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Texte Libre

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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 23:31

 

Second article d'une série de quatre sur les discriminations ethniques en France. Il s'agit d'une critique et d'une alternative aux discours qui font de la France en tant que telle un pays raciste, ou parlent abusivement de "privilège blanc" comme on l'a vu dans le premier article, qui traitait des accusations faites contre l'Etat.

 

La discrimination à l’emploi : les sources, et discussion sur les chiffres

 

               Passons à un autre volet sensible des discriminations en France (et pas qu'en France, puisque le phénomène a d’abord fait l’objet de nombreuses études aux USA et dans le monde anglo-saxon) : les discriminations à l’emploi. A ce sujet, Tévanian a titré l'article que je citais dans ma précédente publication « une discrimination systémique ». Les mots sont importants, parait-il, et bien justement, tenons compte de l’emploi du terme « systémique » : pour Tévanian, la discrimination fait système en France, ce n’est pas une « dérive » ou une exception. L’article expose des taux de chômage nettement plus élevés –le triple du taux des natifs enfants de natifs- pour les immigrés venus du sud ou de l’Est de la Méditerranée, et également pour leurs enfants. L’auteur ne distingue pas les niveaux de diplômes qui pourraient expliquer partiellement ces différences – il affirme brièvement que l’écart du chômage entre immigrés et natifs ne diminue pas avec le niveau de diplôme (affirmation qui ne fait pas l’unanimité dans les sources consacrées au sujet, comme nous le verrons).

 

               Parmi les sources qu’il cite, on peut trouver plusieurs publications dont un rapport de l’INED ou encore l’Observatoire des Inégalités ou celui des Discriminations . Dans ce deuxième article de la série sur les discriminations, je vais discuter quelque peu deux de ces sources. Pas pour faire de l’hypercritique, mais pour relever certaines erreurs que font parfois les « antiracistes ». 

 

      Première source : un rapport de l’INED de 2005

   

               Arrêtons-nous d’abord sur un rapport de l’INED, signé par Dominique Meurs, Anne Pailhé et Patrick Simon, paru en 2005 .

             

               Le rapport détaille dans un premier temps les différences de taux d’emploi pour les hommes et les femmes entre immigrés de diverses origines géographiques et ceux des français de diverses générations : arrivés en France avant l’âge de 10 ans, nés en France enfants d’immigrés, nés en France enfants de natifs. La dernière génération étant censée être la plus intégrée. En regardant les chiffres masculins (page 27 du rapport), on voit que les taux d’emplois vont de 70% pour les immigrés maghrébins à 88% pour les natifs. Pour les femmes, les différences sont plus fortes (environ 40% pour les maghrébines, 22% pour les turques, 74% pour les natives) mais il se peut que des différences culturelles non imputables à la société française (comme la proportion de femmes immigrées qui sont restées cantonnées au foyer, et donc classées « inactives ») expliquent cette différence.

            A la page 10, les auteurs affirment prendre en compte des variables autres que l’origine ethnique et qui peuvent expliquer les différences d’accès à l’emploi. Par exemple, le fait d’habiter une région à fort taux de chômage, l’âge, ou bien entendu le niveau de formation scolaire et / ou universitaire. En effet, si l’on s’aperçoit que les immigrés sont en général moins diplômés que les natifs, il n’est pas étonnant que leur taux d’emploi soit plus faible, sans qu’il s’agisse de discrimination raciste. Or, sur la question de la prise en compte des diplômes, plusieurs choses m’interrogent. On ne précise que « le niveau des diplômes » ; rien n’indique que les auteurs différencient précisément les diplômes. Car s’il s’agit de repérer les formations par un « bac, bac+1, bac+2…bac+5… » alors cela est plus qu’imparfait. Une formation de sciences humaines à bac+2 vaut nettement moins sur le marché du travail qu’un DUT prisé par les employeurs.

         Mais surtout, pour la génération 1 (ceux ayant immigré en France après l’âge de 10 ans), l’âge moyen d’arrivée est de 22,6 ans, et la moitié d’entre eux ont de 18 à 27 ans (page 14). Il y a donc un fort nombre d’entre eux qui ont des diplômes étrangers, souvent extra-européens. Comment ne pas s’attendre à ce que des recruteurs butent sur des problèmes de correspondance entre formations de différents pays ? Bien sûr, cela n’explique pas tout : le premier tableau de la page 27 montre que les enfants d’immigrés (la génération 2) n’a pas un meilleur taux d’emploi que la génération des immigrés entrés en France avant l’âge de 10 ans, et que la génération de ceux entrés en France entre 0 et 10 ans ne s’en sort pas mieux (78% des hommes ont un emploi pour les trois catégories différentes). Mais pour les femmes, la situation change : les immigrées après l’âge de 10 ans sont 48% à avoir un emploi, 62% pour celles immigrées avant l’âge de 10 ans, 67% pour les filles d’immigrées (contre 74% pour les natives filles de natifs). Or, comme l’indique l’article, ce sont les filles d’immigrés, plus que les fils, qui s’investissent dans des formations supérieures longues.

        Les auteurs de l’étude abordent ensuite la question des emplois publics, que j’avais évoqué dans l’article précédent. On lit, à la page 23, que « face à un marché [de l’emploi] discriminant, la fonction publique pourrait jouer un rôle de refuge, sinon d’exemplarité ». En clair, la fonction publique devrait permettre aux immigrés de compenser les emplois non attribués pour cause de discrimination ethnique dans le secteur privé. Ce n’est bien sûr pas un appel à la discrimination positive (dont nous reparlerons plus tard), mais le propos n’est pas pertinent quand même. Le rôle du recrutement public est de fournir aux services de l’Etat des agents ayant les compétences requises, et pas de servir d’amortisseur anti-chômage à telle ou telle catégorie de population. Si, pour des raisons de contexte social, de formation scolaire, une minorité ethnique n’a pas le même taux d’accès aux emplois publics que le reste de la population, le recrutement public n’est pas coupable pour autant. D’autant qu’il faudrait prouver en quoi les épreuves écrites et orales seraient ethniquement discriminantes.        

Les auteurs commettent même une entourloupe en écrivant que « toutes choses égales par ailleurs, la probabilité de travailler dans la fonction publique est significativement inférieure pour les immigrés, comparativement aux natifs (tableau 14). » (page 18). Or la lecture dudit tableau dément ce fait, il montre que pour les immigrés ayant la nationalité française, la proportion d’entre eux travaillant dans la fonction publique est proche de celle des français natifs pour les hommes. Et pour les femmes, la proportion de salariées de la fonction publique parmi les immigrées se rapproche de celle des natives si elles sont entrées en France après l’âge de 10 ans, et les filles d’immigrés sont encore plus proches des filles de natifs. Le principal clivage étant tout simplement d’avoir la nationalité française…

  Deuxième source : un rapport publié sur l’Observatoire des Inégalités  

               Une analyse de Noam Léandri reprend globalement les constats du rapport de l’INED, notant que « les immigrés connaissent en France un taux de chômage double, un taux de pauvreté triple, et perçoivent un salaire un tiers plus faible que celui des non-immigrés », et ce sans tenir compte des différences de qualification entre immigrés et natifs.

 

       Cette différence, Tévanian, dans l’article précité, la balaie d’un revers de main. Le fait qu’il y a moins de gens diplômés parmi les immigrés que parmi les natifs n’expliquerait rien aux différences de taux de chômage, puisque : « l’écart [de taux de chômage entre immigrés et natifs] ne saurait s’expliquer uniquement par une moindre qualification des étrangers ou des immigrés, puisque, en 2008 comme en 1999, il est encore plus marqué lorsqu’on compare les Français, immigrés et étrangers dotés de diplômes élevés». En écrivant cela, il montre qu’en plus de ne pas être un excellent philosophe, il n’est pas non plus un bon statisticien. Certes, il a raison de préciser que les écarts de chômage ne s’expliquent pas uniquement par la différence des qualifications. Mais il devrait aussi préciser que ces différences de qualifications expliquent quand même une partie de l’écart de taux de chômage global entre immigrés et natifs. Et ce quand bien même l’écart de chômage serait le même entre natifs et immigrés diplômés  que chez les non-diplômés (remarquons encore au passage que Tévanian ne prend en compte que le fait d’être diplômé, et qu’il ne se pose pas davantage de question sur la nature des diplômes), cela n’enlève pas que la différence entre le niveau de formation global entre natifs et immigrés explique une fraction non négligeable du « surchômage » immigré.

  

               Un petit exemple pour illustrer mon propos.

 

               Prenons quatre catégories de population et un taux de chômage supposé :

 

les natifs diplômés, 4% de chômage ; les immigrés diplômés, 6% de chômage ; les natifs non-diplômés, 12% de chômage, et les immigrés non-diplômés, à 18%.

 

               S’il y a autant de diplômés que de non-diplômés chez les natifs, leur taux de chômage est de 8% (moyenne de 4 et 12). S’il y a cinq fois plus de non-diplômés que de diplômés chez les immigrés, leur taux sera de 16% (moyenne de 6 et de 18% en pondérant par 5 le second chiffre). Donc on déclarera que « les immigrés sont deux fois plus frappés par le chômage que les natifs », alors qu’à niveau de diplômes égal, le rapport est de 1,5 (6/4 et 18/12) et non de 2.

 

               D’ailleurs, c’est une des conclusions que fait Noam Léandri : « Moins du tiers des écarts de salaire et la moitié de la différence du taux de chômage entre les descendants de Français de naissance et les actifs ayant au moins un parent né sur le continent africain ne peuvent s’expliquer par les écarts de niveau d’études, d’expérience ou de lieu d’habitation. » Ce qui signifie tout de même que les écarts globaux de chômage et de rémunération entre enfants de français et descendants récents de l’immigration africaine doivent être relativisés de moitié en tenant compte des niveaux de qualification et d’expérience…

  

               Sur le même site, on peut trouver des statistiques intéressantes sur le nombre de CV qu’un candidat doit envoyer pour obtenir une convocation en entretien (sans parler de réponse positive pour l’emploi). Le fait d’avoir un nom et prénom français apparaît comme nettement avantageux pour avoir un entretien pour un emploi de serveur ou de comptable (les deux professions testées par des chercheurs de l’université d’Evry). Un candidat ayant un nom à consonnance marocaine doit envoyer 25 à 50% de CV en plus, et 3 fois plus s’il a également un prénom évoquant l’Atlas. Et s’il est de nationalité marocaine (à CV comparable), le nombre augmente un peu pour le poste de serveur, mais est quintuplé pour le métier de comptable : 277 CV pour un entretien ! Cependant, le rapport précise que ce dernier écart peut aussi s’expliquer par la crainte de l’employeur de ne pas avoir d’autorisation de travail pour un salarié extra-européen.

   

               La question que je me pose est : quelle conclusion peut-on tirer de ces chiffres sur la proportion d’employeurs qui pratiquent la discrimination ethnique ? Si un candidat aux nom et prénom français obtient un entretien en envoyant 19 CV et qu’un compatriote aux nom et prénom marocains le fait en 54 CV  - le premier candidat aurait alors, en extrapolant, obtenu trois convocations pour autant d’envois -, on en déduit que sur 54 employeurs « testés », 2 font de la discrimination. Tous les autres n’ont pas répondu aussi bien au candidat typé « français » qu’au « marocain ». Mais on peut aussi faire l’hypothèse que sur trois employeurs susceptibles de répondre (les 51 autres n’ayant sans doute pas d’opportunité à proposer ou n’ont pas été séduits par les CV), deux tiers ont discriminé le « marocain ». Si les 51 autres avaient été intéressés par l’offre de compétences des CV en question, il y aurait peut-être eu aussi deux tiers de discriminants. Mais cela reste du domaine de la spéculation, centrée sur une expérience portant sur une région, quelques métiers, à une période précise. L’expérience témoigne de l’existence de discriminations ethniques, mais ne répond pas à « combien de racistes parmi les employeurs en France ? ».

 

               Et bien justement, nous verrons dans la suite de cette série que distinguer qui est raciste et qui ne l'est pas est, au niveau global, du domaine de l'impossible...

 

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Published by DiadoreCronos - dans Luttes
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