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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

     www.pourlecommunisme.com est un site qui s'attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l'idéal communiste, faillite économique, etc...). Il ne fait la promotion d'aucun régime existant ou ayant existé par le passé, s'efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l'avenir.

     Vous êtes anticommuniste et voulez débarasser le monde d'un jeune fou qui, selon vous, risque de faucher à nouveau des millions de vies?

Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis?

Vous voulez simplement parler du communisme?

Alors ce blog est pour vous.

 

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 21:20

 

 

            Les évènements des mois de mars et avril en Libye et en Côte d’Ivoire ont fait beaucoup réagir les camarades. Sur ce blog, étant passé à un rythme de publication très modéré, je suis plus distant. Mes positions concernant la Libye sont assez proches de cet article, et de celui-ci sur la Côte d’Ivoire. Ni le cas libyen, ni le cas ivoirien ne ressemblent à l’Irak de 2003, le Kosovo de 1999, l’Afghanistan de 2001…et ce serait bon que ceux qui ont des positions arrêtées au sujet des interventions militaires (les anti- principalement) s’en rappellent. J’ai lu sur certains sites des convictions exprimées avec beaucoup d’aplomb, proclamant qu’aucune intervention occidentale n’avait jamais été bénéfique pour aucun peuple : les auteurs de ces propos devraient aller expliquer aux sud-coréens qu’il aurait mieux valu pour eux qu’ils soient abandonnés à Kim-Il-Sung en 1950…Plus généralement, dans la gauche « radicale », ce sont les analyses de la réalité qui sont réduites à la racine, celle-ci étant faite de grands concepts : l’impérialisme, l’Occident, les pôples (pardon : peuples)…

 

            J’ai quelques aveux (au diable le « coming-out ») sur la notion d'impérialisme, et j'en ferai plus tard sur celle d'Occident...

 

Faut-il être anti-impérialiste ?

 

            Concernant l’impérialisme, je le dis tout de suite : je ne suis pas anti-impérialiste. Non pas parce que je trouverais sympathique et beau le fait d’envahir un pays, de tuer ses habitants, et de l’asperger copieusement de bombes. Non, c’est juste parce que l’anti-impérialisme ne correspond à rien, dans la réalité historique. Qu’est-ce que l’impérialisme ? La tendance d’un état à utiliser sa puissance pour imposer ses intérêts aux dépens des autres, en prenant ce qui ne lui appartient pas, sur d’autres sols que le sien, et en contraignant généralement les décisions des autres. Je demande juste : en quoi l’impérialisme est-il spécifiquement occidental ? En quoi est-il spécifiquement capitaliste ?

           

            Tous les états du monde sont impérialistes. Il y a ou a eu un impérialisme français, américain, britannique, chinois, soviétique, russe, turc… mais aussi burkinabé (pays dont le régime est intervenu dans les évènements ivoiriens et libériens), rwandais (au Congo), somalien (pour l’Ogaden), éthiopien (en Erythrée), algérien (au Sahara occidental), marocain (itou), libyen (au Tchad)… Même un pays tel que Cuba, dont une grande partie de la promotion politique est basée sur l’anti-impérialisme, y a trempé : que venaient faire des milliers de combattants cubains, partis d’une petite île pauvre des Caraïbes, dans les conflits angolais et mozambicain (bouh, l’ingérence !), au service de régimes fort peu démocratiques, au nom de prétextes humanitaro-politiques (combattre le régime sud-africain de l’apartheid…) ? A part sous-traiter l’impérialisme soviétique, qui ne pouvait lui-même intervenir directement en Afrique sans déclencher un conflit mondial, je ne vois pas. Je ne condamne nullement les cubains, et ces interventions pouvaient se comprendre, mais le discours anti-ingérence et anti-impérialiste, je le reçois avec un sourire en coin.

 

            Plus fondamentalement, tout état est impérialiste pour des raisons que j’ai déjà cité dans un autre article de ce blog. Et qui se résument simplement : des individus armés créent un état pour défendre quelque chose (des biens, des terres, la sécurité des routes et des échanges). Pour se défendre il faut être puissant. Pour être puissant il faut être grand, et être capable d’empêcher les concurrents potentiels de le devenir. Donc la meilleure défense, c’est l’attaque. Donc le fait que l’Histoire de l’humanité soit émaillée de guerre n’est qu’une conséquence logique de ces bases, qui me semblent peu contestables.

 

            Et plus précisément, je pense que la nature de classe d’un état ne change pas grand-chose à ce fait. Une démocratie peut pratiquer une guerre impériale (l’Indochine et l’Algérie pour la France), avec une contestation très partielle dans la société. Les peuples, même s’ils élisent leurs gouvernements, peuvent, par indolence ou par compréhension de leurs intérêts, soutenir ces guerres. Une démocratie qui serait dominée par les représentants de la classe ouvrière pourrait très bien se comporter de la même façon. Après tout, même si le capitalisme était aboli et la classe ouvrière aux commandes, il faut toujours sécuriser l’approvisionnement en pétrole et en matières premières. S’assurer que le voisin ne va pas devenir beaucoup plus puissant que vous. Qu’il ne va pas bloquer une de vos routes, pour vous racketter ou vous vassaliser ensuite. Je ne vois pas en quoi des gouvernements ouvriers mettraient fin à l’impérialisme. Et de ce fait, je l’avoue volontiers : je n’ai jamais cru que le communisme, même appliqué dans la conformité de ses principes, et donc démocratiquement, pourrait un jour supprimer guerres et impérialismes.

 

Pour avoir la paix : tous impérialistes !

           

            Pour autant, comme toute personne sensée, je n’en renonce pas au désir de paix dans le monde, du respect des souverainetés nationales, de la démocratie généralisée…Comment espérer au moins avoir la paix ? C’est simple, en utilisant la méthode la plus efficace : l’équilibre de la terreur. Abandonner l’utopie « anti-impérialiste » n’est donc nullement contradictoire avec la recherche de paix, car la solution pour y parvenir est non pas que les grandes puissances se désarment et renoncent à étendre leur domination, mais que les faibles s’arment et deviennent puissants. Lincoln disait qu’on ne peut renforcer le faible en affaiblissant le fort. Dans le cas de la France, l’affaiblir serait facile, détruire l’influence vacillante qu’elle a encore sur plusieurs pays africains pourrait prendre peu de temps, si un gouvernement français « anti-impérialiste » s’y mettait, ou que d’autres états nous y contraignaient. Mais cela ne ferait que faire passer l’Afrique dans l’orbite américaine ou chinoise. La seule véritable solution serait l’émergence d’une ou plusieurs puissances africaines (je ne vois pas forcément pourquoi il ne devrait y en avoir qu’une d’ailleurs ; l’Afrique n’est pas un continent plus monolithique que les autres, et ses différentes contrées n’ont sans doute pas les mêmes intérêts). Et la décennie des années 2000, où le continent noir a connu dans l’ensemble une forte poussée de croissance, laisse entendre que ce n’est pas chimérique, et que le sinistre monde occidental n’entrave pas cette progression.   

 

            Avant de faire un deuxième article sur l’Occident, je tiens juste à rappeler qu’aucun pays ne s’est sorti de la misère en rompant toute relation avec ledit « monde occidental ». Les discours enflammés contre l’impérialisme et le néocolonialisme n’ont jamais nourri personne, et étaient souvent le fait de gens qui étaient eux-mêmes des despotes. L’Asie orientale a montré la voie : discrètement, puis de plus en plus vite, elle a acquis un potentiel industriel qui fait que les anciennes puissances coloniales – et le Japon – ne peuvent plus traiter des pays comme la Corée du Sud, et demain bien plus de nations sud-asiatiques, pour quantité négligeables. Créer de la puissance pour répondre à la puissance, c’est la voie la plus efficace pour échapper à la domination, aux conflits et à la pauvreté.

 

            Oublions l’anti-impérialisme, oui au pan-impérialisme !

 

 

PARTIE ANNEXE (25 avril 2011) : L’Europe est-elle plus atteinte de la maladie impérialiste que les autres continents ?

 

            Faisons un détour vers l’impérialisme européen, puisque c’est pratiquement le seul que dénonce la gauche radicale, tant dans l’actualité que pour les siècles précédents. Dans le cas de la colonisation (occidentale, à partir du 16ème siècle), la question n’est pas de savoir au nom de quelles idéologies les européens se seraient arrogé le droit de partir à la conquête du reste du monde (question que nombre d’anticolonialistes posent peu lorsqu’il s’agit des conquérants arabes ou mongols). Les explications du colonialisme français, au 19ème siècle, comme résultant des « idées des Lumières », la gauche française voulant « apporter les lumières aux races inférieures », me paraissent, au fond, vaines ou déplacées. Les idéologies colonialistes sont apparues après le colonialisme lui-même. Ces idéologies furent avant tout des enrobages du produit, pour le vendre aux populations métropolitaines au fur et à mesure que celles-ci deviennent des démocraties. Il est également absurde d’aborder la question coloniale en cherchant à savoir pourquoi « l’Europe », ou « l’homme blanc », pris comme un seul bloc, auraient décidé de conquérir le reste du monde.

 

            La colonisation européenne est le produit de la concurrence entre les états. Portugal, Espagne, Angleterre, France et Pays-Bas s’y sont mis dans les deux siècles qui ont suivi les voyages de Christophe Colomb. Des cités italiennes, des royaumes scandinaves, et même la Pologne-Lituanie ont brièvement tenté leur chance. Que ces conquêtes aient été profitables est très sujet à discussion sur le long terme. Les métaux précieux des Amériques ont surtout amené l’inflation à l’Espagne, et n’ont nullement empêché son déclin. La perte de ses colonies n’a jamais plongé un état européen dans le déclin (dans le cas espagnol, le déclin du 17ème siècle s’est amorcé alors que l’empire était plus grand que jamais), et des pays sans colonies significatives (la Suisse, la Suède, le Danemark) sont devenus très riches au cours de la Révolution Industrielle.

 

Donc l’explication de la colonisation par son gain (le mythe de «l’Europe enrichie par le pillage du reste du monde ») est très incertaine. Ce qui l’est moins, c’est l’appétit du gain que l’aventure coloniale représentait. Si les européens colonisaient, ce n’était pas parce qu’ils y gagnaient, mais pensaient gagner sur le long terme. Une colonie est un investissement qui peut n’être rentable que sur des décennies. Mais si un territoire à prendre recèle potentiellement des ressources insoupçonnées et vitales, le laisserez-vous passer entre les mains du concurrent, parce que vous n’êtes pas sûr ? Laisserez-vous le voisin contrôler un détroit stratégique ? Mettre la main sur des régions populeuses, où il pourra taxer le travail et surtout recruter des troupes indigènes ?

 

La colonisation européenne n’est ni une « erreur » sur le plan tactique, ni la preuve d’une tare morale et culturelle des européens. Qu’on puisse la déplorer sur le plan moral est une chose, mais dans la politique réelle (realpolitik pour ceux qui ont oublié leur langue), elle était inévitable. D’autres continents n’ont pas vu émerger la même dynamique, faute de développement suffisant des techniques, des états, ou de la concurrence entre eux. C’est ce dernier point, et non l’insuffisance technologique, qui a enfoncé la Chine dans la stagnation. Quand l’Europe découvre pour de bon les Amériques, la Chine, sous l’empire issu de Kubilaï Khan, n’a pas de concurrent sérieux. A part les dynasties chinoises entre elles : Ming, Qing, ou entre chinois et mandchous, mais à l’intérieur du même empire. Le voisin japonais se ferme sur lui-même au 17ème siècle. L’Indochine et l’Inde sont très divisées (le sultanat moghol périssant sous les coups marathes et britanniques au 18ème siècle). Lorsque les européens arrivent aux abords de l’Empire du Milieu, celui-ci s’aperçoit que son sommeil a trop duré.

 

La suite dans l'article sur l'Occident.

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 20:23

        Leszek Kolakowski, né en 1927 en Pologne et mort en 2009 en Angleterre, était un marxiste émérite, membre du Parti Ouvrier Unifié Polonais, ayant quitté le bloc de l'Est dans les années 1960, et ayant passé le reste de sa vie à dénoncer les totalitarismes, dont bien sûr celui du bloc soviétique. Fin connaisseur du marxisme, il était persuadé que le totalitarisme stalinien n'en était que l'application la plus logique. Il a écrit notamment trois tomes d'une Histoire du Marxisme, et une version résumé dans Le village introuvables, où figure le texte  "Les racines marxistes du stalinisme", texte que vous pouvez lire sur Google Book.

 

http://books.google.fr/books?id=4K_SsfN4Vd8C&pg=PA47&lpg=PA47&dq=Les+racines+marxistes+du+stalinisme&source=bl&ots=xIgCsF8FU1&sig=VrcbNnVol2BAPi7SaDbJZtFdgPY&hl=fr&ei=H_aMTbbCL8G3hQeC3Nm7Dg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&sqi=2&ved=0CB4Q6AEwAQ#v=onepage&q=Les%20racines%20marxistes%20du%20stalinisme&f=true

 

        Pourquoi l'évoquer? Et ce alors que je ne me classe pas moi-même comme marxiste? Tout simplement parce que ces thèses vont dans le sens opposé de celles que je défends dans Pour le Communisme. Les anticommunistes et antimarxistes ont maintes fois tenté de démontrer que le totalitarisme est contenu dans les idées communistes et plus encore dans les idées marxistes. Même sans être marxiste, je m'oppose à cette tendance, car c'est le contexte historique de guerre civile et mondiale qui ont fait que la Révolution Bolchevique a débouché sur une dictature (et ne pouvati qu'aboutir à cela; je ne crois pas du tout en la thèse de l'accident ou de la dégénerescence). Non pas que le marxisme n'ait pas servi de religion officielle à l'URSS, et ait donc contribué à sa consolidation. Mais cette idéologie n'explique pas en soi la nature dictatoriale du régime.

 

         L'autre intérêt du texte de Kolakowski, c'est qu'il est plus construit et l'argumentation plus fine que dans la plupart des textes anticommunistes, qui prennent souvent comme simple argument la notion de "lutte des classes" ou de "dictature du prolétariat" pour conclure à la nature totalitaire du marxisme et du communisme.

 

        J'ai donc lu le texte de kolakowski sur Google, des pages 47 à 72.

        Au-delà de bons rappels sur le totalitarisme stalinien et dans un raisonnement plus construit que ceux de la plupart des anticommunistes, l’auteur présente les arguments suivants pour dire que 1) le stalinisme n’est pas fondamentalement contraire au marxisme, 2) le stalinisme est l’application la plus logique du marxisme.

 

        Les raisonnements sont :


- sur le marxisme et la vérité:


1° le marxisme prétend à la fois être la doctrine qui détient la vérité (qui y mène, plutôt, et sur ce point, Kolakowski commet un raccourci) et être la doctrine qui exprime les intérêts de la classe ouvrière.

 

2° la structure qui porte l’application politique du marxisme et la continuation de sa recherche idéologique, le Parti, a donc nécessairement raison et détient la vérité


Commentaire : Déjà, raccourci entre le fait que le marxisme donne une “position privilégiée” (expression que Kolakowski utilise pourtant lui-même au début de sa démonstration) pour détenir la vérité et qu’il la détient en permanence. Ce n’est pas parce qu’une personne semble plus apte à avoir raison que d’autres en raison de sa culture, de sa logique, et surtout de la plus grande pertinence des concepts et des idées qui l’animent, que pour autant cette personne a toujours raison.

 

3° Les idées dominantes étant celles de la classe dominante, donc la masse du peuple, sous le régime capitaliste, est forcément tentée d’avoir des idées bourgeoises, donc l’enseignement de la vérité ne peut que lui venir de l’extérieur, donc de l’avant-garde qu’est, concrètement, le Parti.


Commentaire : ce que Kolakowski dit sur le marxisme peut aussi se dire sur la démocratie. La plupart des peuples du monde n’ont pas inventé la démocratie, même si on peut considérer que l’aspiration au respect de l’être humain et à une relative liberté est commune à la plupart des humains. Mais la démocratie et la notion d’état de droit, reposant sur des notions complexes et longuement débattues, a forcément dû être enseignée au peuple, et l’accession à la démocratie fut loin d’être spontanée, universelle, et pacifique (la Révolution française en donne un exemple, mais surtout, la notion de démocratie se serait-t-elle répandue dans le monde sans le colonialisme occidental?). Donc, pour la démocratie comme pour le marxisme, il y aura toujours une avant-garde, organisée ou non en Parti, qui enseignera la Voie aux peuples, qui, dans les faits, n’y pensent pas tous seuls.

 

4° Donc forcément, quand le Parti prend le pouvoir, le Parti n’a nullement à être à l’écoute du peuple, puisqu’il détient la Vérité, et que de toute façon le marxisme est l’expression des intérêts du prolétariat.

 
      Même critique que plus haut : que le marxisme soit considéré par les marxistes comme la seule voie vers la Vérité ne signifie nullement que l’on doive penser que le Parti ne se trompera jamais, mais qu’il est le plus indiqué pour ne pas se tromper. C’est plus qu’une nuance : même la personne que l’on estime être la plus capable, la plus lucide, la plus cultivée, la plus pertinente pour réfléchir sur un domaine, a quand même besoin de la critique des autres. Même un Nobel de Médecine a besoin de la critique des autres médecins et scientifiques, tout en étant persuadé qu’il agit pour le bien de l’humanité et en ayant été reconnu comme le meilleur contributeur actuel à cette tâche.
L’auteur commet un autre raccourci en page 65 lorsqu’il passe du Parti à un chef unique, sans expliquer en quoi cette concentration du pouvoir sur un seul homme (Staline, seul interprète du marxisme) est marxisto-compatible. Son explication selon laquelle le pouvoir d’un homme incarnerait la plus haute expression de l’unité de la société (alors qu’elle ouvre à tous les conflits de succession) n’est qu’une interprétation personnelle.

 

5° De plus, puisque le peuple est amené à développer des idéologies bourgeoises, alors le Parti n’a surtout pas intérêt à lui demander son opinion et à en tenir compte.


      Là encore, reprenons la réponse du 3° : le fait que les peuples aient été habitués à (et aient été amenés à justifier) des régimes despotiques traditionnels (monarchie, empires, tribalisme, féodalisme, colonialisme…) et donc qu’il ait historiquement fallu leur enseigner la démocratie et le droit moderne ne signifie nullement que pour cela, il ait fallu ignorer tous commentaires et remarques venant des peuples apprenants, et encore moins toute participation (la dictature pour instaurer la démocratie, donc…).

 
      De plus, l’idéologie dominante étant celle de la classe dominante, le peuple développera donc des idées bourgeoises sous un régime bourgeois, mais sous le pouvoir du Parti communiste, abolissant l’économie capitaliste, les idées dominantes devraient devenir progressivement les idées socialistes – et donc la nécessité supposée du Parti d’ignorer l’avis du peuple s’estompe…

 

- Sur le marxisme et l’unité :


     Il y a de nombreuses façons dont on peut concevoir l’unité du genre humain appelée par Marx. D’abord la fin de la division en classes, par l’abolition du capitalisme. La fin de l’Etat, à la fois parce qu’il résulte, dans l’idéologie marxiste, de l’opposition de classes, et qu’il la perpétue en étant un instrument de l’exploitation de l’homme par l’homme. La fin des nations ou du moins des contradictions entre elles. On est libre de croire en la possibilité de ces abolitions (personnellement, bien que communiste, je ne crois qu’en l’abolition du capitalisme et donc de la propriété privée de l’essentiel des biens de production.

 
     Mais le plus efficace dans l’unification de l’humanité est encore l’unification des idées. Ce qui peut très bien se concevoir par la pédagogie et l’acceptation par une très grande majorité de la population d’un ensemble d’idées : matérialisme, socialisme, marxisme. Si l’on est marxiste et donc convaincu de la pertinence de ces notions et de leur démontrabilité, on ne peut penser – c’est même tout à fait contradictoire avec ses propres convictions – que l’on ne puisse répandre ces idées que par la force.


- Sur la notion de « dictature du prolétariat » :

 

     cette notion ne peut, n’en déplaise à l’auteur, être prise « à son sens immédiat », soit un pouvoir violent et despotique (implicitement vu comme celui d’une petite minorité ne représentant qu’elle-même). Le prolétariat est une classe sociale, majoritaire au sein de la population, majoritaire au sein d’un pays industrialisée, mais déjà bien supérieure aux effectifs du Parti bolchévik dans la Russie de 1917. La dictature du prolétariat ne peut être qu’une limitation de la démocratie à une classe sociale, à l’exclusion des autres. L’équivalent d’une démocratie censitaire mais à l’envers par rapport à ce que la France connaissait avant 1848. Y voir une justification du pouvoir d’une petite minorité est profondément illogique, et même en utilisant la notion d’avant-garde : avoir un avantage dans la connaissance de la vérité que procurerait la formation au marxisme ne signifie pas l’infaillibilité. Et pour qui connait les inépuisables dissenssions entre marxistes, le dogmatisme est bien une marque de fabrique, mais la croyance en l’infaillibilité d’une personne est loin d’être systématique – et assez antimarxiste en fin de compte, puisqu’elle réhabilité l’idée de « grands hommes » alors que ce sont les masses qui sont censées faire l’histoire.

 

      Mais finissons sur l’essentiel : les faits. S’il décrit le totalitarisme stalinien, Kolakowski n’en fait pas moins des oublis voire des inexactitudes sur des périodes cruciales qui expliquent bien mieux le despotisme de l’état bolchevik (non acquis initialement, car le bolchévisme est au contraire le seul gouvernement à organiser des élections constituantes générales, en 1917, parmi tous les gouvernements s’étant succédés au pouvoir depuis 1917). L’auteur oublie la motivation fondamentale du mouvement bolchevik : la fin de la guerre. Car bien avant de disserter sur les motivations de quelques marxistes émérites qui constituaient le cerveau du parti bolchevik, on ne saurait comprendre que le parti ait pu conquérir le pouvoir fin 1917 et survivre à la guerre civile des trois années suivantes sans comprendre les aspirations du combattant, militant bolchevik de base, ou même du russe qui compatissait avec les objectifs de ceux-ci. Le principal prétexte bolchevik pour prendre le pouvoir, c’est la fin de la guerre, des privations qu’elle entraine, et l’officialisation du partage des terres. Les bolcheviks perdent les élections de Décembre 1917, alors qu’ils n’ont pas réalisé la paix ni étendu la révolte aux autres nations belligérantes. La guerre civile survient trois mois seulement après Brest-Litovsk, soit avant que les mesures du « Communisme de guerre » aient pris effet (et les réquisitions ne faisaient que reprendre ce que faisaient les tsaristes en 1916, en moindre quantité), avant la première vague de Terreur en Septembre 1918 (la guerre civile est déjà entamée depuis plusieurs mois)… La guerre civile va coûter des millions de vies à la Russie, dont un million à l’Armée Rouge. Et le retour à la démocratie est ensuite impossible puisque du point de vue des bolcheviks, remettre en cause leur pouvoir par les urnes signifie prendre le risque (et même la certitude) de perdre, et donc non seulement de voir leurs efforts réduits à néant, mais aussi d’encourir la répression de leurs adversaires. Ensuite la nécessité de réindustrialiser un pays dévasté, sans quoi la défense de ce pays au cours d’une nouvelle guerre internationale sera impossible. Fascinés par l’expérience allemande de planification dans la WWI, les dirigeants bolcheviks ont vu là une nécessité d’une planification économique sans remise en cause possible.


       Ces quelques contraintes historiques, en partant des motivations basiques du mouvement bolchevik et de ses dirigeants, expliquent bien mieux l’existence du despotisme en URSS, et dans une certaine mesure le totalitarisme, qu’une exégèse de Marx et d’Engels. Non pas que je nie à la lecture de ces derniers tout intérêt pour comprendre l’URSS, mais ne se référer qu’aux Ecritures marxistes pour analyser l’histoire soviétique me semble aussi pertinent que d’essayer de comprendre 2000 ans de christianisme en ne lisant que la Bible.

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 22:35

Nous avons vu précédemment que si un niveau élevé de dépenses publiques n’est pas fatal, il doit rencontrer une limite. En France, les dépenses de la Sécurité Sociale atteignent environ 30% du PIB et 26% pour les dépenses de l’Etat et des collectivités territoriales. Dans la série d’articles que j’ai consacrée aux retraites au printemps dernier, je ne faisais pas mystère de l’augmentation à venir du coût des retraites, de 13% du PIB aujourd’hui à 16-17%, voire moins, en 2040. Quant à la santé, dont le financement public couvre 8% du PIB aujourd’hui, il faut également s’attendre à une progression de plusieurs points. On peut espérer une baisse du coût de l’indemnisation du chômage, mais le coût de la dépendance (si du moins elle n’est pas abandonnée au secteur privé) annulera sans doute cette économie.

                Fatalement, nous n’échapperons pas à des mesures endiguant cette progression des coûts sociaux. L’âge du départ en retraite ne restera pas où il en est (sauf explosion des naissances, ou révision à la baisse du taux de remplacement des salaires par les retraites), et une politique de prévention active en matière sanitaire devra permettre de stabiliser les dépenses de santé.

                Fixer des limites aux dépenses publiques sera inévitable. En soi, poser des bornes ne garantit rien (tout comme l’objectif national des dépenses d’assurance-maladie, l’ONDAM, censé donner un objectif de dépenses à ne pas franchir chaque année, n’est jamais respecté). Ce sont les politiques évoquées précédemment qui mèneront à ce que nous n’outrepassions pas ces limites. Limites de la dépense publique, que pour ma part je proposerai à 50% du PIB en tant que valeur recommandée, avec une marge de variation courante à 55%, et une limite absolue de 60% à partir de laquelle le gouvernement doit être contraint à la démission pour avoir bafoué les libertés individuelles. Ces 50% peuvent être partagées entre dépenses de protection sociales et d’administration. Etant donné que les premières vont certainement monter, on peut proposer une limite à 35% du PIB pour la protection sociale, et 15% pour les dépenses publiques d’Etat, les collectivités territoriales ayant une marge de quelques pourcent, tant qu’on ne dépasse pas les 55%.

                Cela suppose une rationalisation très forte des dépenses de l’Etat et des collectivités, devant passer de 26% du PIB à 20% ou moins. Cela suppose aussi un recentrage de l’Etat autour de mission principales :

-          La défense, la police, la justice (actuellement moins de 3% du PIB);

-          D’autres pouvoirs régaliens (fisc, personnel administratif des préfectures…) ;

-          L’Education et la Recherche (actuellement moins de 6%) ;

-          La construction d’infrastructures massives  (moins de 1%);

-          L’aide aux pays pauvres (dans mes articles sur la politique de l’immigration, je proposais de remplacer toute notre aide publique au développement par des contrats de non-migration à hauteur de 1% du PIB français) ;

-          Et le paiement des intérêts qui couvrent toujours 3% du PIB, peut-être moins si l'on rachetait, via la monétisation, une partie de la dette.

Toutes les interventions sur la santé, l’emploi (du moins en ce qui concerne l’indemnisation du chômage), l’aide sociale, les pensions de la fonction publique, devant être réimputées à la Sécurité Sociale.

On voit donc qu’une réduction à 15% des dépenses d’Etat n’est pas impossible, au lieu des 20% actuels. Un moyen d’y parvenir étant de réduire le poste des « remboursements et dégrèvements » qui se montait en 2010 à 93 Mds d’euros sur les plus de 400 milliards du budget de l’Etat (20% du PIB). Qu’est-ce donc que ce poste ? Et bien la somme des reversements que l’Etat fait à deux titres : d’abord le fonctionnement normal de l’impôt, par exemple le remboursement de la TVA aux entreprises, mais aussi les exonérations fiscales. Pour réduire ce poste, le mieux est l’arrêt des politiques de subventions aux entreprises via les exonérations, et aussi la simplification de l’impôt.

Une possibilité d’y parvenir étant le recours à l’impôt libre que j’avais déjà proposé en 2007 sur ce blog : puisque la somme versée est choisie, pas de remboursement d’impôt. Et l’impôt sur le revenu, représentant actuellement 4% du PIB, serait considérablement accru pour remplacer la CSG (en étant étendu à la même assiette que la CSG), et les cotisations sociales, pour devenir un super-impôt sur le revenu dans un système fiscal simplifié où ne subsisteraient que quelques impôts : la TVA/TIPP, l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les sociétés, un impôt local et un impôt sur le patrimoine.

Une autre idée déjà évoquée est de donner clairement au citoyen l’impression que l’argent qu’il paye est récupéré au moins en partie. Ce qui n’est pas le cas actuellement, lorsque les cotisations d’assurance-vieillesse et maladie restent entre les mains de la Sécurité Sociale jusqu’au versement sous forme de prestations sociales.

                Dans ma série sur les retraites, j’avais proposé que les cotisations d’assurance-vieillesse soient transformées en un droit sur une fraction du PIB d’une année future, droit qui pourrait faire l’objet de ventes et d’achats. Le paiement des cotisations de retraite correspondrait donc, sans qu’il s’agisse d’une rupture avec le système par répartition, à la constitution d’un patrimoine, dont la vente permettrait de récupérer une partie des cotisations versées.

                Pour les allocations familiales (environ 3% du PIB, à ne surtout pas diminuer), on a déjà un retour direct des impôts versés, du moins pour les familles ayant deux enfants.

                Pour la santé, il fait également partie de mes idées  - que je développerai dans de futurs articles – de remplacer le système de remboursement des soins par l’octroi d’un budget santé à tous les assurés sociaux.

                Le but final serait d’avoir d’un côté le système fiscal simplifié déjà évoqué plus haut, et de l’autre un système de redistribution unifié dans lequel le rôle de la Sécurité Sociale serait principalement de fournir à chaque ménage un « super-budget » intégrant : son patrimoine-retraite (sous forme de droits revendables sur le PIB futurs), le budget santé, le budget famille, et s’il y a lieu le budget invalidité-dépendance et le budget chômage ou revenu d’existence. Ainsi, chaque ménage pourrait directement faire la différence entre ce qu’il verse via le super-impôt sur le revenu (et les autres impôts directs) et ce qu’il reçoit via le super-budget (super, non ?). Bien évidemment, si vous êtes un ménage avec enfant, vous y gagnez plus qu’en étant célibataire. Selon les articles que j’avais consacré aux retraites, ce budget devrait également, sur le plan des retraites, corriger les inégalités qui pénalisent les professions à faible revenu et faible espérance de vie (les ouvriers), qui sont actuellement vouées à de faibles retraites en montant et en nombre d’années de pensions.

                Ainsi, on ne pourrait plus, benoîtement, dire que « l’Etat nous prend la moitié de ce qu’on gagne » : l’Etat vous prendrait les 15% du PIB qu’il conserverait pour ses missions principales listées plus haut, et la différence nette entre vos impôts directs et votre budget social global.

Réflexion finale : est-il normal de payer la moitié de ce que l’on gagne à la collectivité ?

Finissons quand même par une réflexion de principe sur ces dépenses publiques, qui, même largement redistribuées, n’en comptent pas moins pour la moitié du revenu national. Il est très courant d’entendre les libéraux, et plus encore les libertariens (ultralibéraux) se scandaliser que l’état se donne le droit de prendre « ce qui leur appartient » (leurs revenus, leur patrimoine) dans des proportions plus ou moins élevées selon le pays, alors qu’eux-mêmes n’en ont pas l’envie. Et alors ?

Personnellement, le fait de devoir verser la moitié de ce que je gagne à la société ne me heurte pas du tout, quand je sais que je ne ferais pas le dixième de ce que je fais si je ne vivais pas en société.

Les libéraux raisonnent toujours en opposant « leur argent » (comme s’ils ne le devaient qu’à eux-mêmes) et celui des autres. En oubliant que toute production est aujourd’hui un acte collectif. Et ce même quand vous travaillez apparemment seul. Prenez le major de Polytechnique et mettez-le sur une île déserte, il aura au mieux le niveau de vie d’un paysan du Moyen-Age. Prenez un professionnel exerçant en indépendant sans collaborateur, mettez-le également sur une île, sans formateur, fournisseur ni informateur, et il ne fait rien non plus.

Il ne s’agit pas d’accuser les libéraux d’ignorer le fait que nous sommes tous interdépendants, ce qui serait absurde. Mais toutes les dépendances que nous avons avec le reste de la société ne sont pas exprimables non plus par des échanges marchands.

Par exemple, je prends mon propre cas : je suis un cadre, relativement plus riche que la moyenne des français. Si j’étais né au XVème siècle, de par ma maladresse naturelle, j’aurais sans doute été un paysan plus pauvre que la moyenne des français de l’époque. Ma richesse, je ne la dois pas qu’à mon travail personnel, je la dois aussi largement d’être né à mon époque, dans cette société et dans ce pays. Je dois mon niveau de vie aux types qui ont découvert l’électricité, inventé les ordinateurs, leurs applications, aux pionniers de la médecine, aux inventeurs des transports…Que des gens qui ne touchent absolument rien de moi, et leurs héritiers non plus. Et je dois largement mes connaissances à un grand nombre d’échanges totalement gratuits (et d’ailleurs impossibles à tarifer) avec mes contemporains.

Bref, le simple fait de vivre dans cette société est un bien que je ne peux payer à aucun individu en particulier, selon aucun prix constructible sur un marché. Et qui contribue largement à mon niveau de vie, alors qu’avec les mêmes efforts personnels et la même intelligence, mais dans un autre environnement, j’aurais eu beaucoup moins (ou beaucoup plus, qui sait).

Le seul moyen que j’ai de payer ma dette envers cet être abstrait et à l’impact pourtant bien réel qu’est « la société », c’est de lui verser une partie de ce que je gagne. Et ce dans le seul but de pourvoir aux besoins basiques de chacun de ses membres – tout en laissant à chacun le soin de travailler personnellement pour accroître son confort personnel. Il est normal que je paie pour financer la survie de chaque individu vivant dans ce pays, pour m’assurer de sa santé, de sa subsistance en cas d’invalidité, de vieillesse ou pendant sa minorité, car chacun d’entre eux peut être envers moi un vecteur d’idées, de savoirs, de déclics qui peuvent faire grandement changer mon existence.

Au-delà de cela, on peut bien évidemment critiquer l’ampleur des prélèvements sociaux et surtout leur utilisation. Mais des gaspillages ne signifient pas nécessairement qu’il y a trop de dépenses (les gaspillages peuvent être reconvertis en dépenses utiles, que ce soit dans l’éducation, la recherche ou la sécurité nationale, des domaines où on n’a jamais théoriquement « trop »). Et que les dépenses collectives représentent la moitié des revenus de la société n'est pas choquant.

                     D’ailleurs, la consultation de ce blog est gratuite. Je ne saurais de toute façon pas comment vous la faire payer, d’une part parce que cela irait à l’encontre du but de ce blog, qui est d’être diffusé, et aussi parce que je ne sais pas comment estimer l’impact que j’ai sur vous.

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 16:03

 Après avoir vu le niveau actuel des dépenses publiques françaises, voyons si, à l'échelle d'autres pays

                Le cas suédois

                Comme le rappelle cet article de Contrepoints (http://www.contrepoints.org/2011/01/24/11943-l%E2%80%99evolution-economique-de-la-suede), la Suède fut longtemps le « phare des espérances » de la gauche sociale-démocrate en Europe et en Amérique du Nord. Pas des communistes bien sûr, puisqu’elle n’a jamais rompu avec la propriété privée (même si plus du quart des travailleurs y sont toujours employés par les administrations publiques). Mais les niveaux très élevés atteints par la dépense publique en Suède (au début des années 80, le déficit public dépassait les 10% du PIB, et, prélèvements obligatoires inclus, la barre des 60% du PIB transitant par le secteur public était allègrement dépassée). Une sorte de « troisième voie » était trouvée, et une sorte de « socialisation des revenus » à grande échelle était concrétisée. Et le tout dans un système qui restait démocratique, sans avoir nullement à rougir par rapport aux autres nations européennes. Comme je le note moi-même dans Pour le Communisme, la Suède a au moins réussi à donner la preuve qu’un haut niveau d’intervention d’étatique est compatible avec la démocratie, quand nombre de dictatures ont des taux de dépenses publiques beaucoup plus faibles (ce qui ne signifie pas que les dictatures du Tiers-Monde ne soient pas elles aussi lourdement interventionnistes, mais bien plus souvent par le biais de lois et règlements, ou de la corruption, que par celle d’une redistribution des revenus).

                L’article cité raconte le déclin suédois en l’espace de trente ans, depuis la hausse massive des dépenses publiques suscitées par le projet de faire de la Suède un « foyer pour le peuple » (Folkhemmet). Comparant la Suède et les USA, il apparaît que la croissance du revenu des deux pays fut très divergente après les années soixante, lorsque le taux de dépenses publiques suédois commença à dépasser nettement son équivalent américain. Et cela entraina un déclassement de la Suède, rattrapée par d’autres pays entrés dans l’OCDE (comme le Japon en 1964), et dépassée par les USA. Le graphique ci-dessous montre la « descente aux enfers » suédoise. Elle permet de suivre un petit historique des ruptures qu’a connu le pays. Alors que le niveau de revenu par habitant était de près de 20% supérieur à celui des pays qui allaient constituer l’OCDE (créé en 1961) pendant les années 1950 et jusqu’à 1964, la pression étatique créée par la sociale-démocratie aurait provoqué une chute gigantesque (périodes 1,2,3 sur le graphe), culminant avec la crise du début des années 1990 (dans la zone 3). Cette crise, imputable à un gonflement des dettes privées par un relâchement des contraintes de solvabilité bancaires en 1985, qui a d’abord généré une inflation montante avant une restriction de la création monétaire et donc une récession, a résulté en un « effet de ciseau » pour le gouvernement suédois : les dépenses publiques continuaient à progresser sur le rythme de la croissance des années antérieures, tandis que les recettes baissaient. Le même scénario que nous avons vu pour les pays européens depuis 2008.

  

http://img27.imageshack.us/i/descentesude.png/  

 

                L’état suédois, dont la dette représentait plus de 80% du PIB en 1993, et dont le déficit dépassait 10ù du PIB, s’est résolu à réduire ses dépenses, diminuer le nombre de fonctionnaires, privatiser des entreprises publiques (ce qui ne prouve pas en soi l’inefficacité de ces entreprises, mais que le gouvernement avait besoin de recettes de ventes d’actifs), et à accroître la pression sur elles en ouvrant à la concurrence nombre de secteurs économiques.

                L’auteur libertarien (ou plus précisément minarchiste, partisan de l’Etat minimal) de l’article cité y voit la preuve de la supériorité du libéralisme, la Suède reprenant des places dans le classement des nations de l’OCDE pour leur revenu par habitant. Elle est également, et nous le confirmerons par la suite, un des pays d’Europe ayant eu les meilleures croissances depuis 1995.

                L’auteur feint d’oublier quelques points :

-          La Suède, du temps de l’hyper-étatisme, n’a pas connu une chute uniforme de son revenu par tête relativement aux pays de l’OCDE. Sur le graphique précédent, après la pente forte des années 1964-1978 (période 1), on a une stagnation sur la période 1978-1987 (période 2). Ce rétablissement ne peut être imputé au laxisme bancaire de 1985;

-          Autre point, soigneusement passé sous silence : le niveau des dépenses publiques suédoises, s’il a effectivement baissé depuis les années 90 et surtout depuis le début tragique de cette décennie, n’en est pas moins resté très élevé : selon Eurostat, 58% du PIB en 1998, 54% en 2004, 51% en 2007. Autrement dit, le redressement suédois observé depuis 1994 (période 4 du graphique précédent) montre qu’une performance économique respectable (par rapport aux niveaux des autres pays riches) était possible malgré une moitié des revenus gérés par l’Etat. La Suède a fait aussi bien voire mieux que des pays moins étatistes qu’elle, si l’on mesure l’étatisme par cette part des revenus collectivisée.

Il peut exister des lourdeurs étatiques qui ne se traduisent ni par des prélèvements et des emprunts, par le biais de douanes, de licences pour exercer des activités, en complexité des réglementations … Un haut niveau de dépenses publiques peut s’accompagner d’une faible entrave à la concurrence et à la création d’entreprises. La Chine, pays fort peu libéral pour ce qui est de sa monnaie, des barrières à l’entrée du marché intérieur ou des droits de propriété, n’en a pas moins, comme tout bon pays émergent, qu’un niveau de dépenses publiques assez limité, même si croissant, autour de 20% de son PIB (12,8% en 1998 et 19,2% en 2006, selon le China Statistical Yearbook  de 2007).

                Les dépenses publiques et la croissance

                En dehors du cas suédois, voyons quel lien nous pouvons établir entre les dépenses publiques et la croissance économique dans le continent le plus socialisé qui soit, l’Europe. Nous aurions pu prendre les prélèvements obligatoires, mais les dépenses publiques amènent un regard plus complet. En effet, dans l’écart entre dépenses et prélèvements, il y a l’emprunt, qui n’est jamais sans effet nul : il annonce de futurs prélèvements, constitue une éviction de l’épargne qui aurait pu aller au secteur non-étatique si l’emprunt est fait auprès des résidents, et contribue à réduire la confiance en la monnaie nationale si l’emprunt est fait sur capitaux étrangers.

                               Cas de l’Europe

                Prenons les séries d’Eurostat pour la période 1998-2008 (on arrête avant 2009, la crise modifiant brutalement croissance et dépenses publiques). En comparant le niveau des dépenses et la croissance moyens de ces onze années, on obtient le graphique suivant, sur lequel une droite de tendance a été calculée (c’est-à-dire une droite calculée exprès pour que la somme des distances entre tous les points et cette droite soit la plus faible possible). Pour rester dans la comparaison des croissances, ce sont les variations des revenus par habitant (avec standardisation des niveaux de prix entre pays) relativement à la moyenne de l’UE qui sont retenus.

Un « coefficient de corrélation » (R²=…) a également été indiqué. Pour ceux qui n’ont jamais fait de statistique (la discipline, au singulier donc), c’est un indicateur basique mesurant l’adéquation de deux séries de valeurs (ici les niveaux de croissance et de dépense). Si le coefficient est proche de 1 ou -1, alors les valeurs des deux séries sont fortement corrélées : si on avait 1 dans notre cas, cela voudrait dire qu’un pays à fort niveau de dépenses publiques a forcément eu une basse croissance sur la période observée (car la pente de la tendance est ici négative). Si le coefficient est plus proche de zéro, alors la relation est beaucoup plus ténue, et la croissance est influencée par d’autres facteurs plus significatifs.

Période 1998-2008

http://img822.imageshack.us/i/compcroissancedpeurope.png/  

 

Lecture : plus un pays a fait progresser, entre 1998 et 2008, son PIB / habitant relativement à la moyenne de l’Union Européenne, plus le carré qui le représente est placé haut sur le graphique, et vers le bas s’il a régressé par rapport à la moyenne. Plus un pays a des dépenses publiques faibles (en % du PIB), plus il est situé à gauche du graphique, et inversement, vers la droite, si elles sont élevées.

On voit une pente du haut à gauche vers le bas à droite. Cela signifie globalement que les pays qui ont des dépenses publiques modérées ont mieux progressé en termes de PIB/habitant que ceux qui ont des dépenses publiques élevées.

                Le coefficient est à 0,28, ce qui n’est pas très élevé. Au dessus de la droite, se trouvent des pays qui ont eu plus de croissance que d’autres pays ayant le même niveau de dépenses publiques. S’il y avait une relation très forte entre les deux valeurs, et un coefficient proche de 1, les points devraient être tous alignés ou très proches de la droite, et on n’enregistrerait pas de déviances vers le haut ou le bas comme on le constate. Ainsi, l’Italie, la Hongrie et la Finlande sont toutes proches de 50% du PIB étatisé ; leurs performances de croissance n’en sont pas moins fort différentes, la Hongrie réduisant de 10% son écart relatif avec le revenu moyen de l’UE, la Finlande progressant un peu, l’Italie régressant nettement. La championne des dépenses publiques, la Suède, aujourd’hui dépassée par la France, était en stagnation relative : les suédois sont devenus plus riches, mais au même rythme que l’ensemble du continent européen sauf ex-URSS.

On pourra suggérer que, dans le graphe, les pays d’Europe centrale et orientale se classent parmi les fortes progressions relatives du revenu par tête. Cette dynamique peut se voir comme un effet de rattrapage : peut importe le niveau des dépenses publiques et des impôts, pour un investisseur occidental, ces pays ont présenté des avantages productifs tels qu’une main d’œuvre peu chère (même si les salaires ont nettement progressé dans cette région) et assez qualifiée (la Hongrie et la République Tchèque, pas spécialement libérales par leurs dépenses, illustrent ce cas). Si l’on refait le graphique en ne gardant que les pays de l’UE à 15, plus l’Islande, la Suisse et la Norvège, on obtient un nuage de points dont la répartition est encore moins cohérente. En traçant une droite de tendance, la pente est toujours négative, mais le coefficient de corrélation n’est plus que de 0,16. Ce qui indique que le niveau des dépenses publiques influe encore moins sur la performance économique globale si l’on ne prend en compte que des nations ayant eu des conditions comparables de développement depuis 1945 (excluant donc les pays du bloc de l’Est).

Passons maintenant à une vue relative pour ce qui est des dépenses publiques : remplaçons leur niveau moyen par leur variation au cours de la période 1998-2007 (ou plus précisément de la pente de variation). Je prends 2007 et non 2008 car la crise a largement fait déraper les dépenses publiques, et la prise en compte de cette dernière année modifie nettement la pente (ce qui est moins le cas avec la moyenne, comme dans les graphes précédents). Raisonner sur les pentes permet de répondre à l’objection qu’on pourrait nous faire sur le cas suédois : la Suède a eu une bonne performance de croissance depuis les années 90, mais cela serait dû au fait qu’elle ait baissé son niveau de dépenses, au contraire de la France par exemple. Regardons ce que la prise en compte des pentes change à notre constat :

Période 1998-2008

http://img201.imageshack.us/i/compcroissancevardpeuro.png/  

 

Source : Eurostat

 

                On peut voir :

-          Que la majorité des états ont réduit leurs dépenses publiques dans la décennie qui a suivi 1997 ;

-          Que le taux de corrélation avec la variation du revenu par habitant relativement à la moyenne de l’UE est très faible ;

-          Que parmi ceux qui ont baissé leurs dépenses (en bas à gauche, comme l’Autriche), certains n’en ont pas moins relativement régressé en revenu par tête ;

-          Qu’à l’inverse, des pays ont accru leurs dépenses tout en progressant dans les revenus, comme la Hongrie, la République Tchèque ou le Royaume-Uni.

-          Certains pays ont fortement régressé, mais pas forcément ceux qui avaient les plus fortes dépenses : l’Italie a plus regressé que la France, et bien plus que la Finlande, dont on a vu sur les tableaux précédents que ses dépenses publiques étaient plus élevées que celles de l’Italie.

Sur ce tableau, on ne voit pas apparaître l’Irlande. Elle se situe très haut verticalement, signe d’une très forte progression de ses revenus, et  a augmenté ses dépenses publiques, d’environ deux points entre le début des années  2000 et 2007. Si l’on avait prolongé la période jusqu’à 2008, l’Irlande aurait apparu comme un pays ayant fortement augmenté ses dépenses publiques. Ce qui aurait été tomber dans la même erreur d’analyse que celle mentionnée plus haut, avec le dérapage des dépenses publiques occasionné par la crise. Et ce dérapage a été particulièrement important pour l’île celte.

                Un autre article de Contrepoints.org s’attaque au cas de la crise irlandaise et son origine « ultralibérale » (http://www.contrepoints.org/2010/12/01/8198-irlande-crise-etatique ). L’Irlande a profité – à juste titre initialement – de sa forte croissance des années 2000 pour augmenter ses dépenses publiques en volume, dans un rythme proche de sa croissance, ce qui faisait que le taux de dépenses publiques dans le PIB augmentait peu (plus 2 points entre 1998 et 2007). D’où est venue sa crise ? Qu’en 2008, la croissance a décroché, et pas le rythme de croissance des dépenses publiques ; l’Irlande aurait pu décider soit une hausse de ses impôts (mal trouvé en temps de récession), soit un coup de frein et même une baisse de ses dépenses publiques. Notons que l’Irlande, en tant que petit pays, est fortement dépendante de ses échanges extérieurs : elle tire une grande partie de ses revenus des exportations, et consomme en grande partie des biens et services importés.Ce qui signifie que relancer la croissance ou même limiter la récession par « le soutien à la demande » et donc en maintenant ou accroissant les dépenses sans monter les impôts serait une ineptie totale. Mais le gouvernement irlandais a choisi de continuer à dépenser, et les déficits se sont accrus jusqu’à 2010. Le sauvetage des banques – au contraire de ce qu’a fait l’Islande- figure parmi les choix coupables. Egalement en cause dans cette affaire : l’euro, qui a permis à l’Irlande de s’endetter à coûts réduits, tandis qu’une monnaie nationale, qui aurait été plus rapidement attaquée, aurait contraint le pays à une rigueur plus précoce. L’analyse de Contrepoints qui voudrait que l’Irlande soit entrée en crise parce que la montée de ses dépenses l’aurait transformée en « petite Suède » ou « petite France » est cependant malhonnête. La comparaison avec la Suède, la Finlande ou la France serait valable si l’Irlande s’était doté d’un haut niveau de dépenses publiques sur le long terme, sur la base de politiques conscientes et planifiant cette progression. L’Irlande, elle, s’est retrouvé en situation de creusement à grande vitesse de l’écart entre recettes et dépenses (« ciseaux »), et en crise de la dette au bout de deux ans. Que l’on reproche à l’Irlande de ne pas avoir pris les mesures adéquates assez tôt est une chose, et d’avoir en plus de cela décidé de nouvelles largesses dans ses dépenses (notamment sur les salaires des fonctionnaires) juste avant que la récession ne la frappe, passe encore. Mais mettre la crise sur le dos d’un modèle « étatiste » qui n’existait pas trois ans plus tôt (le taux de dépenses publiques n’était que de  36% en 2007) est déplacé.

                               Cas des USA

                Les Etats-Unis sont apparemment l’exemple d’un pays à forte croissance et faibles dépenses publiques. C’est oublier un fait majeur : la population américaine croit nettement plus que celle de pratiquement tous les pays européens. Notamment si on compare les USA et la Suède. En calculant la croissance moyenne des différents pays de la Triade (Amérique du Nord – Europe – Extrême-Orient riche) de 1980 à 2008, on se rend compte que malgré ses déboires du tournant des années 80-90, la Suède a obtenu une performance finale proche de celle des USA, alors que ses dépenses publiques n’ont été inférieures à 54% du PIB que de 2005 à 2007. Quant aux Pays-Bas, ils ont fait mieux que les USA avec onze points de dépenses publiques en plus (46% contre 35%).

Année

Croissance du PIB par habitant 1980-2008

Suède

1,81%

France

1,52%

Belgique

1,70%

Italie

1,45%

Pays-Bas

1,94%

Allemagne (RFA puis réunifiée)

1,75%

Portugal

2,14%

Grèce

1,69%

Canada

1,60%

Royaume-Uni

2,17%

Espagne

2,22%

USA

1,90%

Japon

1,89%

Corée du Sud

5,60%

Source : Perspectives Monde, Université de Sherbrooke

   Intéressons-nous maintenant au cas des USA seuls, pour faire une comparaison historique. Malgré la période reaganienne (et en fait pendant celle-ci, principalement), les USA ont fait passer le poids des administrations publiques (locales – les comtés et villes -, d’états, fédérales) de 29% du PIB en 1962 à 37% en 2008 (et 43% en 2010).

Sources des graphes et du tableau suivants : http://www.usgovernmentspending.com, d’après le US Census Bureau pur les chiffres des dépenses publiques, le site « Perspectives Monde» de l’université de Sherbrooke pour les chiffres de croissance.

http://img718.imageshack.us/i/croissancepibhabdpusa.png/  

 

                Sur ces courbes, on voit :

-          Que depuis les années 1960 jusqu’au début des années 1990, les dépenses publiques US ont tendanciellement progressé, la seule présidence sous laquelle elles baissaient durablement étant démocrate (Clinton), avant de stagner sous Bush Junior et de remonter avec Obama ;

-          Qu’il semble que le taux de croissance par habitant décline, mais de façon assez irrégulière.

Voyons la solidité du lien entre croissance des dépenses publiques et niveau de la croissance par habitant, année par année. Le nuage de points suivant associe les deux variations (dépenses publiques et revenu par habitant), et montre que la corrélation est très faible : certaines années ont connu une forte progression des deux valeurs, d’autres années ont vu une régression des dépenses publiques et une croissance médiocre.

 

http://img824.imageshack.us/i/croissancevarpibhabvard.png/  

 

                On objectera que les conséquences de la croissance ou de la réduction des dépenses publiques doivent s’observer sur le long terme. Et bien observons le bilan par décennie :

Décennie

Croissance moyenne du PIB par habitant

Moyenne du taux de dépenses publiques

1960

2,36

28,86

1970

2,05

31,80

1980

2,07

35,03

1990

1,98

35,18

2000

1,27

35,45

               

Que constate-t-on ? D’abord que trois décennies ont des niveaux de croissance tout à fait comparables (1970-1980-1990) tout en ayant des niveaux de socialisation du revenu assez différents (du moins entre les années 70 et les deux décennies suivantes). La décennie 2000 est particulière : son bilan est fortement affecté par les années  2008-2009. Si on enlevait ces deux années, on aurait toujours une croissance plus faible (1,6% en moyenne), mais également des dépenses publiques plus faibles que sur les deux décennies précédentes (34,5% du PIB). Mais cela aurait peu de sens de faire ce retranchement, car la croissance des années 2000 a justement été dopée par l’émission monétaire massive de cette décennie, la même qui a engendré la récession à partir de 2008.

 

En conclusion, on peut noter, qu’en Europe comme aux USA, la thèse « plus de dépenses publiques = moins de croissance » souffre de nombreuses exceptions, aussi bien par comparaisons dans le temps que par comparaisons entre états. Il ne s’agit pas de dire que l’on peut voguer allègrement vers des niveaux de dépenses publiques à 60%, 70% ou plus sans que rien ne se passe. La Suède a fait l’expérience malheureuse de constater qu’il y avait un niveau à ne pas dépasser. Cependant, un niveau de dépenses compris entre 45 et 50%, voire un peu plus, n'est certainement pas fatal.

Prochain épisode: Comment réguler les dépenses publiques ? 

 

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 23:25

Les dépenses publiques

                Ces temps-ci, j’ai développé une fâcheuse tendance à lire de plus en plus les sites libéraux, libertariens et autres mangeurs d’enfants. Outre le blog Hashtable déjà mentionné dans les liens, le journal Contrepoints, qui se définit comme une base de contre-argumentaires face aux positions sociales-démocrates, socialistes, communistes, altermachins…Quel avantage j’y trouve ? Un niveau de connaissances plus élevé et des affirmations plus construites que ce qu’on peut lire sur la grande majorité des sites de gauche (cette insuffisance argumentative m’avait d’ailleurs poussé à créer www.pourlecommunisme et ce blog). Mais j’y trouve récemment un bon sujet d’article. Et un peu moins « déviant » que le précédent sur les armes à feu..com

                Ce mois-ci, parlons un peu du poids global de l’Etat dans l’économie. Vaste sujet, mais dont on abordera une seule dimension ici, la plus cruciale à mon sens : le niveau des dépenses publiques. J’avais déjà abordé ce sujet dans un des premiers articles du blog, en Novembre 2006 (4 ans déjà… ). Les données qui y étaient présentées, datant de 2003, sont obsolètes, et un nouveau cadrage a besoin d’être fait.

                Le niveau actuel de la France

                Posez-vous, chers lecteurs, juste une question : quel est le niveau des dépenses publiques en France ? C’est-à-dire : pour 100 euros de revenus créés par ceux qui résident dans ce pays, français ou pas, combien passe entre les mains de l’Etat, par le biais des impôts, directs ou non, des cotisations, ou des emprunts publics ?

                Non, vous ne savez pas ? Et vos proches ?

                La réponse en 2010 est : 56%.

                Oui, 56% (du PIB). Près de quatre septièmes du revenu national.

                Et qu’est-ce qu’on peut en déduire ? Que les libéraux ont au moins raison sur un point : non la France n’est pas, et de loin, un pays libéral. Un pays où plus de la moitié de ce que l’on produit transite dans les circuits administratifs ne peut être qualifié ainsi. Mais nous n’en sommes pas moins un pays capitaliste, puisque plus des trois quarts de nos 25,5 millions d’emplois (chiffre de mi-2010 selon Eurostat) ne sont pas des emplois publics (administrations et entreprises publiques), et que la très grande majorité des entreprises ne le sont pas non plus.

                Est-ce plus ou moins qu’avant ? Au niveau français, c’est plus que durant l’essentiel des années 2000, où nous avons oscillé entre 51 et 53%. La crise a, depuis 2008, joué à double sens en faveur d’une hausse des dépenses publiques : 1) d’abord en créant de nouvelles dépenses, au titre du chômage, des plans de relance, du renflouement des banques ; 2) en diminuant le PIB (en 2009), alors que les dépenses publiques croissaient. La progression du ratio dépenses publiques / PIB ne pouvait qu’en être accrue, et ce fut le cas dans pratiquement tous les pays européens.

                De ce fait, la France est officiellement championne d’Europe et probablement du monde des dépenses publiques. Nous avons dépassé les sociales démocraties scandinaves qui se sont retrouvées aux alentours de 54% de dépenses publiques, contre 50% avant 2008. L’Allemagne était aux alentours de 46%, l’Espagne de 39% (soit un taux assez proche de celui des USA, qui étaient avant crise de 36%). Le Royaume-Uni est passé de 39% à 44% au cours des années 2000. L’Italie suit de près la France.

Dépenses publiques en % du PIB, Europe, 1999-2009

Pays ou Zone

1999-2003

2004-2008

2008

2009

UE à 27

46,42

46,54

46,9

50,8

Zone euro (16 pays)

47,5

47,1

46,9

50,8

Belgique

49,74

49,96

50,2

54,2

Danemark

54,86

53

52

58,2

Allemagne

47,38

46,26

43,8

47,5

Irlande

33,28

34,4

42,7

48,9

Grèce

45,16

45,24

49,2

53,2

Espagne

39,52

38,66

41,3

45,8

France

52,22

52,98

52,8

56

Italie

47,8

48,16

48,8

51,9

Pays-Bas

45,7

45,76

46

51,4

Autriche

52,48

50,72

48,8

52,3

Pologne

43,24

43,36

43,2

44,4

Portugal

41,54

44,52

43,6

48,2

Finlande

49,92

49,3

49,3

56

Suède

56,42

53,5

51,5

54,9

Royaume-Uni

39,76

43,46

47,4

51,7

Islande

42,42

43,16

57,8

50,9

Norvège

46,06

43,46

40,2

45,8

Suisse

35,24

34,68

32,2

33,7

Source : Eurostat

On voit que certains pays, l’Islande notamment, mais aussi le Royaume-Uni ou la Grèce, ont brutalement monté leurs ratios dépenses publiques dès le début de la crise de 2008. Sur l’ensemble de la décennie 1998-2008, la situation du reste de l’Europe était plutôt contrastée : si certains pays diminuaient leurs dépenses (Suède, Danemark, Allemagne), d’autres les augmentaient (Portugal, Irlande, France, Italie, Royaume-Uni). Il n’y avait donc aucunement de « marche irrésistible vers le libéralisme », même si cette période ne vérifiait pas non plus le principe selon lequel les dépenses publiques augmentent généralement plus vite que le PIB.

                Comment se répartissent nos dépenses ?

                Selon les chiffres de la Banque Centrale Européenne, en 2006, les 52% du PIB français qui sont consacrés aux dépenses publiques le sont dans cette structure :

 

http://img841.imageshack.us/i/dpensespubliquesfranais.jpg/

 

 

                On voit que la Sécurité sociale (assurance-maladie, assurance-vieillesse, assurance invalidité), les caisses d’allocations familiales et Pôle Emploi gèrent environ 30% du PIB (en fait moins, une partie des dépenses de santé étant prises en charge par l’Etat, et les dépenses de RSA étant octroyées par les départements, alors qu’elles intègrent le volet « Retraites, famille, invalidité, pauvreté » de ce graphique). Et un peu plus de 22% (sans doute 24%) sont contrôlé par l’Etat et les collectivités locales (le budget de l’Etat français, hors remboursements et dégrèvements d’impôts, représente 320 Mds d’euros en 2010 , soit plus de 16% du PIB).

                Par rapport aux autres pays européens, la France est la plus généreuse dans le volet « retraites, famille, invalidité, pauvreté », hormis la Suède (qui y consacre 22,7% de son PIB, contre 22,3% pour la France). Sur d’autres domaines tels que la Défense et la sécurité, elle dépense moins que le Royaume-Uni (5% contre moins de 4% en France). En éducation, la France dépense moins que la Suède (7% contre 6% en France) ou le Danemark (7,7%). En Santé, les dépenses publiques irlandaises sont plus élevées (7,8%). En bref, la France est un pays à fortes dépenses publiques, mais c’est principalement la protection sociale proprement dite (dépenses de Sécurité Sociale hormis la santé) qui en sont responsables.

 

Prochain épisode: dépenses publiques et effets sur l'économie: cas suédois, européen et américain.

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Published by DiadoreCronos - dans Economie
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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 19:26

   Si vous êtes vraiment à la bourre pour vos cadeaux de Noël, ou que vous avez des anniversaires à honorer en Janvier, rattrapez-vous illico avec un vrai cadeau littéraire : Pour le Communisme, paru aux éditions TheBookEdition (voir aussi le lien donné sur www.pourlecommunisme.com).

 

   N'hésitez pas à l'offrir à un libéral. S'il est vraiment con, il en rira. S'il l'est moins, il en rira quand même, mais se grattera la tête quand vous aurez le dos tourné.

 

 

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 16:53

 Phobiques des articles longs, fuyez !

 

                Aujourd'hui, je me décide à publier sur mon blog un projet qui me tenait à cœur depuis l’hiver dernier, et qui s’insérait spécialement dans les luttes. Ces fameuses luttes, les luttes du monde du travail comme on a l’habitude de dire, la raison d’être du mouvement ouvrier et communiste. Ces luttes dans les entreprises, dans lesquelles les communistes doivent revenir et s’impliquer, comme je l’ai fréquemment entendu aux réunions, locales ou nationales, dans les congrès, sur le Net…

 

Mon problème est que je fais partie des millions de travailleurs et de citoyens qui vivent hors du champ de l’action. Pas hors de la lutte des classes, non. Mais hors du champ où les salariés peuvent s’organiser pour résister à des licenciements, à une réforme, à l’exploitation. Pendant le mouvement contre la réforme Woerth-Fillon, des citoyens ont rejoint les piquets de grève et les blocages de raffineries, de dépôts d’essence, pendant que les caisses de grève se mettaient en place et que des partis organisaient des caisses de solidarité. Simple effet d’annonce, penseront ceux qui considèrent que les syndicats ne sont faits que pour canaliser la contestation – point de vue à prendre en compte, pour ne pas dire plus. Organiser une chaine de solidarité lors d’un grand mouvement national, ça ne change pas forcément la donne, ça permet de dire que l’on s’est bougé, un peu, beaucoup… Et au final ça laisse à nombre de gens l’impression que ni la syndicalisation, ni l’inscription à un parti politique comme le PCF (mais ça vaut aussi pour le NPA, le PG, LO…) ne sont utiles.

 

                Dans le courant de l’hiver 2009-2010, je me suis décidé à proposer aux JC de ma fédération, et en premier lieu ceux de mon union de ville du Nord des Hauts-de-Seine, un projet de caisse de solidarité permanente envers les luttes. A l’époque, j’avais principalement en tête le cas des Continental, auxquels on aurait pu verser un soutien pour leurs démêlés judiciaires, ou encore les Molex, qui reçurent des dons (désolé pour le terme un peu « caritatif », mais dans les faits c’est cela) de toute la France en 2009. Il s’agissait pour moi de redonner un sens profond au fait d’être communiste et militant, de consacrer du temps hors de chez soi, à aborder la foule, distribuer des tracts, faire des quêtes (re-désolé pour le terme…), ou des « activités financières » (dans le jargon militant, ça ne désigne pas les affreux en costards-cravates qui fréquentent la City, mais tout ce qui peut amener des fonds au mouvement). Et ce sens, c’est justement d’avoir, collectivement, un pouvoir d’action sur la réalité.

 

                Le but de ce long article va être de présenter le contenu de ce projet, et son histoire au cours de l’année 2010, relativement entrecoupée par d’autres actualités. Dans cet article, je publie plusieurs textes dont un qui est une présentation personnelle faite aux camarades (texte qui m’appartient et n’engage que moi), deux articles soumis à la fédération des Jeunes Communistes des Hauts-de-Seine dans le but exprès d’être diffusés au plus grand nombre, et un troisième qui n’a pas encore été validé, et dont je ne prétends nullement qu’il représente l’opinion fédérale. Cet article doit servir à faire connaître ce projet, attirer sur lui observations, contacts, critiques…bref tout ce qui peut aider à le construire.

 

                Le principe du projet aurait été de créer un organe permanent qui récolte des fonds, s’informe sur les luttes en cours, et permet à tout donateur de s’exprimer (par exemple sur un forum) et de voter pour choisir l’affectation des fonds. S’informer, récolter, délibérer. Dans l’absolu, une sorte d’assurance embryonnaire contre le risque de devoir lutter pour ses droits – car on passe rarement à la grève par plaisir – en sachant qu’on aura une chance d’être aidé rapidement, même quand le conflit est trop rapide pour qu’une caisse de grève se monte. Vous allez me dire, la solidarité financière, chaque section du Parti la pratique régulièrement. Mais il s’agit là d’un projet national, disposant de ressources plus élevées, et immédiatement disponibles pour un conflit au surgissement tout aussi immédiat. Des caisses de grève, des syndicats en ont aussi, tels que la CFDT par exemple. Sauf que les syndicats 1) ne consultent pas régulièrement leurs adhérents sur l’usage à faire de ces caisses, alors que dans le projet qui m’anime, la discussion et une démocratie à délibération rapide entre tous les contributeurs est un axe central ; et 2) les syndicats ne touchent pas tout le monde, loin de là, très loin de là même dans une France qui ne compte que 8% (ou encore moins, mon chiffre date…) de syndiqués.

 

                J’ai commencé à parler de ce projet à mes camarades de l’Union de Ville Nord du 92 dès le début de 2010. Rapidement, le principe leur a paru intéressant, même si des interrogations demeurent sur des points cruciaux. Comme par exemple, le fait que cet organe de solidarité permanente soit interne au Mouvement des Jeunes Communistes de France, ou ouvert à des personnes extérieures ; si les votes sur l’affectation des fonds devaient être réservés aux seuls JC ou à tous les donateurs. Mon idée originale portait sur la seconde option, mais mes camarades m’ont conseillé de réserver le projet au périmètre JC, pour qu’on ne perde pas le contrôle d’un projet qui, bien mené, pourrait rapidement convier beaucoup de monde, ne serait-ce que parmi les militants de gauche.

 

                Afin d’expliquer plus en détail le projet, je leur ai fait la présentation suivante à mon union de ville, via un Power Point, dont le texte était le suivant :



 

Projet de soutien matériel et permanent aux luttes

Une mécanique à mettre en route

 

Il s’agit de reconnecter le militantisme JC aux luttes réelles dans le monde du travail, aux luttes de classes.

Et de faire repartir le mouvement qui a perdu des militants récemment, en gagnant contacts, sympathisants et si possible adhérents.

Il s’agit d’organiser un soutien permanent et régulier des JC aux mouvements de luttes (grèves, occupations d’usines, batailles juridiques…) dans les entreprises.

Ce soutien peut être financier (versements de dons réguliers ou ponctuels), ou matériel (diffusion de tracts de soutien, d’articles etc…).

Ce projet se décompose en trois activités, plus l’activité de médiatisation de ces activités:

                1ère activité: (s’)informer, prendre contact

                2ème activité: se concerter, échanger, décider

                3ème activité : réunir des moyens, soutenir

…et se faire connaître, appeler à la participation.



 

Première activité : informer et contacter



 

La première activité consiste à prendre des infos sur les  luttes :

                               - dans la presse militante, dont l’Huma;

                               - dans la presse (Net compris) en général;

                               - par le biais des blogs / sites militants et syndicaux.

 

Les objectifs sont :

                    

                - informer les camarades, en publiant sur le blog JC92;

                - obtenir des informations pertinentes :  ne pas se contenter d’un alignement de titres, d’articles et de brèves sur les mouvements sociaux, avoir des infos qui changent réellement nos connaissances sur les actions possibles :

                         Par exemple, remarquer les reprises d’usines comme à Dreux  chez Philips…

                         … ou comment les divisions syndicales font échouer une lutte…

                       …ou se demander quel rapport à l’action violente (ou qualifiée comme telle par les médias) adopter: ce que l’on risque après une séquestration, un affrontement avec la police, une occupation illégale…

 

- prendre contact avec les luttes :

                          Si possible avec les salariés s’ils s’organisent par eux-mêmes et publient leur actualité via un blog (cas des salariés de Continental Rambouillet en 2009);

                           soit par les unions locales syndicales, lorsqu’elles existent;

                           soit par les sections PC et JC les plus proches.

 

                - faire des propositions:

                          de soutien par l’information: diffuser des articles sur nos blogs JC;

                        de soutien financier : demander quels sont les besoins:                              

         

           - y a-t-il des besoins de fonds à titre alimentaire (pour aider les salariés en grève à tenir le coup);

                         - à titre juridique (frais d’avocats, d’expertise pour faire des contre-propositions aux attaques patronales);

                          - pour du matériel spécifique à la lutte (tentes, banderoles, tracts).

Proposer un soutien ne signifie pas l’accorder aussitôt: ce sera l’étape de la discussion, l’étape suivante.

               

                De quels moyens humains a-t-on besoin pour cette première activité?

                Une ou deux personnes pourraient s’occuper régulièrement (c’est-à-dire au moins une fois par semaine, une demi-journée ou journée) de cette activité. Cette tâche pourra ensuite être partagée entre plusieurs personnes si le projet rencontre du succès. D’autant que ces actions peuvent aussi être faites par des militants hors du 92.

  

 

Seconde activité : échanger et décider



 

Pour faire du soutien financier, nous ne sommes ni les seuls, ni les premiers. Ce rôle est déjà largement celui des syndicats, et les sections du PCF le font aussi ponctuellement.

La particularité du projet est de faire régulièrement ce soutien.
Or chaque opération de soutien doit donner lieu à un débat.

        En effet, nous avons des moyens limités, mais nous devons aussi éviter de soutenir tout et n’importe quoi.

Le principe de ce projet de soutien serait donc d’avoir un outil pour délibérer rapidement.

L’instrument le plus approprié semble être un forum de discussion.

            

            Un forum se composerait de plusieurs sections:

                               - une section d’information : pour publier les articles décrivant les mouvements en cours, et les prises de contacts;

                               - une section de discussion sur les propositions de soutien et leur pertinence;

                               - une section de délibération.

Ce forum pourrait être l’occasion de pratiquer une sorte de démocratie virtuelle rapide, fiable, efficace.

Exemple : nous avons pris contact avec les salariés de l’entreprise X. Une proposition de versement de 1000 euros a été faite sur le forum et passera au vote.

 

Comment voter ?

Plusieurs méthodes envisageables:

             - soit le vote n’est pas secret, et la méthode est très simple : chaque votant donne son choix jusqu’à l’échéance du vote;

                - soit le vote est secret, et on peut procéder par messages privés (mais le risque de manipulation des votes est toujours possible). Soit chaque votant a un identifiant connu de lui seul et des administrateurs.

Soit encore, chaque votant a un identifiant connu de lui seul et des administrateurs. A la fin de chaque vote, les administrateurs publient la liste des identifiants et de leurs votes, permettant à chacun de vérifier que son vote a été correctement pris en compte, et que le nombre de votants est bien égal ou inférieur au nombre d’inscrits.

 

Qui seraient donc les votants ?

      Le principe même du projet serait que tous les cotisants seraient votants. Par « cotisants », on entend ceux :

                         - qui ont versé directement à la trésorerie du projet de soutien (dont il sera question par la suite);

                         - qui ont versé des dons/ souscriptions à la JC (section, fédération….)

                         - et, d’office, tous les cotisants JC.

 

Qui seraient donc les intervenants?

           A priori, n’importe qui peut venir fournir des informations et débattre, même s’il ne vote pas.

Mais il faudra bien filtrer les posteurs voulant polluer ou troller un forum. Il faudrait donc appliquer une règle de X  premiers messages non trollesques pour autoriser un posteur à continuer ses interventions.



 

Une question plus importante sera: faut-il autoriser des représentants d’autres organisations politiques à intervenir, participer aux discussions, voire à des organisations – politiques, synidcales- à s’exprimer en tant que telles?

 

       Il serait contreproductif d’interdire à des militants syndicaux ou à des personnes extérieures au JC de venir s’exprimer et informer.

           De toute façon, cette activité de soutien ne peut éviter les controverses idéologiques et pratiques (controverses sur l’action d’une centrale syndicale par exemple).

Mais toutes les discussions générales commentant ou critiquant la ligne politique des JC, du PCF, ou de telle ou telle organisation syndicale doivent être reléguées sur une section à part du forum, et ne pas venir polluer les fils d’information ou de délibération.

 

                De quels moyens humains a-t-on besoin pour cette seconde activité?

Une personne au moins pour administrer le forum, plus si l’activité prend. Comme pour l’action d’information (vue précédemment), c’est une activité lourde, qui ne demandera pas une journée entière chaque semaine, mais peu demander du temps plusieurs jours par semaine.



 

Troisième activité : rassembler personnes et moyens



 

                Le but de ce projet étant double (rassembler des personnes et des fonds), il faut envisager plusieurs actions financières possibles:

                       - vendre quelque chose au nom du soutien ou au profit de la JC (ce qui revient indirectement au même):

                                               - t-shirts;

                                               -brochures d’information

 

(Parenthèse sur les brochures d’informations :

                à ce sujet, nous devrions éditer des imprimés d’information sur le droit du travail, comme cela a été le cas dans d’autres fédérations JC [la JC13 au sujet des travailleurs saisonniers]. En plus d’informer les jeunes (ou non) travailleurs sur leurs droits, le présent projet doit également fournir des exemples de violations de ces droits dans l’entreprise capitaliste et les moyens d’y résister. )



 

                        - quêtes, comme cela est souvent fait pour soutenir les mouvements de grève (par exemple celui des salariés sans-papiers d’Ile-de-France). A la différence que chaque donateur doit être prévenu qu’en donnant, il devient votant sur le forum (à condition de donner identité et coordonnées!) , et peut participer aux délibérations, à la différence d’un don isolé à une association quelconque;

 

                        - faire des soirées soutiens spécifiquement dédiées aux luttes : oui à la biturre révolutionnaire !

 

                De quels moyens humains a-t-on besoin pour cette troisième activité?

 

Les actions financières doivent ponctuellement réunir le plus de camarades et sympathisants possibles. La tenue de la trésorerie ne nécessitera cependant qu’une personne, et l’organisation des actions pourra se faire en réunion JC et/ou à partir du forum.

 

 

Quatrième activité : diffuser



 

Les moyens de faire connaître notre action:

                                     - Obtenir des encarts/articles dans l’Huma;

                                     - …et si possible dans les journaux municipaux des villes PCF…

                                     - …ainsi que dans les journaux de sections ou de fédérations...

                                     - …sans oublier le militantisme internaute (via Facebook par exemple).

               

Fin de la présentation

 

                Qu’est donc devenu ce projet, en dehors de la controverse entre l’idée que tout contributeur devienne votant ou qu’à l’inverse seuls les JC puissent décider ? Et bien il a été proposé à la fédération des JC92, qui a accepté le principe d’un réseau de soutien aux luttes. Et ce soutien a été effectif lors de la grève des postiers des Hauts-de-Seine, notamment à Asnières-sur-Seine, dont il a déjà été fait mention sur ce blog. Postiers auxquels la fédération à envoyé une contribution comparable à celles des sections de partis politiques locaux, de plus de 100 euros.

 

                J’ai ensuite proposé de créer une liste de diffusion d’information, soit la première activité du projet dans la présentation ci-dessus, en créant, non pas le forum annoncé ci-haut qui n’a pour l’instant pas vu le jour, mais un groupe Facebook, puisque tout groupe Facebook a un (petit et peu ergonomique) espace de discussion intégré. Ce groupe, après en avoir obtenu l’accord de principe en Juin, je l’ai créé le 27 Septembre 2010. Il est à cette adresse (http://www.facebook.com/?sk=messages&ref=mb#!/group.php?gid=162981713717733). Le but de ce groupe est expliqué dans sa rubrique « infos »:



 

Informations du groupe « Les jeunes communistes du 92 soutiennent les luttes ! » 
 

Le groupe Facebook des Jeunes Communistes du 92 pour le soutien aux luttes des travailleurs se donne trois missions :

- Informer les militants, communistes ou d’autres partis, plus ou moins jeunes, sur les luttes en cours contre l’exploitation capitaliste, ou du moins contre les conditions qu’elle impose aux travailleurs ;

- Amener les militants à échanger, réfléchir ensemble pour déterminer les combats prioritaires et les moyens de les soutenir, sur les plans financier, médiatique (car Facebook est en soi un média, et Internet un support), militant ;

- Organiser ce soutien, par l’intermédiaire du MJCF 92.

Vous pourrez retrouver certains des articles de ce groupe sur le blog des JC du 92 : http://jc92.over-blog.com/ .

 

Fin des infos



 

Conformément à ce qui précède, je me destinai à publier un bulletin d’information par semaine. Ce rythme n’a pas été atteint pour des raisons que nous allons voir un peu plus loin.



 

 Au jour où je poste, 13 personnes sont membres de ce groupe, ce qui n’est pas négligeable au sein des JC92, mais pas unanime. Non pas que le principe du projet rencontre une opposition.

 

            Mais pour deux autres raisons. D’abord, parce que ma communication du projet a laissé à désirer. Ce à quoi je devrais remédier au cours des prochaines assemblées générales de la fédération. La deuxième raison est que le projet est passé au second plan avec l’actualité de la réforme des retraites. Je ne souhaitais pas que cette actualité exclue toute les autres luttes en cours. Aussi, ai-je consacré le premier bulletin au cas du groupe international Sodexo. Le bulletin fut mis en ligne le 7 Octobre :



 

Groupe de soutien aux luttes, Premier message, 7 Octobre 2010

 

Bonjour à tous,

 

Voici le premier article du groupe du MJCF92 destiné au soutien aux luttes du monde du travail.

Nous honorons notre engagement internationaliste en évoquant une campagne mondiale, qui a pour l’instant peu d’échos parmi nous (et l’actualité [op-] pressante de la réforme des retraites l’explique assez), et qui pourtant pourrait évoquer des souvenirs familiers pour des milliers de gens. Et ce car il s’agit du groupe Sodexo, le groupe qui sous-traite les services de restauration dans nombre d’entreprises, d’établissements scolaires, de maisons de retraites…et pas que cela, puisque le groupe s’est requalifié lui-même en tant que « fournisseur de solutions de qualité de vie au quotidien ».

Ce groupe, que nous croyons parfois franco-français, est en réalité l’un des plus grands groupes mondiaux, présents dans 80 pays, employant des salariés de plus de 130 nationalités, et plus de 390.000 personnes dans le monde. Ce qui en fait le deuxième employeur français et le septième employeur européen par ses effectifs mondiaux.

 

Des salariés des Etats-Unis (pays où le groupe emploie 110.000 personnes) et du Canada, réunis dans le syndicat des employés des services SEIU (2,2 millions de syndiqués), ont lancé la campagne « Clean Up Sodexo » (Nettoyer Sodexo), pour appeler à mettre fin à des pratiques qu’ils estiment généralisées dans le groupe :

 

- Les salaires très bas, au minimum légal et inférieur au nécessaire pour se procurer une assurance santé (liée à l’employeur pour beaucoup d’américains). Dans certains pays (le site de la campagne publie une vidéo sur la Colombie qui illustre ces cas), l’accès à la santé est plus qu’entravé par les salaires au rabais du groupe ;

- Les manœuvres anti-syndicales, les pressions, les interrogatoires, visant à empêcher les salariés de s’organiser pour se défendre ;

- Une qualité de service inégale et parfois déplorable, des fausses déclarations dans les services rendus aux établissements desservis (telles des écoles aux USA) ;

-Une pratique générale de la discrimination ethnique.

 

Et ce alors que le groupe prétend s’inscrire dans une démarche de responsabilité sociale des entreprises (RSE) valorisant la « diversité » et le « développement durable » !

Aux USA, des étudiants de plusieurs universités, par solidarité et/ou en tant que clients collectifs de Sodexo, ont organisé des boycotts et des manifestations de protestation – ce qui a valu des dizaines d’arrestations.

En France, la CGT et une délégation de la SEIU ont entamé des poursuites contre Sodexo.

En quoi cela peut-il nous concerner particulièrement, jeunes militants des Hauts-de-Seine ? En cela que le siège international du groupe se trouve à Issy-les-Moulineaux…
Nous invitons tous les camarades, jeunes camarades, et l’ensemble du public français à prendre connaissance de cette campagne via les adresses suivantes :

 

Le site de la campagne internationale (en anglais, avec quelques articles en version française):
http://cleanupsodexo.org/

Les fiches Wikipedia du groupe, en anglais puis en français :
http://en.wikipedia.org/wiki/Sodexo
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sodexo

Des articles de la CGT illustrant la solidarité de salariés français et américains :
http://cgt.sodexo.over-blog.com/article-des-salaries-americains-denoncent-des-pratiques-degradantes-48829281.html

Une dépèche de France24 citant un rapport de Human Rights Watch, organisation pourtant peu suspecte d’anticapitalisme primaire, sur les pratiques des groupes européens hors d’Europe :
http://www.france24.com/fr/20100902-entreprises-europeennes-accusees-non-respect-droit-syndical-etats-unis?gclid=CNK1u-b0paQCFZNo4woduRcr4Q

              

Fin du message

 

 

                Mais pour ne pas me mettre en décalage avec l’actualité de la lutte contre la réforme des retraites, et pour adhérer aux actions du Parti, le deuxième message, transmis le 16 Octobre aux camarades, traita directement des caisses de grèves. Avec un exemple de caisse en ligne basée à Marseille, nommée « Portail des luttes », et qui reprenait en partie l’idée que j’avais eu, le côté participatif des délibérations sur l’usage des dons en moins :

 

 

Groupe de Soutien aux luttes, deuxième message, 16 Octobre 2010


 

Comme vous le savez, le mouvement contre la réforme Woerth/Fillon/Sarkozy a pris un tour bien plus vif avec le début des grèves reconductibles dans la SNCF, la RATP , et les raffineries (celles de Donges, de Fos-sur-Mer et de Dunkerque ; au total, de quatre à huit raffineries sur les douze de France selon les sources), dans le transport routier, aérien, à France Télécom, La Poste, et dans la centrale nucléaire de Flamanville. Et bien sûr, avec la mobilisation des lycéens.

 

Le passage à la durée des grèves, face à un gouvernement qui ne veut pas céder en agitant la menace de la dégradation de la notation financière de la France, oblige à penser à l’un des côtés déplaisant de la grève : les grévistes doivent continuer à vivre pour continuer à lutter à nos côtés.

 

Une idée vieille comme le mouvement ouvrier : les caisses de grève. Des salariés, directement engagés dans le conflit ou non, pendant le conflit ou en prévision d’un conflit futur, cotisent pour alimenter un fond qui pourvoira aux frais de la grève : fournir un revenu remplaçant au moins partiellement le salaire habituel, pouvoir parer aux frais d’avocats en cas de procès…

 

Une association marseillaise, se revendiquant de n’être affiliée à aucun parti politique, a d’ailleurs créé une caisse de grève en ligne. Son fonctionnement est simple : proposer des liens vers des luttes en cours, par exemple le combat des salariés de Molex ou de Teleperformance, inviter les internautes à s’inscrire et à verser de l’argent pour la caisse de grève, et apporter une preuve du versement. Son site donne le suivi de quelques luttes, en cours ou terminées (avec des mises à jour incertaines) : http://solidarites.soutiens.org/

 

Les camarades de l’Union de Ville Nord du MJCF92 reconnaîtront peut-être-là une idée que nous avions développée entre nous. Le portail des luttes précité étant assez centré sur PACA (mais pas que), nous pourrions aussi songer à développer la nôtre. Il ne s’agit une concurrence stérile entre militants, mais le concept pourrait être encore amélioré par rapport à ce que propose le Portail des Luttes : il ne suffit pas de mentionner des luttes en cours pour les exposer à la solidarité publique, il faut encore faire circuler l’information et stimuler la discussion entre militants, afin de décider vers quelle lutte concentrer nos priorités, comme peuvent le faire des mouvements structurés comme le MJCF ou le PCF. Et ce pour une raison simple : nos moyens financier et temporels sont limités…



 

En attendant, d’autres caisses de grève se sont mises en place :


- Celle de la raffinerie de Donges (44) : http://www.7septembre2010.fr/post/2010/10/01/La-population-finance-le-blocage-des-raffineries ;

- La caisse de Solidaires du département de l’Hérault : http://www.7septembre2010.fr/post/2010/09/28/Une-caisse-de-gr%C3%A8ve-dans-l-H%C3%A9rault ;

- La CFDT a une caisse nationale de grève, comme vous pouvez le voir sur cet article (http://www.cfdtparis.com/spip.php?article18 ).

Notons, pour finir, dans le cas qui nous concerne tout particulièrement, et avec les  évènements très récents opposant des lycéens et des policiers, le soutien financier pour les frais judiciaires des jeunes, camarades ou pas, abusivement poursuivis, sera une question à soulever.

              

Fin du message



 

Je précise cependant, spécialement pour les personnes avec qui j’ai pu discuter pendant le conflit des retraites, que je ne suis pas moi-même en accord avec tous les moyens de lutte. Notamment sur la question du blocage des raffineries, dont les conséquences économiques sont graves et à double tranchant (le gouvernement pouvait jouer sur un pourrissement rapide de situation, car, contrairement à ce que certains ont cru, les sondages portant sur le blocage des raffineries ne donnaient pas une majorité de français soutenant cette opération, contrairement aux autres grèves). Mais le but de ce groupe, contrairement à mon blog, est de donner l’avis de la fédération, membre du MJCF. Je le différencie donc de mes opinions personnelles.



 

Et justement, au fur et à mesure que le mouvement de contestation se destinait à buter sur les vacances scolaires de la Toussaint, l’actualité allait passer sur la lutte contre la répression policière parfois abusive que rencontraient les manifestants, notamment lycéens. Pas pour reprendre les propos non assurés de certains contre les policiers-infiltrés-casseurs, mais pour d’autres faits plus précis survenus dans les arrestations, les gardes à vue :

 

 

Groupe de soutien aux luttes, troisième message soumis à la fédération JC92, 22 Octobre 2010

Bonsoir à tous.

 

Puisqu’il était question de solidarité financière dans le précédent message, il faut d’abord que nous soyons tous informés de ce que le Front de Gauche – donc le PCF et le MJCF – organise la solidarité financière pour les salariés en grève. Vous pouvez par exemple lire cet article de l’Huma, (http://www.humanite.fr/20_10_2010-le-pcf-organise-la-solidarité-financière-456152). La CGT a également créé sa caisse de solidarité : http://www.cgt.fr/spip.php?article37850 (avec une adresse pour les contributions, contrairement à l’article de l’Huma !).

Sinon, un autre sujet, toujours en lien avec l’actualité, qui concerne spécifiquement les jeunes.

Nous avons tous vu qu’une répression policière s’abat sur les manifestants, mais qu’il y a également des arrestations de « meneurs » en dehors des manifestations et des caméras. Avec le topo habituel : violences policières, accusations délirantes…et procès. Quand les interpellés ne passent pas en comparution immédiate, un comité de soutien peut se constituer et organiser la solidarité financière.

Quelques cas où des jeunes pourraient avoir (eu) besoin de ces initiatives :
http://www.lepopulaire.fr/editions_locales/limoges/des_militants_devant_le_tribunal_pour_enfants_pour_soutenir_le_jeune_interpelle@CARGNjFdJSsBFhgABRg-.html
http://www.antirep86.fr/2010/10/17/temoignage-dune-repression-policiere-et-judiciaire-contre-des-mineurs-lyceens-de-fontainebleau/
http://www.leparisien.fr/toulouse-31000/jets-de-pierre-sur-la-police-un-mineur-ecroue-18-10-2010-1114660.php
http://www.20minutes.fr/article/609607/lyon-la-justice-penche-manifs-lyceennes
http://www.cyril-lazaro.com/article-la-justice-condamne-nos-enfants-c-est-pas-comme-pour-les-patrons-voyous-59321610.html

Sur Lyon, les libertaires se sont déjà donnés le mot :
http://rebellyon.info/Manifs-lyceennes-la-Caisse-de.html

Il faudrait prendre l’initiative, que l'on soit JC ou pas, dans les lycées, de chercher les jeunes inquiétés par la justice, et de proposer un contact avec le MJCF.

Pour les jeunes communistes, il serait pertinent de proposer, par tracts ou affiches, une prise de contact avec les jeunes communistes pour permettre aux intéressés ou à leur proche de garder l’anonymat. Et à nous de leur proposer un soutien lorsque les accusations sont véritablement abusives.

 

Fin du message

 

                Ce message n’a pas été publié au niveau fédéral. Car il n’y a pas, pour l’instant, d’initiative nationale du MJCF ou fédérale pour prendre contact avec des lycéens poursuivis par la police, afin d’étudier les cas méritant un soutien (il ne s’agit bien évidemment pas de soutenir tout jeune devant passer au tribunal, seulement les cas qui nous paraissent injustes). Si ces initiatives ont lieu, elles seront locales. Je préviens donc clairement le lecteur que ce troisième message n’engage en rien la fédération des Jeunes Communistes du 92, tandis que les deux premiers ont été validés par elle (et peuvent donc être diffusés à souhait). D’ailleurs, si vous le lisez correctement, vous verrez que je ne prononce aucune décision au nom de la fédération, seulement une proposition (« il serait pertinent de… »).

             

Et que s’est-il passé depuis ?

           

Et bien, informé de ce que le projet avait besoin d’être réexpliqué aux camarades, j’attends la prochaine assemblée générale pour savoir si je peux le reprendre ou pas. En attendant, pour ce qui est de la lutte contre les abus de la répression, nous y réfléchissons localement, en effet.

       

En attendant, le groupe altoséquanais de soutien aux luttes est « en plan », en « stand-by » si vous préférez. Son activité de communication reprendra, je l'espère, sans doute fin Novembre.

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 21:44

 

Ce  blog a maintenant quatre ans. Et pour la peine, il change de nom. Ce blog n’était que –très- partiellement le blog du site www.pourlecommunisme. Il a largement servi à traiter d’autres sujets, avancer des positions qui ne pouvaient nullement se retrouver sur le site. Je décide donc de lui donner un nouveau nom apparent (le nom technique reste pourlecommunisme.over-blog.com, puisque Over-Blog ne peut pas changer le nom des blogs) que vous avez déjà remarqué avec la nouvelle bannière.

 

J’ai opté pour le Blog Déviant d’un Communiste Français.

 

Déviant parce que, comme les lecteurs, même occasionnels, l’auront remarqué, ce blog exprime très souvent des idées qui ne sont pas celles, ou du moins pas exactement celles des mouvements dont je suis membre, le PCF et le Mouvement des Jeunes Communistes de France. Cette déviance n’est pas un but en soi, mais un constat. Il m’arrive de défendre telles quelles les propositions du Parti – comme les fonds régionaux pour l’Emploi et la Formation- ou de défendre la plus grande justesse de nos analyses par rapport à celles d’autres partis, comme dans cet article critique du PS en 2007. A ceux qui trouveraient étrange d’être membre d’un parti dont on n’épouse pas à 100% la majorité des propositions, je réponds que les gens qui sont d’accord avec tout le programme de leur formation politique doivent être rarissimes, à l’exception des membres des instances dirigeantes des formations, ou de leurs adorateurs. Je ne suis ni de l’un ni de l’autre. Mais je rappelle surtout que même si la programmatique diverge entre moi et le Parti, notre objectif reste le même : une société de propriété collective, l’abolition de l’exploitation capitalise, comme seuls moyens d’obtenir une liberté d’action et une égalité de droits réelle pour le plus grand nombre.

 

Français, car c’est évidemment dans un cadre de référence franco-français que je rédige mes articles. Non pas que rien de ce qui se passe à l’étranger ne m’intéresse (l’article sur la Pologne rédigé au printemps m’amène d’ailleurs régulièrement des lecteurs). Mais que c’est à l’action du gouvernement français que je me réfère le plus souvent dans mes commentaires et critiques, et que c’est par rapport aux chiffres français que je formule mes propositions. Je n’ai pas (enfin pas souvent) la prétention d’avancer des solutions pour des pays que je situe sur une carte mais dont je connais peu de choses, et où je n’ai jamais été. S’informer sur ce qui se passe dans le reste du monde est vital, mais c’est dans le cadre de la nation que se déroule ma démarche.

 

Par la suite, j’annonce que mon activité sur les douze mois à venir, soit l’année 2010-2011, cinquième année du blog, sera sans doute moins importante qu’au cours de 2009-2010. Plusieurs occupations personnelles m’ont déjà obligé à baisser le rythme des publications. D’autres projets pourraient susciter des publications et donc contredire ce que je viens d'écrire, mais rien n’est sûr.

 

Aussi, faisons le bilan de ces douze derniers mois. En Novembre dernier, j’annonçais que je commencerai à effectuer des formations parmi les jeunes communistes. J’en ai fait plusieurs, dont une sur la Révolution d’Octobre et une sur les retraites. Mais je n'étais pas le seul à proposer des formations, et n'ai aucune vocation à en avoir le monopole. L’été et le début d’Automne mouvementé n’ont pas donné d’occasion de réitérer, pour l’instant, l’expérience.

 

Je déclarais également mon intention de publier le texte du site de www.pourlecommunisme.com. Et bien c’est fait, mais sans éditeur. Ceux qui consultent le site auront pu voir la couverture du livre, autopublié chez TheBookEdition. J’y consacrerai un article bientôt pour que cela soit plus voyant.

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 16:29

Dans l’ensemble des arguments qui ont été utilisés dans le débat sur la réforme des retraites, plusieurs ont déjà été traités sur ce blog (la question du système de retraite par répartition, l’intérêt de l’immigration pour financer les retraites, le rôle de la croissance comme solution au problème de financement des retraites…). Mais un autre point a retenu mon attention plus particulièrement (et il revient également souvent dans les argumentaires de la gauche dans les élections). Il s’agit des pertes infligées au budget de la Sécurité Sociale de façon "artificielle". Par là, j'entends principalement les pertes de recettes fiscales que subit la Sécu du fait : 1) des exonérations de cotisations sociales, et 2) du non-versement de certains impôts destinés à la protection sociale.

                Aujourd’hui,  une vidéo d’une intervention du sénateur apparenté PCF Jean-Pierre Brard fait fureur sur la Toile. Dans cette vidéo, il cite plusieurs grands chiffres qui, selon lui, démontrent l’injustice de la réforme Fillon (et cette réforme est injuste, mais je ne le dis pas forcément avec ses arguments). Brard évoque les « cadeaux faits aux actionnaires » depuis 2007, chiffrant leur montant actuel à 30.7 Milliards d’euros. Chiffre qui désigne sans doute le montant total des exonérations de cotisations sociales faites aux entreprises, incluant notamment le « bouclier fiscal », la loi TEPA.

                Le présent article va essayer de commenter certaines affirmations faites au sujet du déficit de la Sécurité Sociale, qui serait entièrement dû aux cadeaux fiscaux, cadeaux qu’on pourrait supprimer sans rien avoir à y perdre.

Le déficit de la Sécurité Sociale : un simple transfert ?

En ces temps de réforme de la Sécurité Sociale, donc des retraites et de l’assurance-maladie, circulent sur le Net des argumentaires comme celui-ci : 

« La sécu n'est pas en déficit mais en excédent…Le fameux trou est à ce jour de 11 milliards [en fait de 20,3 Milliards en 2009, et annoncé à 27 Mds en 2010 ].

Or, savez-vous que :

1) Une partie des taxes sur le tabac destinée à la Sécu, n'est pas reversée : 7,8 milliards.[Pour ce montant comme ceux qui suivent, l’année n’est pas précisée]

2) Une partie des taxes sur l'alcool, destinée à la Sécu, n'est pas reversée : 3,5 milliards.

3) Une partie des primes d'assurances automobiles destinée à la Sécu, n'est pas reversée : 1,6 milliard.

4) La taxe sur les industries polluantes destinée à la Sécu, n'est pas reversée : 1,2 milliard.

5) La part de TVA destinée à la Sécu n'est pas reversée : 2 milliards.

6) Retard de paiement à la Sécu pour les contrats aidés : 2,1 milliards.

7) Retard de paiement par les entreprises : 1,9 milliard.

En faisant une bête addition, on arrive au chiffre de 20 milliards d'euros. »

Ce qui, en partant d’un déficit de 11 Milliards d’euros (le double en fait) signifierait que le déficit de la Sécurité Sociale serait en fait un excédent, ou même que l’équilibre aurait été atteint si l’on prend le chiffre réel du déficit de 2009 (20 Mds d’euros). On peut cependant faire grâce aux auteurs de cet argumentaire des chiffres de 2009 et 2010 en rappelant que les déficits que nous connaissons actuellement sont davantage dus aux pertes de recettes fiscales (récession de 3% en 2009, donc baisse des prélèvements obligatoires en volume) tandis que la progression des dépenses, en santé du moins, restait relativement contenue. On peut donc dire que hors crise, avec le versement à la Sécurité Sociale des taxes et impôts qui lui sont dus et qui sont listés plus haut, en admettant que tous les chiffrages soient valables actuellement, l’équilibre financier pourrait être atteint.

Mais ceux qui s’excitent en lisant cet inventaire oublient juste une petite chose : tous ces gains potentiels pour la Sécurité Sociale auraient aussitôt été…des pertes pour l’Etat. Et donc la résorption de ces manques à gagner pour notre protection sociale publique aurait signifié un accroissement du déficit de l’Etat (qui flirte seulement avec les 150 milliards d’euros en 2010, comme nous l’avons déjà vu dans mon article sur la dette publique). Et ce qui me pose problème, généralement, avec cet argumentaire, est que le seul moyen envisagé pour résoudre un déficit est toujours d’accroître les prélèvements, toute réduction des dépenses étant jugée impensable. Alors qu’étant championne d’Europe de la consommation pharmaceutique, la France a pourtant des marges de réduction de ses dépenses de santé, ou du moins des marges de réaménagement. On pourrait dépenser moins en médicaments, pour pouvoir amortir sur les années à venir la progression des soins aux personnes dépendantes, ou renforcer notre service d’urgences hospitalières.

Une subvention massive aux entreprises : les exonérations de cotisations

Un autre sujet récurrent est le montant total des exonérations de cotisations sociales accordées aux entreprises. Voulues dans le cadre d’une politique d’aide à l’emploi des bas salaires par les gouvernements Balladur et Juppé, ces politiques reprennent le principe d’un effet Laffer : trop d’impôt tuant l’impôt, revenir sur une pression fiscale élevée ne diminuerait pas les recettes mais les augmenterait. En diminuant les cotisations sociales sur les bas salaires (jusqu’à 1.5 SMIC), on rend moins cher le recours à l’emploi non qualifié, facilitant la survie de petites entreprises, qui peuvent créer davantage d’emplois, dans la tranche des emplois qualifiés ou non, et au final ne verseraient pas moins de cotisations sociales. Moins de cotisations sociales par tête, mais davantage de salariés. En mettant de côté le fait que plus de salariés signifie plus de retraites à verser dans le futur, et plus d’indemnités en cas de passage par la case chômage des mêmes salariés. Et que pour combler tous ces besoins sociaux, diminuer les prélèvements par individu est risqué.

Une autre justification avancée de ces mesures réside dans le fait de rendre le travail humain compétitif en coût relativement au travail automatisé. Le travail humain étant renchéri par les cotisations sociales, nombre d’employeurs tentent le remplacement de l’homme par la machine lorsqu’il s’agit de travail peu qualifié. Ce qui fait à la fois le haut niveau de chômage des salariés peu qualifiés en France et la forte productivité par tête.

En 2010, les exonérations de cotisations représentent 21 Mds d’euros. Mais ce qui est plus souvent passé sous silence par les militants de gauche qui dénoncent le coût des exonérations de cotisations sur les comptes de la Sécurité Sociale, c’est qu’une forte partie de ces exonérations ont en fait été réalisées…sous la gauche plurielle, pour compenser le coût du passage aux 35 heures.

On peut en voir le détail chronologique dans un rapport de Février 2006 du Conseil d’Orientation pour l’Emploi  :

 

Période

Nature de la mesure (salariés à temps complet)

Du 01.07.1993 au 31.12.1994

Suppression des cotisations familles de 1 à 1,1 SMIC et diminution de moitié entre 1,1 et 1,2 SMIC.

Du 01.01.1995 au 31.08.1995

Seuils de la mesure précédente portés respectivement à 1,2 et 1,3 SMIC.

Du 01.09.1995 au 30.09.1996

Mesure précédente + ristourne dégressive de 800 F par mois au SMIC, s’annulant à 1,2 SMIC.

Du 01.10.1996 au 31.12.1997

Fusion des deux dispositifs : ristourne dégressive unique entre 1 et 1,33 SMIC.

Du 01.01.1998 au 31.12.2002

Seuil de 1,33 SMIC de la mesure précédente ramené à 1,3 SMIC.

Du 01.01.2000 au 3112.2002

Pour les entreprises passées à 35 heures, la partie allègements bas salaires vient s’ajouter à l’aide structurelle de 4 000 F pour réduire le coût du travail des salariés percevant environ jusqu’à 1,8 SMIC mensuel. Cette aide est dégressive, maximale au niveau du SMIC (de 21 500 F par an).

À partir du 01.01.2003

Ristourne unique dégressive entre 1 et 1,7 SMIC. Réduction dégressive de cotisations sociales employeur de 26 points au niveau du SMIC horaire et s’annulant à 1,7 SMIC dans sa version finale. La montée en charge du nouveau système s’étale sur trois ans (fin en juillet 2005).

À partir du 1.01.2005

Idem mais le seuil final est ramené de 1,7 à 1,6 SMIC.

 

Dans le rapport, page 27, la progression numérique du montant alloué en allègements de cotisations sociales, qui commençait à stagner sur la période 1997-1999 en dessous de 7 Milliards d’euros, se redresse justement au moment de la loi Aubry de 2000, grimpant à 11 milliards d’euros et 18 milliards en 2006.

 

 Peut-on supprimer ces allègements sans risque ?

 

Le bilan que le Conseil d’orientation à l’emploi tire sur ces politiques est globalement positif, alors qu’il est courant à gauche de nier tout effet créateur ou défenseur d’emplois de ces exonérations (mais pas pour les trente-cinq heures, bien entendu). Dans le rapport précité, le Conseil constate que la part des emplois non-qualifiés dans l’emploi total, qui avait chuté dans les années 80, s’est mis à stagner à la fin des années 90. Pour mesurer l’effet réel des exonérations sur l’emploi, il faut prendre garde :

 

- à ne pas prendre en compte que des créations d’emplois, mais aussi des sauvegardes d’emplois : il ne s’agissait pas seulement que des emplois apparaissent, mais que des entreprises ne ferment pas ou ne soient pas tentées d’en supprimer ;

 

- à distinguer les effets d’aubaine des véritables créations d’emplois : c’est-à-dire distinguer les créations d’emplois qui auraient de toute façon eu lieu, et celles qui ont eu lieu spécifiquement grâce à la politique fiscale.

 

Une quinzaine d’études sont recensées par le rapport du Conseil sur les effets des allègements de cotisations depuis le milieu des années 90. Elles donnent au minimum 120 000 emplois créés ou sauvegardés (selon une étude de 2004 par Gafsi, L’Horty et Mhoubi ou encore une autre de Jamet), et au maximum 560 000 (selon Laffargue en 2000). Restons-en à l’année 2000, à l’époque où la RTT commençait à se mettre en place. Les exonérations de cotisations, qui coutaient à l’époque 7 milliards d’euros, étaient créditées d’entre 200 000 et 250 000 emplois créés ou préservés selon plusieurs études (Bernard Salanié en 1999, L’Horty en 2000, Crespon et Desplatz en 2001). Soit un coût par emploi de 28 000 à 35 000 euros ! Le SMIC était situé au début de la décennie en dessous de 1200 euros par mois. Supposons que l’Etat ait décidé de créer des emplois au SMIC net, puis en y incluant les cotisations salariales (25% du salaire brut, ce qui rajoute donc 1/3 au coût de ces salaires), puis des cotisations patronales (soit 40% du salaire brut en plus), il aurait pu créer ces emplois pour 27 000 euros par tête. Certes, on peut relever que sur ces emplois créés – ou supposés tels- dans les entreprises du secteur marchand avec les allègements de cotisations, il y aurait eu – quand même- des cotisations payées, ce qui aurait réduit leur coût net pour la Sécurité Sociale (le Conseil d’Orientation à l’Emploi parle ainsi d’un coût net de 10 000 euros par emploi créé). Mais si l’Etat avait directement créé ces emplois, il y aurait également eu des cotisations (près de la moitié de la masse salariale) reversées à la Sécu, et à taux plein cette fois-ci.

 

Les estimations suivant l'année 2000 (celles de 2004 citées plus haut) donnent de moins bons résultats encore. Ce qui signifie que la politique d’exonérations de cotisations sociales a eu un effet positif sur l’emploi, mais à coût élevé, voire très élevé. La droite ne peut donc pas vanter ces dispositifs, et chercher à les multiplier (la situation budgétaire actuelle l’en empêche de toute façon). Mais la gauche ne peut donc demander l’annulation de ces exonérations de cotisations sans se poser aucune question sur les suppressions d’emplois que ces annulations causeraient.

 

Il faut ajouter à cela qu’il y a aussi des effets pervers auxquels on pourrait s’attendre : ce n’est pas parce que les exonérations n’ont pas créé d’emplois, ou peu, que leur annulation n’en supprimerait pas, ou pas beaucoup. On peut avoir le cas d’une entreprise bénéficiant d’exonérations, qui ne comptait pas créer d’emplois, qui n’en crée pas, et qui, plusieurs années plus tard, en même temps qu’elle fait face à une dégradation de son activité, apprend la suppression de son exonération. Et qui décide de réagir en réduisant la voilure, et de supprimer des postes. Ou encore une entreprise qui, suite à l’exonération, décide d’utiliser cette économie non pour créer des emplois, mais pour faire une importation qui créera des emplois à l’étranger, et qui appuiera de plus en plus son activité sur cette importation. Cette entreprise peut décider de supprimer des emplois en France en apprenant la suppression de l’exonération. Ou encore, beaucoup plus courant : si le SMIC augmente, une exonération qui n’était pas décisive pour maintenir un emploi peut le devenir. Aussi, le Conseil estime-t-il à 800 000 le nombre d’emplois qui seraient supprimés par l’annulation des exonérations de charge. Ce chiffre n’est cependant pas démontré et est donc facilement critiquable.

 

Le principal mérite des politiques d’allègements de cotisations sociales, si elles ont vraiment créé ou maintenu plus de 100 000 emplois depuis le milieu des années 90, est d’avoir mis l’attention sur le fait que faire payer le même taux de cotisations sociales à toutes les professions était contre-productif en termes d’emploi et de prélèvements sociaux. En revanche, elles ont pour défaut, outre leur coût par emploi créé, de justement s’opposer au remplacement du travail humain par la machine lorsque cela est possible, alors que justement, une économie moderne devrait assurer l’emploi sans s’opposer à cette automatisation…Du moins si l’on pense qu’un être humain est davantage destiné à la réflexion, à la création et à l’improvisation qu’aux tâches répétitives qui ne le distinguent plus de la machine.

 

En conclusion, du point de vue de la gauche, si l'on voulait toucher à ces 21 milliards d'euros d'exonérations pour équilibrer - pour un temps - le budget de la Sécurité Sociale, ça ne pourrait être qu'à la condition de trouver une alternative pour ne pas perdre d'emplois, ou recréer ailleurs les emplois perdus..

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Published by DiadoreCronos - dans Economie
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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 22:11

 

Avant de commencer la partie dédiée aux propositions, j’invite les lecteurs à relire la première partie, que j’ai enrichie de quelques statistiques qui seront utiles pour ce deuxième volet.

 

Je demande aux lecteurs de cet article de bien vouloir le lire jusqu’au bout, car une lecture partielle de ce sujet complexe ne mènera qu’à des incompréhensions totales.

 

Le principe : pouvoir limiter l’immigration


                Je ne suis pas hostile à l’immigration dans son principe. Mais, même si cela pourra heurter certains, il n’y a pas de « politique d’immigration » qui ne se fonde pas sur un pouvoir du pays d’accueil de limiter l’immigration. Il est cocasse d’entendre des associations ou formations de gauche n’avoir à la bouche que les mots « politique » et « alternatives », entendant par là – à juste titre- que faire de la politique, c’est se donner la liberté de faire des choix, et qu’en même temps ces organisations militeront pour obtenir, peu ou prou, l’abandon des frontières, du contrôle policier, de tout ce qui permet à un état de bloquer les migrations en tout ou partie. Il est de surcroît aberrant d’entendre les dénonciations d’un ordre « (néo)-libéral » qui prônerait « la liberté de circulation pour les marchandises et capitaux, pas pour les êtres humains », alors que les théoriciens du libéralisme comme Friedman demandaient justement la liberté de migration. De fait, en demandant l’abolition des obstacles à la migration, les immigrationnistes de gauche se situent à leur tour dans le refus du politique : on doit accepter l’immigration quelle qu’elle soit, on n’ a pas à avoir de politique dessus.

               

            Les lecteurs chevronnés de ce blog (cas théorique) pourront relever que dans mon article d’Avril 2007, je défendais moi-même peu ou prou l’idée que l’immigration ne se choisissait pas. C’est toujours vrai à la base : on ne choisit pas le fait que des mouvements humains aient lieu, pour des raisons économiques ou politiques, et on ne peut réduire à rien les entrées sur le sol français. Je suis d’ailleurs toujours sur l’idée que le développement économique du continent africain – qui, même s’il fait encore peu de bruit, est bien en cours, avec des croissances de PIB à 5% en moyenne sur la décennie passée- ne réduira pas l’émigration, bien au contraire. Plus de moyens par habitant dans un pays en développement signifie plus de moyen d’émigrer. Mais lorsqu’un pays atteint un niveau élevé de développement (cas de la Corée du Sud par exemple, ou de l’Espagne et du Portugal), l’émigration se réduit. L’émigration africaine finira sans doute par se tasser sur le long-terme, mais, vu le niveau actuel de développement du continent, l’échéance en est lointaine et nous ne sommes sans doute pas à l’apogée des départs vers l’Europe.

 

 


               

           Ce qui fait que les propositions qui seront développées dans cet article n’auront pas pour but de faire drastiquement baisser l’immigration, mais de permettre aux français, s’ils le décident, d’endiguer sa progression.

 

La liberté de migration totale…avec des incitations de non-migration


                Mes positions fondamentales sont plutôt libérales vis-à-vis des migrations. Comme je l’avais expliqué dans l’article de Janvier 2010, je ne voyais pas l’intérêt de fixer des limites à l’entrée sur le territoire français pour des pays tels qu’Haïti, la Russie, l’Afghanistan, le Sri Lanka, l’Irak…dont les ressortissants en France sont fort rares, et les situations dans  le pays d’origine préoccupantes. En Afrique, 60 % des migrants légaux viennent du Maghreb, et parmi les 34 000 arrivants d’Afrique noire, 24 000 viennent de neuf pays (Cameroun, Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, les deux Congo, la Guinée, Madagascar, Comores – ce dernier pays représentant un cas particulier du fait du maintien de Mayotte dans la France).

 

                Pour la plupart des pays du monde, on pourrait donc décréter la liberté de circulation avec la France, sans générer aucun risque d’invasion quelconque. Pour quelques pays d’Afrique, on doit se doter des moyens de limiter les flux. Mais pas nécessairement par la fixation de quotas et la traque de clandestins comme nous le faisons actuellement.

 

                Il s’agirait plutôt  de régulariser rapidement les personnes entrant en France pour une durée de plusieurs années, même sans autorisation des consulats français du pays d’origine, et ne recourir que rarement aux expulsions. Avant de préciser quels seraient les moyens qui permettraient de réduire à la source les départs vers la France, j’ajouterai que la disparition de la clandestinité nous donnerait (« nous » au sens de la République Française) un avantage important : la possibilité de connaître réellement et scientifiquement l’immigration. Une fois régularisés, les immigrés peuvent beaucoup plus facilement faire l’objet de statistiques, sur leur lieu de départ, sur les raisons de leur départ, sur leurs objectifs en France, sur le coût de leurs trajets.

 

                On aura donc une immigration apparemment plus forte en France (du fait de l’émergence de centaines de milliers de clandestins), mais qui pourra être plus facilement régulée du fait même de cette régularisation. Elle nous permettra notamment de mieux connaître l’immigration de travail africaine (en bonne partie clandestine). Nous avons vu que l’immigration africaine –légale- est majoritairement constituée de regroupements familiaux. Mais si cette immigration a lieu, c’est justement parce qu’il y a eu des migrations de travail par le passé, un peu encore aujourd’hui, et que des migrants clandestins sont régularisés. Et aussi parce qu’il y a eu des migrations d’étudiants dont certains sont devenus des travailleurs en France. Et cette migration étudiante n’est pas négligeable comme nous l’avons vu dans l’article précédent : 38 000 étudiants étrangers arrivèrent en France en 2006, dont 14 000 du continent africain. Nous avions aussi vu que  11% seulement de l’immigration africaine est le fait de mineurs. Les conjoints (de français ou d’étrangers) constituent 40% des immigrants africains arrivant en France. L’immigration africaine en France, c’est d’abord une immigration de travailleurs et d’étudiants, plus secondairement de réfugiés (8% des immigrants africains en 2006), qui suscitent ensuite une importante immigration familiale.

 

C’est donc sur cette question des migrations économiques  qu’il faut cibler l’approche pour pouvoir espérer moduler les migrations à venir. Migrations qui, dans le cas africain, sont pour l’instant davantage maghrébines que subsahariennes, mais qui pourraient devenir davantage « noires » à l’avenir, du fait de la réduction plus prononcée de la natalité en Afrique du Nord qu’au sud du Sahara. Et surtout du fait que l’Afrique noire a une bien plus grande marche à parcourir que les pays de la rive sud de la Méditerranée pour atteindre le niveau de développement qui rendra l’émigration inutile.

 

Premier moyen : réorienter l’aide au développement vers deux cibles : le sanitaire et éducatif


                La France s’est engagée à verser annuellement 0,7% de son PIB à l’aide publique au développement. Montant qu’elle honore peu (moins de 0,5% en réalité) et qui recouvre des sommes aux affectations très diverses : par exemple, l’enseignement prodigué à des étudiants étrangers en France est compté comme de l’aide au développement. Et ce 0,5% versé par la France est de fait annulé par les charges financières des états africains payant leurs dettes publiques.

 

         La première initiative - en dehors de l'annulation des dettes publiques des états africains - serait de monter nettement cette aide, à 1% du PIB au moins, voire plus, en tenant compte du fait qu’1% du PIB français représente 400% du PIB malien…

 

L’aide publique au développement a été accusée de nombreuses tares, en ce qu’elle enfonçait les pays receveurs dans une logique d’assistance, qu’elle n’incitait pas à développer des activités locales, qu’elle permettait plutôt de se fournir à l’étranger (l’argent pouvant revenir ainsi au pays donateur, qui s’octroie de fait une subvention à lui-même) créant ainsi une concurrence inégale pour les entrepreneurs locaux. Même si on validait d’emblée ces critiques, il n’en resterait pas moins que la situation humaine du continent africain, principalement subsaharien, sur les plans scolaire (que l’on peut mesurer par les taux de scolarisation primaire et secondaire compris entre 40 et 60% d’une classe d’âge pour la plupart des états d’Afrique noire) et sanitaire (avec une espérance de vie autour de 50 ans en Afrique subsaharienne, parfois moins) fait qu’on ne peut pas attendre pour intervenir. L’action prioritaire de la France devrait donc être de prendre en charge et de créer davantage d’écoles, d’universités, d’hôpitaux, de fournir une partie conséquente des budgets scolaires et sanitaires locaux. Et si possible de grouper les structures créées afin d’en faire des pôles d’emplois locaux.

 

Les effets de cette politique seront :


- d’améliorer la situation économique des personnes qui auront un emploi dans les écoles, universités, hôpitaux, ou dans leur sous-traitance, ainsi que de leur famille – qui sont plus étendues en Afrique qu'en Europe. Si les personnes qui auront ces emplois n’auront plus intérêt à émigrer en Europe, en revanche leurs enfants, cousins, ou autres proches pourraient utiliser les revenus qui leur reviendraient pour se constituer un capital à l’émigration. Donc cet effet d’enrichissement pourrait avoir dans un premier temps un effet amplificateur des migrations ;


- d’améliorer les conditions de vie aux alentours des pôles d’emploi. Si la France devait à nouveau expulser des migrants, elle disposera de sites vers lesquels les raccompagner en étant assurée que les expulsés bénéficieront quand même de la possibilité d’être soignés et de scolariser leurs enfants ;


- d’offrir aux étudiants africains la possibilité de faire des études de qualité dans leur continent d’origine, sans avoir besoin de venir en France.



Créer des concours de migration


                Ces pôles d’emplois permettraient également d’organiser des concours de migrations. Qu’est-ce donc ? Rien de bien nouveau si l’on songe aux loteries permettant d’obtenir la carte verte autorisant à travailler aux USA. Le principe est simple : créer un concours portant sur diverses compétences professionnelles, plus la connaissance de la langue française et des principes de base du droit en France. L’enjeu serait ni plus ni moins qu’un visa pour la France, avec naturalisation programmée à la clé, ainsi qu’un emploi offert, par exemple dans la fonction publique (ce qui correspond à une levée partielle de la préférence nationale à l’emploi public). Avec pour contrepartie l’obligation pour le lauréat de s’engager avec plusieurs autres personnes restées dans le pays d’origine à 1) ce que ces personnes restent hors de France ; 2) qu’une partie de son salaire en France soit transmis à au moins l’une de ces personnes. En cas de non-respect par un des signataires de la clause de non-immigration en France, sauf cas d’urgence humanitaire, le lauréat du concours perd tout, emploi, salaire, naturalisation accélérée.

 

                Comme un concours de grande école, le nombre de places serait limité, et on atteindrait sans doute rapidement un rapport de 5 ou 10 candidats pour un-e élu-e.

 

                Quel serait l’intérêt de cette politique ?


- le fait de recevoir en France des personnes qui seront économiquement intégrées en sachant qu’une quantité plus importante demeurera, par contrat, en Afrique, et qu’ils gagneront financièrement à y rester ;


- mais surtout, la réunion d’un nombre important de candidats aux concours, qui se déclareront donc comme tels dans les ambassades et consulats français, et qu’il sera possible d’interroger pour connaître leurs motivations pour émigrer vers la France, et les moyens qu’ils sont prêts à y mettre.


Créer des contrats de non-migration


                On arrive vers une pièce maîtresse du dispositif que je propose, qui sont les contrats de non-migration. Le principe est quasiment le même que le précédent, sauf qu’il n’y a pas de lauréat d’un concours ayant obtenu un emploi en France. Il ne s’agit que de proposer à plusieurs personnes de s’engager mutuellement avec la France à ne pas y émigrer, en l’échange de quoi la France verse une allocation à chacun des signataires majeurs tant qu’aucun d’entre eux ne viole l’engagement.

 

                On va tout de suite penser aux fameuses « aides au retour », qui, dès le « million (d’anciens francs) » de Stoleru dans les années 70, ont été des échecs massifs. La raison de ces échecs étant simples : en faisant la comparaison entre, d’un côté, ce qu’il avait dépensé pour venir en France, ce que son travail, légal ou pas, lui rapportait, la perte financière que représenterait pour lui et sa famille – au sens large – un retour en Afrique (perte de l’emploi en France), et de l’autre côté la petite aide au retour, il était évident que le migrant n’avait aucun intérêt à accepter cette proposition. Un clandestin qui passe d’Afrique en Europe peut verser des sommes allant jusqu’à dix mille euros aux passeurs. Si l’état français ne lui offre pas une aide au moins égale ou supérieure, le migrant ne rentrera pas, et ce plus encore s’il s’est adapté à sa vie en Europe, et s’il y avait également des motifs de sécurité personnelle dans sa migration.

 

                Ici, le principe est de proposer une indemnisation, en l’échange de la mise entre parenthèse du droit de migrer. C’est donc une politique plutôt libérale dans l’esprit. Mais surtout, cette proposition intervient avant le départ. Elle a pour but d’éviter au migrant potentiel la prise de risque qu’inclut un voyage (surtout s’il est illégal) et d’aller nourrir un passeur.

 

                Une autre objection sera qu’on encouragerait par ces contrats un assistanat permanent, direct et assumé des africains par la France. Ce n’est pas nécessairement ainsi que cela se traduit, tout dépend des modalités de calcul de la subvention. On peut très bien promettre aux signataires, non une subvention fixe, mais proportionnelle aux revenus qu’ils déclarent aux services fiscaux de leur pays. Autrement dit, plus ils s’enrichissent par eux-mêmes – subvention française exclue – plus ils gagnent. Pas très redistributeur, comme principe, me direz-vous ! C’est sans doute le moindre mal. Verser une subvention à des gens simplement parce qu’ils se seront engagés à ne pas bouger de leur pays peut être un très mauvais exemple au niveau microéconomique, et désinciter beaucoup de compatriotes au travail. Mais si, entre deux signataires, l’un s’enrichit deux fois plus que l’autre en subventions parce qu’il a le double en revenus issus de son activité personnelle, alors la désincitation disparait. Bien sûr, il reste le risque de fraudes. Mais si un signataire déclare plus de revenus qu’il n’en a en réalité, il est du coup plus imposable par le fisc de son pays ! Cependant, la subvention sera plafonnée, afin que les élites les plus riches des pays de départ – et les pays en développement sont généralement très inégalitaires en termes de revenus – ne puissent pas multiplier ainsi leurs gains.


                Sur ma droite, la principale critique contre ce projet serait son coût faramineux, et l'idée que ces propositions seraient prises d’assaut par des millions de personnes en Afrique. Je ne le pense pas. D’abord le coût : en Afrique subsaharienne, un salaire de 300 euros mensuels est un bon niveau de revenu pour une personne, ayant à charge un conjoint et au moins deux enfants. Si la France décidait de consacrer 0,5% de son PIB (soit dix milliards d’euros) à ces subventions, à raison de 3600 euros par an et signataire, on peut allouer cette somme à 2,8 millions de signataires, soit plus de dix millions de personnes si l’on inclut conjoints et enfants. Et sans doute plus encore, car je raisonne ici avec deux enfants par couple, quand la moyenne est de 7 naissances par femmes au Mali, 5 au Sénégal. Mais si l’on étend la mesure au Maghreb, c’est bien la norme de deux enfants qu’il faut prendre. Mais par rapport à une population d’Afrique noire francophone – à l’origine de l’essentiel de l’immigration subsaharienne – de plus de deux cent millions d’habitants, et de 80 millions de maghrébins, ces dix millions paraissent fort peu !

 

                C’est oublier que la migration n’est pas, et ne sera sans doute jamais accessible à la majorité des habitants de ces pays, pour une raison déjà expliquée : le coût du voyage et de l'installation en France pour le migrant et sa famille, que la migration soit légale ou pas. Il y a donc un moyen efficace de réduire le nombre de signataires potentiels sans réduire l’efficacité du dispositif, et qui est tout simplement de réduire l’accès du contrat à ceux qui avaient les moyens d’émigrer. Et concrètement, ça veut dire que l’on fait payer une caution pour avoir le droit de signer. Caution qui sera sans doute plus basse que le coût d’un départ et d’une installation en France. Mais ceux qui n’ont pas les moyens de migrer n’auront pas non plus les moyens de contracter.

 

                On peut trouver ces principes peu poétiques, peu conformes à un idéal égalitariste : un dispositif où le plus riche gagne encore plus, et auquel la majorité la plus pauvre n’a pas accès. C’est oublier que le but de ce plan n’est pas d’entretenir des pays entiers. Et pour les camarades, je citerai Lénine, lorsqu’il disait que le capitalisme n’était un mal que par rapport au socialisme, mais un bien par rapport au féodalisme. Les états d’Afrique noire sont certes entrés dans la mondialisation des échanges, mais pas vraiment dans une société capitaliste développée ; un pays comme l’Algérie reste marqué par une économie féodale et bureaucratique forgée par le FLN. Dans tous ces pays, la montée en puissance –déjà entamée bien avant que j’écrive- d’une classe moyenne de plusieurs millions de personnes, formant une puissance économique capable de contester le pouvoir d’une petite élite richissime, est la principale voie d’accès au développement. Je préfère encore que la France – et d’autres pays d’Europe, partageant les mêmes intérêts que la France, et formant une puissance financière bien plus grande – soutienne le développement de cette classe moyenne au pays même, plutôt que de voir la grande majorité de ces populations rester dans une pauvreté profonde, avec une minorité d’entre eux qui auront changé de continent à grands frais, en espérant faire revenir à leur famille une minorité de ce qu’ils gagnent.

 

Résumé des propositions


                La ligne que je propose est celle d’un libéralisme, au bon sens du terme, quant à l’immigration, libéralisme mis en parallèle avec une recherche d’informations facilitée par la disparition de la clandestinité, et avec une action intelligente pour couper court à la source à l’émigration, en la rendant inutile. Ainsi, plus de centres de rétention administratifs, plus de courses-poursuites entre sans-papiers et policiers, finissant en défenestration pour les premiers. Le principal risque qu’encourrerait une personne venue sans autorisation des consulats français sera d’être repérée par les forces de police, qui aussitôt la régulariseront, …et s’enquerront de savoir si la personne en question était cosignataire d’un contrat de non-migration, auquel cas la régularisation signifierait la perte des gains pour tous. La conclusion critique qu’on pourrait en tirer serait que ce système de contrats introduirait un auto-flicage des habitants des pays de départ. L’idée de flicage me parait excessive, et la question me semble plutôt être : préférez –vous que les africains régulent eux-mêmes leurs migrations, ou que ce soit la police française qui le fasse, sans parler de celles de Kadhafi, Ben Ali ou Mohammed VI, en tant que sous-traitants de la politique de l’immigration de l’Union Européenne ?

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Published by DiadoreCronos - dans Nation
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