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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

     www.pourlecommunisme.com est un site qui s'attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l'idéal communiste, faillite économique, etc...). Il ne fait la promotion d'aucun régime existant ou ayant existé par le passé, s'efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l'avenir.

     Vous êtes anticommuniste et voulez débarasser le monde d'un jeune fou qui, selon vous, risque de faucher à nouveau des millions de vies?

Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis?

Vous voulez simplement parler du communisme?

Alors ce blog est pour vous.

 

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 00:01

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Mercredi 21 Avril au soir, en train, je me rappelle que, huit ans plus tôt jour pour jour...

 

          Et je me suis rappelé d'une étude consacrée à cette fameuse journée que j'avais rédigée en Mars 2007. Il apparaîtrait hors contexte de la publier maintenant. Voilà pourquoi je l'ai intégrée à un article jadis consacré seulement à José Bové (vous vous rappelez, l'obscurantiste intégriste qui cassait tout, là... avec des moustaches...non, pas Hitler...vous ne vous rappelez plus? Pas grave) et que j'ai rebaptisé pour l'occasion.

 

C'est beau Internet, on peut même remonter le temps.

 

Je rappelle que ce blog sert aussi d'archive politique. Allez, très bientôt des articles plus en phase avec l'actualité.

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 23:51

            congresmjcf2010.jpg

 

ATTENTION LONG ARTICLE

AVERTISSEMENT :  CE COMPTE-RENDU EST STRICTEMENT PERSONNEL. IL N'ENGAGE EN RIEN LA FEDERATION DES JC DU 92, ET MES POSITIONS NE SONT PAS REPRESENTATIVES NI MAJORITAIRES DANS LA FEDERATION. TOUTE CRITIQUE DOIT DONC ETRE ADRESSEE A MOI SEUL.

            Le mouvement des jeunes communistes a tenu son congrès du 16 au 18 Avril. Etaient en question l’amendement de trois textes qui avaient déjà été étudiés par les fédérations du mouvement au cours du mois de Mars, et de renouveler la direction du Mouvement des Jeunes Communistes de France, son conseil national.

 

            Les trois textes décrivaient pour le premier l’analyse du monde dans lequel nous vivons, pour le second notre projet de société, et le troisième les principes de notre organisation et de son activité.

 

Les congrès communistes pour les nuls

 

            Je rappelle comment fonctionne le congrès du MJCF, fonctionnement assez proche de celui du PCF : un ou plusieurs textes nationaux sont proposés par le conseil national, et, au cours de congrès fédéraux (départementaux), les militants vont proposer des amendements, qui seront retenus ou non par votes au niveau de chaque fédération. Puis les amendements sont remontés au niveau national, où une coordination interne au conseil national tente de résumer les amendements des départements et de produire une nouvelle version du texte. Mais dans l’étape finale, le congrès national, les délégués de chaque fédération peuvent, s’ils ne sont pas satisfaits de cette nouvelle mouture, proposer à nouveau des amendements qu’ils ont votés, plus ou moins reformulés, pour adapter encore les textes nationaux, qui, après le congrès, définiront l’orientation du Mouvement des Jeunes Communistes de France (MJCF) jusqu’au prochain congrès (le dernier avant 2010 eut lieu en 2006).

 

L’analyse du monde et de l’Europe

 

            C’est principalement lors de la journée de Vendredi que les évènements les plus positifs ont eu lieu. Les deux premiers textes furent soumis à amendement ce jour-là. Pour le résumer très globalement, le premier texte actait la crise du modèle capitaliste, tant sur le plan économique que social ou écologique, recensait les mouvements de la « pensée dominante » (notamment le mythe méritocratique entretenu par la droite, ainsi que le « diviser pour régner » - on ne passait pas loin d’un nouveau délire contre « l’islamophobie »), puis évoquait les résistances « des jeunes » à travers le monde, principalement en Europe, en Amérique latine, puis au Proche-Orient. On était dans un discours assez « jeuniste » qui citait LES jeunes comme une classe opprimée et résistante, comme si la jeunesse formait une seule classe. Et surtout, pour ce qui était de l’Europe, ce texte se désolait de l’absence de convergence aboutie entre les contestations de la construction européenne « libérale » (mais pas de la construction européenne tout court), sans comprendre quelle en était la principale raison. Et cette raison, que j’ai fait valoir lors du congrès fédéral des Hauts-de-Seine, était que les idéologies dominantes dans les différents pays d’Europe ne sont pas les mêmes, tout comme les motivations des oppositions au Traité de Lisbonne. Par rapport à la France, l’Irlande est nettement à droite, et les arguments des nonistes irlandais de Juin 2008 (crainte pour la souveraineté fiscale de l’Eire, pour son commissaire européen, pour sa neutralité, pour sa législation sur l’avortement…) étaient assez peu comparables à ceux des français de 2005 (Europe « ultralibérale », crainte de la Turquie, du plombier polonais, de Bolkestein…). Dans la version initiale du texte, une référence positive était accordée à la Confédération Européenne des Syndicats (CES), comme organe de la convergence des luttes en Europe (1). Cette référence fut largement rejetée par les fédérations.

 

            Lors des débats du congrès, je n’en intervins pas moins, au nom de ma fédération, pour amender le texte et distinguer clairement la –possible- convergence des luttes en Europe et sa récupération pro-eurofédéraliste qu’incarne la CES. L’amendement fut largement adopté par les congressistes.

 

Bouches de Loire contre Val-de-Marne

 

            Dès le débat sur les amendements du premier texte, apparut une ligne de fracture entre des tendan… pardon des lignes idéologiques, qui se répartissent également géographiquement. Même si toutes les fédérations ne sont pas monolithiques (en tout cas pas celles des Hauts-de-Seine), et parce que je suis bien obligé de décrire les faits pour les lecteurs qui ne connaissent pas le MJCF, je dois citer les départements en questions. Du côté « marxiste orthodoxe », on trouve la fédération des Bouches-du-Rhône, de la Loire (d’où l’expression « Bouche de Loire »), du Rhône, partiellement celle du Nord, du Pas de Calais, un peu des Hauts-de-Seine. De l’autre côté, la fédération du Val-de-Marne, l’une des plus peuplée du MJCF, qui a défendu des positions moins "orthodoxes" et plus "sociétales". Une autre fédération, celle de Seine-Saint-Denis, exprime parfois des positions assez proches, mais est elle-même divisée entre marxistes et réformistes. Il existe d’ailleurs de petites rivalités entre fédérations du 93 et du 94. Rappelons cependant qu’au total 38 fédérations étaient représentées, dont beaucoup avec de très petites délégations (moins de dix voire cinq délégués), et inclassables sur les clivages que je viens d’évoquer. Rappelons aussi que l’actuel secrétaire national du mouvement, Pierrick Anoot, est issu de la petite fédération de la Somme.

 

            Comme ce fut le cas à Cuba, bien que ne me considérant pas globalement comme un marxiste, je me sens plus proche des «marxistes orthodoxes ». Je sais que ces descriptions de chapelles pourraient lasser des lecteurs, mais elles permettent de mieux situer les préoccupations des uns et des autres au travers des amendements déposés, et ces débats qui traversent le PCF dans son ensemble.

 

            Ainsi, dans l’étude du premier texte, les « orthodoxes » insistèrent pour que l’on replace les notions de prolétariat et de socialisme, tandis que le Val-de-Marne déposait des amendements, non dénués de pertinence pour beaucoup d’entre eux, contre la ghettoïsation, les discriminations, la dénonciation du néocolonialisme…Des lignes de rupture apparurent sur la question de l’environnement et du progrès technique : un amendement val-de-marnien condamnant les excès du progrès technique fut repoussé au vote, après une intervention bucco-rhodanienne rappelant que pour les matérialistes que nous sommes, le progrès technique fait partie des solutions, non du problème, tout comme je le pense. La Loire insiste sur la laïcité.

 

            Ma propre fédération déposa trois amendements (ce qui est appréciable vu le nombre de fédérations et d’amendements déposés, pour trois heures de discussions). Nous attaquons l’anticommunisme, qui ne se réduit pas à des parallèles entre l’Allemagne nazie et l’URSS, mais à des répressions comme l’interdiction temporaire de la jeunesse du parti communiste de Bohême-Moravie (KSCM). Nous demandons la reconnaissance de Cuba comme l’une des sources d’inspiration du socialisme en Amérique latine. J’interviens sur la Confédération Européenne des Syndicats. Par trois fois, la commission qui gère le débat propose de rejeter les amendements (comme elle le fait dans la grande majorité des cas). Par trois fois, elle est battue au vote et nos amendements sont retenus.

 

Le deuxième texte : passer aux revendications concrètes

 

            Le second texte présentait notre projet sur un plan apparemment classique pour le MJCF : d’abord vouloir le partage des richesses, le partage des savoirs, des pouvoirs, de nouveaux droits pour les jeunes…Bref, les principaux slogans du mouvement déclinés, dans la version initiale du texte, en une nécessité de « remettre l’argent au service des hommes » (curieuse conception qui consiste à parler de « l’argent » comme une réalité en soi, et non du système qui génère la production et donc une valeur à cet argent), à rendre les institutions participatives, à développer une école pour le savoir…et, dans la version initiale du texte, à réformer les institutions internationales (OMC et FMI compris !) et bien sûr à mettre l’Union Européenne au service du social et des citoyens… Les transformations textuelles qui avaient eu lieu suite aux conférences fédérales avaient déjà permis de casser l’idée que l’on pourrait réformer les institutions internationales, créées par les élites du capitalisme pour le capitalisme. Mais, mystérieusement, le texte parlait un peu plus loin de réformer l’Union Européenne !

 

            Le texte était devenu plus concret sur certains points : l’instauration d’un SMIC européen était réclamée, tout comme la semaine de 32 heures, l’allocation étudiante pour ne plus avoir à travailler pendant ses études…des sujets sur lesquels mon approbation est variable. Je refuse la semaine de 32 heures en tant que proposition immédiate, tout en approuvant l’allocation étudiante (mais de préférence conditionnée aux revenus des parents). Intervenait aussi l’exigence d’une Union Européenne ouvrant totalement ses frontières au reste du monde…

 

            Cette question de l’ouverture des frontières, ou de « l’Europe forteresse » m’a valu une mésaventure au cours du congrès fédéral des Hauts-de-Seine. J’avais, au cours d’un argumentaire contre les positions pro-européennes du texte initial du MJCF, fait une digression contre la notion d’Europe forteresse. En précisant notamment que depuis une décennie, un pays comme l’Espagne avait accueilli cinq millions d’immigrants, l’Italie et la France deux millions chacune (voire plus pour l’Italie). S’il existe effectivement une répression contre une partie des immigrés, les clandestins, et que ceux-ci servent d’armée de réserve à de nombreuses entreprises, même si des dizaines de milliers de personnes risquent leur vie et parfois la perdent en franchissant la Méditerranée sans avoir de visa, l’idée de l’Europe actuelle vue comme une « forteresse blanche » est un mythe. Ou alors c’est une forteresse dont certaines portes sont grandes ouvertes. Contrôlées et filtrantes, comme les murs de Ceuta et Melilla, mais ouvertes. Ces précisions m’ont valu de passer pour le rouge-brun officiel de la fédération, et une partie de mes amendements anti-européens furent rejetés parce que je ne citais pas l’Europe forteresse (sans qu’on me contredise sur l’inexistence de celle-ci, ni que l’on réponde à mes critiques de l’UE…d’autant que le meilleur moyen de s’opposer à l’Europe forteresse est encore de rejeter l’Europe fédérale !).

 

Marxisme contre « métissage »

 

            Dans le débat national s’opposèrent encore les deux ensembles précités (94 et dans une moindre mesure le 93 face à la Loire et les Bouches du Rhône) autour de deux notions : le marxisme et le socialisme d’un côté, et le métissage de l’autre. Les « orthodoxes » du 42 et du 13, tout comme d’autres fédérations comme celle de Paris ou de Côte d’Or, voulaient intégrer dans le texte national une revendication claire du socialisme comme collectivisation des biens de production. Plusieurs amendements de diverses fédérations étaient parvenus au national. Dès que l’un d’entre eux (celui de Paris) fut soumis au débat, aussitôt une opposition se constitua dans les deux grandes fédérations de la petite couronne. Dans le 93, on disait qu’on n’avait pas envie d’aller à la rencontre des jeunes en leur soumettant des grands concepts tels que le socialisme ou le marxisme, en déconnection des préoccupations concrètes du public visé. On en rajouta sur le caractère usé, daté, vieilli, archaïque de la théorie marxiste. Et surtout, que le combat des jeunes communistes était vu comme un combat pour de nouveaux droits, sans forcément viser un renversement de système encore inenvisageable (en clair, « le chemin est tout, le but n’est rien… » de Bernstein, dont Lénine jugea qu’il avait là merveilleusement défini l’opportunisme). Un intervenant d’une autre fédération ajouta, non sans pertinence, qu’il ne voulait pas voir revenir le règne de la citation marxiste dans les échanges entre jeunes communistes (sur le mode Lénine/Marx a dit… donc cela clôt la discussion). Du côté du Val-de-Marne, on intervint pour relancer le débat sur les étapes du socialisme : doit-on, avant de parvenir au communisme, et donc d’abolir l’Etat dans le schéma marxiste-léniniste, avoir une étape de socialisme avec un état fort ? Le Congrès avait voté plus tôt, sur proposition du Val-de-Marne, et approuvé par la Loire et les Bouches du Rhône, un amendement faisant de l’abolition de l’Etat le but du mouvement communiste. Lorsque le débat sur la notion de socialisme fut enclenché, un intervenant du 94 refusa la notion de socialisme, donc l’étape étatique du communisme, en considérant que c’était le maintien de l’Etat par les bolcheviques qui avait débouché sur les régimes dictatoriaux du bloc soviétique.

 

            A titre personnel, je ne crois pas en l’abolition de l’Etat, et je l’ai déjà exprimé sur ce blog. J’étais donc en désaccord avec les marxistes orthodoxes, mais aussi avec les anti-socialistes du 94 et 93 : ce qui doit être voulu, c’est justement un état socialiste, pour servir la prise du pouvoir des travailleurs, et en constituer le bras armé. Et l’analyse historique exposée par l’intervenant val-de-marnais me semble totalement fausse : c’est le contexte de guerre mondiale et civile qui a fait que la révolution bolchevique ne pouvait être démocratique, et nullement le maintien de l’Etat.

 

            Logiquement, je devais donc voter pour la reconnaissance du socialisme.

 

            Une intervention ligérienne recadra les choses, notamment que toute considération sur l’intérêt des jeunes pour le socialisme, ou l’archaïsme du marxisme, ne pouvaient qu’être subjectifs. Et surtout, que la lutte communiste ne pouvait être vue comme une série de petits pas vers l’amélioration des droits sociaux. Depuis l’époque où Bernstein prônait le révisionnisme, l’Histoire a montré que toutes les conquêtes du mouvement ouvrier sont réversibles, surtout s’il n’y a pas (ou plus) de pouvoir socialiste.

 

            L’amendement fut adopté au vote. C’est l’une des victoires du Vendredi, et elle fait parler d’elle dans le Parti. 

 

            Peu de temps après, le Val-de-Marne lançait son cheval de bataille :  le métissage. Le terme avait été expurgé des textes initiaux suite aux débats fédéraux. Le 94, soutenu à un moment par les Yvelines, retentera plusieurs fois de le réintégrer sur le texte sur le projet vu le Vendredi après-midi. On eu droit à des envolées lyrico-socio-philosophiques sans intérêt évident, et des confusions immédiates : pour la plupart des gens, dont moi-même, le métissage, c’est l’hybridation de l’identité. Un métis, c’est quelqu’un issu de deux types humains différents. Si c’est le métissage génétique que l’on prône dans le projet communiste, alors tous les non-métis sont donc exclus de ce projet (ce qui concerne la plupart des français, n’en déplaise à certains qui veulent absolument déformer l’histoire de France pour en faire celle d’un métissage permanent) ! Le discours sur le métissage n’est rien d’autre qu’un discours raciste qui inverse les arguments de la théorie de la race pure. Dès que cela fut évoqué en réponse, les « métisseurs » - du 94 principalement- y virent une déformation de leurs propos. Mais qu’est-ce qu’un métissage autre que génétique ? Un métissage culturel ? Une culture métisse est aussi un hybride. Le métissage ne peut surtout pas passer comme synonyme de l’ouverture aux autres cultures : on peut très bien être curieux de la culture d’autrui et s’en instruire, sans juger nécessaire de modifier profondément la sienne. Le métissage est ou ne sera pas, ce n’est pas au mouvement des jeunes communistes de l’interdire ni de le prôner. Tous les amendements qui voulurent intégrer cette notion furent déboutés au vote. Le Val-de-Marne retenta sa chance sur le texte traitant de l’organisation vu le Samedi après-midi, où cette notion aurait été pourtant encore moins pertinente, et fut également désavoué.

 

L’Union Européenne exécutée en moins de deux

 

            Un autre grand moment de ce Vendredi fut le rejet de la ligne européïste du MJCF. Preuve que, même sur ce point, les lignes bougent.

 

            Déjà, dans l’étude du premier texte, j’avais eu droit à une surprise : une fédération proposa un amendement rejetant le mythe de l’Europe sociale. De façon involontairement comique, un délégué parisien intervient pour dire qu’un tel amendement remettrait en cause la ligne du PCF et du Front de Gauche vis-à-vis de l’Europe. Et pour lui, ce simple fait aurait eu valeur d’argument ! A ma grande joie, l’amendement est adopté au vote. Le débat sur l’Union Européenne va prendre une tournure intéressante…

 

            …Et c’est ce qui se passe l’après-midi. Constatant que le texte reconnaît l’impossibilité de réformer les institutions internationales, la délégation des Hauts-de-Seine dépose un amendement visant à suggérer que l’Union Européenne puisse elle-même être irréformable, et qu’il faille être prêt à prôner la rupture avec elle. La fédération de Paris suggéra encore plus tôt un amendement qui fut soumis au vote en premier par la commission des textes, et qui stipulait qu’il était illusoire de réformer l’Union Européenne. Aucun contre-argument ne vint, et l’amendement fut largement voté, rendant le notre caduc.

 

            Le lendemain, un amendement de la fédération d’Ille-et-Vilaine tenta de dissocier l’opposition à l’OTAN et à l’Union Européenne et à réintroduire l’idée que nous voulions une Union Européenne. Il me suffit de prendre la parole pour exposer la contradiction que cela représentait avec le texte vu la veille pour que l’amendement soit rejeté à une quasi-unanimité.

 

            Ces évènements, outre d’être grandement réjouissants par rapport à ma ligne anti-européïste, ont aussi révélé que l’adhésion au mythe de « l’Europe sociale » s’est considérablement effritée depuis quelques mois voire années. La crise mondiale et le traitement auquel est soumis la Grèce n’y sont peut-être pas pour rien. Au congrès national, l’eurofédéralisme a cédé d’un coup tel une planche pourrie.

 

L’organisation ne reconnaît pas le centralisme démocratique

 

            La discussion du Samedi portait sur le troisième texte, relatif à l’organisation. J’étais déjà moins focalisé sur ce texte, car les fédérations de jeunes communistes ont toujours une relativement grande liberté d’action ; donc, sur le fond, je ne craignais pas grand-chose d’un texte sur l’organisation, sauf si elle apportait un fonctionnement encore moins démocratique que l’actuel. Ce ne fut pas le cas.

 

            Mais la liberté d’action des fédérations, justement, peut être un problème, si celle-ci permet aux uns et aux autres, en fonctions de leurs parti-pris locaux, de faire défection aux campagnes nationales lancées par le MJCF. Par campagnes nationales, j’entends tant les actions menées aux côtés du PCF, comme les campagnes du Front de Gauche, que les initiatives propres au MJCF, comme la campagne pour l’emploi et la formation (sur laquelle je n’ai pas donné mon avis, pour des raisons que j’expliquerai plus tard dans le texte). Les fédérations « orthodoxes » ont voulu réintroduire dans les principes du MJCF ce que nous appellons le centralisme démocratique. Ques aco, ce concept historique du communisme ? Et bien une règle simple : lorsque la ligne du mouvement est débattue, chacun a le droit d’être en désaccord avec la majorité, mais pas de constituer une tendance ; et une fois que la ligne est votée, chacun doit l’appliquer, même s’il s’était prononcé contre lors du débat.

 

            Si l’on applique cette idée au niveau de chaque militant, si chaque militant doit donc appliquer la ligne même sur des points qu’il contestait, alors je suis contre, parce que cela me semble illusoire et liberticide. Aucun adhérent du MJCF ne peut gager qu’il sera toujours en accord avec toutes les décisions du Conseil National (auquel cas j’aurais vite rendu ma carte, et celle du PCF avec). Lors de la campagne européenne du Front de Gauche, certains camarades, refusant la stratégie d’alliance avec les mélenchoniens, ne participèrent pas à la campagne. Je fus près d’être des leurs, et ne les condamne pas, même si au final j’ai participé aux campagnes européenne de 2009 et régionale de 2010. Chaque militant, pris isolément, peut considérer qu’une décision majoritaire –et même unanime- du CN est mauvaise, voire nuisible au Parti/Mouvement, et il est utopique de s’attendre à ce que 100% des militants s’engagent à mettre en pratique cette décision. Et si nous avions des moyens de les y forcer et les appliquions, alors nous serions une secte.

 

            En revanche, j’approuve le centralisme démocratique pour ce qui est des fédérations. Un secrétaire de section ou de fédération est quelqu’un qui s’est engagé et a pris des responsabilités, non seulement auprès des membres de sa section/fédération, mais aussi auprès du mouvement national. Il est donc normal qu’il applique la décision nationale. Aucune armée ne peut vaincre sans discipline. Le MJCF n’est pas une secte, mais il peut au moins s’approcher du fonctionnement d’une armée en marche.

 

            Un intervenant notait qu’il était vain d’écrire le principe du centralisme démocratique s’il n’y avait pas un réel suivi des fédérations. Ca n’en rendait pas moins le principe important, et je votais pour. Mais cette fois-ci, les « orthodoxes » furent minoritaires.

 

Les personnes bougent, mais pas dans le sens des idées

 

            Le congrès s’est mal terminé le Dimanche 18 Avril au matin, lors de l’élection du Conseil National, soit les 90 camarades qui prennent les décisions qui orientent et représentent le mouvement.

 

            D’abord un petit passage narcissique.

 

            Je m’étais moi-même présenté pour intégrer le Conseil National, au nom de la fédération des Hauts-de-Seine. Lors du congrès fédéral, à la fin du mois de Mars, ma candidature fut validée par 17 voix pour et 4 contre, malgré mes déclarations au sujet de l’Europe Forteresse qui avaient fait de moi le nazebol (3) des Hauts-de-Seine. Je suis resté en situation d’autocensure jusqu’au congrès national. D’où le faible rythme de publication sur ce blog (pour une fois que j’ai une bonne excuse pour ne pas publier). Et bien ça n’a pas suffi. Ma candidature n’a pas été retenue au conseil national. La principale raison me semble indépendante de ma volonté, puisqu’il y eut un redressement du rapport Province/Ile-de-France, en faveur de la province, où des fédérations se reconstituent. Mais lorsque l’on évoquait auparavant la surreprésentation francilienne, on évoque surtout deux ou trois fédérations : le 94, le 93 et plus relativement Paris. Au total, huit sièges franciliens sur cinquante sont supprimés, tandis que les fédérations de province en gagnent… un. Les Hauts-de-Seine sont intégrés dans le mouvement de restriction de l’Ile de France : on ne perd pas de sièges (on n’en avait que trois ceci dit), mais on n’en gagne pas non plus, malgré la progression du nombre d’adhérents. Sur cinq candidatures faites par le 92, deux sont évacuées, dont la mienne. Il y a aussi des facteurs qui m’incombent : les membres du CN sortant ont-ils lu mon blog ? Savent-ils à quel point je dévie de la ligne du PCF/MJCF ?

 

           Je paye aussi sans doute mes années d’inaction politique, c’est-à-dire 2006-2007, ma période niortaise où, hormis l’alimentation de ce blog, je militais dans la mesure du possible, c’est-à-dire peu, avec la section PCF, mais sans rejoindre les JC. Il faut dire que cela serait revenu à créer la fédération des Deux-Sèvres des Jeunesses Communistes, qui n’avait jamais existé ou pas depuis longtemps. J’aurais pu la créer au moment de la lutte anti-CPE, en allant à la rencontre des lycéens. Il aurait sans doute fallu un miracle pour qu’elle atteigne les dix adhérents. Et elle se serait sans doute évaporée à mon départ, ou directement dès que les examens du baccalauréat auraient envoyé la plupart des militants dans d’autres départements pour suivre leurs études (la JC de Vendée a connu ce sort en 2007, je n’en n’entends plus parler en 2010). Une telle activité aurait gonflé en tout cas mon CV militant, le mettant au niveau d’Olivier Besancenot (dont le seul fait d’armes avant de devenir une marionnet…pardon un porte-parole et candidat de la LCR était d’avoir créé une section syndicale dans un magasin).

 

            Fin du –gros- passage narcissique.

 

            Le plus inquiétant dans ce nouveau CN aura été le peu de places accordées aux fédérations de gros stal… pardon « orthodoxes » qui ont remporté de belles victoires idéologiques dans ce congrès : les Bouches du Rhône ont 4 sièges, la Loire 3, le Rhône (où la JC entretient des relations assez conflictuelles avec le PCF) un seul. La fédération du Nord a cinq sièges, mais n’est que partiellement « stal ». Le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis ont 11 et 12 sièges. Une fédération a été vidée du conseil : il s’agit de la Côte d’Or, dont l’unique siège a été enlevé. Tout cela parce que le conseiller bourguignon aurait fait preuve de « fractionnisme » en envoyant à plusieurs fédérations un mail contenant des amendements reçus par la coordination nationale et qui remontaient des congrès fédéraux. Ayant indirectement reçu le mail, je ne vois pas en quoi il y avait là esprit de tendance. Au contraire, je trouverais absolument normal que chaque fédération puisse publier les amendements qu’elle va envoyer au congrès national avant ledit congrès. Ce qui permettrait aux congressistes de préparer des fusions d’amendements convergents avant même d’arriver sur le lieu du congrès, et de faire gagner du temps et de la qualité aux débats. Mais l’appareil préfère rester seul à savoir…

 

(1)    Cette confédération, qui réunit 82 organisations de 36 pays, a certes mené de justes résistances à la dérégulation du travail en Europe, contre les arrêts Viking ou Ruffert, mais n’en promeut pas moins un « modèle social européen » de capitalisme régulé et encadré. Ce qui a difficilement sa place dans les préférences d’une organisation communiste.

 

(2)  Voir aussi le document suivant : http://jeunes-communistes.org/IMG/pdf/dossier_d_animation_de_la_campagne_Emploi-Formation_du_MJCF-3.pdf

 

(3)    Nazebol : national-bolchévique. Sorte de rouge-brun, alliant bolchevisme et nationalisme, pourquoi pas raciste. Espèce présente entre autres en Russie, avec un parti du même nom.

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Published by DiadoreCronos - dans Gauche radicale - PCF
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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 23:24

 

       Les évènements se précipitent dans le périmètre de l'ex-bloc soviétique : révolution au Kirghizstan, décapitation du pouvoir polonais dans un accident d'avion. En attendant que je consacre un article à la Pologne, il est urgent d'appeler les camarades à lire le texte écrit par cinq secrétaires fédéraux du PCF qui exigent le report du 35ème congrès national du PCF de Juin à Décembre 2010.

       En effet, un congrès "d'étape" est prévu en Juin. "D'étape", car il est question d'avancer sur les "transformations du Parti" (suite au refus des militants de changer le nom ou la forme "parti" du PCF lors de l'Assemblée extraordinaire de 2007 puis du Congrès de Décembre 2008). Il est aussi question de faire passer Pierre Laurent au rang de numéro un statutaire du Parti, en lieu et place de Marie-George Buffet.

 

       Et bien sûr, il sera à l'ordre du jour de "statuer" sur la stratégie du Front de Gauche.

 

       Nous n'avons que deux mois pour cela. C'est bien évidemment trop peu. Il sera impossible de rédiger des textes alternatifs (d'ailleurs certains au Conseil National ont envisagé qu'au PCF, comme c'est déjà le cas au MJCF, on abolisse la possibilité de proposer des textes d'orientation alternatifs à ceux de la direction sortante. Ainsi, le CN sortant pourra perpétuer lui-même sa ligne politique sans entraves).

 

       De la même manière que nous n'avons pas été consultés pour constituer l'alliance avec le Parti de Gauche fin 2008 en vue des Européennes, le congrès de Juin 2010 a toutes les chances d'acter ce que les dirigeants du Parti rabâchent déjà. A savoir que le Front de Gauche aurait été une "réussite". Alors que nous avons très peu de raisons de le penser, comme je le notais après le premier tour des régionales. Certes, avec 1.1 millions de voix sur 17 régions, nous faisons "mieux"... que la présidentielle de Marie-Georges Buffet en 2007. Il suffit de prendre la référence qui nous arrange... si maintenant on se base sur les législatives de 2007 (où le PCF faisait 1.2 millions de voix, sans être présents partout) ou sur les cantonales de 2008 (1 million de voix pour les candidats PCF, sur une partie du territoire également), alors il n'y a aucune raison de voir dans le Front de Gauche, qui en est déjà à son deuxième exercice, une réussite quelconque.

 

       Aussi, quand notre Sauveur bien-aimé Mélenchon affirme dans Le Monde du 9 Avril que "Tout le monde sait qu'un candidat communiste ne fera pas de score. Si on réussit les régionales, c'est parce que c'est le Front de gauche". Il n'a qu'à moitié tort. A moitié raison parce qu'il n'y a effectivement aucun candidat communiste crédible médiatique (1) à l'heure qu'il est. Mais il se base sur l'idée que les régionales ont été réussies, et sur un sondage qui lui accord 6% à la présidentielle de 2012 en cas de candidature Front de Gauche. Je rappelle pour ma part qu'en Janvier 2007, des sondages avaient donné jusqu'à 5% des intentions de vote à Marie-George Buffet. Et qu'on ne sait toujours pas qui seront les candidat(e)s du PS et d'Europe Ecologie, ni quelles campagnes ils/elles feront, ni quelle sera l'actualité qui conditionnera la présidentielle de 2012.

 

       Autrement dit, la principale assise de Mélenchon, actuellement, c'est sa grande gueule et son énorme égo.

 

 

       Mais les militants communistes n'ont aucune chance de faire connaître ces vérités en l'espace de deux mois. Il faut d'urgence repousser ce congrès dont les modalités d'organisation sont en soi une insulte à la démocratie interne.

 

Le texte des cinq secrétaires fédéraux :

 

(J'appelle tous les camarades à prendre contact avec le blog Réveil Communiste - ou avec moi-même, via diadorecronos@hotmail.com comme sur le site - pour envoyer leurs signatures de soutien à cette initiative).

 

http://reveilcommuniste.over-blog.fr/article-5-secretaires-federaux-demandent-le-report-du-congres-du-pcf-a-decembre-2010-48463118.html

 

(1)  Il y a des communistes capables de mener une campagne, le plus connu d'entre eux étant André Chassaigne, l'auteur d'une des seules vraies performances du Front de Gauche aux régionales. Mais encore faut-il que le député Chassaigne ait bénéficié de la moitié de la couverture médiatique de Mélenchon.

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 23:58

 

contre-risque-copie-1.jpg

 Préférer la dissuasion à l'affrontement brutal.

Voici l’article promis il y a quelques jours, où je dois parler des réponses que l’on peut apporter au problème de la prostitution. Je dois prévenir le lecteur de deux choses. D’abord, je vais aborder des sujets variés en apparence, en expliquant cependant dès le départ ce qu’ils ont de commun. Ensuite, je vais faire des propositions qui pourraient paraître comiques à première vue, mais qui sont en fait sérieuses. D’ailleurs, des propositions en apparence délirantes peuvent très bien être sérieuses en fait.

Je vais donc parler à la fois d’un problème comme la prostitution, mais aussi des luttes contre l’alcoolisme, le tabagisme, la délinquance routière. Pourquoi ? Parce qu’il me semble que ces fléaux ont une caractéristique commune, et que les traitements qui me semblent pertinents contre eux ont eux aussi un lien en commun. Ce lien, c’est ce que j’appellerai la stratégie du contre-risque. J’expliquerai pourquoi dans la suite mais commençons par le commencement.

Les fléaux addictifs : délinquance routière, dépendance à l’alcool et au tabac, prostitution

En quoi ces quatre sujets sont-ils reliés ? Quoi de commun entre les accidents de la route, les cancers du poumon, les cirrhoses, et la prostitution ? Le point commun, c’est que ces quatre problèmes peuvent être considérés comme des fléaux addictifs, c’est-à-dire qu’ils sont dus à un comportement addictif, à une dépendance. La mortalité routière est largement due à une tendance à la vitesse excessive chez un certain nombre de conducteurs (1), couplée dans de trop nombreux cas à la consommation d’alcool ou de drogues. Les dépendances au tabac et à l’alcool ne sont un mystère pour personne. Et la prostitution résulte aussi de cette dépendance aux pulsions sexuelles qui pousse à fréquenter une filière virant parfois à l'asservissement des femmes (il existe des prostituées libres, mais combien d'esclaves?). Le rôle de l’addiction est ce qui relie ces quatre sujets. Et c’est aussi par ce biais que l’on peut relier ces quatre problèmes, si l’on s’intéresse aux moyens de les combattre.

Les individus sont-ils rationnels ?

             Commençons par la mortalité routière. Même si elle continue de faucher plusieurs milliers de vies par an en France (moins de 5 000), elle n’en a pas moins nettement chuté par rapport à la situation du début des années 70, où 17.000 personnes restaient sur le bitume en un an. Notons d’abord une chose. Les libéraux dénoncent dans la politique de répression mise en place par l’Etat depuis les années 70 (ceinture de sécurité, permis à point, renforcement des amendes et peines contre les violations des limitations de vitesses et les responsables d’accidents…) une atteinte aux libertés individuelles. L’individu étant rationnel, le fait de réprimer des comportements individuels avant même qu’ils n’aient provoqué de catastrophes (2) revient à infantiliser les individus. Loin de moi l’idée de vouloir défendre l’infantilisation des citoyens, mais dans l’histoire de la délinquance routière, un fait remet en cause l’idée de la rationalité des individus. En effet, si les individus sont rationnels, alors pourquoi, dans les années 70, la simple consultation des statistiques de la mortalité routière n’aurait-elle pas incité les automobilistes à changer leurs comportements ? Voir que  17.000 personnes meurent sur les routes françaises devrait inciter à modérer sa vitesse, à respecter le code de la route, à s’assurer du bon entretien de son véhicule. Il a fallu trente ans pour que le nombre de décès soient divisés par trois (alors que la population montait d’un quart). Alors peut-on parler d’un comportement rationnel chez la plupart des individus concernés ? On pourrait faire le même raisonnement pour l’alcoolisme et le tabagisme. Sauf que ces deux fléaux s’accompagnent d’une dépendance biologique et psychologique à la consommation. On peut mettre à part le sujet de la prostitution, car le client n’est pas vraiment lui-même la victime de son comportement. Mais la lutte contre la prostitution aura besoin du même expédient que nous allons aborder, à savoir le contre-risque.

Le contre-risque

             Pour lutter contre l’insécurité routière, l’Etat a utilisé massivement la menace de la sanction financière, voire de l’emprisonnement, ou du retrait de permis. Toutes ces sanctions sont peu appréciables (normal pour une sanction) pour celui à qui on les inflige, mais notons qu’elles sont tout de même très inférieures au risque que l’Etat cherche à nous épargner : la mort ou un handicap lourd dans un accident routier. Alors que la lecture des statistiques de la mortalité routière des années 70 n’a pas fait réfléchir et réagir les automobilistes, la crainte pour le portefeuille ou le permis a en revanche eu un effet net, notamment au début des années 2000, où l’on passa de 7-8000 morts annuels à un peu plus de 4000. L’Etat a recouru à ce que j’appelle le contre-risque : opposer à un risque connu et gravissime, mais face auquel les individus n’ont que trop peu tendance à se protéger eux-mêmes, un risque bien moins grave (une amende ou un retrait de permis) mais dont l’effet psychologique est bien plus décisif.

             Bien sûr, cette politique est critiquée, certains y voient un état policier, et elle s’encombre d’absurdités pratiques et juridiques (par des emplacements de radar abusifs notamment). Mais il est difficile de faire autrement pour un sujet tel que l’automobile, ou alors guère différemment (3).

Le contre-risque adapté au tabac et à l’alcool.

L’Etat tente de plus en plus d’appliquer cette logique à la lutte contre le tabagisme. Ainsi les interdictions de fumer dans un nombre croissant de lieux publics, ou l’augmentation du prix du tabac. Pour l’alcool, l’offensive est plus timorée, étant donné la plus grande importance de l’économie viticole et alcoolière par rapport à l’industrie tabagique. Les réactions sur le caractère liberticide de cette politique ont été bien plus virulentes que pour la répression de la violence routière (4).

De mon point de vue, l’Etat a raison de s’engager contre ces deux addictions mortifères, qui causent à elles seules 10 à 20% de la mortalité en France (entre 50.000 et 100.000 décès annuels, sur 550.000 dans notre pays). Cependant le fait de procéder par interdictions n’est pas la meilleure façon d’exploiter la stratégie du contre-risque.

Il y aurait une façon à la fois plus amusante, plus libérale et plus efficace de réduire la dépendance au tabac et à l’alcool. Il s’agirait tout simplement de rendre la consommation de ces produits dangereuse. Elle l’est déjà, me direz-vous, et des milliers de gens le paient de leur vie. Mais il s’agirait de la rendre immédiatement dangereuse, et avec un danger d’une bien moins grande gravité et qui arrive bien plus vite. C’est là l’application la plus intelligente du contre-risque.

Concrètement, cela signifierait la distribution par l’Etat (ou sous son contrôle (5)) de cigarettes de mauvaise qualité, vendues de façon indiscernable des autres cigarettes dans les mêmes paquets. Des cigarettes puantes par exemple (plus que les cigarettes ordinaires). Le genre de clopes qui, même si elles ne constituaient qu’un exemplaire sur 3, 4 ou plus, pourraient faire passer l’envie à de nombreuses personnes de recommencer, et pas par crainte du cancer du poumon. Pour la distribution d’alcool, même pratique : une fraction minoritaire des bouteilles pourrait être injectée d’un additif qui les rendrait imbuvables, sans être dangereuses pour la santé. Pour le tabac comme pour l’alcool, les consommateurs pourraient tenter de détecter après l’achat les produits consommables des autres ; mais ils auront quand même payé plus cher en achetant plus d'unités. Et même si les consommateurs raisonnables de tabac ou d'alcool pourront toujours distinguer après coup les bonnes unités des mauvaises, les addicts (poivrots ou fumeurs invétérés) seraient forcément piégés à un moment ou à un autre. Ils pourront tenter de s’approvisionner par des filières illégales. Mais l’Etat pourrait également organiser lui-même ses réseaux « clandestins », et refiler également des cigarettes et binouzes pourries.

Ce dernier point pourrait soulever des critiques sur le fait que l’on pousserait les consommateurs à acheter un produit de mauvaise qualité. Ce qui serait savoureux quant on sait la quantité de poisons que l’on peut trouver dans une simple cigarette.

Le contre-risque adapté à la prostitution

              Nous arrivons maintenant au sujet de la prostitution. Face à ce problème, deux approches principales se dégagent : d’abord la tendance prohibitionniste, qui vise à interdire la prostitution, et pourquoi pas à sanctionner les clients. C’est par exemple ce que fait la Suède. Mais la critique courante de cette tendance est qu’elle a principalement amené la prostitution à s’organiser dans des lieux reculés, où les victimes de ce trafic sont encore plus maltraitées, impossibles à suivre pour les associations d’aide aux prostitué-e-s, et à l’abri de la surveillance policière. S’est donc opposée au prohibitionnisme la tendance qui veut la régularisation du commerce sexuel, avec un encadrement. Les prostituées, ou plus sûrement leurs proxénètes, deviennent des «entrepreneurs»  ayant pignon sur rue. Les partisans de cette approche considèrent que puisque la prostitution est un phénomène qui a toujours existé, et qu’on ne peut le supprimer, alors autant l’officialiser, pour pouvoir lui donner un meilleur suivi social. C’est dans cette veine que reviennent les propositions de rouvrir les maisons closes, avec le soutien de politiciens de l’UMP mais aussi d’Europe Ecologie.

             Comme le pointaient les féministes écrivant dans l’Huma que je citais dans le précédent article, cette approche « régulationniste » est loin d’avoir tenu ses promesses. Dans une maison close, une esclave reste une esclave. Qu’elle soit retirée de la rue et donc de la violence des délinquants survenant au hasard des chemins n’empêche pas qu’elle soit toujours exposée à la principale source de violence que subissent les prostitu-é-s, celle du client ou du proxénète.

             Je m’en tiendrai donc à l’approche prohibitionniste : la prostitution doit être abolie, ou du moins grandement diminuée, pas encadrée. Mais je tiens compte des critiques contre l’action répressive de la police, qui aurait plus pour effet de rejeter la prostitution dans l’ombre que de la réduire.

             La stratégie du contre-risque dans le cas de la prostitution consistera à créer un risque pour celui qui fait l’objet d’une addiction, donc le client. C’est lui qui doit être menacé. Mais pas par une répression policière visible, décelable et au final contournable. Le client court déjà des risques, comme celui de contracter une maladie sexuellement transmissible. Mais c’est un faible frein. Le vrai risque serait que le simple fait de demander une passe expose le client à un risque physique immédiat. En clair : que le client risque de se faire casser la gueule par une fausse prostituée qui serait en fait une vraie flic.

Problèmes de droit

             Cette proposition peut paraître surprenante voire choquante. Envoyer des policières (ou des policiers travestis) à des affrontements avec des particuliers peut sembler être une mise en danger des agents des forces de l’ordre (or, n’est-ce leur métier ?). Aussi, cogner de simples clients peut sembler trop sévère, et illégal. Mais la loi peut changer : la passe pourrait être assimilée à un viol, et le client à un violeur. Les policiers ne traqueraient pas les clients. Mais un client molesté qui viendrait se plaindre de son traitement serait alors directement assimilé à un violeur.

             Cette méthode aurait l’avantage de pouvoir se glisser partout : les vraies-flics fausses-putes pourraient agir tant sur le trottoir que par Internet, dans de fausses maisons closes…Et ne laisser aucun lieu où la prostitution pourrait se réfugier. Certes, cette tactique ouvrirait une brèche dans le principe de l’habeas corpus, c’est-à-dire le droit de chacun à l’intégrité de son corps : la police aurait le droit de violenter quelqu’un sans qu’il ne s’agisse de légitime défense. Mais cette remarque est naïve : frapper sans être en légitime défense, les forces de police ou pénitentiaire le font dans les commissariats, lors des expulsions, ou dans les prisons.

             A l’inverse, que fait-t-on du droit à l’intégrité des prostitué-s, surtout lorsqu'elles/ils n'ont pas choisi ce métier ? Et de toute façon, une prostituée "libre", connue de ses clients, pourra toujours exercer. Il ne s'agit donc pas de proscrire tout échange de passes entre adultes consentants.

Le véritable problème: la motivation démocratique

                    On ne saura traiter ces quatre sujets liés à des addiction sans aborder le problème central : encore faut-il que le pouvoir s'intéresse vraiment à la question. La vidéo de Mélenchon dans le précédent article pose tout à fait le problème : Mélenchon se justifie en disant qu'aucun électeur ne lui parle de la prostitution. Et en effet, les prostituées sont peu nombreuses, et votent sans doute peu. Pour ce qui est du tabac et de l'alcool, la contestation d'une partie de l'opinion s'est manifestée, et ce fut également le cas pour l'insécurité routière. Aux élections régionales de 2004, qui furent (déjà) une défaite de l'UMP, un député de la "majorité" fut contraint d'admettre le problème, et lâcha qu' "il vaut mieux perdre la voix d'un imbécile que perdre des vies".

                     Il n'est pas impossible d'avoir des militant-e-s anti-prostitution décidé-e-s, tout comme il en existe contre l'insécurité routière. Encore faut-il faire partager leurs motivations. Peut-être faudra-t-il primer ceux qui prouveront que l'Etat n'a pas libéré les esclaves des proxénètes?

 

En conclusion, je développe simplement ce qui fait le fil rouge de l’article, à savoir la stratégie du contre-risque. Elle consiste, face à un fléau résultant d’un comportement addictif d’un grand nombre d’individus, à combattre ledit fléau en créant un risque lié à l’addiction elle-même, qui sera moins dangereux que le mal que l’on veut éviter, mais plus immédiat. Dans certains cas, la stratégie du contre-risque ne peut consister qu’en une répression policière (cas de la délinquance routière). Mais dans d’autres cas (lutte contre l’alcoolisme, le tabagisme ou la prostitution), cette stratégie constitue une alternative à la surveillance policière traditionnelle, car le risque nouveau se situe dans la consommation même du produit addictif, non dans le contrôle policier. Elle pourrait être plus efficace, mais aussi plus libérale.

Car, en fin de compte, on n’interdit à personne de se procurer du tabac, de l’alcool ou même une passe. On ne fait que créer un risque (donc incertain) nouveau à ceux qui tentent. Il existe probablement des prostitué-e-s « libres », c’est-à-dire des gens qui se vendent sans être sous la coupe d’un réseau de proxénètes et qui ne le font même pas pour survivre. La stratégie que je propose ne les empêche pas d’agir. Elle rend juste la situation beaucoup plus hasardeuse pour les clients.

Certains ont reproché aux politiques étatiques de répression du tabagisme ou de la délinquance routière d’incarner la dérive de l’Etat vers un « Etat-nounou » infantilisant. Je propose pour ma part de gagner quelques années d’âge mental en passant à l’Etat-farceur. L’Etat pour adultes, ce serait l’idéal. Mais il suffit de voir le comportement de certains citoyens  vis-à-vis des autres ou de leur propre intégrité  pour comprendre que ce n’est pas pour demain.

 

(1)     Des études contestent que ce soit la vitesse moyenne des conducteurs présents sur un tronçon de route qui cause les accidents, mais que ce seraient les écarts élevés entre les vitesses des différents conducteurs qui aggraveraient le risque. Mais même en admettant cela, il n’en reste pas moins que le meilleur moyen de réduire la variance des vitesses reste de rouler à une vitesse modérée !

(2)     Ce qui signifie que pour certains libéraux, on devrait attendre qu’un chauffard ait blessé ou tué des gens pour le sanctionner. Punir quelqu’un qui roule à 200 kms/heures est une atteinte à la liberté. Ne riez pas, j’ai réellement lu ces affirmations, et au premier degré.

(3)     Des libéraux considèrent que la répression étatique de la délinquance routière est en soi une mauvaise solution, liberticide et inefficace. Ils proposent à la place une régulation par les assurances automobiles (qui animent déjà en France la Sécurité Routière), en leur donnant le droit de placer sous les capots de leurs assurés des mouchards qui relèveraient les vitesses moyennes du véhicule. Et ajusteraient donc la prime d’assurance en fonction de la conduite de l’individu. On se doute qu’un assuré qui refuserait le mouchard aurait droit à une surprime, puisqu’il représenterait selon toute vraisemblance un risque de sinistres élevé. On voit donc difficilement en quoi cette politique laisserait du choix à l’individu, en quoi elle serait libérale, et pas plutôt « liberticide ».

(4)     Et ce avec un emploi abusif du terme « fasciste » pour désigner la politique antitabac du gouvernement. Un vocable qui non seulement banalise le fascisme, mais aussi pourrait lui donner une connotation positive ( le fascisme mussolinien avait-il pour but de diminuer la mortalité cancéreuse et de sauver des vies ?).

(5)     Rappelons que l’ancienne société publique tabagique, la SEITA, a été privatisée en 1995 et renommée ALTADIS suite à une fusion en 1999.

 

 

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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 00:32

       Voici la dernière prestation du "camarade" Mélenchon.


       Le contexte est le suivant : pendant l'entre-tour des régionales, Mélenchon, tapin... pardon militant pour la "gauche" au second tour des régionales, est interrogé par un étudiant journaliste de Sciences-Po. Mélenchon commence par s'indigner que, deux jours après le premier tour des régionales qui ont vu une très forte absention, des journaux comme le Parisien n'aient mieux à faire que de titre sous la réouverture des maisons closes.

       En effet, récemment, une députée UMP, Chantal Brunel, proposait la réouverture des bordels, fermés en France depuis 1946, au prétexte bien connu que les prostituées y seraient "protégées des violences de la rue". Le Parisien y a consacré une Une.

Et le jeune journaliste, entendant Mélenchon pester sur cette une, lui demande son avis sur le sujet.

 

       Voici le résultat.

 
 

       Les commentaires de cette vidéo, que ce soit sur Rue89 ou Dailymotion, sont souvent favorables au président du Parti de Gauche, félicité pour avoir eu la franchise de traiter les journaleux comme ils le méritent.

 

       Précisons au passage que la séquence est bien évidemment tournée sans l'accord de l'intéressé. Il y a donc, dans la publication initiale de cette vidéo sur le Net, une violation de la vie privée de Jean-Luc Mélenchon. Certes. Mais le contenu de cette vidéo n'en soulève pas moins de sérieuses objections à l'attitude (et sans doute la personnalité) du politicien.

       Pour ma part, en effet, je trouve que Mélenchon est odieux et en tort sur le fond (pour la forme j'ai une grande tolérance).

 

       Je ne soutiens pas les journalistes en tant que corporation, et encore moins Sciences Po.

      

       Je ne suis pas partisan de la réouverture des maisons closes (lire à ce sujet la réaction de militant-e-s féministes dans l'Huma; voilà des gens pour qui ce sujet n'est pas trop superficiel pour qu'ils s'abaissent à le commenter, contrairement au seigneur Mélenchon).

 

       Entendons nous bien.

       La prostitution, c'est l'esclavage sexuel le plus violent que subissent des dizaines de milliers de femmes en France. On peut être pour ou contre la réouverture des maisons closes, la condition de ces femmes et les moyens de mettre fin à leur calvaire sont effectivement un sujet politique important. Politique, et pas seulement "sociétal". Il y a bien des sujets que l'on peut trouver sans dignité politique, comme la régularisation du cannabis, ou jadis le PACS: de l'action ou inaction politique sur ces sujets ne dépendent pas des vies humaines.

 

Tandis que ne pas traiter la prostitution, c'est effectivement laisser des milliers de personnes (très largement des femmes, mais aussi quelques jeunes hommes ou garçons) dans une situation de sous-humanité.


       Jean-Luc Mélenchon aurait pu dire qu’il était contre les maisons closes, et pour de véritables actions afin de mettre fin à l’esclavage sexuel. Ou alors, il aurait pu dire au minimum qu'il n'avait pas de déclaration construite à faire sur ce sujet, et qu'il préfèrait parler d'autre chose.


       Mais non.


       Il dit texto, à environ une minute du début de la vidéo, que le sort des prostituées, il n'en a "rien à faire". Il dira ensuite que c'est un "sujet de merde", avant de partir dans un long délire anti-journalistique, insultant par la même occasion des journalistes consciencieux, car il y en a. Il faudrait que Mr. Mélenchon sache que tous les journalistes n'ont pas pour métier de décider de la Une d'un quotidien national. Beaucoup font des articles et des reportages, parfois dangereux, qui ne leur apporteront pas de gloire.

 

            Maintenant, posons-nous la question : si le sort des prostituées est un « sujet de merde », alors que sont les vrais sujets ?

                       

-      La branlette autour de « l’Europe Sociale », que nous ressasse l’ancien partisan du Oui à Maastricht qu’est Mélenchon, et qui n’engage que ceux qui y croient ?

 

-       Des mesures ineptes et démagogiques comme le « revenu maximal » ? (1)

 

-      Ou alors dénoncer, comme le sénateur de l’Essonne l’a fait le 1er Mars à la Mutualité (en présence de votre serviteur), les polémiques actuelles autour de l’Islam, de l’intégrisme religieux, de la burqa et des minarets, polémiques qui serviraient à préparer un génocide des musulmans en France ? 

 

C’est ça, tes « vrais sujets », Mélenchon ?


       Par sa réaction, Jean-Luc Mélenchon prouve:

 

1) qu'il ne sait pas garder son sang-froid, même face à un étudiant;

2) qu'il pratique des généralisations injurieuses et abusives à l'égard des journalistes ;

3) qu'il méprise la condition dramatique de milliers de personnes réduites à la prostitution.

 

       Intempérance, bêtise et inhumanité : pas vraiment des qualités pour un candidat à la présidentielle de 2012...

 

       Pour moi c'est décidé, Jean-Luc Mélenchon ne sera pas mon candidat en 2012. Ou alors il faudra qu'il en fasse beaucoup pour me faire changer d'avis.

 

       Certains diront peut-être: "Tu parles du drame de la prostitution...Mais tu proposes quoi, toi, qui critique le refus de Mélenchon de s'exprimer sur le sujet?". Et bien ce sera l'objet d'un article en fin de semaine.

 

Vous pouvez, en attendant, également lire l’article de Christine Tasin sur Riposte Laïque, qui a eu à peu près la même réaction que moi.

 

(1)    : Vouloir limiter les revenus en réaction aux délires des rémunérations de la haute finance ayant contribué à la crise financière est apparemment une idée de bon sens. Sauf que cette idée ne règlerait rien  car elle serait, une fois promulguée, contournée de tous les côtés. Imaginons que la banque Y veuille offrir un revenu de 20.000 euros par mois à Mr. X, trader, pour éviter qu’il ne parte aux USA ou dans d’autres contrées plus « libérales ». Mais la loi française interdirait des revenus supérieurs à 10.000 euros mensuels. Alors la banque Y va tout simplement embaucher ou utiliser un homme de paille Z à qui elle transfèrera 10.000 euros, que Z remettra au noir à Mr. X. Et si le fisc français trouve le moyen d’intercepter tous ces échanges (on imagine quel appareil policier énorme il faudrait pour cela), et bien Mr. X et nombre de ses autres camarades de promotions de Polytechnique, Supélec, Centrale ou autres partiront à l’étranger. Pas grave en soi si l’on a un nouveau système permettant de les remplacer. Mais une fuite accélérée des cerveaux peut être dommageable si on n’a en tête qu’une grosse social-démocratie à l’instar de celle prônée par le Parti de Gauche…

 

 

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 23:53

... DE TOUTE FACON LES COMMUNISTES N'ONT PAS D'HUMOUR.

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 22:01

 

Panne d'articles en ce moment: charges professionnelles, congrès du MJCF en préparation (et je n'ai pas publié mes amendements, ce serait répétitif à force)... et surtout alors que les sujets actuels demanderaient un temps que je n'ai pas. Réformes des retraites chez nous, réforme des assurances santé aux USA (en attendant une nouvelle réforme salvatrice et ultime de l'assurance-maladie en France), abandon de la taxe carbone...


La Wéunion sé plu a nou zot (1)



Sinon, j'aurais voulu signaler, suite au second tour des régionales, la perte de la seule région de France administrée par un parti communiste. Mais réunionnais celui-là (2). Le Parti Communiste Réunionnais de Paul Vergès, 85 ans, a en effet perdu le conseil régional par 37% des suffrages exprimés, contre 45% à l'UMP, alors qu'une liste PS se maintenait au second tour avec 17% des voix. J'avais en premier lieu pensé à une réédition des scénarii où le PS a secondé la chute des élus PCF, pour ensuite récupérer les sièges aux dépens de la droite à la prochaine échéance.

 

La situation réunionnaise me faisait initialement penser à celle de Colombes où, en 2001, le maire communiste, Dominique Frelaut, après 36 années de mandat, fut finalement battu par la droite, avant que le PS ne gagne la ville avec le PCF en minorité en 2008. A Colombes comme à Saint-Denis de la Réunion, l'âge du candidat et l'incapacité du parti (communiste) à organiser sa succession furent fatals.

Mais, après quelques lectures, il m'est apparu de profondes différences entre les deux contextes. Une gestion assez "familiale" du PCR par Vergès, des alliances avec des  candidats de droite, un cafouillage inextricable au sujet des alliances avec la liste PS entre les deux tours (alors qu'à Colombes socialistes et communistes marchent depuis longtemps ensemble, pour le meilleur et de plus en plus pour le pire...)... Je vous propose davantage de précisions avec les articles suivants:

http://www.temoignages.re/comment-la-federation-du-parti,42398.html
(Témoignages est la revue du Parti Communiste Réunionnais)

http://www.zinfos974.com/Pour-le-PS,-l-affaire-TAK-a-fait-perdre-la-gauche_a16226.html
http://www.zinfos974.com/Paul-Verges-a-reconnu-que-son-travail-l-a-eloigne-de-sa-base_a16200.html
http://www.zinfos974.com/Andre-Thien-Ah-Koon-11eme-sur-la-liste-de-l-Alliance_a15855.html
http://www.lemonde.fr/elections-regionales/article/2010/03/22/a-la-reunion-l-ere-paul-verges-prend-fin_1322360_1293905.html
http://www.zinfos974.com/Il-y-a-63-ans,-en-mai-1946,-Paul-Verges_a3046.html

Sur Paul Vergès lui-même :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Verg%C3%A8s
http://www.lexpress.fr/region//paul-verges-au-scanner_852392.html

 

Les refons quittent le navire

 

Changeons de sujet, et remarquons qu’aujourd’hui le PCF a encore perdu des membres. Après quelques milliers d’électeurs (merci le Front de Gauche), après Jean Ferrat…

vient le tour de…

(suspense)

Patrick Braouezec.

 

Et vous devinerez pas la meilleure ?

 

Il se casse pas tout seul.

 

Bon d’accord, il n’emmène pas Gayssot avec lui, et encore moins Marie-Georges ni Pierre Laurent. Mais à sa suite, se cassent : Roger Martelli, Jacqueline Fraysse, Lucien Sève, Patrick Jarry…

 

Mais qui sont donc tous ces gens ?

 

Des refondateurs, ou encore des « refons ». Des gens qui étaient membres du PCF tout en pensant que le Parti est mort et qu’il faut se reconvertir dans une mélasse de gauche-citoyenne-sociale-écologique-bisounoursienne. Que l’histoire du PCF est insurmontable, qu’on n’arrivera pas à expier le passé soviétique. Mais ce sont surtout des gens qui n’ont plus d’idées communistes, pour qui l’abolition de la propriété privée du capital productif n’est qu’une vieillerie. S’ils ne pensaient pas ainsi, ils sauraient que l’abandon du terme « communiste » dans le nom du Parti – abandon qu’ils préconisent – ne changerait rien au fait que nos idées et nos projets sont communistes. Mais, dans la réalité, ils ne sont plus du tout communistes, juste vaguement sociaux-démocrates, et ils pensent qu’il suffit de deux-trois discours bourrés des mots « citoyen », « durable », « démocratique », « progrès », « ensemble », « écologique », « émancipation » pour avoir une ligne politique vraiment nouvelle et créatrice. Ils pensent aussi qu'il suffit de se pinturlurer en vert et de crier sur tous les toits que l'on est "nouveau" pour l'être.

 

Ces « camarades » n’ont pas hésité à créer leur machin, la FASE, « fédération pour une alternative Sociale et Ecologique » (un nom plus creux tu meurs), le jour même où s’ouvrait le 34ème Congrès du Parti. Bien sûr, ce n’était pas pour diviser mais rassembler, ça va de soi…

 

En Décembre 2007 et Décembre 2008, ils n’ont pu faire aboutir leurs projets de débaptiser ou liquider directement le Parti, et cela a été largement commenté sur le blog.

 

Braouezec est député de Seine-Saint-Denis. Il a soutenu la campagne de José Grobof en 2007. Généralement méprisé dans le Parti, le garçon ne s’en est pas moins ému quand la tête de liste francilienne aux régionales lui a été refusée (et puis quoi encore ?).

 

Il a claqué la porte en signant ceci dans le Monde. Et on peut lire dans les commentaires de l’article que son geste ne lui a pas apporté la sympathie des anticommunistes, loin de là. Ce qui devrait servir d’exemple à plus d’un : renoncer au communisme, ou même simplement renoncer au PCF, c’est à la fois perdre la puissance d’une structure (si, si, un million de voix c’est pas rien) tout en ne gagnant rien en crédibilité, puisque l’on devient un ex-communiste (donc toujours un sale coco pour les anticommunistes, et une raclure de traître pour les communistes).

 

Roger Martelli est un historien du Parti, et a rédigé ici une « analyse » dans le genre qu’il nous pond depuis chaque élection : le PCF ne fait que régresser, il faut abattre la bête. Il cite ici le nombre de sièges de conseillers régionaux perdus par le PCF. C’est tout à fait vrai, nos sièges ont fondu comme neige au soleil. Mais l’essentiel n’est pas tant le nombre de sièges que le nombre de voix. Le soutien populaire à un parti peut même se trouver renforcé si celui-ci refuse de se vendre pour quelques sièges. Pour ce qui est des voix, on a vu dans le précédent article que ce n’était pas terrible, mais pas comparable à une chute de moitié en ce qui concerne le nombre de sièges.


            Lucien Sève est philosophe.
 

Jacqueline Fraysse est députée.


            Patrick Jarry est maire de Nanterre, officiellement encarté, mais depuis longtemps en distance avec le Parti, et investi dans des structures parallèles aux noms et idées vagues, comme Alternative Citoyenne.

 

            Le PCF a donc perdu deux députations et une grande ville. Nanterre n'est plus la Rouge.

 

             Mais ce n’est pas très grave en soi.


            Il y a un côté positif à ce départ des refons. Maintenant, la direction du Parti, autour de Pierre Laurent, ne pourra plus jouer, comme au congrès de 2008, à faire croire qu’elle est le rempart du Parti contre la liquidation. Liquidateurs, ils le sont, par l’intermédiaire du Front de Gauche. Et c’est à nous de le faire apparaître.


            Le problème est qu’entre ripostiens, marxistes-léninistes droits dans leurs bottes et les supposés «nationaux-bolchéviques » (3) gérinistes, l’opposition à la liquidation est redevenue divisée comme elle l’était avant 2008…

 


(1) "La Réunion n'est plus à nous" en pseudo-créole DiadoreCronien.


(2) En effet, il n'y a pas de fédération d'Outre-Mer du PCF. Dans un esprit anticolonialiste, nous avons accepté l'existence de partis communistes guadeloupéen, martiniquais, réunionnais... Qui ne sont pas forcément indépendantistes, mais ont le grand avantage d'épargner à nos camarades ultra-marins de devoir prendre leurs consignes depuis Paris et l'avion pour se rendre aux congrès nationaux. C'est écologique en plus.

(3) L’expression, visant notamment André Gérin, est de Stéphane Gatignon, maire de Sevran, passé en 2009 à Europe Ecologie.

 

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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 23:04


Dimanche 14 Mars 2010

      J'écris un article rapide pour commenter les résultats des régionales 2010, que je tenterai de muscler demain soir.

      L'UMP est crédité de 27% des suffrages au niveau national, le PS à 29-30%, les cohn-bendit-duflotistes à 13% - ce qui est encore bien trop. Le Front National reprend une place qui correspond davantage à l'influence réelle de son discours dans la société (12% des voix). Le Front de Gauche se place à un peu plus de 6%, en sachant que dans cinq régions (Bretagne, Basse-Normandie, Champagne-Ardennes, Bourgogne, Lorraine) il n'était pas présent en tant que tel, le PCF local ayant malheureusement préféré s'allier au PS dès le premier tour.

      Mais tous ces scores sont à relativiser, avec 52% d'abstention. Ce qui fait que les scores réels (en proportion des inscrits) sont:

 

PS : 14%
UMP : 12-13%
Europe Ecologie : 6%
Fn : 5.5-6%
Front de Gauche : 2.8% (rappel: aux européennes de 2004, les listes PCF étaient à 2.55%, les listes Front de Gauche étaient à 2.6% en Juin 2009. C'est dire la "percée").

      En Ile-de-France, la liste de Pierre Laurent obtiendrait plus de 6%, soit de quoi fusionner avec celle d'Huchon au second tour.
       Il y aurait sinon de belles réussites de listes menées par des camarades, Alain Bocquet (10.7% dans le Nord-Pas-de-Calais), André Chassaigne (apparemment 14% en Auvergne), Dominique Bucchini (10% en Corse)...

         Mais avant tout:

 
J'EN CONNAIS UN QUI PEUT SE VOILER LA FACE !

                                                      (NPA: 2% des exprimés)

besancecoup.jpg



Lundi 15 Mars 2010


       En fait, en lisant les résultats définitifs du ministère de l'Intérieur, les militants du Front de Gauche doivent modérer leur enthousiasme, et moi corriger quelques uns des chiffres annoncés hier (plus haut).

Vous pouvez voir ici les résultats des régionales 2010, et les résultats de celles de 2004 là.

       Il n'y a pas de succès du Front de Gauche. Sur les huit régions où le PCF et des alliés autres que le PS et les Verts avaient leurs listes indépendantes en 2004, il y a eu recul en nombre de voix (c'est ce qui compte dans l'absolu, surtout alors que la population inscrite augmentait) dans cinq régions. Seules l'Auvergne, la Corse et plus relativement l'Aquitaine, échappent à ce mouvement.

       En Ile-de-France, lourde saignée : près de 75.000 voix de moins que Marie-Georges Buffet en 2004 (il fallait le faire). Dans le Nord-Pas-de-Calais, même si l'abstention permet à Alain Bocquet de conserver son score parmi les exprimés (10.78), il perd près de 41 000 voix en six ans. En Picardie, j'ai apprécié de voir la liste "PCF orthodoxe" battre la liste du Front de Gauche. Mais près de 17 000 voix sont perdues par rapport à la liste Gremetz de 2004, même en cumulant les deux listes (Gremetz et le Front de Gauche de Aury). En Alsace nous ne sommes pas loin de l'extinction, sur une terre qui ne nous a jamais été très favorable. En Corse, il y a, relativement à 2004, une bonne progression, mais il faut rappeler que la Corse est une région peuplée comme un demi-département moyen.

                                Evolution du nombre de voix entre les régionales 2004 et 2010

Regionales-2010-differences.gif
       La conclusion est simple: la stratégie du Front de Gauche n'a pas marché. On peut au mieux parler de non-échec, au sens où nous n'avons pas vraiment reculé. Et au niveau national, nous calons en dessous des 6%, à 5.84%.
       Notre score parmi les inscrits n'est pas de 2.8 comme je l'écrivais hier soir, mais de 2.6. Par rapport aux européennes, un peu moins de 100.000 voix ont été gagnées, mais par rapport aux régionales de 2004, là où la comparaison est possible, ce n'est pas brillant.

       Ca tombe bien dans un sens, en voyant le Front de Gauche à 6%, je me suis dit qu'il ne méritait ni plus ni moins. Pas moins pour ne pas risquer d'être battu par le MoDem ou le NPA, et surtout pour ne pas aller vers un nouveau désastre électoral dont le PCF aurait assumé les frais. Et pas plus, car il est clair qu'une victoire réelle du Front de Gauche aurait profité à celui que les médias ont couronné comme chef du Front, à savoir Jean-Luc Mélenchon (oh que j'en ai marre d'entendre parler du "Front de Gauche de Mélenchon"...). Que va-t-il bien pouvoir nous sortir pour qu'on lui laisse davantage de place ? Que s'il avait été tête de liste francilienne, il aurait fait mieux que Pierre Laurent? Pas inconcevable en effet...Mais si ma tante en avait...

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 01:04

      Suite à la réaction d’un commentateur (qui se reconnaîtra), j’ai refait l’introduction de cet article. Cet article parle d’abord de certains travers du discours d’une partie des féministes (soyons prudent), que ce soit par la manipulation de statistiques ou des raisonnements misérabilistes au sujet des femmes, pour aller ensuite aborder le thème de la misandrie, c’est-à-dire la haine de l’homme en tant que tel. Pour constater que le discours anti-hommes, tenus par des hommes comme par des femmes, est assez généralisé, dans une société non féministe mais qui cultive des « valeurs féminines ». Et nous finirons par une réponse de fond contre ce discours sexiste anti-hommes, et une conclusion.

Edition de janvier 2015 : l'article a été légèrement corrigé, sa conclusion raccourcie.

La journée du 8 Mars

                 Pour le 8 Mars, je n’ai rien fait. Cette journée est pourtant une création de l’Internationale socialiste (sur proposition de Clara Zetkin, en 1910, mais sans date fixée à l’époque). Mais je n’y participe pas. Parce que je n’en vois pas l’utilité, considérant que les luttes pour l’égalité des genres sont une œuvre continue. Tout comme le sont les dévoiements de la lutte féministe, qui ne se cantonnent pas non plus au 8 Mars. Car des dévoiements, il y en a. De façon analogue, en ce qui concerne les luttes pour les droits des étrangers et immigrés, nous avons également eu une initiative impertinente, avec la fameuse « journée sans immigrés » prévue pour le 1er Mars. Et qui a fait un flop monumental. Heureusement d’ailleurs.

                 De la même manière que la « journée sans immigrés » tentait d’imposer, même sous les tournures enjolivées des organisateurs, un rapport de force entre natifs et immigrés, la journée de la Femme suppose qu’il existe généralement une oppression de la femme, imputable bien entendu aux hommes en tant que bloc. De la même manière que la « journée dans immigrés » supposait que le trader asiatique a les mêmes intérêts que le technicien de surface sénégalais, la journée de la femme suppose que la bourgeoise hautement diplômée ou héritière et la chômeuse se retrouvent aussi dans le même camp. Peut importe que la première peut plus facilement échapper aux discriminations à l’emploi, aux salaires inégaux ou aux charges ménagères qui menacent la seconde.

La domination masculine ? Ou certaines dérives du féminisme…

                 Généralement, je rejette la notion de « domination masculine » comprise comme l’existence de deux classes que seraient les hommes et les femmes, la première classe exploitant la seconde. Je me base simplement sur le fait que la plupart des hommes n’exercent en rien une domination sur les femmes, et ne sont nullement responsables des discriminations qui les frappent. La très grande majorité des hommes ne sont ni chefs d’entreprise ni  recruteurs ni même managers, et ne peuvent donc être responsables des inégalités dans l’accès à l’emploi ou dans les différences salariales entre hommes et femmes. Les différences dans le partage des tâches ménagères ont aussi pour cause le temps de travail inégal entre les genres, les hommes travaillant en moyenne plus que les femmes, et les premiers étant moins touchés par le chômage et les temps partiels que les secondes. Or là encore, l’immense majorité des hommes ne sont pas responsables de cet état de fait. La très grande majorité des hommes ne commettent pas de violence envers les femmes, ni physiquement, ni mentalement.

                 On peut aussi évoquer « l’exploitation » que subirait la femme au foyer. A la fin des années 90, le Quid estimait que, rémunérée aux prix du marché des services ménagers, l’activité d’une femme au foyer vaudrait 12 000 francs par mois (1820 euros de l’époque). Peut-on parler d’une exploitation économique de la Femme par l’Homme ? Non, car cette activité ne profite pas seulement au conjoint, qui ramène également une masse salariale (de fait souvent supérieure à celle de sa conjointe) et qui la partage avec elle, mais aussi à la femme elle-même et l’œuvre de la femme au foyer profite aussi largement aux enfants. Ainsi, contrairement à l’exploitation capitaliste mesurable directement par la dividende ou l’intérêt, il n’y a pas d’évidence générale de ce que le travail d’une femme au foyer rapporterait plus à son conjoint que ce que celui-ci dépense en temps de travail et en argent pour sa conjointe.

                 La question se pose bien entendue encore bien moins pour les célibataires, ou les couples homosexuels. Eriger en « classes » les deux genres est donc complètement impertinent. La réalité est que nous vivons dans une société où l’essentiel du pouvoir politique, économique et culturel est détenu par une partie des hommes, et où des discriminations contre les femmes (ou du moins une partie d’entre elles) sévissent, mais où la grande majorité des hommes ne sont pas dominants.

Manipulations autour de la violence faite aux femmes

                 A propos du comportement de l’homme « moyen » envers les femmes, citons le cas des violences conjugales, visées spécialement par une loi récente spécialement nommée « contre les violences faites aux femmes ». Cette loi a fait réagir certains, pas spécialement à gauche, comme Eric Zemmour, ou le blogueur euro-centriste Eolas : faire une loi qui s’attaque aux violences contre les femmes mais pas aux violences contre les hommes, c’est créer une discrimination inacceptable dans le cadre d’une république (d’ailleurs la loi a dû être élargie aux deux sexes pour être constitutionnelle). De même, les propositions du Front de Gauche visant à créer des centres d’accueils pour les femmes victimes de violence ou une aide financière pour les femmes seules avec enfants sont discriminatoires : il y a des hommes qui se font chasser de chez eux, et 15% des familles monoparentales sont masculines. Rien ne justifie de les ignorer.

Bien que Marie-Georges Buffet ait voué Zemmour aux gémonies (en commentant par le petit bout de la lorgnette ses arguments), et bien que celui-ci soit un anticommuniste viscéral pas toujours très visionnaire (1), il n’en reste pas moins que Zemmour a raison sur au moins un point. La violence contre les hommes n’est pas une vue de l’esprit, ni un cas théorique, mais une réalité, surtout si l’on s’intéresse aux violences psychologiques, pour lesquelles les femmes sont au moins autant armées que les hommes.

                 Le site La Cause des Hommes, se revendiquant comme « hoministe » et « opposé à tous les sexismes » rappelle que, s’il y a effectivement une femme qui meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint, il y a aussi un homme tué par une femme tous les treize jours. Parmi les réactions de ceux qui veulent que l’on continue de ne parler que de la violence des hommes envers les femmes, et pas d’autres violences, on a les arguments suivants : « les meurtres d’hommes par des femmes ont souvent été précédés de violences masculines » : mais même si c’est le cas, un antécédent violent ne signifie pas que le meurtre ait été commis en légitime défense, seul cas où la culpabilité du meurtre pourrait être absoute. Ou encore : « de toute façon, les femmes constituent l’immense majorité des victimes de violences au sein du couple, donc il faut se concentrer sur le plus urgent ». Un homme tué tous les treize jours, ça fait quatre fois moins qu’une femme tuée tous les trois jours, mais ça ne crée pas une « immense majorité » de femmes victimes pour autant. Sur le site du ministère de l’intérieur, on peut constater que s’il y a 570 homicides recensés par les forces de police et de gendarmerie, on a 77 femmes impliquées en tant qu’auteures du crime (2) ! Et de toute façon, que dirait-on d’une loi qui constaterait que la grande majorité des assassiné-e-s sont des blanc(he)s catholiques, et qui alors se focaliserait uniquement sur les assassins de blancs catholiques ? Et si, lorsque l’on ferait remarquer aux promoteurs de la loi qu’il y a aussi des noirs ou des musulmans qui se font tuer, ceux-ci répondraient : « Oui, mais c’est minoritaire. Concentrons-nous sur les cas les plus urgents » ?

                 Un chiffre continue de circuler depuis le début des années 2000 : celui de « 10% de femmes battues en France ». Cette statistique se basait sur l’Etude Nationale sur les ViolEnces Faites aux Femmes (ENVEFF). Et donc on en a conclut que 10% des femmes, toutes catégories sociales confondues, se faisaient boxer chaque soir par leur époux ou concubin, et que 10% des hommes étaient physiquement violents. Dès 2003, notamment avec la parution de l’essai d’Elisabeth Badinter « Fausse route », cette étude était éclaircie : ce 10% rassemblait en fait toutes les violences recensées, en se basant sur les témoignages de femmes (ceux des hommes n’intéressant pas l’étude), violences pourtant très diverses par leurs natures. En réalité, 1 à 2% des femmes s’étaient révélées victimes de violences physiques. C’est toujours trop, et déjà largement assez pour faire plus d’une centaine de mortes par an. Le reste, ce sont les violences psychologiques, bâties autour des injures, des menaces, du mépris exprimé par des insinuations et remarques blessantes, etc… bref, une violence morale que les femmes sont parfaitement capables d’exercer en retour contre les hommes ! Et qu’elles exercent, pour une partie d’entre elles : toujours selon « la Cause des Hommes », en interrogeant les hommes sur les violences morales subies, on trouve également un ordre de grandeur tournant autour de 10% de victimes parmi les hommes…En prenant bien sûr tout cela avec des pincettes, car, comme Zemmour avait raison de le préciser, la violence morale fait largement appel à la subjectivité, et est donc difficilement traitable par les tribunaux.

Des combats sans intérêts contre le « porno »

                 En parlant de subjectivité, évoquons un sujet sur lequel certaines féministes perdent leur temps, alors qu’il serait autrement plus précieux s’il était consacré à des situations vraiment dramatiques que connaissent des femmes. Ce sujet est celui des publicités dites « sexistes ». Je suis défavorable à la publicité par principe, mais pas sur la base de cet argument. Non pas qu’il n’existe aucune publicité réellement sexiste (le slogan « je la lie, je la fouette et elle passe à la casserole » d’une marque de crème fraiche du début des années 2000 s’en approchait beaucoup), mais la plupart des réclames indexées comme telles ne méritent pas ce jugement. En 2008, à la Fête de l’Humanité, j’ai pu trouver des placards qui atteignaient la quintessence de ce délire. Les imprimés en question dénonçaient la marque Orangina, rebaptisée Mach’Orangina, pour sa campagne publicitaire. Rappelez-vous, le vendeur de boissons pulpeuses utilisait des animaux à silhouettes humaines, représentant presque tous des femmes lascives, assises sur des blocs de glace – en train de fondre, évidemment. Comme dans chacune des dénonciations des « pubs sexistes », on avait droit à la « réduction de la femme à l’objet sexuel ». Et en plus, des accusations de racisme (il y avait une panthère noire parmi les bestioles, c’était bien évidemment une illustration d’un cliché raciste sur les femmes noires). Et le seul personnage masculin, un ours musclé, était décrit comme « dominant » (alors qu’il était dessiné à genoux et quasiment nu !).

                 Je n’ai jamais accroché à ce discours, tout en n’étant aucunement amateur ni consommateur de prostitution. Tout simplement parce que, contrairement à ces « militants » antipub, j’en reste à la notion de responsabilité individuelle et de logique, pas de « symboles ». Lorsque je vois une publicité pour une marque de lingerie avec un mannequin (et que voudriez-vous d’autre pour illustrer le produit ? des soutiens-gorges posés sur une table ?), je ne lis nullement que la femme est un objet sexuel, et qu’il faut que j’en consomme immédiatement et sans modération. Je sais que la mannequin en question a été volontaire et rémunérée, et que si ce n’était pas le cas, une plainte pourrait déjà être déposée avec les lois en vigueur. Il ne me dérangerait pas de voir des publicités avec des hommes nus ou presque, il y en a déjà eu, mais la libido féminine est généralement moins basée sur le visuel, ce qui fait qu’en dehors de la presse gay, ce genre de publicité est peu rentable.

                 Les militants anti- « pubs sexistes » clameront également que les publicitaires considèrent les hommes comme des obsédés sexuels, mais dans les faits ce sont eux qui, par leur indignation, révèlent qu’ils considèrent les hommes comme incapables d’interpréter ces pubs autrement que comme une incitation au viol. D’ailleurs, il n’existe pas à ma connaissance d’étude démontrant le lien entre l’exposition de publicités dénudées et le niveau de violence sexuelle dans une société développée.

Mythologie autour de la répartition des tâches ménagères

                 Un autre thème qui revient très souvent est la question des tâches ménagères : récemment, une enquête insistait sur le fait que la distribution de ces tâches dans les couples hétérosexuels n’avait quasiment pas changé au cours des dernières décennies. Le site La Cause des Hommes rappelle les biais que rencontrent souvent ce genre d’études : 1) ne prendre en compte que les avis des femmes, supposées objectives, les avis des hommes étant jugés sans intérêt (ce n’est pas le cas de l’enquête précitée, qui interroge aussi des hommes, mais moins que de femmes) ; 2) se focaliser sur certaines tâches généralement occupées par les femmes, et ignorer celles où les hommes sont nettement plus actifs (jardinage, bricolage, entretien de la voiture). Et, très généralement, ces enquêtes sont reprises par la presse comme preuve de l’oppression des femmes au sein du couple. Cette déduction n’a pas lieu d’être. Premièrement, parce que pour parler d’oppression des femmes, il faut dire quels sont les moyens de pression que les hommes utiliseraient. On vient de le voir plus haut, dans la très grande majorité des cas, ce n’est pas la violence, ni physique, ni même morale : 90% des femmes ne s’en déclarent pas victimes. Le fait que les hommes travaillent plus longtemps et sont moins souvent au chômage (même si, actuellement, les hommes sont les premières victimes de la flambée du chômage) joue aussi, mais comme nous l’avons déjà cité, les hommes ne sont généralement pas responsables du chômage ou du temps partiel de leur conjointe. Ensuite, il existe une minorité non négligeable de femmes (La Cause des Hommes mentionnait une étude plaçant le chiffre à 20% des interrogées) qui refusent de partager les tâches avec leur conjoint, puisqu’elles estiment que ce n’est pas son rôle. On peut aussi, dans certains cas, renverser l’analyse : des femmes peuvent refuser à leur conjoint de faire des travaux domestiques parce qu’ils seraient incompétents (du coup c’est l’homme qui est victime de violence psychologique !), et le monopole de l’entretien du foyer devient une source de pouvoir pour la femme au sein du couple, et non la signification de son oppression. Les bourdieusiens nous expliqueront sans doute que ces femmes ne font qu’intégrer les valeurs imposées par la domination masculine… Et on en vient au schéma général de l’homme parasite et oppresseur (même quand aucune forme de violence n’est pointée par la conjointe), et de la femme éternelle mineure, incapable de négocier avec son homme, et forcément opprimée même quand la pression masculine est nulle.

La misandrie au quotidien

                 On avait également atteint des sommets avec Clémentine Autain, qui, en 2006, face à unE journaliste sceptique, maintenait son affirmation que la répartition des tâches défavorable aux femmes et le viol n’étaient que deux points d’un même continuum, celui du patriarcat. Cette affirmation, mettant en lien un refus de faire la vaisselle et une agression sexuelle, s’inscrit dans une dérive dénoncée – à juste titre- depuis des années : celle d’une partie des féministes vers la misandrie. La misandrie, pour ceux qui n’ont pas de dictionnaires, c’est la haine de l’homme, du mâle en tant que tel. Elle n’a a priori rien à voir avec le féminisme, qui est la lutte contre les injustices réellement infligées aux femmes et l’accession pour elles de l’égalité avec les hommes. Généraliser la condamnation du violeur à celle d’une grande partie du genre masculin qui ne passe pas assez le balai à la maison, c’est une forme de misandrie. On peut aller beaucoup plus loin, et constater que le discours misandre est le seul discours haineux, essentialisant, et catégorique qui puisse s’exprimer sans contrainte sur la scène publique.

                 Par exemple, Alain Souchon pouvait déclarer que « l’humanité est une décision de femmes » et considérer que « les hommes font des enfants pour en faire de la chair à canon ». Un professeur de médecine russe pouvait écrire dans un article que « si les hommes avaient la charge de la procréation, l’humanité aurait disparue depuis longtemps » parce que « les femmes ont un altruisme que les hommes n’ont pas ». Une comédienne dont j’ai oublié le nom sans peine peut déclarer sur un plateau de télévision que « les femmes sont plus courageuses que les hommes » en se basant sur le fait que…les femmes seraient plus directes pour rompre une relation amoureuses (les poilus de la Grande Guerre seraient agréablement surpris d’apprendre que le vrai courage n’est pas d’affronter les obus de l’ennemi, mais de savoir rompre un couple). Ou encore cette commentatrice de Rue89 qui écrivait que si les femmes sont majoritaires parmi les infirmières ou les institutrices, c’est parce que les hommes refusent les métiers impliquant le dévouement et l’attention. Dans l’esprit de cette femme, toutes les tâches ingrates d’exécutantes et les métiers du social sont donc occupés par des femmes, tandis que tous les hommes seraient cadres, contremaîtres ou professeurs. Elle n’a sans doute jamais entendu parler des ouvriers agricoles, des ouvriers spécialisés, des vigiles, des routiers, etc…

Au cinéma, la misandrie symbolique est très courante. Un exemple parmi mille avec le film Avatar, où, chez les humains, la sagesse et le Bien sont bien entendus figurée par une femme (Sigourney Weaver, dont j’aurais préféré qu’elle reste le lieutenant Ripley de la série Alien), et la déraison, la terreur brute et le Mal sont figurés par un colonel tout ce qu’il y a de plus « viril » et ultramusclé. Ou encore, pour remonter dans le temps, dans Terminator 2 (James Cameron, 1992), où, vers la fin du film, Sarah Connor inflige cette leçon de morale à l’inventeur (masculin bien entendu) du monstre Skynet qui va quasiment détruire l’humanité : « Vous [les hommes, les inventeurs] croyez être créatifs, mais vous ignorez ce que c’est que de sentir un être grandir et bouger en vous… ». Donc, parce qu’ils n’ont pas d’utérus, les hommes ne sauraient être véritablement créatifs. Cette tirade on ne peut plus mièvre et sexiste revient à reprendre en les inversant les jugements médiévaux sur l’incapacité de la femme à la création. Ségolène Royal a largement utilisé sa féminité comme argument (c’était même son principal argument) en 2006-2007, promettant de faire à la France ce qu’elle a fait pour ses enfants en tant que mère (alors que, pour ma part, avoir François Hollande pour géniteur me tentait assez peu).

                 Imaginez seulement que, dans ces citations, on remplace le mot « hommes » ou ses équivalents par noirs / arabes / juifs / gays ou tout simplement « femmes », et les auteurs de ces propos auraient récolté des procès en nombre en moins de 24 heures. Le discours misandre est un discours sexiste, injurieux, basé sur de fausses évidences. Les hommes seraient historiquement responsables de tout le mal commis sur Terre (Catherine de Russie n’a-t-elle pas réduit des centaines de milliers de paysans au servage ? La reine Victoria, même si son pouvoir était symbolique, s’est-elle servi de son aura pour s’émouvoir et dénoncer les famines dans l’Empire des Indes ?), responsables de la très grande majorité des actes de violence, de la pollution, du capitalisme (même si ce système a de fougueuses groupies féminines, d’Ayn Rand à Laurence Parisot en passant par Maggie Thatcher - seule femme au monde à laquelle feu le chanteur Renaud voulut bien reconnaître des torts dans une chanson purement et bêtement misandre des années 80).

Une société jeuniste et efféminée, mais hostiles aux vrais jeunes et aux vraies femmes          

Le discours misandre est loin d’être uniquement le fait de femmes, comme nous l’avons vu. A l’inverse, la grande majorité des femmes refusent de s’abaisser à la misandrie (mais on me traitera de misogyne quand même, hein). Ce discours est devenu, malgré la persistance d’inégalités tout à fait réelles en défaveur des femmes, une des récurrences idéologiques de la société actuelle : Jacques Séguéla nous annonçait à la fin des années 90 un an 2000 « en rose bonbon », et « gouverné par les valeurs  féminines » (car il est bien évident que dialogue, écoute, compréhension et amour sont du domaine féminin, voyons, et les hommes ne peuvent au mieux qu’emprunter ces valeurs…). Jean-Pierre Raffarin, du temps de son passage à Matignon, reprenait les chiffres de l’ENVEFF comme quoi « 10% des hommes sont violents » sans chercher davantage de détails ni s’interroger sur la violence morale que peuvent exercer les femmes, quand Elisabeth Badinter posait clairement la question. Même si, comme le note La Cause des Hommes, des tribunaux ont reconnu le caractère sexiste de certaines publicités contre les hommes, la misandrie garde le droit de cité.

                 Nous ne sommes évidemment pas dans une société féministe, c’est-à-dire qui garantirait une égalité réelle aux hommes et femmes, et encore moins qui privilégierait les femmes (même si celles-ci sont majoritaires dans certains domaines, tels l’éducation primaire (3) ou bientôt la médecine). Mais nous sommes dans une société efféminée, au sens où elle valorise une certaine conception de la féminité, peu importe qu’elle corresponde à la réalité. Ainsi, quelle pertinence a le discours sur le dialogue, la compréhension, l’absence de violence physique, la modération dans les propos, les buts et les moyens, tout cela vu en tant que « valeurs féminines », quand on songe à la violence dont les femmes réelles sont capables, violence révolutionnaire notamment, par exemple avec les pétroleuses de la Commune, les parisiennes de 1789, les femmes de la Résistance ?

                 On peut établir un parallèle entre le caractère efféminé mais pas féministe de la société française, et son caractère jeuniste mais antijeune. En effet, contrairement à ce que croient certains lorsqu’ils dénoncent la domination du « jeunisme », notre société n'est pas favorable aux jeunes. Ainsi les jeunes réels, pour un grand nombre d’entre eux et selon leur appartenance de classe, écopent largement de la précarité, de la pauvreté, et sont généralement loin d’être avantagés par la société où ils vivent. Cette société n’en est pas moins « jeuniste » au sens où sont nettement dévalorisés l’âge, la dégradation physique ou encore la diminution de la sexualité que l’âge entraîne, et où beaucoup de vieux sont laissés au chômage puis à des retraites pauvres. L’idéal dominant d’une société dont les élites sont composées d’individus généralement quadragénaires ou plus, c’est un homme de 50 ans, bien entendu riche et bien inséré dans le système capitaliste, avec tout son vécu derrière lui, et avec le corps d’un homme de 20 ans, mais sans la pauvreté, l’inexpérience et les incertitudes de cet âge. Pour la société efféminée, l’idéal est une élite (dans les faits généralement masculine) faisant régner à son profit les valeurs dites « féminines » qui ont pour intérêt principal de répudier toute violence (potentiellement révolutionnaire), de vivre plus longtemps avec moins de heurts physiques (ce qui se rapproche plus d’une vie féminine). Mais cette élite refusera bien entendu de céder ses places à des femmes dans les faits.

De l’utilité du genre masculin : au fond, à quoi peuvent bien servir les hommes ?

Attention : le passage qui suit est rédigé dans un ton volontairement provocateur.

                 L’acceptation du discours misandre s’appuie largement sur son aspect a priori « réaliste », voire « évident ». N’est-il pas évident que la grande majorité des criminels sont des hommes ? Que la totalité des dictateurs, hormis 2-3 reines ou impératrices, furent des hommes ? Que les plus grands conflits de ce monde (et les petits aussi), les génocides, les massacres, les traites esclavagistes…furent décidés par des hommes ? Ne sont-ils pas aussi à l’origine de la plupart des fléaux modernes, de la pollution à la corruption ? N’est-il pas évident que les hommes seraient plus « égoÏstes », « immatures », vaniteux, sales, irresponsables que les femmes ? Ne sont-ils pas dépassés par elles à l’école, dans les études ? Ne sont-ils pas généralement surpassés par leurs sœurs dans les exercices qui demandent de la concentration et de la discipline ? Les femmes ne font-elles  pas preuve de plus de courage dans bien des situations ? N’est-il pas évident qu’il faudrait que les femmes deviennent le genre dominant, et tout irait pour le mieux ?

                 Vous trouverez peut-être ce discours excessif. Tant mieux pour vous. Mais d’autres le tiendront pour vrai. Je suis même étonné, à supposer qu’on l’accepte, que la Nature ait pu créer une telle dichotomie dans une même espèce, un genre concentrant toutes les tares, et l’autre toutes les qualités.

                 Et au fond, en continuant plus loin, à quoi servent les hommes ? Puisque les femmes peuvent tout faire – de la procréation au travail manuel et intellectuel, et systématiquement mieux que les hommes, si ce n’est dans les tâches exigeant de la force physique, ce que la technique enverra bientôt aux oubliettes de l’histoire -, pourquoi la Nature a-t-elle créé le genre masculin ? Les biologistes évolutionnistes ont leurs réponses : parce que la reproduction sexuée permet une plus grande diversité des combinaisons de gènes, ce qui permet d’avoir des individus aux qualités plus variées, rendant l’espèce plus apte à la survie. Il est donc important d’avoir un grand nombre de mâles et de femelles, et que les accouplements soit divers (la fidélité entre deux individus est tout sauf naturelle…). Mais quand même, pourquoi autant de mâles que de femelles ? Et pourquoi cette bizarrerie d’avoir créé des mâles physiquement forts, et des femelles plus faibles (4), alors qu’en toute logique, on aurait eu intérêt à l’inverse ? Il aurait été plus rationnel d’avoir des femelles, porteuses de vie, fortes, et des mâles petits et malingres, vivant peu longtemps, comme les mâles fourmis, sortes de larves un peu développées qui de toute façon meurent au moment de l’accouplement (contrairement aux femelles) puisqu’ils ne servent quasiment à rien en dehors de la fécondation des femelles.

                 Et d’ailleurs, puisque les hommes ne servent à rien, font tout plus mal que les femmes, sont quasiment les seuls fauteurs de violences, pourquoi ne se passe-t-on pas d’eux ? Après tout, les techniques d’insémination, voire de clonage, permettraient de se passer de reproducteurs mâles, avec peut-être un peu de perte au niveau de la diversité génétique, mais bon, pas d’omelettes sans casser d’œufs, non ? Ou, au pire, ne conserver que 10 ou même 1% des hommes pour la perpétuation de l’espèce ? N’était-ce pas le récit des Amazones, cette nation presque exclusivement féminine, où les nouveaux-nés mâles étaient soit tués, soit estropiés dès la naissance afin de servir les femmes ?

                 Il y a quelque chose de vrai dans ces dernières lignes : oui, apparemment, la plupart des hommes sont dispensables pour l’humanité. Mais justement, j’en tire la conclusion inverse des misandres. Les hommes sont la partie sacrifiable du genre humain, et c’est justement ce qui en fait la dignité. L’identité profonde de la virilité réside dans la notion de sacrifice. En cas de catastrophes, ce sont en premier lieu les hommes qui doivent disparaître, se sacrifier. Oui, mais, me direz-vous, nous avons la chance de ne plus avoir à faire face à de grandes famines, des guerres ou autres épreuves pouvant emporter des millions des nôtres. Et puis la guerre, aujourd’hui, étant donné le niveau technologique atteint, fait peu de morts (dans nos rangs), et est « propre » ! En fait, les guerres récentes ne sont peu couteuses en vie et « propres » (pour nous), que parce que des armées occidentales (en particulier celle des USA) affrontent des armées bien plus faibles en nombre et technologie (en Iraq ou en Afghanistan). Lorsque deux armées équipées de technologies de pointe et disposant de troupes en masse devront s’affronter, la technologie ne réduira pas mais augmentera considérablement les pertes.

                 Et il ne faut pas voir la notion de « sacrifice » uniquement sous sa forme mortifère. Cela n’évoque pas nécessairement les larmes et la souffrance : le sacrifice, c’est tout dévouement de l’existence à une cause ou un projet qui dépasse une simple vie. Ce peut-être la science, l’exploration, la mise en valeur d’un territoire, sa colonisation, la construction d’œuvres…tout simplement le travail, en dehors de l’économie domestique, autarcique, la production au-delà de la simple survie. Et là aussi, le genre masculin, justement parce qu’il est sacrifiable, trouve toute son utilité. Car si la femme peut donner la vie, l’homme ne peut donner que la sienne. Quitte à me fâcher avec certaines, je pense que si l’humanité n’avait été composée que de femmes, ou d’une majorité de femmes accompagnées d’une minorité de petits mâles destinés à féconder puis mourir aussitôt, alors l’humanité en serait sans doute restée à la préhistoire. Non pas parce que les femmes seraient plus bêtes ou moins courageuses que les hommes. Même la moindre force physique des femmes ne serait pas vraiment en cause. L’obstacle majeur serait l’épuisement des femmes et la forte mortalité en couches, surtout à une époque où la mortalité élevée des enfants obligeait à de nombreuses grossesses. Le genre masculin représente donc une main d’œuvre indispensable à l’humanité, pour qu’elle puisse tenter ses expériences, ses essais et ses erreurs, découvrir de nouveaux espaces, maîtriser les outils (et ce quand bien même les premiers outils auraient été développés par les femmes), puis les armes, puis la guerre.

                 Parlons-en de la guerre : comme tout le monde, j’espère ne jamais avoir à en vivre une. Mais, contrairement à beaucoup, j’estime que l’existence des guerres ne prouve en rien que l’humanité serait une espèce tarée. De façon cynique, ou tout simplement matérialiste, je dirais même que l’existence des guerres prouve la rationalité de l’humanité. Les êtres humains sont individués, nous avons chacun une conscience que les autres ne peuvent réellement sonder et réciproquement. Donc nous ne pouvons avoir une confiance totale envers les autres, et nous devons organiser chacun notre défense. Le moyen le plus efficace est de constituer des groupes, des tribus, des nations, en sachant que d’autres font de même. Il faut être puissant pour se défendre. Et le meilleur moyen d’être puissant est de s’agrandir. Les guerres ont été inévitables pour créer des états et des empires. Et ces structures politiques reposant sur la violence ont été les indispensables vecteurs de la sécurité des échanges et des propriétés (l’analyse marxiste qui fait commencer les états avec l’apparition des classes de propriétaires et de serviteurs n’est donc pas impertinente). Et par là progressaient les civilisations. Pas une civilisation ne s’est complètement passé de l’art militaire et des structures étatiques : ni la civilisation chinoise, ni les indiennes, ni la latine, ni les cités grecques, ni les empires islamiques, inca, aztèque…

                 Alors oui, les hommes sont des fauteurs de guerre. Mais sans guerre, pas d’état, pas de civilisation, pas de science, pas de découverte du monde. Et pas de colonisation des Amériques (les premières sociétés coloniales européennes en Amérique étaient largement masculines, d’où un niveau de violence élevé). Les féministes radicales américaines devraient donc savoir que sans les hommes, elles ne seraient pas américaines, elles n’auraient aucune des inventions de la société industrielles (ni la voiture, ni la machine à laver, l’électricité, l’aspirateur, le sèche –linge, la pilule contraceptive ou la péridurale) et qu’elles n’existeraient sans doute pas. Et au final, l’état de paix générale dans lequel se trouvent aujourd’hui la plupart des pays du monde (Afrique, Proche-Orient et plusieurs coins d’Asie exceptés) est plus dû à un équilibre des forces entres les nations et les systèmes d’alliance qu’à une quelconque « évolution morale » de l’humanité.

                 Et imaginez un monde sans conflits, où les êtres humains se feraient généralement confiance : il n’y aurait certes pas de guerre…Mais une minorité mal intentionnée pourrait prendre le pouvoir, d’autant plus facilement que la majorité des autres seraient trop peu méfiants pour s’armer, et alors les despotes pourraient infliger leur cruauté comme bon leur semble sans risquer de réaction violente de la part des opprimés. Alors, un monde de méfiance, avec la possibilité de guerres, ce n’est pas forcément la pire des choses.


Alors, cette identité masculine, qu'en est-il ?

               
  Il est courant en sociologie et en psychologie de gloser sur l’actuelle dissolution de l’identité masculine. Nous vivons dans une société ou apparemment, la force physique ne sert plus à rien (en réalité, c’est un mythe de classe, puisque les travaux manuels pénibles impliquant des efforts lourds sont loin d’avoir disparu pour les ouvriers ou travailleurs des services), où l’existence apparaît tranquilisée (du moins pour le travailleur aisé, considéré comme le point de mire et la destination finale de l’espèce humaine). Et on débat de la frustration de ces pauvres hommes qui ne savent plus quoi faire de leur virilité. En réalité, il n’y a pas de nature masculine ni féminine, et il n’y aura jamais de manuel de ce qu’est un vrai homme ou une vraie femme. Il y a en revanche des capacités biologiques différentes, qui impliquent des responsabilités différentes entre les hommes et les femmes.

Mais les individus peuvent choisir de les assumer ou pas. Mais ils doivent en assumer les conséquences. N’en déplaise à certains, je considère que la pression sociale – dans la limite de la courtoisie – sur les personnes, et dans les faits plus souvent sur les femmes, pour qu'ils/elles fassent des enfants, est justifiée. En effet, le choix de ne pas faire d'enfants implique de rejeter sur les autres personnes, notamment les autres femmes, la responsabilité de perpétuer l’espèce. Un tel choix peut aussi aboutir à ne pas prolonger du tout l'humanité. Ceci ne signifie évidemment pas qu’une femme ait l’obligation de faire le plus d’enfants possibles et que sa vie se réduise à cela. Pour un homme, le problème ne se pose pas de la même manière, puisque si 10% des hommes fécondent à eux seuls toutes les femmes, la perpétuation de l’espèce est assurée. Mais un homme qui refuse le sacrifice, par exemple un objecteur de conscience qui refuse de toucher une arme, mérite le mépris. A titre tout personnel, je suis également assez intolérant vis-à-vis de la notion d’homme au foyer. Qu’un homme ne travaille pas parce qu’il ne trouve pas d’emploi est une chose compréhensible. Qu’il gagne moins que sa conjointe n’a pas d’importance. Mais un homme qui refuse de chercher à travailler mêrite le mépris. D’une part parce qu’il se retrouvera en situation d’infériorité face à une conjointe qui assumera toute la partie financière de la vie du ménage, tout en occupant une partie de l’activité domestique, dont notamment l’éducation des enfants. Ne serait-ce que pour des raisons biologiques évidentes, la mère est au moins aussi proche de ses enfants que le père (4). Si en plus l’homme est retiré du domaine professionnel, il devient le membre secondaire du couple. Mais surtout, un homme qui ne cherche pas à travailler et préfère l’activité au foyer refuse la notion de sacrifice. Non pas que le travail domestique ne soit pas un travail : mais contrairement à un emploi, qui implique le risque de licenciement, de mauvaises affaires, voire de faillite, le travail domestique implique peu de risques, et constitue non pas un projet mais une activité récurrente.

              Je considère tout personnellement que pour la femme, le travail est une liberté, un moyen d’émancipation, mais que pour l’homme, c’est un devoir. Une femme qui refuse de travailler – si elle peut matériellement se le permettre - et de ce fait s’extrait du risque professionnel ne nuit pas à la société, tant qu’elle garde la possibilité d’assumer ce que seules les femmes peuvent faire, à savoir la gestation. Un homme qui refuse de travailler se refuse à faire ce qui peut être exigé des hommes et d’eux seulement : le sacrifice au travail.

Conclusion : la misandrie, inutile et inepte

                 Ceux qui auront lu les précédentes lignes penseront peut-être que je suis réactionnaire, que j’impose des rôles normés à l’homme et à la femme. Je les invite à relire pour bien comprendre. Bien au contraire, la conception de la virilité que je cite (je ne l’invente pas, elle me semble trop évidente), la virilité par le sacrifice, serait plutôt progressiste. En tout cas bien plus que la virilité définie par la reproduction, qui se mesure au nombre de conquêtes féminines (alors qu’au fond, peu importe que 90% des hommes ne se reproduisent pas…)…et qui mène immanquablement au machisme, au mépris des célibataires et à l’homophobie.

Je vous invite sinon à imaginer une société où les individus ne seraient pas invités à avoir de rôle envers la collectivité. Ca tombe bien, nous y sommes, du moins dans l’idéologie de la consommation et du capitalisme : il n’y a plus de responsabilité envers le collectif, seulement des intérêts individuels. Que les français ne fassent plus assez d’enfants, ce n’est pas grave, on importera des immigrants. Que le travail soit aliéné (au sens marxiste du terme : le travailleur ne possède pas ce qu’il produit et ne le décide pas) n’est pas grave : il n’y a plus de projet pour lequel le sacrifice est possible, seulement des ventes de travail et des jouissances ("Seigneur Dieu, il oppose le sacrifice et la jouissance, il parle comme Pétain !" se diront les amateurs d’amalgames). Dans ce contexte de société capitaliste développée où la majorité de la population n’est plus en situation de survie, mais trop aliénée pour être en situation de projet, la plupart des hommes se retrouvent dans une situation d’inutilité (quand ils ne travaillent pas ou peu, ou quand ils ont un travail facile mais peu rémunérateurs), soit en situation de dépossession, s’ils ont un travail difficile et usant, mais adopté par nécessité, et sans réelle utilité collective. Un vigile qui garde un stade de foot, à moins d’être fan de foot lui-même, aura peu l’impression d’être utile à la société. Son épouse, si elle a eu des enfants, aura eu la satisfaction d’avoir engendré une famille. L’homme aussi, mais il y aura eu objectivement une moindre part.   

La misandrie, ce n’est pas le féminisme. Elle n’aide en rien les femmes face aux véritables oppressions qu’elles subissent, ne serait-ce que parce que la misandrie fausse les diagnostics sur la violence ou l’organisation au sein du ménage. 



(1)    En 2008, Zemmour prédisait que Cohn-Bendit ne réussirait pas à ranimer les Verts, politiquement morts selon le journaliste. Malheureusement, Zemmour s’est trompé.

(2) Il faut aller voir dans ce document, à la page 3, et regarder les deuxième et troisième lignes de statistiques, se rapportant aux homicides, notamment les dernières colonnes sur la droite.

(3) En n’effet, n’oublions pas que les femmes sont très majoritaires dans l’enseignement en maternelle, à l’école primaire, et fort bien représentées dans l’enseignement secondaire (mais moins dans le supérieur). Ce qui, en plus du temps consacré par les mères à l’éducation (plus long en moyenne que celui des pères) amène logiquement à penser que les femmes sont en premières lignes dans la transmission des valeurs. Donc on peut se poser la question : si des générations de jeunes hommes machistes et immatures se sont succédées, n’y a-t-il pas un début de responsabilité –fut-il complètement involontaire- dans l’éducation prodiguée par les femmes ? En version plus claire : n’oublions pas que les machos ont en premier lieu été élevés par des femmes…

En tout cas ne manquez pas ce très bon texte d’un ancien professeur de français qui décrit les inégalités en défaveur des garçons dans l’enseignement secondaire, sur le site de l’Observatoire du Communautarisme.

(4) Pour ceux qui auraient besoin d'explications, ce lien mère-enfant est plus fort que le lien père-enfant car 1) la mère a (sup)porté l'enfant neuf mois, quand l'oeuvre du père s'est peut-être réduite à quelques minutes; 2) la mère est sure de sa parenté avec les enfants, le père pas souvent. Et, que vous le vouliez ou non, l'évolution nous a programmé pour vouloir la transmission de nos gènes.

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Published by DiadoreCronos - dans Misanthropie
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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 18:47

        Je poste un article sur une proposition inscrite dans les programmes de plusieurs listes Front de Gauche aux régionales 2010. Je ne dit pas que j’approuve sans faille ce projet, mais il me semble digne d’être présenté.


Investissements et intérêts

Avant de partager la richesse, il faut la créer. C’est ce que les partis de droite ne cessent de répéter en réponse à leurs adversaires de gauche.

Ainsi, les droitiers mettent-ils en avant leur version des causes du chômage : des salaires trop élevés, trop rigides puisqu’on ne peut descendre en dessous du SMIC, trop de réglementations du travail, trop de limites au temps de travail…

C’est oublier un coût qui pèse sur les entreprises, et en particulier les investissements : celui de la finance, via les intérêts. Sur le long terme, les entreprises sont censées être en besoin de financement. C’est-à-dire qu’elles disposent, après rémunération de leurs salariés, des impôts sur la production, et en ménageant une part de leurs revenus pour rémunérer les actionnaires, de moins de budget que ce qui serait nécessaire pour investir. Parmi les investissements possibles, l’entreprise peut réaliser un investissement intensif (améliorer son niveau technologique pour produire plus avec autant de personnel et de ressources que par le passé), ou extensif (construire un nouveau site, ouvrir un nouveau service, créer de nouveaux postes). Le gain qu’une entreprise peut espérer de son investissement dépend à la fois de la croissance du chiffre d’affaires que l’investissement peut lui rapporter, mais aussi, en négatif, du coût des emprunts qu’elle aura à contracter.

Elle peut encore décider de placer son argent, et de devenir elle-même un créancier. C’est ce qui tend à se produire lorsque la rémunération des placements, par l’intérêt, monte, tandis que l’investissement devient de plus en plus coûteux et incertain, puisque justement un taux d’intérêt croissant réduit les gains de l’investissement.

Or, qu’a-t-on depuis le début des années 80, plus précisément depuis le « tournant de la rigueur » de 1983 ? Une montée de la rémunération du capital, une hausse de la part du revenu des entreprises prélevé par les propriétaires, et une moindre part des salaires.

Cette politique, mise en place par le gouvernement socialiste, pouvait se justifier à condition que la part croissante des profits serve à financer de nouveaux investissements. Ce qui s’est passé dans les années 80. Mais pas dans les années 1990. Pendant plusieurs années de cette décennie, les entreprises ont été en situation d’autofinancement et même plus : elles disposaient de plus de revenus que nécessaire pour financer leurs investissements. Ou, vu sous un autre angle, les entreprises sous-investissaient.

A la même époque, sous le gouvernement Balladur, était menée la politique dite du « franc fort ». Il fallait que le franc conserve un taux de change relativement stable avec le Deutsche Mark. Or, pour éviter qu’une monnaie se déprécie, il faut soit que le pays fasse plus d’exportations que d’importations (sa monnaie est alors fortement demandée), soit que le taux d’intérêt dans les prêts de cette monnaie soit suffisamment élevé pour que des détenteurs de capitaux du reste du monde soient intéressés à prêter dans cette monnaie.

Pour maintenir la parité du franc avec le mark, les taux intérêts étaient restés à un haut niveau en France pendant la décennie 1990. D’où de plus faibles investissements, de faibles créations d’emploi, le maintien du chômage de masse qui se creusait depuis les années 70. 

       
     Quelques statistiques, mais avant cela quelques définitions :

Définitions statistiques sur les ressources des entreprises

  

        La valeur ajoutée brute (VAB) d’une entreprise est la différence entre la somme de ses ventes (son chiffre d’affaires) et les consommations intermédiaires qu’elle aura dû effectuer. Par consommations intermédiaires, on entend toutes les dépenses matérielles (électricité, matières premières, outils…) mais pas les salaires ni les intérêts des emprunts, ni les impôts sur la production.
         Une fois que l’on retire à la VAB les salaires (avec les cotisations sociales en plus), et les impôts directs sur la production, on obtient l’excédent brut d’exploitation (EBE) qui correspond grosso modo à la marge de l’entreprise.

        L’entreprise utilisera une partie de son EBE pour faire des investissements, c’est-à-dire créer du capital productif : soit en agrandissant ses sites, en en créant de nouveaux, ou en se dotant de nouveaux équipements qui permettront de produire plus sans employer plus de monde ou utiliser plus de ressources. On appelle cette dépense la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF).

        Voyons d’abord comment ont évolué les marges des entreprises depuis 60 ans. Il s’agit ici des sociétés non financières, ce qui exclut les entreprises détenues par une seule personne (entreprises individuelles, rares parmi les grandes entreprises), et les sociétés financières (banques, assurances, gestion de portefeuille, etc…).

 

 

Graphique-EBE-copie-1.jpg


Source : INSEE 2009


        On constate qu’après un recul dans les années 70, les entreprises ont rétabli leurs marges à environ un tiers de leur valeur ajoutée brute depuis le milieu des années 80, après le « tournant de la rigueur » de 1983.

        Voyons maintenant ce qu’elles ont fait de ces marges :

 


Utilisation-marge.jpg
Source : INSEE 2009

 

       On voit que la part de l’investissement (FBCF/EBE) recule nettement sur 60 ans. La part des impôts a été stable, avec une baisse en 1993 (année de récession). La part des revenus de la propriété (dividendes, revenus de terrains ou de gisements, intérêts reçus) augmente globalement, malgré des reculs (à la fin des années 90). Mais cette catégorie « revenus de la propriété » doit être précisée : il s’agit de revenus nets, car les entreprises reçoivent des dividendes et des intérêts d’autres entreprises (en France ou à l’étranger) à qui elles ont fait des prêts ou acheté des parts de capital. On doit donc faire la différence entre les revenus de la propriété que les entreprises versent et ceux qu’elles gagnent : cette différence a été prélevée par les capitalistes sur le travail au sein de l’entreprise, sur la valeur ajoutée.

       Maintenant, distinguons les intérêts (rémunération des créanciers) et les dividendes (revenus des propriétaires de l’entreprise). Contrairement aux dividendes, les intérêts sont à considérer comme des coûts pour l’entreprise :

 


grapheinterets.jpg
Source : INSEE 2009


       On voit qu’à la fin des années 70 et pendant les années 80, les intérêts ont largement dépassé les dividendes. Cette situation a pris fin à la fin des années 90, à la fois parce que le coût des intérêts diminuait, et parce que les dividendes montaient.

       On pourrait donc croire que les intérêts ne sont plus un problème actuellement, que leur coût est devenu suffisamment faible pour qu’ils ne gênent plus l’investissement. Pourtant, on constate que l’investissement baisse (en proportion de la marge) comme on l’a vu dans le deuxième graphique. Et il faut aussi voir ce que l’on appelle le besoin de financement de  l’entreprise. Nous avons vu au début de l’article que les entreprises sont en général en besoin de financement, c’est-à-dire que pour mener leurs investissements, elles empruntent et dépensent de l’argent qu’elles n’ont pas. Cette situation est viable tant que l’investissement est rentable et les taux d’intérêts raisonnables. On pourrait donc croire qu’avec la montée des dividendes et la baisse du coût des intérêts, on aurait eu un plus grand recours à l’emprunt des entreprises. Mais ce n’est pas le cas :

 

besoindefinancement.jpg
Source : INSEE 2009


       Ce graphique montre que, jusqu’au début des années 80, les entreprises avaient des besoins d’emprunts pour financer leurs investissements qui pouvaient représenter 40% de leur marge. En d’autres termes, si vous avez 100 euros de marge, et que vous voulez payer les impôts, les dividendes, vos intérêts de l’année en cours, et que vous voulez faire en plus de cela des investissements, il vous manque 40 euros. Dans les années 80 et 90, ce besoin de financement commence à se résorber : les entreprises ont pratiquement assez d’argent pour tous leurs frais, ce qui est dû à la faiblesse des investissements. Il y a même eu des années (1993, 1996 à 1999) où le besoin de financement était nul, alors que le coût des intérêts baissait.

       On voit que dans le courant des années 2000, les entreprises recommencent de nouveau à emprunter, mais on est loin des niveaux d’avant 1982. Ce n’est pas très étonnant car les petites et moyennes entreprises, qui recourent couramment à l’emprunt bancaire, doivent toujours supporter des intérêts relativement élevés, comme on le voit sur le graphique suivant :

 

 

graphetauxinterets.jpg


Source : INSEE 2009


      On voit, à droite du graphique, que les taux bancaires se sont stabilisés à 6% depuis la fin des années 90, soit bien moins que pendant les années 70 et 80, mais toujours au-dessus des taux des années 60.

     A l’inverse, il est intéressant de noter que les revenus de la propriété des entreprises, principalement les dividendes et les intérêts venant d’autres entreprises, ont fortement augmenté : alors qu’elles ne représentaient que 4% de la marge des entreprises non financières en 1949, ces sommes équivalaient à 82% de cette marge en 2008.


Les fonds régionaux pour l’emploi et la formation


      Les économistes du PCF ont donc émis l’hypothèse qu’en rendant le coût de l’emprunt plus bas pour les investissements véritablement productifs, on inciterait davantage les entreprises à ignorer la tentation des placements financiers.

      Le principe est simple : réunir dans chaque région un fond administré par la présidence du conseil régional, mais aussi par des représentants des salariés, chômeurs et entrepreneurs de la région. Son rôle serait d’abord de demander à l’INSEE une expertise régionale sur les besoins en emplois, et de définir des objectifs chiffrés de créations de postes.

      Il recevrait ensuite les entreprises candidates aux remboursements des intérêts, en retenant celles qui proposeraient les projets les plus riches en emplois durables, incluant un effort de formation et des salaires décents. Les entreprises les plus ciblées seraient les PME (entreprises de moins de 500 salariés). Une fois le projet validé, les intérêts pourraient être pris en majorité ou en totalité en charge par le fonds.

      De quels moyens les fonds disposeraient-ils ? S’ils étaient soutenus par un gouvernement, les fonds régionaux pourraient hériter de tout ou partie des dizaines de milliards d’euros de subventions aux entreprises, par exemple des 30 milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales accordées chaque année aux employeurs.

       En attendant, les régions peuvent toujours utiliser les centaines de millions d’euros de soutien au développement économique que lèvent les régions (141 millions d’euros en Ile de France en 2009). Il faut savoir que si ces sommes sont utilisées pour rembourser des intérêts, elles permettraient de lever des emprunts d’une valeur très supérieure.

      En effet, si le taux d’intérêt est de 5% (pour l’exemple), alors cela veut dire qu’en offrant le remboursement des intérêts pour 100 millions d’euros, ce sont des valeurs 20 fois supérieures qui pourront être empruntées : 2 milliards d’euros, dont le remboursement s’élèvera à 2,1 milliards. Les entreprises n’auront qu’à assumer le remboursement sans intérêt, le reste étant fourni par le fond. Car les banques créent de la monnaie de toutes pièces lorsqu’elles accordent un prêt, et les fonds créés sont annulés au fur et à mesure que la dette est remboursée : il ne reste alors que les intérêts, qui rejoignent la masse monétaire en circulation. C’est donc une très grande injection de liquidités qui pourrait raviver l’activité économique.

       Un autre point qui pourrait être soulevé est l’effet d’aubaine. Qu’est-ce donc ? On appelle effet d’aubaine une situation où l’on offre une aide à quelqu’un qui promet de faire quelque chose de particulier (par exemple créer des emplois) si on lui donne cette aide, et qui accomplit réellement sa promesse, mais dont on s’aperçoit ensuite qu’il n’avait pas besoin d’aide pour le faire. Par exemple, c’est le cas d’une entreprise qui reçoit une subvention pour créer des emplois, qui les crée, mais qui avait en réalité déjà les fonds et le projet pour créer ces emplois. Dans ce cas, l’aide n’est qu’une façon de se remplir les poches (une aubaine).

       A cette faille possible, la commission économique du Front de Gauche pour la région PACA a répondu que « le dispositif du fond régional pour l’emploi et la formation (FREF) a été conçu pour empêcher l’effet d’aubaine car il conditionne le montant de l’aide au nombre de créations effectives et vérifiées de nouveaux emplois. »

      
       Conclusion : faire face aux urgences et préparer l’avenir

       Les fonds régionaux pourraient intervenir en temps de crise (locale ou nationale) pour inciter les entreprises à stopper les plans de licenciements, en proposant des prêts avec remboursement des intérêts pour soutenir les projets générateurs d’emplois. Ils pourront demander chaque année une conférence de salariés, d’élus, de citoyens pour déterminer les grandes lignes de créations d’emplois à soutenir par l’action des fonds régionaux.

 

        Quelques remarques personnelles :

        Je ne suis pas aussi optimiste que les économistes auteurs de la proposition des fonds régionaux sur la capacité à lever des fonds grâce aux prêts bonifiés (c’est-à-dire avec un taux d’intérêt diminué pour l’emprunteur). En effet, il faut se rappeler que les banques ont aussi une limite dans leur émission de monnaie / crédits. Les banques ont en effet l'obligation de respecter des ratios entre leurs fonds propres (qu’elles peuvent obtenir en convertissant une partie de leurs dépôts avec la banque centrale) et le montant des crédits qu’elles accordent. Ces ratios servent à éviter que les banques génèrent des prêts à l’infini. Ce sont donc ces ratios qu’il faut prendre en compte, et pas seulement les taux d’intérêts bancaires, pour savoir combien de crédits pourraient être accordés pour X milliards d’euros d’intérêts remboursés par la collectivité.

        Ensuite, une injection très massive de crédits dans l’économie française fait aussi courir un risque d’inflation redynamisée… On peut défendre une relance de l’inflation pour stimuler la croissance, mais avec modération, ce qui impose une nouvelle limite au projet.

        Pour finir, la citation faite plus haut de la commission économique du Front de Gauche de PACA, extraite du numéro 665 d’Economie Politique (Novembre-Décembre 2009) ne répond pas vraiment à la problématique de « l’effet d’aubaine ». Il ne suffit pas de vérifier qu’il y ait des créations d’emplois pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’effet d’aubaine. Selon la définition de l’effet d’aubaine que j’ai donné dans l’article, il faut vérifier que non seulement des emplois ont été créés, mais qu’ils n’auraient pu être créés sans l’aide.

        Mais il ne semble pas impossible que cette vérification soit faite par les assemblées d’élus, de salariés, de chômeurs etc… Aucune des limites que je viens de préciser ne me semble donc fatale au projet des fonds régionaux.

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Published by DiadoreCronos - dans Economie
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