Suite à la réaction d’un commentateur (qui se
reconnaîtra), j’ai refait l’introduction de cet article. Cet article parle d’abord de certains travers du discours d’une partie des féministes (soyons prudent), que ce soit par la manipulation de
statistiques ou des raisonnements misérabilistes au sujet des femmes, pour aller ensuite aborder le thème de la misandrie, c’est-à-dire la haine de l’homme en tant que tel. Pour constater que le
discours anti-hommes, tenus par des hommes comme par des femmes, est assez généralisé, dans une société non féministe mais qui cultive des « valeurs féminines ». Et nous finirons par
une réponse de fond contre ce discours sexiste anti-hommes, et une conclusion sur la nature de classe de la misandrie. Car ce qui est en jeu est moins un affrontement hommes/femmes qu'un enjeu de
classe.
Sachez qu’après cela, il n’y a pas d’assistance technique pour la compréhension de ce
texte.
La
journée du 8 Mars
Pour le 8 Mars, je n’ai rien
fait. Cette journée est pourtant une création de l’Internationale socialiste (sur proposition de Clara Zetkin, en 1910, mais sans date fixée à l’époque). Mais je n’y participe pas. Parce que je
n’en vois pas l’utilité, considérant que les luttes pour l’égalité des genres sont une œuvre continue. Tout comme les dévoiements de la lutte féministe, qui ne se cantonnent pas non plus au 8
Mars. Car des dévoiements, il y en a. De façon analogue, en ce qui concerne les luttes pour les droits des étrangers et immigrés, nous avons également eu une initiative impertinente, avec la
fameuse « journée sans immigrés » prévue pour le 1er Mars. Et qui a fait un flop monumental. Heureusement d’ailleurs.
De la même manière que la « journée sans immigrés » tentait d’imposer, même sous les tournures
enjolivées des organisateurs, un rapport de force entre natifs et immigrés, la journée de la Femme suppose qu’il existe généralement une oppression de la femme, imputable bien entendu aux
hommes en tant que bloc. De la même manière que la « journée dans immigrés » supposait que le trader asiatique a les mêmes intérêts que le technicien de surface sénégalais, la journée
de la femme suppose que la bourgeoise hautement diplômée ou héritière et la chômeuse se retrouvent aussi dans le même camp. Peut importe que la première échappe aux discriminations à l’emploi,
aux salaires inégaux ou aux charges ménagères qui menacent la seconde.
La domination
masculine ? Ou certaines dérives du féminisme…
Généralement, je rejette la
notion de « domination masculine » comprise comme l’existence de deux classes que seraient les hommes et les femmes, la première classe exploitant la seconde. Je me base simplement sur
le fait que la plupart des hommes n’exercent en rien une domination sur les femmes, et ne sont nullement responsables des discriminations qui les frappent. La très grande majorité des hommes ne
sont ni chefs d’entreprise ni recruteurs ni même managers, et ne peuvent donc être responsables des inégalités dans l’accès à l’emploi ou dans les
différences salariales entre hommes et femmes. Les différences dans le partage des tâches ménagères ont aussi pour cause le temps de travail inégal entre les genres, les hommes travaillant en
moyenne plus que les femmes, et les premiers étant moins touchés par le chômage et les temps partiels que les secondes. Or là encore, l’immense majorité des hommes ne sont pas responsables de cet
état de fait. La très grande majorité des hommes ne commettent pas de violence envers les femmes, ni physiquement, ni mentalement.
On peut aussi évoquer
« l’exploitation » que subirait la femme au foyer. A la fin des années 90, le Quid estimait que, rémunérée aux prix du marché des services ménagers, l’activité d’une femme au foyer
vaudrait 12 000 francs par mois (1820 euros de l’époque). Peut-on parler d’une exploitation économique de la Femme par l’Homme ? Non, car cette activité ne profite pas seulement au
conjoint, qui ramène également une masse salariale (de fait souvent supérieure à celle de sa conjointe) et qui lui en fait partager, mais aussi à la femme elle-même et l’œuvre de la femme au
foyer profite aussi largement aux enfants. Ainsi, contrairement à l’exploitation capitaliste mesurable directement par la dividende ou l’intérêt, il n’y a pas d’évidence à ce que le travail d’une
femme au foyer rapporte plus à son conjoint que ce que celui-ci dépense en temps de travail et en argent pour sa conjointe.
La question se pose bien
entendue encore bien moins pour les célibataires, ou les couples homosexuels. Eriger en « classes » les deux genres est donc complètement impertinent. La réalité est que nous vivons
dans une société où l’essentiel du pouvoir politique, économique et culturel est détenu par une partie des hommes, et où des discriminations contre les femmes (ou du moins une partie d’entre
elles) sévissent, mais où la grande majorité des hommes ne sont pas dominants.
Manipulations autour de la violence faite aux
femmes
A propos du comportement de
l’homme « moyen » envers les femmes, citons le cas des violences conjugales, visées spécialement par une loi récente spécialement nommée « contre les violences faites aux
femmes ». Cette loi a fait réagir certains, pas spécialement à gauche, comme Eric Zemmour, ou le blogueur euro-centriste
Eolas : faire une loi qui s’attaque aux violences contre les femmes mais pas aux violences contre les hommes, c’est créer une discrimination inacceptable dans le cadre
d’une république (d’ailleurs la loi a dû être élargie aux deux sexes pour être constitutionnelle). De même, les propositions du Front de Gauche visant à créer des centres d’accueils pour les
femmes victimes de violence ou une aide financière pour les femmes seules avec enfants sont discriminatoires : il y a des hommes qui se font chasser de chez eux, et 15% des familles
monoparentales sont masculines. Rien ne justifie de les ignorer.
Bien que Marie-Georges Buffet ait voué Zemmour aux gémonies
(en commentant par le petit bout de la lorgnette ses arguments), et bien que celui-ci soit un anticommuniste viscéral pas toujours très visionnaire (1), il n’en reste pas moins que Zemmour a
raison sur au moins un point. La violence contre les hommes n’est pas une vue de l’esprit, ni un cas théorique, mais une réalité, surtout si l’on s’intéresse aux violences psychologiques, pour
lesquelles les femmes sont au moins autant armées que les hommes.
Le site La Cause des Hommes, se revendiquant comme
« hoministe » et « opposé à tous les sexismes » rappelle que, s’il y a effectivement une femme qui meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint, il y a aussi un
homme tué par une femme tous les treize jours. Parmi les réactions de ceux qui veulent que l’on continue de ne parler que de la violence des hommes envers les femmes, et pas d’autres violences,
on a les arguments suivants : « les meurtres d’hommes par des femmes ont souvent été précédés de violences masculines » : mais même si c’est le cas, un antécédent violent ne
signifie pas que le meurtre ait été commis en légitime défense, seul cas où la culpabilité du meurtre pourrait être absoute. Ou encore : « de toute façon, les femmes constituent
l’immense majorité des victimes de violences au sein du couple, donc il faut se concentrer sur le plus urgent ». Un homme tué tous les treize jours, ça fait quatre fois moins qu’une femme
tuée tous les trois jours, mais ça ne crée pas une « immense majorité » de femmes victimes pour autant. Sur le site du ministère de l’intérieur, on peut constater que s’il y a 570
homicides recensés par les forces de police et de gendarmerie, on a 77 femmes impliquées en tant qu’auteures du crime (2) ! Et de toute
façon, que dirait-on d’une loi qui constaterait que la grande majorité des assassiné-e-s sont des blanc(he)s catholiques, et que la loi se focaliserait uniquement sur les assassins de blancs
catholiques ? Et que, lorsque l’on ferait remarquer aux promoteurs de la loi qu’il y a aussi des noirs musulmans qui se font tuer, ceux-ci répondraient : « Oui, mais c’est
minoritaire. Concentrons-nous sur les cas les plus urgents » ?
Un chiffre continue de circuler
depuis le début des années 2000 : celui de « 10% de femmes battues en France ». Cette statistique se basait sur l’Etude Nationale sur les ViolEnces Faites aux Femmes
(ENVEFF). Et donc on en a conclut que 10% des femmes, toutes catégories sociales confondues, se faisaient boxer chaque soir par leur époux ou concubin, et que 10% des hommes
étaient physiquement violents. Dès 2003, notamment avec la parution de l’essai d’Elisabeth Badinter « Fausse route »,
cette étude était éclaircie : ce 10% rassemblait en fait toutes les violences recensées, en se basant sur les témoignages de femmes (ceux des hommes n’intéressant pas l’étude), violences
pourtant très diverses par leurs natures. En réalité, 1 à 2% des femmes s’étaient révélées victimes de violences physiques. C’est toujours trop, et déjà largement assez pour faire plus d’une
centaine de mortes par an. Le reste, ce sont les violences psychologiques, bâties autour des injures, des menaces, du mépris exprimé par des insinuations et remarques blessantes, etc… bref, une
violence morale que les femmes sont parfaitement capables d’exercer en retour contre les hommes ! Et qu’elles exercent, pour une partie d’entre elles : toujours selon « la Cause
des Hommes », en interrogeant les hommes sur les violences morales subies, on trouve également un ordre de grandeur tournant autour de 10% de victimes masculines…En prenant bien sûr tout
cela avec des pincettes, car, comme Zemmour avait raison de le préciser, la violence morale fait largement appel à la subjectivité, et est donc difficilement traitable par les
tribunaux.
Des combats sans intérêts contre le
« porno »
En parlant de subjectivité,
évoquons un sujet sur lequel certaines féministes perdent leur temps, alors qu’il serait autrement plus précieux s’il était consacré à des situations vraiment dramatiques que connaissent des
femmes. Ce sujet est celui des publicités dites « sexistes ». Je suis défavorable à la publicité par principe, mais pas sur la base de cet argument. Non pas qu’il n’existe aucune
publicité réellement sexiste (le slogan « je la lie, je la fouette et elle passe à la casserole » d’une marque de crème fraiche du début des années 2000 s’en approchait beaucoup), mais
la plupart des réclames indexées comme telles ne méritent pas ce jugement. En 2008, à la Fête de l’Humanité, j’ai pu trouver des placards qui atteignaient la quintessence de ce délire.
Les imprimés en question dénonçaient la marque
Orangina, rebaptisée Mach’Orangina, pour sa campagne publicitaire. Rappelez-vous, le vendeur de boissons pulpeuses utilisait des animaux à silhouettes humaines, représentant
presque tous des femmes lascives, assises sur des blocs de glace – en train de fondre, évidemment. Comme dans chacune des dénonciations des « pubs sexistes », on avait droit à la
« réduction de la femme à l’objet sexuel ». Et en plus, des accusations de racisme (il y avait une panthère noire parmi les bestioles, c’était bien évidemment une illustration d’un
cliché raciste sur les femmes noires). Et le seul personnage masculin, un ours musclé, était décrit comme « dominant » (alors qu’il était dessiné à genoux et quasiment
nu !).
Je n’ai jamais accroché à ce
discours, tout en n’étant aucunement amateur ni consommateur de prostitution. Tout simplement parce que, contrairement à ces « militants » antipub, j’en reste à la notion de
responsabilité individuelle et de logique, pas de « symboles ». Lorsque je vois une publicité pour une marque de lingerie avec un mannequin (et que voudriez-vous d’autre pour
illustrer le produit ? des soutiens-gorges posés sur une table ?), je ne lis nullement que la femme est un objet sexuel, et qu’il faut que j’en consomme immédiatement et sans
modération. Je sais que la mannequin en question a été volontaire et rémunérée, et que si ce n’était pas le cas, une plainte pourrait déjà être déposée avec les lois en vigueur. Il ne me
dérangerait pas de voir des publicités avec des hommes nus ou presque, il y en a déjà eu, mais la libido féminine est généralement moins basée sur le visuel, ce qui fait qu’en dehors de la presse
gay, ce genre de publicité est peu rentable.
Les militants anti- « pubs
sexistes » clameront également que les publicitaires considèrent les hommes comme des obsédés sexuels, mais dans les faits ce sont eux qui, par leur indignation, révèlent qu’ils considèrent
les hommes comme incapables d’interpréter ces pubs autrement que comme une incitation au viol. D’ailleurs, il n’existe pas à ma connaissance d’étude démontrant le lien entre l’exposition de
publicités dénudées et le niveau de violence sexuelle dans une société développée.
Mythologie autour de la répartition des tâches
ménagères
Un autre thème qui revient
très souvent est la question des tâches ménagères : récemment, une enquête insistait sur le fait que la distribution de ces tâches dans les couples hétérosexuels n’avait quasiment pas changé
au cours des dernières décennies. Le
site La Cause des Hommes rappelle les biais que rencontrent souvent ce genre d’études : 1) ne prendre en compte que les avis des femmes, supposées objectives, les avis
des hommes étant jugés sans intérêt (ce n’est pas le cas de l’enquête précitée, qui interroge aussi des hommes, mais moins que de femmes) ; 2) se focaliser sur certaines tâches généralement
occupées par les femmes, et ignorer celles où les hommes sont nettement plus actifs (jardinage, bricolage, entretien de la voiture). Et, très généralement, ces enquêtes sont reprises par la
presse comme preuve de l’oppression des femmes au sein du couple. Cette déduction n’a pas lieu d’être. Premièrement, parce que pour parler d’oppression des femmes, il faut dire quels sont les
moyens de pression que les hommes utiliseraient. On vient de le voir plus haut, dans la très grande majorité des cas, ce n’est pas la violence, ni physique, ni même morale : 90% des femmes
ne s’en déclarent pas victimes. Le fait que les hommes travaillent plus longtemps et sont moins souvent au chômage (même si, actuellement, les hommes sont les premières victimes de la flambée du
chômage) joue aussi, mais comme nous l’avons déjà cité, les hommes ne sont généralement pas responsables du chômage ou du temps partiel de leur conjointe. Ensuite, il existe une minorité non
négligeable de femmes (La Cause des Hommes mentionnait une étude plaçant le chiffre à 20% des interrogées) qui refusent de partager les tâches avec leur conjoint, puisqu’elles estiment que ce
n’est pas son rôle. On peut aussi, dans certains cas, renverser l’analyse : des femmes peuvent refuser à leur conjoint de faire des travaux domestiques parce qu’ils seraient incompétents (du
coup c’est l’homme qui est victime de violence psychologique !), et le monopole de l’entretien du foyer devient une source de pouvoir pour la femme au sein du couple, et non la signification
de son oppression. Les bourdieusiens
nous expliqueront sans doute que ces femmes ne font qu’intégrer les valeurs imposées par la domination masculine… Et on en vient au schéma général de l’homme parasite et
oppresseur (même quand aucune forme de violence n’est pointée par la conjointe), et de la femme éternelle mineure, incapable de négocier avec son homme, et forcément opprimée même quand la
pression masculine est nulle.
La misandrie au quotidien
On avait également atteint des
sommets avec Clémentine Autain, qui, en 2006, face à unE journaliste sceptique, maintenait son affirmation que la répartition des tâches
défavorable aux femmes et le viol n’étaient que deux points d’un même continuum, celui du patriarcat. Cette affirmation, mettant en lien un refus de faire la vaisselle et une agression sexuelle,
s’inscrit dans une dérive dénoncée – à juste titre- depuis des années : celle d’une partie des féministes vers la misandrie. La misandrie, pour ceux qui n’ont pas de dictionnaires, c’est la
haine de l’homme, du mâle en tant que tel. Elle n’a a priori rien à voir avec le féminisme, qui est la lutte contre les injustices réellement infligées aux femmes et l’accession pour elles de
l’égalité avec les hommes. Généraliser la condamnation du violeur à celle d’une grande partie du genre masculin qui ne passe pas assez le balai à la maison, c’est une forme de misandrie. On peut
aller beaucoup plus loin, et constater que le discours misandre est le seul discours haineux, essentialisant, et catégorique qui puisse s’exprimer sans contrainte sur la scène
publique.
Par exemple, Alain Souchon
pouvait déclarer que « l’humanité est une décision de femmes » et considérer que « les hommes font des enfants pour en faire de la chair à canon ». Un professeur de médecine
russe pouvait écrire dans un article que « si les hommes avaient la charge de la procréation, l’humanité aurait disparue depuis longtemps » parce que « les femmes ont un altruisme
que les hommes n’ont pas ». Une comédienne dont j’ai oublié le nom sans peine peut déclarer sur un plateau de télévision que « les femmes sont plus courageuses que les hommes » en
se basant sur le fait que…les femmes seraient plus directes pour rompre une relation amoureuses (les poilus de la Grande Guerre seraient agréablement surpris d’apprendre que le vrai courage n’est
pas d’affronter les obus de l’ennemi, mais de savoir rompre un couple). Ou encore cette commentatrice de Rue89 qui écrivait que si les femmes sont majoritaires parmi les infirmières ou les
institutrices, c’est parce que les hommes refusent les métiers impliquant le dévouement et l’attention. Dans l’esprit de cette femme, toutes les tâches ingrates d’exécutantes et les métiers du
social sont donc occupés par des femmes, tandis que tous les hommes seraient cadres, contremaîtres ou professeurs. Elle n’a sans doute jamais entendu parler des ouvriers agricoles, des ouvriers
spécialisés, des vigiles, des routiers, etc…
Au cinéma, la misandrie symbolique est très courante. Un
exemple parmi mille avec le film Avatar, où, chez les humains, la sagesse et le Bien sont bien entendus figurée par une femme (Sigourney Weaver, dont j’aurais préféré qu’elle reste le lieutenant
Ripley de la série Alien), et la déraison, la terreur brute et le Mal sont figurés par un colonel tout ce qu’il y a de plus « viril » et ultramusclé. Ou encore, pour remonter dans le
temps, dans Terminator 2 (James Cameron, 1992), où, vers la fin du film, Sarah Connor inflige cette leçon de morale à l’inventeur (masculin bien entendu) du monstre Skynet qui va quasiment
détruire l’humanité : « Vous [les hommes, les inventeurs] croyez être créatifs, mais vous ignorez ce que c’est que de sentir un être grandir et bouger en vous… ». Donc, parce
qu’ils n’ont pas d’utérus, les hommes ne sauraient être véritablement créatifs. Cette tirade on ne peut plus mièvre et sexiste revient à reprendre en les inversant les jugements médiévaux sur
l’incapacité de la femme à la création. Ségolène Royal a largement utilisé sa féminité comme argument (c’était même son principal argument) en 2006-2007, promettant de faire à la France ce
qu’elle a fait pour ses enfants en tant que mère (alors que, pour ma part, avoir François Hollande pour géniteur me tentait assez peu).
Imaginez seulement que, dans
ces citations, on remplace le mot « hommes » ou ses équivalents par noirs / arabes / juifs / gays ou tout simplement « femmes », et les auteurs de ces propos auraient récolté
des procès en nombre en moins de 24 heures. Le discours misandre est un discours sexiste, injurieux, basé sur de fausses évidences. Les hommes seraient historiquement responsables de tout le mal
commis sur Terre (Catherine de Russie n’a-t-elle pas réduit des centaines de milliers de paysans au servage ? La reine Victoria, même si son pouvoir était symbolique, s’est-elle servi de son
aura pour s’émouvoir et dénoncer les famines dans l’Empire des Indes ?), responsables de la très grande majorité des actes de violence, de la pollution, du capitalisme (même si ce système a
de fougueuses groupies féminines, d’Ayn
Rand à Laurence
Parisot en passant par Maggie
Thatcher - seule femme au monde à laquelle feu le chanteur
Renaud voulut bien reconnaître des torts dans une chanson purement et bêtement misandre des années 80).
Une société jeuniste et efféminée, mais hostiles aux vrais jeunes et aux
vraies femmes
Le discours misandre est loin d’être uniquement le fait de
femmes, comme nous l’avons vu. A l’inverse, nombre de femmes refusent de s’abaisser à la misandrie. Ce discours est devenu, malgré la persistance d’inégalités tout à fait réelles en défaveur des
femmes, une des récurrences idéologiques de la société actuelle : Jacques Séguéla nous annonçait à la fin des années 90 un an 2000 « en rose bonbon », et « gouverné par les
valeurs féminines » (car il est bien évident que dialogue, écoute, compréhension et amour sont du domaine féminin, voyons, et les hommes ne peuvent au mieux qu’emprunter ces valeurs…).
Jean-Pierre Raffarin, du temps de son passage à Matignon, reprenait les chiffres de l’ENVEFF comme quoi « 10% des hommes sont violents » sans chercher davantage de détails ni
s’interroger sur la violence morale que peuvent exercer les femmes, quand Elisabeth Badinter posait clairement la question. Même si, comme le note La Cause des Hommes, des tribunaux ont reconnu
le caractère sexiste de certaines publicités contre les hommes, la misandrie garde le droit de cité.
Nous ne sommes évidemment pas
dans une société féministe, c’est-à-dire qui garantirait une égalité réelle aux hommes et femmes, et encore moins qui privilégierait les femmes (même si celles-ci sont majoritaires dans certains
domaines, tels l’éducation primaire (3) ou bientôt la médecine). Mais nous sommes dans une société efféminée, au sens où elle valorise une certaine conception de la féminité, peut importe qu’elle
corresponde à la réalité. Ainsi, quelle pertinence a le discours sur le dialogue, la compréhension, l’absence de violence physique, la modération dans les propos, les buts et les moyens, tout
cela vu en tant que « valeurs féminines », quand on songe à la violence dont les femmes réelles sont capables, violence révolutionnaire notamment, par exemple avec les pétroleuses de la
Commune, les parisiennes de 1789, les femmes de la Résistance ?
On peut établir un parallèle
entre le caractère efféminé mais pas féministe de la société française, et son caractère jeuniste mais antijeune. En effet, contrairement à ce que croient certains lorsqu’ils dénoncent la
domination du « jeunisme », notre société n'est pas favorable aux jeunes. Ainsi les jeunes réels, pour un grand nombre d’entre eux et selon leur appartenance de classe, écopent
largement de la précarité, de la pauvreté, et sont généralement loin d’être avantagés par la société où ils vivent. Cette société n’en est pas moins « jeuniste » au sens où sont
nettement dévalorisés l’âge, la dégradation physique ou encore la diminution de la sexualité que l’âge entraîne, et où beaucoup de vrais vieux sont laissés au chômage puis à des retraites
pauvres. L’idéal dominant d’une société dont les élites sont composées d’individus généralement quadragénaires ou plus, c’est un homme de 50 ans, bien entendu riche et bien inséré dans le système
capitaliste, avec tout son vécu derrière lui, et avec le corps d’un homme de 20 ans, mais sans la pauvreté, l’inexpérience et les incertitudes de cet âge. Pour la société efféminée, l’idéal est
une élite (dans les faits généralement masculine) faisant régner à son profit les valeurs dites « féminines » qui ont pour intérêt principal de répudier toute violence potentiellement
révolutionnaire, de vivre plus longtemps avec moins de heurts physiques (ce qui se rapproche plus d’une vie féminine). Mais cette élite refusera bien entendu de céder sa place à de vraies
femmes.
De l’utilité du genre
masculin : au fond, à quoi peuvent bien servir les hommes ?
L’acceptation du discours
misandre s’appuie largement sur son aspect a priori « réaliste », voire « évident ». N’est-il pas évident que la grande majorité des criminels sont des hommes ? Que la
totalité des dictateurs, hormis 2-3 reines ou impératrices, furent des hommes ? Que les plus grands conflits de ce monde (et les petits aussi), les génocides, les massacres, les traites
esclavagistes…furent décidés par des hommes ? Ne sont-ils pas aussi à l’origine de la plupart des fléaux modernes, de la pollution à la corruption ? N’est-il pas évident que les hommes
seraient plus « égoÏstes », « immatures », vaniteux, sales, irresponsables que les femmes ? Ne sont-ils pas dépassés par elles à l’école, dans les études ? Ne
sont-ils pas généralement surpassés par leurs sœurs dans les exercices qui demandent de la concentration et de la discipline ? Les femmes ne font-elles pas preuve de plus de courage dans bien des situations ? N’est-il pas évident qu’il faudrait que les femmes
deviennent le genre dominant, et tout irait pour le mieux ?
Vous trouverez peut-être ce
discours excessif. Tant mieux pour vous. Mais d’autres le tiendront pour vrai. Ce discours, je n’ai cessé de l’entendre depuis mon enfance. Je suis même étonné, à supposer qu’on l’accepte, que la
Nature ait pu créer une telle dichotomie dans une même espèce, un genre concentrant toutes les tares, et l’autre toutes les qualités.
Et au fond, en continuant plus
loin, à quoi servent les hommes ? Puisque les femmes peuvent tout faire – de la procréation au travail manuel et intellectuel, et systématiquement mieux que les hommes, si ce n’est dans les
tâches exigeant de la force physique, ce que la technique enverra bientôt aux oubliettes de l’histoire -, pourquoi la Nature a-t-elle créé le genre masculin ? Les biologistes évolutionnistes
ont leurs réponses : parce que la reproduction sexuée permet une plus grande diversité des combinaisons de gènes, ce qui permet d’avoir des individus aux qualités plus variées, rendant
l’espèce plus apte à la survie. Il est donc important d’avoir un grand nombre de mâles et de femelles, et que les accouplements soit divers (la fidélité entre deux individus est tout sauf
naturelle…). Mais quand même, pourquoi autant de mâles que de femelles ? Et pourquoi cette bizarrerie d’avoir créé des mâles physiquement forts, et des femelles plus faibles (4), alors qu’en
toute logique, on aurait eu intérêt à l’inverse ? Il aurait été plus rationnel d’avoir des femelles, porteuses de vie, fortes, et des mâles petits et malingres, vivant peu longtemps, comme
les mâles fourmis, sortes de larves un peu développées qui de toute façon meurent au moment de l’accouplement (contrairement aux femelles) puisqu’ils ne servent quasiment à rien en dehors de la
fécondation des femelles.
Et d’ailleurs, puisque les
hommes ne servent à rien, font tout plus mal que les femmes, sont quasiment les seuls fauteurs de violences, pourquoi ne se passe-t-on pas d’eux ? Après tout, les techniques d’insémination,
voire de clonage, permettraient de se passer de reproducteurs mâles, avec peut-être un peu de perte au niveau de la diversité génétique, mais bon, pas d’omelettes sans casser d’œufs, non ?
Ou, au pire, ne conserver que 10 ou même 1% des hommes pour la perpétuation de l’espèce ? N’était-ce pas le récit des Amazones, cette nation presque exclusivement féminine, où les
nouveaux-nés mâles étaient soit tués, soit estropiés dès la naissance afin de servir les femmes ?
Il y a quelque chose de vrai
dans ces dernières lignes : oui, apparemment, la plupart des hommes sont dispensables pour l’humanité. Mais justement, j’en tire la conclusion inverse des misandres. Les hommes sont la
partie sacrifiable du genre humain, et c’est justement ce qui en fait la dignité. L’identité profonde de la virilité réside dans la notion de sacrifice. En cas de catastrophes, ce sont en premier
lieu les hommes qui doivent disparaître, se sacrifier. Oui, mais, me direz-vous, nous avons la chance de ne plus avoir à faire face à de grandes famines, des guerres ou autres épreuves pouvant
emporter des millions des nôtres. Et puis la guerre, aujourd’hui, étant donné le niveau technologique atteint, fait peu de morts (dans nos rangs), est « propre » ! En fait, les
guerres récentes ne sont peu couteuses en vie et « propres » (pour nous), que parce que des armées occidentales (en particulier celle des USA) affrontent des armées bien plus faibles en
nombre et technologie (en Iraq ou en Afghanistan). Lorsque deux armées équipées de technologies de pointe et disposant de troupes en masse devront s’affronter, la technologie ne réduira pas mais
augmentera considérablement les pertes.
Et il ne faut pas voir la
notion de « sacrifice » uniquement sous sa forme mortifère, et cela n’évoque pas nécessairement les larmes et la souffrance : le sacrifice, c’est tout dévouement de l’existence à
une cause ou un projet qui dépasse une simple vie. Ce peut-être la science, l’exploration, la mise en valeur d’un territoire, sa colonisation, la construction d’œuvres…tout simplement le travail,
en dehors de l’économie domestique, autarcique, la production au-delà de la simple survie. Et là aussi, le genre masculin, justement parce qu’il est sacrifiable, trouve toute son utilité. Car si
la femme peut donner la vie, l’homme ne peut donner que la sienne. Quitte à me fâcher avec certaines, je pense que si l’humanité n’avait été composée que de femmes, ou d’une majorité de femmes
accompagnées d’une minorité de petits mâles destinés à féconder puis mourir aussitôt, alors l’humanité en serait sans doute restée à la préhistoire. Non pas parce que les femmes seraient plus
bêtes ou moins courageuses que les hommes. Même la moindre force physique des femmes ne serait pas vraiment en cause. L’obstacle majeur serait l’épuisement des femmes et la forte mortalité en
couches, surtout à une époque où la mortalité élevée des enfants obligeait à de nombreuses grossesses. Le genre masculin représente donc une main d’œuvre indispensable à l’humanité, pour qu’elle
puisse tenter ses expériences, ses essais et ses erreurs, découvrir de nouveaux espaces, maîtriser les outils (et ce quand bien même les premiers outils auraient été développés par les femmes),
puis les armes, puis la guerre.
Parlons-en de la guerre :
comme tout le monde, j’espère ne jamais avoir à en vivre une. Mais, contrairement à beaucoup, j’estime que l’existence des guerres ne prouve en rien que l’humanité serait une espèce tarée. De
façon cynique, ou tout simplement matérialiste, je dirais même que l’existence des guerres prouve la rationalité de l’humanité. Les êtres humains sont individués, nous avons chacun une conscience
que les autres ne peuvent réellement sonder et réciproquement. Donc nous ne pouvons avoir une confiance totale envers les autres, et nous devons organiser chacun notre défense. Le moyen le plus
efficace est de constituer des groupes, des tribus, des nations, en sachant que d’autres font de même. Il faut être puissant pour se défendre. Et le meilleur moyen d’être puissant est de
s’agrandir. Les guerres ont été inévitables pour créer des états et des empires. Et ces structures politiques reposant sur la violence ont été les indispensables vecteurs de la sécurité des
échanges et des propriétés (l’analyse marxiste qui fait commencer les états avec l’apparition des classes de propriétaires et de serviteurs n’est donc pas impertinente). Et par là progressaient
les civilisations. Pas une civilisation ne s’est complètement passé de l’art militaire et des structures étatiques : ni la civilisation chinoise, ni les indiennes, ni la latine, ni les cités
grecques, ni les empires islamiques, inca, aztèque…
Alors oui, les hommes sont des
fauteurs de guerre. Mais sans guerre, pas d’état, pas de civilisation, pas de science, pas de découverte du monde. Et pas de colonisation des Amériques (les premières sociétés coloniales
européennes en Amérique étaient largement masculines, d’où un niveau de violence élevé). Les féministes radicales américaines devraient donc savoir que sans les hommes, elles ne seraient pas
américaines, elles n’auraient aucune des inventions de la société industrielles (ni la voiture, ni la machine à laver, l’électricité, l’aspirateur, le sèche –linge, la pilule contraceptive ou la
péridurale) et qu’elles n’existeraient sans doute pas. Et au final, l’état de paix générale dans lequel se trouvent aujourd’hui la plupart des pays du monde (Afrique, Proche-Orient et plusieurs
coins d’Asie exceptés) est plus dû à un équilibre des forces entres les nations et les systèmes d’alliance qu’à une quelconque « évolution morale » de l’humanité.
Et imaginez un monde sans
conflits, où les êtres humains se feraient généralement confiance : il n’y aurait certes pas de guerre…Mais une minorité mal intentionnée pourrait prendre le pouvoir, d’autant plus
facilement que la majorité des autres seraient trop peu méfiants pour s’armer, et alors les despotes pourraient infliger leur cruauté comme bon leur semble sans risquer de réaction violente de la
part des opprimés. Alors, un monde de méfiance, avec la possibilité de guerres, ce n’est pas forcément la pire des choses.
Alors, cette identité masculine, qu'en est-il ?
Il est courant en sociologie
et en psychologie de gloser sur l’actuelle dissolution de l’identité masculine. Nous vivons dans une société ou apparemment, la force physique ne sert plus à rien (en réalité, c’est un mythe de
classe, puisque les travaux manuels pénibles impliquant des efforts lourds sont loin d’avoir disparu pour les ouvriers ou travailleurs des services), où l’existence apparaît tranquilisée (du
moins pour le travailleur aisé, considéré comme le point de mire et la destination finale de l’espèce humaine). Et on débat de la frustration de ces pauvres hommes qui ne savent plus quoi faire
de leur virilité. En réalité, il n’y a pas de nature masculine ni féminine, et il n’y aura jamais de manuel de ce qu’est un vrai homme ou une vraie femme. Il y a en revanche des capacités
biologiques différentes, que certains sociologues relativistes sont allés jusqu’à nier (considérant que la différence des sexes était une pure construction sociale ! Rocco Siffredi a donc
une grosse « construction sociale »…), qui impliquent des responsabilités différentes entre les hommes et les femmes.
Mais les individus peuvent choisir de les assumer ou pas.
Mais ils doivent en assumer les conséquences. N’en déplaise à certains, je considère que l’opprobre – dans la limite de la courtoisie – envers une femme qui refuse de faire un enfant
est dans le fond justifiée. En effet, son choix implique de rejeter sur les autres femmes la responsabilité de perpétuer l’espèce, ou même de ne pas la perpétuer du tout. Ceci ne signifie
évidemment pas qu’une femme ait l’obligation de faire le plus d’enfants possibles et que sa vie se réduise à cela. Pour un homme, le problème ne se pose pas de la même manière, puisque si 10% des
hommes fécondent à eux seuls toutes les femmes, la perpétuation de l’espèce est assurée. Mais un homme qui refuse le sacrifice, par exemple un objecteur de conscience qui refuse de toucher une
arme, mérite le mépris. A titre tout personnel, je suis également très intolérant vis-à-vis de la notion d’homme au foyer. Qu’un homme ne travaille pas parce qu’il ne trouve pas d’emploi est une
chose compréhensible. Qu’il gagne moins que sa conjointe n’a pas d’importance, les rémunérations étant de toute façon arbitraires en régime capitaliste, les métiers les plus utiles n’étant pas
les mieux payés. Mais un homme qui refuse de chercher à travailler mêrite le mépris. D’une part parce qu’il se retrouvera en situation d’infériorité face à une conjointe qui assumera toute la
partie financière de la vie du ménage, tout en occupant une partie de l’activité domestique, dont notamment l’éducation des enfants (car qui souhaiterait une famille où la mère serait coupée de
ses enfants, ou même distante comme l’étaient les pères dans la famille traditionnelle ?). Ne serait-ce que pour des raisons biologiques évidentes, la mère est au moins aussi proche de ses
enfants que le père. Si en plus l’homme est retiré du domaine professionnel, il devient le membre secondaire du couple. Mais surtout, un homme qui ne cherche pas à travailler et préfère
l’activité au foyer refuse la notion de sacrifice. Non pas que le travail domestique ne soit pas un travail : mais contrairement à un emploi, qui implique le risque de licenciement, de
mauvaises affaires, voire de faillite, le travail domestique implique peu de risques, et constitue non pas un projet mais une activité récurrente.
Je considère tout personnellement que pour la femme, le travail est une liberté, un moyen d’émancipation, mais que
pour l’homme, c’est un devoir. Une femme qui refuse de travailler – si elle peut matériellement se le permettre - et de ce fait s’extrait du risque professionnel ne nuit pas à la société, tant
qu’elle garde la possibilité d’assumer ce que seules les femmes peuvent faire, à savoir la gestation. Un homme qui refuse de travailler se refuse à faire ce qui peut être exigé des hommes et
d’eux seulement : le sacrifice au travail.
Conclusion : la misandrie, intérêt de
classe
Ceux qui auront lu les
précédentes lignes penseront peut-être que je suis réactionnaire, que j’impose des rôles normés à l’homme et à la femme. Je les invite à relire pour bien comprendre. Bien au contraire, la
conception de la virilité que je cite (je ne l’invente pas, elle me semble trop évidente), la virilité par le sacrifice, serait plutôt progressiste. En tout cas bien plus que la virilité définie
par la reproduction, qui se mesure au nombre de conquêtes féminines (alors qu’au fond, peu importe que 90% des hommes ne se reproduisent pas…)…et qui mène immanquablement au machisme, au mépris
des célibataires et à l’homophobie.
Je vous invite sinon à imaginer une société où les individus
ne seraient pas invités à avoir de rôle envers la collectivité. Ca tombe bien, nous y sommes, du moins dans l’idéologie de la consommation et du capitalisme : il n’y a plus de responsabilité
envers le collectif, seulement des intérêts individuels. Que les français ne fassent plus assez d’enfants, ce n’est pas grave, on importera des immigrants. Que le travail soit aliéné (au sens
marxiste du terme : le travailleur ne possède pas ce qu’il produit et ne le décide pas) n’est pas grave : il n’y a plus de projet pour lequel le sacrifice est possible, seulement des
ventes de travail et des jouissances (seigneur Dieu, il oppose le sacrifice et la jouissance, il parle comme Pétain ! se diront les amateurs d’amalgames). Dans ce contexte de société
capitaliste développée où la majorité de la population n’est plus en situation de survie, mais trop aliénée pour être en situation de projet, la plupart des hommes se retrouvent dans une
situation d’inutilité (quand ils ne travaillent pas ou peu, ou quand ils ont un travail facile mais peu rémunérateurs), soit en situation de dépossession, s’ils ont un travail difficile et usant,
mais adopté par nécessité, et sans réelle utilité collective. Un vigile qui garde un stade de foot, à moins d’être fan de foot lui-même, aura peu l’impression d’être utile à la société. Son
épouse, si elle a eu des enfants, aura eu la satisfaction d’avoir engendré une famille. L’homme aussi, mais il y aura eu objectivement une moindre part.
L’absence de projet dans la civilisation du capitalisme
(absence qui n’est en soi pas nouvelle, l’homme féodal ou du 17ème siècle choisissait rarement sa vie également) aboutit à faire apparaître l’homme comme une femme en moins bien.
Hommes comme femmes sont aliénés, mais les femmes ont au moins un plus grand rôle dans la perpétuation de l’espèce. Comment s’étonner de la force du discours misandre ? Les femmes ont un
projet, et particulièrement justifié : leur émancipation. Les hommes, aucun. Les hommes ne peuvent qu’apparaître dans leur médiocrité aliénée. A l’exception, bien sûr, des classes
dominantes, qui ont le temps, l’argent et le pouvoir pour faire de leur vie un projet.
L’élite masculine, comme nous
l’avons vu, est active dans le discours misandre : acteurs, politiciens, publicitaires…il semble que les hommes ayant une position sociale élevée soient les plus à même de dénigrer leur
genre. Cela peut tout simplement venir du fait que ce sont ces élites qui occupent intégralement l’espace médiatique. C’est tout à fait possible.
Autre hypothèse : il y a
un intérêt logique, de classe, à ce que des hommes dans une position sociale avantageuse dénigrent les hommes dans leur ensemble. Imaginez une rue commerçante remplie de boutiques pratiquant la
même activité. Vous entrez dans l’une des boutiques. Que va vous dire le commerçant ? Que tous les magasins de la rue sont excellents ? Ou qu’ils sont généralement mauvais, mais lui
moins que les autres, et surtout que lui est plus honnête que les autres parce qu’il reconnait la médiocrité générale, et qu’il vaut donc mieux traiter avec lui ? Ce sera bien sûr la
deuxième solution. La misandrie de l’élite masculine repose sur le même ressort. Tous les hommes sont pourris, mais moi moins, surtout du fait que je
reconnaisse que nous, les hommes, sommes pourris. Ajoutez à cela que je suis plus riche, que j’ai un meilleur emploi, avec de plus fortes responsabilités, un vécu plus riche, que j’ai pu voyager
et changer de poste bien plus que le prolo moyen…Au fond, la misandrie a tout d’un stratagème utilisé par une minorité déjà socialement avantagée pour enfoncer le reste des hommes
dans le cadre d’une compétition sexuelle, amoureuse, ou sociale, tout simplement.
La misandrie, ce n’est pas le féminisme. Elle n’aide en rien
les femmes face aux véritables oppressions qu’elles subissent, ne serait-ce que parce que la misandrie fausse les diagnostics sur la violence ou l’organisation au sein du ménage. Je penche plutôt
pour dire que la misandrie est une position de classe, et rien d’autre.
(1) En
2008, Zemmour prédisait que Cohn-Bendit ne réussirait pas à ranimer les Verts, politiquement morts selon le journaliste. Malheureusement, Zemmour s’est trompé.
(2) Il faut aller voir dans
ce document, à la page 3, et regarder les deuxième et troisième lignes de statistiques, se rapportant aux homicides, notamment
les dernières colonnes sur la droite.
(3) En n’effet, n’oublions pas que les femmes sont très majoritaires dans l’enseignement en maternelle, à l’école primaire, et fort bien
représentées dans l’enseignement secondaire (mais moins dans le supérieur). Ce qui, en plus du temps consacré par les mères à l’éducation (plus long en moyenne que celui des pères) amène
logiquement à penser que les femmes sont en premières lignes dans la transmission des valeurs. Donc on peut se poser la question : si des générations de jeunes hommes machistes et immatures
se sont succédées, n’y a-t-il pas un début de responsabilité –fut-il complètement involontaire- dans l’éducation prodiguée par les femmes ? En version plus claire : n’oublions pas que
les machos ont en premier lieu été élevés par des femmes…
En tout cas ne manquez pas ce très bon texte d’un ancien professeur de français qui décrit les
inégalités en défaveur des garçons dans l’enseignement secondaire, sur le site de l’Observatoire du
Communautarisme.
(4) A propos de la "force" des hommes et de la "faiblesse" des femmes, certains objecteront que, en réalité, dans l’espèce humaine, le sexe
fort n’est pas celui que l’on croit. Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, et les biologistes ont mis en évidence que cette différence serait sans doute, dans l’état actuel du génie
génétique, irréductible car les femmes ont une densité de défenses immunitaires supérieures à celle des hommes. En clair, les femmes sont génétiquement avantagées par rapport aux hommes. Et elles
seraient donc le sexe fort, comme se sont plus à le répéter plusieurs de mes enseignants. En oubliant un fait : pour que la longévité féminine puisse se réaliser, il a fallu que les sociétés
(ou certaines plutôt, en Europe, Amérique du Nord ou Japon) atteignent un niveau de développement certain. En Afghanistan, ou sur le continent africain, la différence d’espérance de vie entre
hommes et femmes est faible, voir défavorable aux femmes. Cela vient d’un niveau de soins beaucoup plus bas, d’une violence plus forte, d’une mortalité plus élevées dans la maternité… En clair,
les femmes sont plus résistantes que les hommes…à condition que l’on vive dans une société relativement douillette comme la nôtre. En cas de retour à des situations plus « crues »,
l’avantage serait plutôt masculin.
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