme qui se soucie peu de la puissance nationale, et vit sur un héritage supposé éternel, en rejetant tout ce qui le contrarie dans le fourre-tout de « l’étranger ». Le dernier cas où je l’ai constaté fut la départementalisation de l’île de Mayotte. Que les gauchistes communautaristes aient pesté contre la possession « illégale » de Mayotte par la France, arguant que l’île est de droit comorienne (en oubliant que la « nation » comorienne n’existait pas en tant que telle avant la colonisation, et est donc une création de la France), ça me surprenait peu. Qu’ils aient utilisé l’argument des clandestins comoriens qui périssent en tentant de rejoindre Mayotte, à cause des décrets Balladur restreignant la liberté de circulation, c’était prévisible, même si ce sujet est différent de la souveraineté française sur Mayotte. Ce qui m’a plus surpris, c’est que certains nationalistes français rejettent cette intégration, au motif que Mayotte n’est pas culturellement française (comme vu plus haut, une minorité culturellement différente peut très bien intégrer la Nation, tant qu’elle est minoritaire – et les 100.000 mahorais, de culture comorienne-malgache et musulmane, menacent peu de nous submerger), mais aussi parce que ce vote pour la départementalisation ne serait motivé que par l’argent des allocations. Et qu’il amènerait la France à supporter de nouvelles prestations aux familles polygames, et à plus de chômeurs. Je suis un peu navré de voir le peu d’estime que certains ont pour la capacité de la France à faire d’un territoire pauvre un territoire moins pauvre voire riche, ou à répandre les idées d’égalité entre les genres, ou la laïcité. La France n’est plus considérée comme une puissance, économique, culturelle ou idéologique, elle n’est qu’un (très riche) « héritage » qu’il s’agit de conserver. Les mahorais, largement étrangers à cet héritage, et pesant financièrement sur la France, n’auraient pas vocation à y entrer. Pardonnez ma référence, mais cette vision de la France me fait penser au village d’Astérix : petit, autosatisfait, sans désir de puissance (à aucun moment de la série, les héros du village ne songent à organiser la libération de la Gaule), et de toute façon protégé par sa potion magique, qui dans notre cas se traduit par la grandiose, l’immense, l’inaltérable culture française, au point de faire oublier à certains que la France est tout sauf immortelle.


Nationalisme de la « patrie-des-droits-de-l’homme »  

             

La dérive inverse est justement celle qui consiste à surestimer la puissance culturelle et idéologique (puisqu’on ne peut plus sérieusement compter sur la puissance économique, démographique et militaire) de la France. Et de lui confier un rôle de « patrie des droits de l’Homme », patrie de la Culture et des Arts… Comme toute prétention délirante, ces prétentions dispensent la France (c’est-à-dire son gouvernement, mais aussi ses patriotes) de rendre des comptes devant la réalité : peu importe que nous ayons rarement contribué matériellement à la libération d’autres nations (les derniers exemples où la France a joué un rôle décisif furent les campagnes dans les Balkans pendant la Première Guerre Mondiale), peu importe que notre action pour l’émancipation des masses soit pour le moins contestable (surtout en Afrique noire…), nous avons de toute façon un brevet éternel de liberté, de démocratie, d’égalité, de savoir, de tolérance, et tout ce qui peut continuer à dorer l’image  - artificielle et souvent méprisée – que nous renvoyons au monde.


Nationalisme « pratique »

 

La France n’est qu’une nation parmi d’autres, sans plus ni moins de qualités morales, mais avec les mêmes obligations vis-à-vis de sa population, en premier lieu celle de tenir une puissance. Mais pas en l’abdiquant au profit d’un conglomérat constitué à la hâte (l’Union Européenne, passée de 9 à 27 membres au cours des 28 dernières années, ce qui est très court) et lui-même bâti au service d’une autre puissance (les USA). Mais plutôt, vu sa taille, en constituant un réseau cohérent avec un nombre limité de puissances partageant les mêmes difficultés que la France : par exemple nos voisins italiens et allemands en particulier, qui ont en commun avec nous leur taille moyenne, le fait d’avoir une langue solidement ancrée dans un morceau d’Europe mais peu ailleurs (le français, en dehors de ses petits bastions américains du Québec ou des Caraïbes, a une base précaire en Afrique, voire très précaire dans certains pays comme Madagascar), ou encore une faible autonomie dans la scène économique mondiale (alors qu’une alliance franco-germano-italienne serait une puissance majeure, maîtrisant le continent européen).

 

Repost 0
Published by DiadoreCronos - dans Nation
commenter cet article