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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 22:45

Le Oui passerait à 67%.

Il s'agit du deuxième scrutin, après celui de Juin 2008, et depuis lors le gouvernement irlandais a négocié avec les autres gouvernements de l'Union des garanties sur le Traité.

En apparence, "victoire de l'Europe", "défaite du souverainisme", d'un côté, "vote truqué", "voix irlandaises achetées" (par les aides accordées par la commission européenne à une entreprise irlandaise menacée de délocalisation, comme le remarquait justement Edgar sur son blog), "pression sur le peuple irlandais", "vote sans intérêt" de l'autre côté.

Je fais plutôt les remarques suivantes:

- L'Europe fédérale est sensée être une grande puissance ayant sa propre voix dans le monde --> l'Irlande a obtenu la garantie de sa neutralité militaire. Une Europe faite d'états neutres ne risque pas de faire peur à grand-monde;

- L'Europe fédérale est sensée permettre l'harmonisation fiscale et sociale --> l'Irlande a obtenu qu'on ne touche pas à sa fiscalité...

...et elle a obtenu d'autres aménagements pour avoir la certitude de conserver un irlandais au sein de la Commission Européenne.

Enfin bref, l'Irlande a dit "Oui à l'Europe...mais à la carte".

Un an et demi après la glorieuse ratification du Traité de Lisbonne par la France, le fédéralisme européen s'est à nouveau couvert de gloire.

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Published by DiadoreCronos - dans Monde - Europe
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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 22:59


Magnifique reprise de l'hymne soviétique (et un peu de l'Internationale) par Laibach (album Volk, achetez-le!)



Nation

Qu’est-ce qu’une nation ? (critique de la notion usuelle)

De façon assez classique, nous commençons sur le débat mille fois parcouru opposant la « nation objective » à l’allemande, et la « nation subjective » à la française. La première part de l’idée que les nations existent avant les états, selon des critères culturels identifiables : ainsi, les allemands, malgré leur diversité religieuse (catholiques, réformés, protestants…) se désignaient comme nation parce qu’ils parlent un groupe de langue assez proche, de l’alsacien au bas ou haut-allemand. A cette définition, on rattache souvent le nom de Johann Gottlieb Fichte, et son « Discours à la nation allemande » qui fut prononcé en 1807, alors que la zone germanophone est non seulement divisée entre la Prusse, l’Autriche, et des dizaines d’états de langue allemande, mais en plus l’essentiel de l’actuel territoire allemand est sous la coupe napoléonienne.

            Sur le Net, on trouve des définitions de la nation qui excluent la référence à l’état :

« Une nation c'est un grand groupe de personnes qui sont unies entre elles et qui se reconnaissent des ressemblances découlant d’une culture commune; la langue, en particulier, semble constituer un facteur important de l’existence d’une nation. Une nation n’est pas nécessairement comprise à l’intérieur des frontières politiques d’un État. La divergence entre les limites des nations et les frontières des États constitue un important facteur de tensions politiques. »

(définition de tayo.fr)

La notion « française » part du fait que l’état, la communauté politique existe, et que la nation est l’ensemble du corps populaire (ou « civique ») qui, quelque soit sa diversité culturelle, linguistique ou religieuse, adhère au maintien de cette communauté politique. L’un des principaux promoteurs de cette notion est Ernest Renan, répondant à la précédente conception de la nation dans sa conférence de 1882 « Qu’est-ce qu’une nation ? ».

Extrait de Qu-'est-ce qu'une nation par Ernest Renan :

" Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, Messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. "

 

On trouve aussi sur la Toile des définitions de la nation qui ne reposent que sur la communauté politique :

« une communauté humaine identifiée dans des limites géographiques parfois fluctuantes au cours de l'histoire, mais dont le trait commun supposé est la conscience d'une appartenance à un même groupe »

(définition de Wikipedia)

Le fait que la nation repose sur une communauté culturelle et en même temps sur un adhésion consciente ressort dans d’autres définitions que j’ai pu relever :

« Définitions de la nation : Une nation est une communauté humaine ayant conscience d'être unie par une identité historique, culturelle, linguistique ou religieuse. En tant qu'entité politique, la nation, qui est un concept né de la construction des grands Etats européens, est une communauté caractérisée par un territoire propre, organisée en Etat

(définition de toupie.org )

« Ensemble de personnes vivant sur un territoire commun, conscient de son unité (historique, culturelle, etc.) et constituant une entité politique »

(définition de lemondepolitique.fr )

                Il y a donc au moins un critère qui ressort dans toutes les définitions : celui de la reconnaissance de la nation par ses membres. Même l’on pense que la nation, allemande par exemple, est posée par l’histoire, qu’elle est délimitée par une aire culturelle allemande objective, il faut encore que les allemands se reconnaissent comme tels. Maintenant, examinons les caractères des deux notions : traits culturels communs, volonté de vivre ensemble, libre consentement des membres de la nation…

Que sont des caractères communs ?

Généralement, on entend par « similitudes culturelles » le fait que toute une population suivrait une même religion (même avec des branches différentes, comme le catholicisme et les protestantismes pour la chrétienté, le sunnisme et le chiisme dans l’Islam), partagerait la même langue, ou aurait la même « organisation sociologique » (différenciant historiquement par exemple les bédouins arabes des syriens, tous arabophones et musulmans sunnites pourtant). On peut aussi évoquer la proximité des conceptions politiques (même si le seul exemple d’une nation se scindant pour cause de divergences politiques qui me vient à l’esprit est la sécession –avortée – du Sud des USA en 1860 ; et encore, on ne sait pas). Pourtant, de ce point de vue, on considérerait que la Suisse n’est pas une nation. Celle-ci fait pourtant preuve (malgré des conflits religieux du 16ème siècle jusqu’ay conflit du Sonderbund en 1847) au XXème siècle et aujourd’hui, d’une cohésion nationale très forte, incomparable à celle de la « nation » belge, pour prendre un exemple. L’exemple suisse illustrerait donc davantage la conception « française » de la nation que la notion « allemande ». Mais au fond, ces nations « multiculturelles» comme la Suisse n’en sont pas vraiment. De fait, plus que d’être trilingue, la Suisse est germanophone aux trois quarts de sa population (si l’on tient compte uniquement de la langue principale), et plus encore si l’on tient compte de l’allemand en tant que seconde langue. Le cas des afro-américains aux USA est aussi un exemple d’une minorité qui, culturellement, diffère fortement de la majorité du pays, surtout si l’on remonte aux premières générations d’esclaves. Mais cette minorité, malgré la continuation d’une culture (musicale, littéraire, langagière…) propre, n’en a pas moins intégré la nation américaine (états-unienne si vous préférez). Les afro-américains, en tant qu’artistes, sont même devenus largement exportateurs de la langue de l’état qui fut l’oppresseur de leurs ancêtres.

A l’inverse, une minorité qui refuse son intégration, fut-ce partielle, à la culture majoritaire de son état devient une source de fractionnement de la nation, comme l’est le Québec au sein du Canada. On peut aussi citer les nombreux états ex-coloniaux où la culture qui maintient l’unité politique n’est pas celle d’une majorité, mais l’ex-culture coloniale, sa langue du moins. En Inde, la langue hindi, celle d’au moins 40% des indiens et davantage en seconde langue, a même plutôt été un facteur de division, les états méridionaux du Sud de l’Inde ayant préféré conserver, après l’indépendance, l’anglais comme langue de communication fédérale. Sans cette langue coloniale, les différentes composantes du peuple n’ont plus guère de cohésion (comme l’a montré la guerre du Biafra, et la persécution de la minorité Ibo ; sans ses frontières coloniales et la langue anglaise, le Nigéria ne survivrait pas). De même, la diversité tant vantée des états de l’Amérique latine repose sur le fond commun hispano /lusophone et le catholicisme en partage de plus de quatre cent millions de personnes, qu’ils soient d’ascendance européenne, africaine ou amérindienne.

On peut donc objecter à la notion « subjective » de la nation qu’il n’y a pas de nation qui survive sans un modèle culturel qui en assure la base, et qui n’est pas choisi par les membres de la nation. Et à la notion « objective » de la nation qu’une minorité qui conserve ses particularités peut très bien soutenir ce modèle qui n’est pas a priori le sien. Ainsi, l’existence d’une langue basque qu’on ne peut rattacher à aucun groupe de langues du continent européen ne signifie pas pour autant l’existence d’une nation basque, plutôt que d’espagnols et de français de langue basque.

Peut-on croire à la nation choisie?

La nation vue comme « plébiscite de tous les jours » (expression d’Ernest Renan) m’a toujours amusé : le choix de continuer ou non d’être membre d’une nation est souvent un plébiscite où un seul bulletin de vote est disponible (et il s’agit du bulletin « oui » ; je parle ici de ceux qui restent sur leur terre d’origine, pas des migrants qui eux, « votent avec leurs pieds » pour une autre nation). Une région, une ville ne peuvent changer de nation que si la possibilité historique s’en présente, c’est-à-dire dans un cadre démocratique, largement absent d’Europe à l’époque où écrivait Renan. Même actuellement, les votes en faveur d’une sécession se produisent peu dans les états à longue tradition démocratique (on peut évoquer l’indépendance norvégienne en 1905, celle plus violente de l’Irlande en 1916). Les principales scissions d’états ont surtout eu lieu dans les  ex-colonies (surtout l’Amérique latine, relativement peu d’états sont apparus depuis 1945 en Afrique ou en Asie dont les frontières n’aient pas été dessinées par le colonisateur), et dans le bloc de l’Est. Dans ce dernier cas, l’éclatement des nationalités, en Tchécoslovaquie et URSS a aussi été une conséquence de l’idée qu’en se séparant dès que possible, les états jadis fédérés échapperaient au centralisme mortifère de l’ancien système de Plan. On en a vu les conséquences lors des premières épurations ethniques en Géorgie en 1992, puis en 2008.

Le cas yougoslave est plus particulier : la fin de l’état titiste a été la première occasion, depuis 1918, de remettre en cause les frontières laissées par l’empire Habsbourg (qui délimitaient toujours la Bosnie-Herzégovine occupée par l’Autriche-Hongrie depuis 1878, et donc largement la Croatie et la Serbie). La dénégation du pouvoir fédéral ne pouvait pas se baser sur des territoires ayant une majorité ethnique claire (comme la Slovaquie distincte de la Bohème –Moravie), la Bosnie-Herzégovine n’ayant pas de majorité ethnique du tout, et la Croatie ayant plusieurs régions a majorité serbe (Krajina et Slavonie). Le tout combiné avec le retour des souvenirs de l’état oustachi et des massacres de croates par les titistes en 1945, et l’appui allemand et a fortiori européen pour reconnaître ces futures « nations », donna la détonation que l’on sait.

Les scissions d’états, les proclamations de nouvelles nations, ces moments où il y a au moins deux choix dans le « plébiscite de tous les jours » de Renan, sont donc relativement rares, et interviennent dans des périodes de chaos où il apparaît intéressant, pour des élites politiques locales et une vaste partie de leur électorat, de proclamer l’indépendance. Le fait que les causes indépendantistes régionales, dans les pays démocratiques, se soient souvent arrêtées à des autonomies (comme en Espagne, mais là encore le sentiment autonomiste basque ou catalan est aussi renforcé par réaction au franquisme), ou à la reconnaissance formelle de la « nation » (comme la « nation québécoise », reconnue par le Canada qui avait de toute façon déjà une structure fédérale) montre qu’une nation ne se crée que s’il y a un véritable intérêt politique derrière, et pas uniquement parce qu’un « riche legs de souvenirs » (citation de Renan plus haut). On pourrait dire : c’est le futur qui fait une nation, plus que le passé. On a vu ainsi, à la fin du XXème siècle, vu surgir des nations qui n’avaient soit pas d’antécédents historiques récents (la Biélorussie), ou avaient été très peu longtemps indépendantes (les pays baltes). On était là moins dans la restauration d’un passé glorieux que dans un plan sur l’avenir : s’intégrer à l’Europe capitaliste pour les pays baltes, maintenir un pouvoir de type soviétique en Biélorussie. C’est moins une nation que l’on choisit qu’un projet politique (qui a aussi son contenu de classe : qui imaginerait les peuples baltes refaire une révolution prolétarienne ? Quand bien même ils le voudraient, que pourraient-ils, à huit millions sur trois états ?).

 Quel est le rapport entre nation et état ?

En créant leurs états, bien plus que de ressusciter un héritage, les baltes ou encore les slovènes ont surtout exprimé leur adhésion à une entité politique qui dépasse de loin leur état, qui est l’Europe capitaliste, et a fortiori l’hégémonie américaine. Certains de ces pays, comme la Lettonie, ne disposaient pas même d’armée pour assurer leur défense (alors que le rôle premier d’un état est justement de disposer de la force brute). C’est là que l’on voit apparaître une autre brèche dans l’idée de la nation comme communauté consciente d’elle-même et dont les membres choisissent de rester ensemble.

                Je désignerai par « nation anglo-saxonne », dans la suite du texte, l’ensemble formé par les USA et le Royaume-Uni, de fait également par l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ainsi que le Canada (et on peut y rajouter l’Irlande), soit l’espace appelé par certains géographes « anglosphère », qui, outre la langue anglaise en partage (bémol pour le Canada donc), a fait preuve, sur le long terme, d’une solidarité militaire (qui n’était pas évidente au XXème siècle de par l’isolationnisme américain), et d’une proximité idéologique (qui, sur l’ensemble du siècle, malgré le New Deal aux USA et l’expérience travailliste jusqu’en 1979 au Royaume-Uni, s’est manifestée par le retour à un bipartisme centre droit / droite).

                Il faut distinguer la nation ressentie de la nation de fait. Par exemple, l’Irlande a incontestablement une identité forgée dans le souvenir celte et la lutte contre l’occupant britannique. De fait, pourtant, l’Irlande restera toujours, de par sa taille, dépendante de la puissance militaire anglo-saxonne. C’est au paravent naval britannique que l’Irlande doit sa neutralité tranquille pendant la seconde guerre mondiale. Sur le plan culturel, l’anglais restera la langue de fait de l’Eire. Généalogiquement, il y a un nombre de descendants d’irlandais vivant aux USA dix fois supérieur à la population de la République d’Irlande. Le même constat peut se faire sur les pays d’Europe du Nord, qu’il s’agisse par exemple de la Norvège (qui ne pouvait compter que sur l’aide –infructueuse- de la marine anglo-française pour se protéger de la menace allemande en 1940) ou des autres pays nordiques, qui ont incontestablement des identités culturelles propres, mais, en raison de leur petite taille, ont également conscience d’être des marges arrière de la nation anglo-saxonne (surtout au cours de la guerre froide). Entre 80 et 100% des populations scandinaves sont anglophones, au moins de niveau scolaire, quand ces proportions restent inférieures à la moitié du peuple allemand, ou plus faibles encore des italiens et des français. Rien ne prédestinait cependant par exemple la Suède à être l’un des plus grands exportateurs de musique anglophone dans le monde : elle n’est pas le seul petit pays pour qui l’anglais est une langue étrangère inévitable. Rien n’empêchait l’Irlande de se re-gaëliser, et de redevenir bilingue.

                Le fait que l’Irlande ou l’Europe du Nord ne puissent pas exister militairement, économiquement et politiquement sans l’alliance (et l’hégémonie) anglo-saxonne illustre le fait que la nation ressentie (on se sent irlandais ou suédois) finit toujours par être affectée par la nation de fait (on est habitant d’une marge arrière de la nation anglo-saxonne, et la présence de la culture anglo-saxonne est acceptée bien au-delà du seul « mal nécessaire »).

                Le Royaume-Uni lui-même, qui n’a jamais eu la prétention de fonder sa domination passée autrement que sur les canonnières (et secondairement sur le commerce et la finance), en devenant de plus en plus dépendant militairement des Etats-Unis, est-il vraiment lui-même une nation distincte des USA (dont la langue est en réalité très peu différente de l’anglais britannique) ?

                L’état est un instrument de puissance dont le but premier est de dissuader un pire état de survenir. Des états trop faibles pour exister par eux-mêmes (les petits états d’Europe) ou ne désirant plus agir indépendamment (le Royaume-Uni), s’associent entre eux ou autour d’un état plus grand (les USA), formant une entité politique de fait (les USA et leurs plus proches alliés de l’OTAN, la nation anglo-saxonne, etc…). La nation, au fond, est le versant culturel de l’état, de l’entité politique, ou de la communauté politique potentielle. N’étant pas encore totalement inféodée à la politique des Etats-Unis, disposant encore d’un poids culturel et démographique relativement élevé, la France peut encore prétendre au statut de nation : ce n’est pas tant son identité culturelle qui est affaiblie, loin de là, mais sa puissance politique, médiocre, qui fait qu’une partie de sa population (et la grande majorité de sa classe politique) s’est laissée amadouée par l’idée d’une (super-)nation de remplacement (« l’Europe », ou de fait l’Euro-Amérique via l’OTAN). Les européistes manifestent leur volonté de créer cette sur-nation de façon symbolique (en se dénommant non plus « français », mais en se disant « européen de nationalité française » - la nationalité n’étant plus qu’une formalité administrative pour eux) et par des propositions concrètes (le référendum paneuropéen pour les traités, pour acter d’entrée de jeu la fin de la France en tant que nation souveraine).

                D’autres groupes humains, les kurdes par exemple, n’ont pas d’états, et très peu d’alliés pour en constituer un (même l’alliance avec l’occupant américain en Iraq n’a pas permis d’aboutir à un état kurde – pour l’instant), alors que le poids démographique des kurdes (30 millions de personnes) et la détermination politique (justement renforcée par le fait qu’il n’y a pas d’allié à qui se confier) sont bien présentes pour créer cet état (un Kurdistan regroupant tous les kurdes serait un état de taille tout à fait respectable au sein du Moyen-Orient, dépassé seulement en population par l’Iran, la Turquie et l’Egypte). Les peuples colonisés d’Afrique ou d’Asie ont également reconstitué leurs consciences nationales lorsqu’il devint évident que les conquérants européens n’étaient pas assez nombreux pour submerger leur culture et les empêcher de reconstruire leur puissance au travers d’états indépendants.

                Un pays comme le Japon, qui n’est ni négligeable par sa population ou son originalité culturelle, se trouve dans un cas particulier, qui est celui de la démission de la puissance, depuis 1945. Le Japon (dont la constitution interdit théoriquement d’avoir une armée) n’a envoyé que des contingents très faibles en Irak au côté des USA. Sa force démographique (en grand péril faute de natalité), culturelle et économique font qu’il n’intègre bien sûr pas la nation anglo-saxonne, mais cela n’est permis que par l’absence de menace vitale immédiate (personne n’essaie de conquérir ou coloniser le Japon actuellement). Si tel état le cas, la sécurité japonaise étant remise entre les mains des USA depuis 1945 (ce que la France a en grande partie défait en se dotant de l’arme nucléaire), l’avenir de la nation japonaise s’en trouverait compromis.

                On peut donc conclure sur la relation entre nation et état : de la même manière que l’état a pour but premier la puissance, la nation se doit aussi d’être une puissance culturelle. Lorsque cette puissance est trop faible (cas de la culture gaëlique), elle s’intègre de fait dans une nation plus puissante (anglo-saxonne ou « euroaméricaine »), ou menace de le faire (ce qui n’est pas encore le cas de la nation française). La nation a donc besoin de l’état (ou du système d’états, comme l’est l’OTAN, du moins les états les plus fidèles aux USA) pour exister, sur le long terme. Une nation qui perd l’espoir de recréer un jour une puissance politique autonome cesse d’être une nation. Bien qu’il ait été reconnu formellement comme une nation, on peut se demander si le Québec, qui a renoncé par deux fois à son indépendance (et n’aurait guère eu d’autonomie réelle s’il l’avait votée) est réellement une nation, mais plutôt une minorité de la nation anglo-saxonne. Je passe certes rapidement sur le fait que le vote de la minorité anglophone fut déterminant dans le refus de l’indépendance en 1995. Mais 1) le Québec, pour s’affirmer comme nation, doit aussi rallier ses minorités à ce projet, à moins de vouloir un état « linguistiquement purifié » ; 2) le fait que l’indépendantisme n’ait pas été plus fort chez les francophones montre que la détermination des québécois était insuffisante pour constituer une nation.

                On peut donc répondre à ceux qui veulent enseigner dans les écoles une histoire faite « de plusieurs points de vue », un pour chaque minorité (des bretons aux antillais en passant par les vendéens) que l’histoire d’une nation est avant tout l’histoire d’une puissance. Il est pertinent de vouloir une histoire plus riche en faits sur la violence dans une région, colonie, ou contre une minorité, mais ces faits doivent rester des points de l’histoire de cette puissance. Si l’on enlève ce critère de la puissance, on peut multiplier indéfiniment les points de vue, et il n’y a plus de manuel d’histoire plus pertinent qu’un autre.

Une autre définition de la nation

Résumons : nous avons dit que la nation n’est pas définie par une similitude culturelle sur tous ses membres, mais sur un modèle culturel qui, même s’il n’est que majoritaire, voire simplement hégémonique (comme une langue coloniale), reste approuvé par tous, pour communiquer d’un bout à l’autre de la communauté politique, ainsi qu’entre le particulier et l’état. Ensuite, la nation vue comme communauté de vie est rarement « choisie », puisque cette communauté nait ou disparaît le plus souvent par la force, et dans des périodes de chaos. Enfin, que la nation « de fait », tant sur les plans du pouvoir politique, du « vivre-ensemble » ou même le plan culturel, peut dépasser les états et les frontières linguistiques ou mêmes religieuses, et qu’on peut identifier une nation à l’entité qui est de fait, capable de défendre le modèle culturel hégémonique.

Je propose alors cette définition personnelle de la nation :

« Communauté humaine :

-           regroupant un état, plusieurs états, ou aucun état mais ayant l’espoir d’en (re)constituer au moins un ;

-          qui reconnaît un modèle culturel (linguistique, religieux) comme hégémonique (mais pas forcément généralisé à toute la communauté);

-          et qui dispose ou pourra disposer des moyens matériels pour le défendre ;

-           et dont la grande majorité des membres a conscience de faire partie de cette communauté, et approuve de fait les caractéristiques précédentes».

 

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Published by DiadoreCronos - dans Nation
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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 23:38

 

Laibach, Life is Life, Album Opus Dei, 1986

Ce clip caricatural (d'un groupe qui n'est pas fasciste en fait, et qui parodie une chanson pop en la transformant en air "totalitaire") servira juste à faire jaser tout ceux qui crient au fascisme dès qu'on prononce le mot "nation"...

Il s'agit d'un article que je souhaitais faire depuis longtemps, pour poser quelques remarques et définitions sur ces quatre notions et les liens qu'elles entretiennent. Un commentaire de nationalistejacobin d'il y a quelques semaines sur le rapport entre marxistes et nations m'en a rappelé le projet. Dans ma démarche, je commence par la notion d'Etat. La partie sur la nation, deux fois plus longue, vient demain.

Pourquoi cet article ?

Il va être plus généralement question de tout ce que les gauchistes, anarchistes, « libertaires » haïssent : l’Etat, la Nation, l’identité, et aussi le racisme. Cet article sera un article de définitions, afin de poser clairement ce qui pourrait (ou même devrait) être su par tous. Qui n’a jamais entendu un gauchiste lui expliquer que le monde réellement libre et moderne aurait aboli états et nations ? Combien de gens ont été eux-mêmes ces gauchistes ? Et le marxisme ne prophétise-t-il pas, finalement, l’abolition des états dans la phase révolutionnaire ultime que serait le communisme ?

 

Cette série va surtout service de référence pour ne pas avoir à répéter les mêmes arguments lorsqu’on devra répondre aux questions suivantes :

-       A-t-on besoin d’Etat ? Quel est son rôle admissible ?

-       Qu’est-ce qu’une nation ? En a-t-on besoin ? Quelles causes nationales doit-on défendre ?

-       Qu’est-ce que le racisme, et qu’est-ce qui n’en est pas ?

 

J’écris aussi cet article alors que je lis « Le mythe national » de Suzanne Citron. Cette historienne recense, dans la première partie de son livre, une véritable anthologie de la construction, au travers des manuels d’histoire, de le République, en remontant jusqu’à Jules Michelet, d’un récit qui  fait de la France une entité éternelle, sans commencement, sans fin possible, et présentée comme une personne. L’histoire nationale a été enseignée pendant des décennies comme le roman des rois, des généraux et autres héros bâtissant un pays magnifié, la France « soldat de Dieu », « soldat de la Liberté », « soldat du Monde », porteuse de « la parole de Dieu auprès des autres nations », en faisant l’impasse sur la violence des conquêtes et répressions internes, voire en les justifiant, en minorant voire ignorant certaines minorités, ou des passages entiers de l’Histoire (notamment la colonisation, présentée sous son seul « aspect positif »). L’auteure exprime clairement ses intentions, dans le quatrième de couverture, en écrivant : « Cette nouvelle édition du Mythe National s’attache, en s’appuyant sur la rigueur du travail historique, à revisiter le passé pour donner sens à une France aux multiples racines, membre de l’Union Européenne, morceau de la planète et segment de l’histoire humaine. »

Il est normal, et même banal, de déplorer une histoire « écrite par les vainqueurs ». Mais, sur le fond, si l’on peut s’accorder sur le fait que les manuels d’Histoire pourraient et devraient s’appesantir davantage sur la violence des guerres européennes et coloniales menées par la France, sur la traite négrière, ou plus généralement sur la vie quotidienne des peuples, plutôt de que considérer l’Histoire comme un jeu de souverains maniant des pions sur une carte, il n’en reste pas moins que les indignations de Suzanne Citron laissent parfois songeur.

Pourquoi faudrait-il absolument consacrer des paragraphes  de nos manuels scolaires à chaque minorité ayant participé à l’Histoire de France ? Une page pour les noirs esclaves, une page pour les peuples coloniaux, arabes, noirs, indochinois, une page pour les cathares, les juifs, les protestants, puis pour les basques, corses, bretons, occitans…On imagine l’effroyable foire d’empoigne et la surenchère mémorielle qu’occasionnerait la rédaction d’un manuel d’histoire « juste ». Car, rappelons-le, un manuel destiné aux lycéens et collégiens ne peut avoir la taille d’un bottin. Et surtout cette vision de l’Histoire induirait une vision de la France comme une simple collection ou « métissage » de communautés diverses.

Ensuite, est-il forcément pertinent de vouloir remplacer l’Histoire « franco-centrée » par une histoire « de l’Europe » ou « du Monde » ? Rappelons qu’un cours d’Histoire n’a pas seulement pour vocation d’informer l’élève sur le monde dans le monde où il vit (auquel cas on pourrait même privilégier l’histoire de l’Univers !), mais aussi de l’intégrer à la communauté civique (que ce soit dans un état prolétarien ou bourgeois). A titre personnel, il m’insupporte d’entendre des gens ricaner à propos d’une histoire nationale qui enseigne « nos ancêtres les gaulois » aux enfants antillais et réunionnais. Les élèves doivent avant tout comprendre dans quel état ils vivent, pourquoi le chef-lieu de la Martinique se nomme Fort-de-France, pourquoi ils font cours en français, et d’où vient la déportation des africains dont ils descendent (partiellement). Donc oui, en premier lieu, ils doivent apprendre l’histoire des gaulois, des romains et des francs. Ensuite, est-ce un crime que de préciser que certaines nations ont plus façonné le monde que d’autres ? Que la Grande-Bretagne a joué un rôle plus décisif que l’Afghanistan ou même le Japon ? Que la colonisation n’était pas « européenne » mais britannique, française, ibérique, et plus marginalement allemande, néerlandaise ou italienne ? Que ce sont la France et le Royaume-Uni qui ont un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU, pas « l’Europe » ? Pour avoir un aperçu de l’Histoire du Monde, il faut avant tout comprendre l’histoire de certains états, à commencer par le sien. On peut se contenter d’une très générale « histoire du monde », sans un focus sur certaines puissances nationales. Même si, dans l’idéal, il faudrait pouvoir étudier chaque pays.

                Mais cet idéal est justement inaccessible. Faut-il rappeler à  quel point il est difficile d’inculquer une connaissance basique de l’Histoire à toute la population ? Qu’un quart d’une génération née dans les années 1980 ne se présentera pas au bac, et qu’un tiers ne l’aura pas eu jusqu’à aujourd’hui ? Oui, nous parlons bien de ce fameux baccalauréat « qui ne vaut rien », « qu’on donne à tout le monde », etc…

                Le livre de Suzanne Citron marque une répugnance pour une historiographie  qui justifie les conquêtes de l’état français, royal puis républicain. Pour ma part, cela ne me choque pas. Bien qu’attaché à la paix, je ne peux que constater qu’aucun état ne s’est construit sans violence. Et que le rôle d’un état, c’est avant tout de chercher la puissance (oui oui, c’est au moins aussi important que de fournir la santé et l’éducation). Il y aura toujours des imbéciles pour crier au fascisme dès lors qu’on évoque la « volonté de puissance », mais c’est là qu’est l’enjeu essentiel de l’état. Et pas forcément pour une seule classe, et cet enjeu de la puissance n’est pas nécessairement réductible à la lutte des classes…

               Commençons maintenant nos définitions. Abordons, en premier lieu, non pas la Nation, mais l’Etat

Etat

L’état désigne la structure humaine détentrice d’autorité, appuyée par la force brute, qu’elle est généralement la seule à détenir, et dont la souveraineté vaut sur un territoire plus ou moins précisément délimité.

Les marxistes et l’Etat

C’est en lisant l’Etat et la Révolution de Lénine que j’ai pu confirmer ce que je pensais des convictions des marxistes sur la possibilité d’une société sans Etat : elles sont d’une confondante naïveté. Les marxistes considèrent que l’Etat, dans les sociétés industrielles –ou même féodales- qu’ils étudient, est l’instrument d’oppression utilisé par la classe dominante contre les classes opprimées. En ce point, ils ont raison. Le sophisme est de partir de ce fait actuel pour en déduire que l’Etat n’est que cela, et que dans une société sans classes, l’Etat n’existerait donc plus. Croyance apparemment vérifiée par l’existence de sociétés vivant sans état. Sauf que ces sociétés là sont peu exemplifiées dans le livre de Lénine : quelles sociétés auraient développé des civilisations complexes, une production scientifique poussée, sans état ? Les aztèques, incas, mayas, avaient des formes plus ou moins lâches d’état. Et elles ont fini par s’effondrer sous le coup d’une société (espagnole) hiérarchisée qui avait atteint une puissance militaire supérieure. Les expériences anarchistes modernes (Catalogne, Ukraine – deux cas que Lénine et Marx n’avaient pas pu connaître en écrivant leurs ouvrages) ont fini en déroute militaire. On peut croire que, si l’état n’existait pas, la majorité des êtres humains, débarrassés de l’oppression de classe, respecteraient « naturellement » certaines prescriptions morales, sans y être contraints par une quelconque police autre que la milice ouvrière autogérée. Lénine prend exemple sur le fait qu’on n’a pas besoin de policiers pour que les hommes, dans leur majorité, s’interdisent que « l’on rudoie une femme » (l’Etat et la Révolution). Pour les cas de criminels pathologiques, de déviants que même la société la plus juste et la plus confortable du monde n’aura su dissuader de commettre des crimes, la milice ouvrière assurera l’ordre sans aucun édifice étatique. On peut y croire.

Peut-on vivre sans Etat ?

Le problème, c’est : même dans une société, voire un monde, d’où les états auraient disparu, comment empêcher que les états ne réapparaissent, si une minorité d’individus armés et aguerris décident de les réinstaurer pour devenir la nouvelle classe dominante ? En effet, qui saurait dissuader un groupe d’hommes experts en arts de la guerre de monter des mafias, de s’approprier les biens, les terres, les revenus, les personnes ? S’ils sont bien organisés et offensifs, ils peuvent défaire les milices ouvrières, acheter des complicités, remettre en marche un appareil industrialo-militaire, et étendre leur pouvoir.

Le problème de l’état est le même que celui des armes à feu : la question n’est pas de savoir comment cela se passerait si l’état ou les armes n’existaient pas (nous vivrions dans un monde de paix), mais comment faire sachant que l’état et les armes existent, et qu’il y a au moins une minorité d’individus qui en disposent. Si personne n’avait d’armes, tout serait parfait, mais il y a des gens qui en ont et savent en produire, donc il nous faut en avoir nous même. Il en va de même pour l’état.

Et pourquoi pas un état mondial pour réconcilier l’humanité, comme le proposait Albert Einstein au lendemain de la seconde guerre mondiale ? Ne serait-ce pas là le but final de la révolution socialiste (Einstein était socialiste à cette époque), et le seul moyen de parer au risque de guerre nucléaire ? Je pense exactement le contraire : un gouvernement mondial, même initialement démocratique, signifie la possibilité d’une dictature mondiale. Si un pays, une région, ou même un continent entier décide de se soulever contre un pouvoir autoritaire mondial, elle se retrouve seule contre le reste de la planète. Et pire encore : si les rebelles ne possèdent pas l’arme atomique, au contraire du régime mondial, ce dernier peut sans problème anéantir les rébellions à coup de champignons nucléaires, alors que la coexistence de plusieurs grandes puissances atomiques a jusqu’à présent dissuadé un tel conflit.

               Certains libertariens ont l’absurde idée de compiler les crimes commis par des états, qu’ils fussent staliniens, nazi, fascistes, colonialistes, ou autres, et d’en déduire que l’état est une menace majeure pour l’humanité. Sauf que, sans état, comment bloquer la progression du fascisme ? Sans les états soviétique et américain, comment vaincre l’état nazi ? Sans l’état vietnamien, comment vaincre l’état khmer rouge ?

L’anarchisme porte dans ses propres idées sa défaite. Ce qui me différencie des marxistes est, entre autres choses, que je ne crois pas en la possibilité de la société moderne sans état. Il peut, et un communiste ne peut que le vouloir, y avoir une société sans propriété privée opprimant le prolétariat, et de fait, plus de classe capitaliste pour exploiter la classe prolétaire. Mais la société sans aucune distinction de classes me semble irréalisable, car les fonctionnaires, en tant qu’agents de la puissance publique et donc de son monopole de la violence, seront toujours légèrement distincts des prolétaires par leur mode de rémunération (non-marchand, pas forcément lié au résultat – comment évaluer la productivité d’un militaire en temps de paix ?), même si cette différence deviendra ténue dans le socialisme.

Le pacte premier qui existe entre un état et le peuple, c’est donc la sécurité en l’échange de la discipline des citoyens, sécurité contre les autres états ou tentatives de créer des états adverses par scissions internes. Par « peuple », j’entends en fait en premier lieu la classe dominante (la classe capitaliste), mais aussi les autres classes, car même le prolétariat, en régime capitaliste, a intérêt à se prémunir contre le risque d’invasion. On pourrait même dire : les classes opprimées ont en fait plus besoin encore de cette protection d’état que les dominants : les possédants, eux, ont quelque chose à négocier avec un éventuel envahisseur. Le problème est justement que les classes opprimées ne contrôlent pas cet état. Et, comme nous l’avons vu plus haut, un état mondial unique n’est pas souhaitable. Les prolétaires eux-mêmes, même lorsque les classes capitalistes auraient été dissoutes, auront toujours besoin de plusieurs états luttant chacun pour éviter d’être soumis aux autres. L’existence de l’état n’est donc pas un produit de l’affrontement des classes, mais une nécessité extérieures aux classes (encore une différence avec le marxisme).

Dans un état socialiste, la santé, l’éducation et l’aide sociale en général pourraient être gérées par des travailleurs assemblés distinctement de l’état. Le premier des devoirs de l’état est donc, bien avant la solidarité et l’intervention sociale, le devoir de puissance. Ce qui se heurte d’emblée avec l’existence d’états nains reposant seulement sur une plus ou moins vague « spécificité culturelle » ou « sentiment d’appartenance nationale» des habitants de son territoire. Ainsi, peut-on considérer que la création d’un état peuplé comme un département français (par exemple, l’Estonie) est cohérent avec l’objectif de puissance ?

 

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 23:16
Voici le cinquième épisode de la série.

Cette fois-ci, nous entrons dans le vif du sujet. Il y a un aspect un peu "mécanique" du nouveau système qui est ici exposé. Il en ira de même dans l'épisode suivant. L'enjeu est pour moi de savoir si l'épisode est compréhensible.

Julien et Stoni, si vous n'entendez pas le son, le problème doit venir de votre configuration. Il y a au moins deux autres spectateurs qui entendent (nationalistejacobin et le courageux auteur anonyme du commentaire peu sympathique déposé sur la vidéo n°3).

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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 22:08
Nous voici au milieu de ce projet. Deux épisodes restent encore à faire.

L'audience (en nombre de vues sur les vidéos) baisse depuis la première. Désolé, une fois de plus, je n'ai pas de vidéos de filles en bikini à placer dessus.

Cet épisode sera peut-être un peu ch...pardon : ce ne sera pas le plus aguichant de la série, car il fait la transitiion entre les raisons de changer de système et les propositions concrètes. Garder vos neurones au frais pour les deux épisodes suivants.

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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 22:52

Voici le troisième épisode de la série, le plus long jusqu'ici (12 minutes) et qui explique une vision critique de l'économie planifiée, comme alternative non viable au système capitaliste actuel.

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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 22:06
Voici le second épisode de ma série.

Il risque peut-être d'apparaître comme brouillon par son contenu, traitant plusieurs sujets généraux sur le capitalisme: l'exploitation, le gaspillage, les limites à la productivité.

Le prochain épisode risque de ne pas plaire aux nostalgiques de l'URSS, car j'y aborde l'économie planifiée comme une alternative non viable au capitalisme.


La diction n'est-elle pas trop mauvaise, trop accidentée et chaotique?

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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 19:53

Depuis mon retour de Cuba, j’ai lu –ou plutôt retenté de lire- deux ouvrages de Karl Marx, Salaire, Prix et Profit et Travail Salarié et Capital. Ces deux ouvrages, beaucoup plus courts et d’une lecture beaucoup moins lourde que le Capital, concentrent des thèses de Marx qui, pour l’essentiel, contiennent des intuitions justes, mais aussi des raisonnements invalides. Et je profite de l’occasion pour expliquer mon désaccord avec certaines thèses de Marx qui font que je me suis déclaré non marxiste.

Dans ces deux ouvrages, et surtout Salaire, Prix et Profit, Marx répond à des idées reçues qui couraient parmi les socialistes de son temps, y compris au sein de la Ière Internationale. Cet ouvrage est une réponse de Marx à Weston, qui tentait en 1865 de convaincre les prolétaires que les exigences sur la hausse des salaires n’aboutiraient qu’à la montée des prix. Marx lui fait une très longue et cinglante réponse, qui vise notamment à démontrer que les prix ne sont pas directement dépendants des salaires, et que les prix des biens eux-mêmes ne sont que les sommes des valeurs des quantités de travail qui ont été consommées pour produire lesdits biens.

Je vais présenter la thèse fondamentale de Marx sur le salaire et les prix, dans l’ordre inverse de celui qu’il use dans ses démonstrations, c’est-à-dire en partant de la valeur du salaire.


La valeur du travail selon Marx

Pour Marx, le travail, ou plutôt la force de travail, est une marchandise qui, comme toute marchandise, a un prix dont on constate qu’il varie dans le temps. Mais Marx constate, ou croit constater, que malgré ces fluctuations dues à des perturbations sur le marché et à la loi de l’offre et de la demande, le prix de la force de travail comme celui des autres marchandises ne fait que graviter autour d’une valeur moyenne. Par exemple, ici, une variation de prix, et sa moyenne :

 




Pour Marx, ce qui fait la valeur du salaire, c’est la quantité de monnaie qui permet, vu le niveau des prix, d’assurer la reproduction de la force de travail, c’est-à-dire la somme qui permet au travailleur de se nourrir, de nourrir sa famille (donc le renouvellement des travailleurs), de se loger, se laver tant que c’était possible, se vêtir… Marx distingue le travail qualifié de celui qui l’est moins : le travail qualifié, exigeant une formation et un entretien plus coûteux, demande un salaire plus élevé.

La théorie n’est quasiment pas démontrée factuellement par Marx dans ses deux ouvrages. I l est vrai qu’à l’époque, elle a la force de l’évidence, puisque la grande majorité des ouvriers ont juste de quoi survivre, que les capitalistes ne peuvent durablement les payer moins, et que la concurrence entre les capitalistes comprime les salaires à ce niveau de survie.

La valeur créée par le travail n’est pas à confondre avec la valeur du travail fourni, et converti en production. Ainsi, on peut prendre pour exemple l’ouvrier qui travaille douze heures et qui crée six marks de valeur de marchandises, et qui est payé trois marks. Les trois marks sont la valeur de sa force de travail, quand le travail transformé en marchandise vaut six marks. Ce qui peut aussi se traduire par le fait que la valeur du produit de cette journée de travail d’un homme aurait pu payer la reproduction de la force de travail de deux personnes. La marchandise a donc une valeur objective selon Marx. Et il en va de même pour toutes les marchandises, qui peuvent être exprimées en quantité de « reproduction de la force de travail humaine». Cette valeur sera donc partagée entre le salaire et la plus-value capitaliste.

Les capitalistes tenteront toujours de ramener la valeur du salaire à un niveau inférieur à celui de la simple reproduction de la force de travail, afin d’augmenter leur plus-value. Mais ils ne peuvent descendre très en-dessous, ni durablement, sauf à détruire par la faim leur main d’œuvre. A l’inverse, si une branche de l’industrie fait face à un déficit de main d’œuvre, le salaire peut temporairement monter au dessus de ce niveau de renouvellement de la force de travail.

Marx répond donc à Weston que si les salaires devaient monter, ce serait au dépend de la plus-value, mais cela ne provoquerait pas de hausse des prix, car les prix ont une valeur objective, qui peut bien sûr changer avec l’évolution des techniques, mais qui ne changera pas brusquement avec une hausse des salaires. Pour Marx, ce ne sont pas les salaires qui font les prix, ou du moins pas directement bien sûr. Il faut bien comprendre que lorsque nous parlons de salaires qui montent, nous entendons qu’ils montent au-delà de la valeur nécessaire au renouvellement de la force de travail d'un travailleur, et donc que si la valeur d’une journée de travail équivaut à deux renouvellements de la force journalière de travail, alors cette valeur ne sera nullement modifiée par la hausse du salaire.

De cette thèse de Marx sur les prix découlent plusieurs conjectures. D’abord, il va mesurer le taux de profit par la plus-value (part de la valeur ajoutée non reversée aux salaires) rapportée à la somme formée par les salaires plus le capital fixe, les valeurs investies dans des équipements, qui en eux-mêmes ne créent pas de valeur, puisque seul le travail humain le fait.

Le taux de profit sera calculé par taux de profit=(plus-value)/(salaires+capital fixe)

Au fur et à mesure que la concurrence s’intensifie entre les capitalistes, et que ceux-ci multiplient les investissements à un rythme qui dépasse la croissance de la population ouvrière, alors la proportion représentée par la plus-value dans l’équation du taux de profit ne peut que baisser, provoquant ainsi la baisse du taux de profit, une concurrence de plus en plus acharnée entre les capitalistes, pourquoi pas des guerres (puisque l’Etat est un instrument de la classe dominante), et finalement la chute du capitalisme par la prise du pouvoir du prolétariat.

Au passage, les prolétaires ne gagneront rien dans la hausse de la technicité de l’activité industrielle, et ne seront pas mieux payés, puisque justement, pour les capitalistes, de plus hauts investissements signifieront une pression supplémentaire sur le taux de profit, donc une compression plus grande du salaire en retour.


Critique


Les démonstrations de Marx ont ceci de positif qu’elles démontent souvent des idées qui, en 2009 comme en 1865, restent totalement erronés. Ainsi, oui, la hausse des salaires ne se transforme pas nécessairement en hausse des prix : elle peut se traduire par une baisse des marges, une baisse des bénéfices ou des investissements.

Rendons aussi justice à Marx de certaines critiques ineptes qui lui ont été faites, comme celle selon quoi la théorie de Marx ne permettrait de comprendre aucune variation de prix d’un lieu à un autre, d’un moment à un autre. Il reconnaissait parfaitement l’existence de mécanismes d’offres et de demande, mais leur attribuait une valeur limitée dans la formation des prix ; il affirmait que la valeur d’une marchandise variait si la quantité de travail nécessaire pour la produire variait. La variation de la qualité du travail, qui en modifie la valeur de renouvellement, change également la valeur des marchandises, puisque celles-ci sont exprimées dans leurs valeurs en renouvellements de la force de travail.

Cependant, dès le départ du raisonnement de Marx que je viens d’expliquer, il y a des points qui laissent songeur. Je me demande déjà pourquoi Marx se focalise, lorsqu’il regarde une courbe des prix, sur la « valeur moyenne » du prix, en considérant que les fluctuations autour de cette moyenne comme du bruit créé par des causes subalternes. Si valeur moyenne il y a, elle varie avec le temps long, et tout dépend du début et de la fin de la série statistique que l’on prend. Reprenons le graphique précédent, en calculant trois moyennes sur trois tiers de siècle pour obtenir des moyennes très différentes :

 



Plus généralement, je me demande d’où vient l’idée de parler du prix de la force de travail comme étant une moyenne, alors que ce prix peut se formuler comme un rapport entre trois facteurs : 1) la disponibilité de la force de travail ; 2) l’intensité de la recherche de main d’œuvre par les capitalistes, 3) l’abondance des biens et services que les salariés pourront se procurer avec leur salaire. La valeur monétaire du salaire sera une fonction de ce rapport, ainsi que de l’abondance monétaire dans l’économie, abondance que nous n’avions pas pris en compte, car ce qui nous intéresse, c’est le salaire réel (et pas le salaire nominal, qui croîtrait si l’on faisait tourner la planche à billet et que tous les prix étaient multipliés par deux, tandis que le salaire réel stagnerait).

Etant un rapport entre plusieurs facteurs, la valeur de la force de travail va forcément varier, mais sur un temps relativement long. Ces variations ne peuvent se confondre avec les variations d’une année sur l’autre, dues à des accidents de productions, des modes passagères, ou tel autre effet que Marx classait comme relevant de la loi de l’offre et la demande.

La théorie de l’utilité marginale explique le salaire justement par le biais d’une fonction semblable à ce que nous venons d’évoquer, où l’intensité de la recherche de main d’œuvre est assimilée à une fonction d’utilité des employeurs (c’est-à-dire une fonction qui décrit que si je peux bénéficier de X heures de travail, j’en tirerais Y de chiffre d’affaires, et ma satisfaction montera d’autant). Le salaire n’est plus censé graviter autour du renouvellement de la force de travail.

Et plusieurs faits de l’histoire économique vont contre l’idée qu’en régime capitaliste, l’employeur tendrait toujours à baisser le salaire au niveau de ce renouvellement. Par exemple, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les prolétaires ont massivement pu s’offrir des automobiles, des voyages touristiques, des téléviseurs, un certain équipement électroménager, puis des ordinateurs, des logements plus grands et plus salubres…on est depuis longtemps au-dessus du simple renouvellement de la force de travail. En effet, n’en déplaise aux misérabilistes qui pensent que les ouvriers français n’ont que leurs chaînes à perdre, nous pourrions avoir nettement moins. Nous pourrions ne pas avoir de voitures, juste des bus pour nous emmener à l’usine. Nous pourrions ne pas avoir de téléviseurs ou d’ordinateurs, juste une vague information dispensée par le patron ; nous pourrions être logés dans des cages à lapins pour juste pouvoir nous reposer entre deux journées de travail.

Des marxistes ont trop longtemps cru que ces progrès étaient seulement dus à un rapport de force favorable aux prolétaires suite à la défaite du fascisme et à la montée en puissance du camp soviétique. Pour ma part, j’y vois surtout que les capitalistes eux-mêmes ont intérêt à partager les gains de productivité s’ils veulent conserver une clientèle pour les marchandises qu’ils font produire, et ainsi continuer à faire du profit.

De même, la baisse tendancielle du taux de profit n’est pas nécessairement appelée à se réaliser. J’ai déjà écrit dans le site que quand bien même on verrait une baisse sur le temps long de la part des profits dans la valeur ajoutée des entreprises, cela pourrait aussi bien s’expliquer par le fait que les sociétés capitalistes ont vu leur part de la production nationale croître considérablement au détriment des producteurs indépendants, et parfois des administrations. Si la part de la valeur ajoutée des sociétés capitalistes dans le PIB passe de 20% à 80% et que le taux de profit des capitalistes reste le même, cela veut dire que les revenus des non-capitalistes auraient relativement décru. Ensuite, depuis trente ans, on ne constate pas de baisse des taux de profits, plutôt un rétablissement dans les années quatre-vingt suivis d’une stagnation. Selon Raphael Taller qui intervenait en tant qu’économiste au stage de Saint-Chinian, c’est une contre-tendance qui ne contredit pas la théorie de Marx.

Si le taux de profit ne baisse pas tendanciellement, alors cela remet en cause l’idée que le capitalisme soit historiquement condamné. Ce qui n’est pas un problème pour moi, puisque cela veut dire qu’il faut le faire tomber.

Il me semble pour ma part que l’explication marxiste de la valeur, du salaire et des prix n’est pas celle qui explique le mieux les faits économiques. Que d’autres théories, par exemple celle de l’utilité marginale, plus des théories ultérieures, offrent de meilleures compréhensions. Mais elles n’enlèvent rien à un fait : seul le travail crée la richesse. La part que prélève le propriétaire sur la valeur ajoutée, quelque soit la manière dont vous expliquez la formation des prix, reste de l’exploitation.


Pour mémoire (ou la culture) , exemple de la théorie marginaliste dans le cas du salaire.


Un demandeur d’emploi propose de vendre des heures de travail. S’il vend X heures de travail payée au salaire S, il fait un gain de X*S (il s’agit d’une simplification de la théorie, car normalement, l’argent a une utilité, qui est décroissante au fur et à mesure que l’on s’enrichit, et que vient réduire la « désutilité » ou perte d’utilité due au fait que l’on perd du temps libre en travaillant).

L’employeur, lui, a une fonction de production qui fait que, avec le matériel dont il dispose, s’il peut se procurer X heures de travail salarié, il fera une production, en valeur (on suppose qu’il arrivera à la vendre) de f(X) (la valeur de la production est une fonction de X). Il va devoir en revanche, pour chaque heure de travail salarié, payer S de salaire et en plus de cela C de dépenses matérielles. Par exemple, plus un routier travaille, plus il dépense d’essence. En plus, l’employeur aura des frais fixes F à assumer.

Les gains de l’employeur se mesureront par :

Gains = f(X)  - X*(S+C) – F           C et F sont considérées comme des valeurs connues, X et S ne le sont pas.

Il se trouve que la function f(X) est décroissante à la marge, ce qui signifie que chaque nouvelle heure de travail augmentera la production, mais moins que la précédente. Donc, si l’on représente f(X) par une courbe, f(X) n’a pas l’allure d’une droite, mais d’une courbe qui progresse, au fur et à mesure que X augmente, mais tend à stagner. Tandis que les frais (X*(C + S) –F), eux, continuent de progresser en ligne droite tant que le nombre d’heures de travail X augmente. Donc, il y a une certaine valeur de X au-delà de laquelle l’employeur n’a plus intérêt à acheter des heures de travail car ses gains baissent.

Plus le salaire S  offert par les employeurs monte, plus les salariés offrent de travail. On peut dire que le nombre X d’heures de travail offert par les salariés est une fonction de S : X=g(S).

Donc la fonction de gains de l’employeur s’écrirait :

Gains = f( g(S) ) – g(S)*(S+C) –F

(Désolé pour ceux qui n’aiment vraiment pas les maths, mais ça s’arrête là, je vous rassure).

Donc, le nœud du problème est de résoudre l’équation pour savoir à partir de quelle valeur de S (à quel niveau de salaire horaire), on va réussir à acheter un nombre tel d’heures de travail que, suivant les explications données précédemment, si l’employeur achète encore une heure de travail, ses gains vont commencer à baisser. On parle de « théorie marginaliste » parce que le prix d’une vente se fait au niveau où l’achat d’une unité supplémentaire ne rapporte plus d’utilité.  Le niveau du salaire se fixe là. Sauf, bien sûr, si les salariés ont considéré auparavant qu’ils avaient déjà donné suffisamment d’heures de travail, et qu’ils préfèrent disposer de temps libre. Cette dernière précision paraît complètement utopique lorsque l’on pense à la situation des chômeurs, mais sur ce sujet les marginalistes, comme la plupart des libéraux, penseront que le chômage est dû à l’Etat qui bloque le fonctionnement du marché du travail (salaire minimum, réglementations du travail, etc…).

Il s’agit là d’une théorie, datant de la fin du dix-neuvième siècle, et que les économistes ont largement complétée voire dépassée depuis. Comme dans la théorie de Marx, un employeur ne peut verser moins que ce qui permet au salarié de survivre et de pouvoir travailler le lendemain. Mais cette théorie explique aussi que le salaire puisse se trouver au-delà du niveau de subsistance.

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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 22:19

Ayant réalisé que les luttes concrètes représentaient une part trop faible des articles publiés sur mon blog, et que la rentrée était aussi celle des luttes, abordons le sujet chaud du moment : la lutte contre la privatisation de La Poste.




Etant sur un blog PCF, prenons connaissance de la position du parti :

http://www.pcf.fr/spip.php?article3074&var_recherche=la%20poste

 

Que se passe-t-il exactement ?

 

En 2011, de part la transposition d’une directive européenne sur la concurrence, le monopole de la Poste, qui ne concernait déjà plus que les envois de moins de 50 grammes, va être aboli. En plus de cela, afin de faciliter les partenariats et les financements futurs, le rapport sur l’avenir de la Poste de Décembre 2008 propose de faire passer son statut de celui d’EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial) à celui de Société Anonyme.

 http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/084000771/0000.pdf


Qu’est-ce au fond que le problème de la Poste ? Un problème de mathématiques.

C’est le problème qui consiste à assurer une présence sur tout le territoire, à éviter un temps d’attente trop long à l’usager … tout en ne faisant pas de pertes. Cela me rappelle immédiatement la thématique des files d’attentes qui est un chapitre de l’enseignement des probabilités, en faculté de mathématiques, statistiques, ou en école d’ingénieur. Le temps d’attente étant formalisable avec des lois mathématiques (dépendant de la fréquence des arrivées d’usagers et du temps de traitement de leurs demandes), il s’agit d’organiser l’entreprise postale de sorte à ce que l’attente moyenne soit faible et que l’attente maximale soit limitée. L’attente de l’usager vivant en campagne reculée pouvant être assimilée au temps qu’il lui faut pour rejoindre un bureau de poste ou obtenir la délivrance de son courrier par le facteur.

 

Le plus vaste réseau d’Europe

 

Les points de poste, justement, étaient au nombre de 17000 dans le rapport susmentionné, dont 14500 relèvent d’une obligation de service public (avec la fameuse règle selon laquelle au maximum 10% de la population d’un département doit se situer à 5 km ou plus d’un bureau de poste). 14 000 de ces points sont effectivement des bureaux de poste, le reste étant constitué d’agences communales postales (intégrés à une mairie) ou un relais de poste confié à un commerçant. Théoriquement, le service est le même, ce qui n’est pas l’avis des rédacteurs SUD-PTT de ce tract de 2005

 (http://a_sylvie.club.fr/Decouvertes/images/LAPOSTEEXPL.pdf , voir la page 3).

 

Notons cependant que quand François Loos déclarait en 2005 : " Aujourd'hui près de 2000 agences postales communales et plus de 600 relais poste proposent la quasi-totalité de l'offre de La Poste ", il voulait peut-être parler de l’activité en volume, pas en nombre de tâches distinctes…quoique les affranchissements et les envois de recommandés, qui figurent selon SUD-PTT au nombre des options indisponibles hors bureaux de poste, ne sont sans doute pas une part infinitésimale de l’activité postale ! Ayant moi-même été temporairement ouvrier de La Poste, je peux en témoigner…

 

Sur cette question des bureaux de poste, leur nombre, bien supérieur à celui de n’importe quel de nos voisins pris isolément, est dû à un pays plus vaste, un nombre de communes bien plus élevé qu’ailleurs, et beaucoup de points isolés. Ce qui aboutit à ce que nombre de bureaux de postes seraient en fait sous-actifs. C’est l’argument qui avait été évoqué dès 2003, lorsque déjà Jean-Paul Delevoye, alors ministre de la Fonction publique, avait évoqué la fermeture de 6500 bureaux de postes. Et cet article de 2004 d’un site libéral

 (http://www.libres.org/francais/dossiers/service_public/reforme_poste_a2_4104.htm) enfonce le clou : « Sait-on que 1 522 points de contacts (bureaux de plein exercice ou annexes) sont ouverts moins de 30 minutes par jour. 1080 bureaux sont ouverts entre 30 minutes et une heure. 1134 entre 1 heure et 2 heures. 1277 entre 2 et 3 heures. 1493 entre 3 et 4 heures, etc. ? Le beau service public ! ».  On est là en plein dans le problème mathématique : maintenir un guichet partout pour éviter le risque de défaillance du service ou de surattente, c’est aussi risquer que le guichet en question soit inactif pendant la majorité du temps.

 

La Poste, sous-productive ?

 

La Poste est aussi décrite comme sous-productive par rapport à ses voisins européens. Un rapport public la plaçait déjà à 60% environ de la productivité (mesurée en chiffres d’affaires par agent) des opérateurs historiques allemand (DPWN) ou hollandais (TPG) il y a dix ans de cela (http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/034000622/0000.pdf). Différences ce « productivité » qu’on retrouvera comme argument sur nombre de sites de droite, mais qui en soit ne désignent pas grand-chose, car :

-          La Poste étant soit en monopole (sur les plis de moins de 50 grammes) ou en opérateur historique, la contrainte de la concurrence, et surtout la concurrence étrangère, joue encore peu, donc les prix français n’ont pas (encore) de raison de s’aligner sur les prix allemands ou néerlandais ;

-          La densité de population n’est évidemment pas comparable entre la France et l’Allemagne (qui est au triple de la densité française), et encore moins avec les Pays-Bas (450 habitants au kilomètre carré).

Pour tenir compte de cette différence de densité, prenons plutôt l’exemple de la Suède : la poste de ce pays avait un monopole jusqu’en 1993, et la proportion du courrier distribué dans les 24 heures était de 95% en cette année (…d’après le site libéral déjà cité). Ce fait milite donc, n’en déplaise à l’auteur de l’article, pour l’idée qu’une poste publique et en monopole peut être efficace, même dans un pays à la population éparse…

La sous-productivité relative de La Poste ne relève donc pas que de la géographie française : dans le rapport de Décembre 2008, plusieurs retards dans l’automatisation sont relevés, comme par exemple, page 8, le séquençage du courrier à livrer, qui se fait encore trop souvent à la main en France, quand il a été automatisé chez nos voisins.

            On ne peut bien sûr pas parler de la situation de l’activité postale sans savoir que le volume de courrier papier baisse, du fait de l’utilisation de plus en plus massive du courrier électronique. Mais il faut aussi savoir également que le courrier des particuliers ne représente qu’une minorité de l’activité de La Poste, loin derrière les missives des entreprises, qui tentent de passer de plus en plus au courrier dématérialisé. Ce qui n’améliorera pas la situation financière de la Poste, celle-ci, avec 1,3 Milliards d’euros de résultat Net, ayant relativement peu de marges pour financer ses investissements.

 

Investissements et financements

 

            Les investissements, parlons-en. Pour combattre l’un des principaux reproches fait à la Poste, à savoir le temps d’attente trop long (estimé à 7,8 voire dix minutes selon les années en moyenne), l’entreprise a mis en place plusieurs plans de modernisation des bureaux. Ce qui fait hurler encore du côté de SUD, pour qui le principal investissement à faire, ce sont des créations de guichets et d’emplois nouveaux (http://www.sudptt.org/IMG/pdf/commCTA.pdf). Nos camarades de la section PCF de Paris15ème voient dans les investissements de La Poste de nouveaux prétextes de désorganisation des bureaux de poste, afin d’accélérer le processus de privatisation (http://pcf-paris15.over-blog.com/article-34870952.html).

            Sur ce point, je crains que mes camarades n’aillent vite en besogne. Car il n’est pas faux que des progrès dans le temps d’attente soient possible sans pour autant augmenter le nombre de guichets. Par exemple, en spécialisant les guichets et les personnels dans les bureaux de forte affluence, en séparant les files envois et retraits de courriers/opérations financières/retraits d’allocations, l’attente des usagers venus pour leur courrier a pu considérablement diminuer. De plus, il faut aussi poser la question des horaires : beaucoup de bureaux de poste sont ouverts aux heures où la plupart des gens travaillent, poussant ici les usagers à se rendre au bureau le samedi matin…L’ouverture des bureaux de poste à des horaires différents, les soirs de semaine par exemple, peut diminuer le phénomène. La Poste a aussi à moderniser son système informatique, et supporte tout une série de coûts pour moderniser ses centres de tris, bureaux et systèmes informatiques.

            Le coût d’une série d’investissements programmés sur la période 2009-2012 est évaluée dans le rapport de Décembre 2008 est estimé, page 30, a entre 7,3 et 9 milliards d’euros, quand La Poste prétend pouvoir débloquer 900 millions d’euros pour s’autofinancer, soit, abattements fiscaux inclus, un besoin de financement de 2,7 milliards d’euros minimum d’ici 2012.

            Par ces temps de crise, il n’est pas question, selon la commission Ailleret (rédactrice dudit rapport) de recourir à un financement privé, et le refus de la privatisation est donné en début du rapport. Ce seront donc l’Etat et la caisse des dépôts et des consignations qui paieront. Mais apparaît déjà la proposition, reprise depuis par le gouvernement, du passage de La Poste au statut de société anonyme. Le besoin de financements futurs, que les rédacteurs du rapport espèrent privés (page 34 du rapport), voire l’échange de participations avec d’autres entreprises postales (sur l’exemple des postes danoise et suédoise), sont utilisés pour justifier le passage au statut de Société Anonyme (SA). Le prétexte du financement des investissements de La Poste, qui compte encore –pour combien de temps ?- dans son aile la Banque Postale, est fallacieux, et les camarades parisiens ont raison de citer le milliard d’euros que la Poste consacre au rachat de la banque Palatine, ou les milliards d’euros versés par le gouvernement au renflouement des banques privées depuis 2008.

 

Conclusions personnelles

 

1)      En tant que communiste, il est évident que le caractère public de La Poste n’est négociable sous aucun prétexte. Et le passage au statut de société anonyme, outre qu’il ne se justifie pas économiquement, ne ferait qu’ouvrir la voie à la privatisation ;

2)      Cependant, la défense de la propriété publique de La Poste ne permet pas de reléguer à un horizon plus lointain la lutte contre ses défauts de services : temps d’attente, de livraison, mais aussi parfois perte (ou même vol selon certains usagers) de courrier. Ce qui m’amène dans deux voies :

 

a.       Premièrement, l’entreprise doit mener à bien sa politique d’investissements de modernisation, sans forcément que l’on y voit un piège préparant la privatisation. La rationalisation du service aux usagers est un impératif qui ne se discute pas plus que le refus de la privatisation. Le parti avait déjà soutenu la grève du 23 Septembre 2008, et les prochaines dates d’actions seront relayées soit sur ce blog, soit sur d’autres blogs PCF (par exemple ceux de Paris 15ème, 5ème ou 14ème).
http://pcf-paris15.over-blog.com/
http://pcf5.over-blog.fr 
http://pcf-paris14.over-blog.org

Un référendum anti-privatisation aura lieu jusqu'au 3 Octobre, organisé par plusieurs partis, dont le PS et le PCF.
Certains camarades jugent l’initiative futile, politicienne. Ce n’est pas mon avis : je trouve juste que le plus grand nombre de citoyens s’expriment contre ce projet, et pas que l’on se repose uniquement sur l’action des salariés de La Poste. Ensuite, que cette action n’ait pas de fondement légal ne devrait pas poser problème pour des révolutionnaires, n’est-ce pas ? Je pense donc participer à cette consultation et invite le lecteur à le faire;

 

b.      Il faut, si l’entreprise devait à nouveau être en monopole (si un gouvernement de gauche le rétablissait), ou du moins rester en quasi-monopole de par son statut d’opérateur historique, donner un moyen de contestation à l’usager, que l’on pourrait également appliquer à la SNCF ou à EDF. Pour ma part, je verrais d’un bon œil la mise en place de tarifs à partie libre : on paie pour chaque service ou achat à l’entreprise monopoliste un prix fixé par une entité extérieure à l’entreprise, et on est invité à payer plus si on le souhaite. Cette partie libre serait le prix versé en reconnaissance de l’effort fait par l’entreprise pour améliorer la qualité de son service (rapidité de la délivrance du courrier, propreté et ponctualité des trains, absence de coupures d’électricité…). Si personne ne paie de part libre, on ne pourra s’étonner que le service soit médiocre. Cette part libre serait sans doute moins souvent payée par les usagers modestes, ce qui serait un peu plus juste socialement ;

 

c.       En dernier lieu, je vais être beaucoup plus polémique. Sur le fond, je pense que les libéraux n’ont pas tort de pointer la faible activité de nombreux bureaux de poste. Mais le refus de leur suppression est dû à une attitude guère surprenante en France, venant du refus de voir les petits villages se dépeupler du fait de « la disparition des services publics ». Si le service public est un devoir de l’Etat envers le citoyen, ce dernier peut tout de même avoir le devoir, envers la communauté nationale, de ne pas compliquer excessivement l’accomplissement du service public, par exemple en choisissant de vivre (et de demeurer) dans un coin reculé. En 1999 (date du dernier recensement, 21 000 des 36000 communes de France ne réunissaient que 4.7 millions d’habitants (soit beaucoup plus que le nombre d’agriculteurs, on ne peut donc même pas justifier cette ruralité par l'existence du monde agricole), soit 230 habitants par commune en moyenne (et 8% des habitants de la métropole). Est-il vraiment scandaleux de remplacer des bureaux par des points postaux, même si tous les services n’y sont pas disponibles, pour des administrés qui, de par leur lieu de résidence, compliquent également le travail des médecins, pompiers, réparateurs et secours en général ? Que cela plaise ou non, la modernité, c’est l’urbanisation. Sans elle, pas d’industrie, pas de progrès scientifique, et pas de service public moderne. La France a déjà lourdement payé son attachement à la ruralité : celle-ci s’était accompagnée d’une faible natalité au XIXème (causée par la préférence des paysans pour l’enfant unique, pour ne pas partager la terre, tandis que les prolétaires anglais ou allemands faisaient des familles nombreuses), qui nous a renvoyés au rang de nation de second ordre, notamment face à l’Allemagne, nous désavantageant gravement au cours des deux guerres mondiales. C’est pour cela que la passion française pour le monde rural, son caractère « sacré », et l’acharnement à défendre le « petit village de notre enfance » a tendance à me courir un peu…

 

Je précise une chose : lorsque je ne suis pas à Colombes, je réside dans un village vendéen de 800 habitants. Il n’y a qu’une boîte aux lettres, pas de bureau de poste à moins de cinq kilomètres. Je ne me plains de rien.

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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 12:27

Comme précisé dans le dernier article, chaque épisode de ma série de vidéos sera posté dans la nuit du Mardi au Mercredi, à raison d'un par semaine, jusqu'au huitième épisode. En attendant, d'autres articles.

19/09 : un paragraphe expliquant clairement pourquoi le réseau "Faire vivre le PCF" n'est pas une tendance a été rajouté, mais fait défaut sur la version de l'article publiée le 5 Septembre sur Réveil Communiste.

               Que les lecteurs se rassurent, ce texte ne va pas militer pour la reconnaissance des tendances au sein du Parti Communiste Français. Nous entendrons par tendance une organisation interne au parti ayant des membres inscrits, et pourquoi pas un financement propre, organisant ses activités parallèles pour ses membres (le stage de Saint-Chinian, ouvert à tout membre du Parti, n’est donc pas assimilable à une activité tendancieuse), et surtout qui défend son intérêt propre, plus que celui du Parti, voire contre l’intérêt du Parti. Par exemple, La Riposte est une tendance, et, pour des raisons que j’expliquerai dans ce texte, leur refus de participer à un changement de direction ou à une opposition unifiée (ou même tout simplement le fait d’avoir proposé un texte alternatif avant même de connaître celui du Conseil National) illustre tout à fait que leurs intérêts ne sont pas ceux du Parti. Les refondateurs, qui participaient à un congrès parallèle en vue de créer leur « Fédération » alors que se tenait le Congrès National, en Décembre 2008, forment une tendance.

J’écris ce texte car, depuis bientôt un an, au fur et à mesure que s’organise l’opposition issue du texte 3, je constate que la crainte –injustifiée- d’apparaître comme étant une tendance risque de paralyser l’organisation de l’opposition.

Certains camarades qui avaient signé le texte 3 ont refusé de participer aux réunions ultérieures, que ce soit à Aubervilliers, Malakoff ou Saint-Chinian (ce qui est leur droit indiscutable), mais dissuadent d’autres camarades de le faire, sous prétexte que le réseau «Faire Vivre et Renforcer le PCF » (FVR-PCF) serait une tendance en formation.


               Or cette qualification de "tendance" est fausse pour une raison de contexte : le réseau ne constitue pas une organisation défendant sa propre version du communisme au sein d'un parti ayant une ligne communiste. Le réseau est une ligne de défense du Parti contre une direction qui n'est pas communiste dans lesfaits, et oeuvre de fait à la liquidation du Parti. Le refus de cette liquidation ne peut pas s'apparenter à un intérêt déviant de celui du Parti, au contraire : c'est l'intérêt même du Parti.

              Au sein même du réseau, les objectifs des luttes à mener dans le Parti ne sont pas clairs. Alors que nous savons qu’un nouveau congrès aura lieu d’ici 2011, et qu’il y aura une nouvelle bataille de textes, nous devrions déjà être en train de nous organiser pour présenter aux communistes des idées de changement de la ligne et des pratiques concrètes du Parti, et être prêt à publier un texte unitaire dès les jours qui suivraient la parution du prochain projet de base commune du Conseil National, du moins si celui-ci n’apporte pas les changements nécessaires (ce « du moins …» est une précision théorique, je le réexpliquerai plus bas).

Il faut se rappeler le rapport de forces dans lequel nous sommes : au dernier vote de base commune, seulement 22 000 personnes ont apporté leur soutien au texte du Conseil National, soit 28% à peine des 80 000 cotisants inscrits (dont 55% ne se sont pas exprimés !). Les textes d’opposition en totalisent 13 000. Il suffirait donc d’un renfort d’une dizaine de milliers de personnes pour inverser le rapport de forces. Bien sûr, c’est une arithmétique simpliste, me direz-vous. Il faudra au passage :

-          Trouver le moyen de résoudre la division créée par La Riposte, soit par une alliance (peu probable), soit en l’évinçant, c’est-à-dire en faisant connaître aux camarades sa réalité tendancieuse, et en proposant un texte unitaire qui coupe l’herbe sous le pied aux prétentions internationalistes du groupe trotskyste. Et surtout, en prévenant les camarades pour ne pas qu’ils se trompent de texte lors du vote !

-          A l’inverse, des élus  locaux pourraient changer d’orientation s’ils voient que la majorité change à la base, du moins pour les élus qui ont besoin du soutien de leur base pour continuer leur travail de terrain.

Certains, à la lecture des précédents paragraphes, se demanderont d’où vient mon « obsession » pour les votes au Congrès, si l’important n’est pas plutôt dans les luttes, si nous avons besoin d’un texte alternatif pour gagner un congrès, ou même si nous pouvons gagner un congrès et si cela servirait à quelque chose, etc…

On a besoin de deux jambes pour marcher : les luttes, et la participation à la vie démocratique nationale. La direction actuelle, Huiste puis Buffetiste, nous a offert deux désastres électoraux (2002 et 2007), ainsi que de faux succès (le Front de Gauche), elle s’est arrogé la victoire du Non en 2005, alors que, malgré le rôle joué par l’Humanité, le non communiste ne représente qu’une (très) faible minorité du Non. La conséquence de notre échec de 2007 est visible dans les rangs : 99 000 cotisants en 2006, 79 000 en 2008. Le risque d’une disparition du Parti par un émiettement de la base et par une dépendance financière de plus en plus forte au PS ou à de nouveaux avatars « de gauche » est réel. La direction nationale peut donc détruire le Parti d’en haut, et l’excellence du militantisme de terrain de milliers de camarades ne l’empêchera pas. C’est pour cela que le mot d’ordre « Les luttes et rien d’autre » n’est pas en soi pertinent. Ce dont nous avons aussi besoin, c’est de changer de direction.

A moins de s’appeler Greg Oxley, il est impossible de croire que Marie-Georges Buffet, Pierre Laurent ou la majorité de la liste Buffet du dernier Congrès vont soudainement se défaire de leurs « conceptions sociales-démocrates » et donc que « ce ne serait pas une affaire de personnes », comme on se l’est souvent entendu dire en Automne dernier.

Premièrement, parce que si nos dirigeants, à commencer par ceux qui ont rédigé le programme, élaboré la stratégie, tenté les alliances (et notamment les « collectifs antilibéraux ») avaient réellement en tête les intérêts du Parti, l’évidence de leurs échecs aurait dû les amener à la conclusion que s’il y a des militants qui savent comment relever le PCF, alors ils ne sont pas ces militants, qu’ils ont utilisé leur chance en tant qu’élus, et qu’ils ont échoué. Et la conclusion immédiate aurait été la démission de leurs responsabilités internes, ou du moins l’absence de renouvellement de leur candidature au prochain congrès

Les camarades ont le droit de se tromper et d’échouer, mais quand ils échouent, ils doivent le reconnaître, et passer la main avant de retenter leur chance plus tard. Du moins, ce devrait être le cas lorsque l’on occupe les plus hautes fonctions dans le Parti.

Nous avons constaté exactement l’inverse, soit, au nom d’un discours de type catho-flagellant (« nous sommes tous coupables de nos échecs, le militant de base autant que la secrétaire nationale »). Il est donc évident que si l’on identifie une tendance comme étant un groupe suivant ses propres intérêts et non ceux du Parti, alors la première tendance qui existe au sein du PCF est celle qui occupe la majorité du CN.

Et cette tendance a ses armes : publier une base commune deux mois avant le vote, en ne laissant que trois semaines aux textes alternatifs ; censurer des électeurs ; filtrer les candidatures aux congrès national. Le seul moyen de vaincre cette tendance est que l’opposition, qui regroupe des camarades aux idées diverses, et œuvre dans l’intérêt du Parti, s’organise, en ayant clairement en tête de remporter la victoire, et pas vaguement d’œuvrer pour faire « évoluer le Parti ». Car pour mener les actions suivantes :

-          Mettre en contact des camarades de tout le pays ;

-          Etre capable de dialoguer pour arriver à un texte unitaire à présenter et diffuser le plus vite possible après celui du CN;

-          Obtenir la majorité des voix ;

-          S’organiser dans chaque fédération pour que le maximum de délégués au Congrès national soient sympathisants du texte en question ;

-          Déposer le plus de demandes d’intervention au Congrès afin d’avoir du temps de parole pour contrer le « détricotage » du texte que tenterait sans doute le CN sortant ;

…il faudra un haut niveau de discipline et une correspondance permanente entre militants. L’accusation de tendance sera donc inévitable, mais à la lumière de ce que j’ai écrit plus haut, nous saurons quoi répondre.

Maintenant, si nous décidons de ne pas mener ce combat, par peur de paraitre tendancieux, quelles alternatives nous reste-t-il ? Et bien il se passerait justement ce que certains ont redouté lors du stage de Saint-Chinian, à savoir que les cellules, sections et fédérations seront –plus qu’aujourd’hui- déchirées entre liquidateurs et anti-liquidateurs, communistes et réformistes, et qu’il sera impossible de devenir secrétaire de section à majorité réformiste / légitimiste si l’on est identifié comme communiste antiliquidation. Je m’explique : si l’on renonce à gagner un congrès, alors la seule voie restante pour les adversaires de la liquidation sera de conquérir le Parti, section par section, fédération par fédération (ce qui, au passage, prendra un temps énorme, pendant lequel le Parti a largement le temps de disparaître). Dès lors que cette entreprise sera connue, les refondateurs et les liquidateurs feront tout pour nous contrer, et la guerre de tranchées sera ouverte dans chaque section ! Je peux très bien m’opposer à la liquidation dans un congrès, et accepter dans ma section un secrétaire légitimiste, si j’estime que c’est un bon militant. Si je renonce à mener une lutte nationale au congrès, il ne me restera plus qu’à affronter mon secrétaire de section, ou alors à tout abandonner.

Pour finir, on se dira : mais comment gérer un parti dont le Conseil National serait redevenu communiste, tandis que les fédérations seraient restées réformistes, voire liquidatrices ? Comme je l’ai dit plus haut, les élus (internes au Parti ou élus de la République) qui tiennent au soutien de leur base changeront de ligne. Les sections refondatrices, ou les élus qui ne tiennent que par le PS nous quitteront. Mieux vaut cent personnes qui marchent dans une direction que deux cent qui font une mêlée. Mais l’une des étapes primordiales des mois à venir est aussi le recrutement de militants, à condition de les faire entrer dans un but de renouvellement et de renforcement du PCF, et de leur mettre en perspective la possibilité (historique) de changer de direction. Certains camarades trouvent que cette démarche est tendancieuse. J’espère que ce texte leur aura prouvé le contraire.

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Published by DiadoreCronos - dans Gauche radicale - PCF
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