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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

     www.pourlecommunisme.com est un site qui s'attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l'idéal communiste, faillite économique, etc...). Il ne fait la promotion d'aucun régime existant ou ayant existé par le passé, s'efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l'avenir.

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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 18:47

        Je poste un article sur une proposition inscrite dans les programmes de plusieurs listes Front de Gauche aux régionales 2010. Je ne dit pas que j’approuve sans faille ce projet, mais il me semble digne d’être présenté.


Investissements et intérêts

Avant de partager la richesse, il faut la créer. C’est ce que les partis de droite ne cessent de répéter en réponse à leurs adversaires de gauche.

Ainsi, les droitiers mettent-ils en avant leur version des causes du chômage : des salaires trop élevés, trop rigides puisqu’on ne peut descendre en dessous du SMIC, trop de réglementations du travail, trop de limites au temps de travail…

C’est oublier un coût qui pèse sur les entreprises, et en particulier les investissements : celui de la finance, via les intérêts. Sur le long terme, les entreprises sont censées être en besoin de financement. C’est-à-dire qu’elles disposent, après rémunération de leurs salariés, des impôts sur la production, et en ménageant une part de leurs revenus pour rémunérer les actionnaires, de moins de budget que ce qui serait nécessaire pour investir. Parmi les investissements possibles, l’entreprise peut réaliser un investissement intensif (améliorer son niveau technologique pour produire plus avec autant de personnel et de ressources que par le passé), ou extensif (construire un nouveau site, ouvrir un nouveau service, créer de nouveaux postes). Le gain qu’une entreprise peut espérer de son investissement dépend à la fois de la croissance du chiffre d’affaires que l’investissement peut lui rapporter, mais aussi, en négatif, du coût des emprunts qu’elle aura à contracter.

Elle peut encore décider de placer son argent, et de devenir elle-même un créancier. C’est ce qui tend à se produire lorsque la rémunération des placements, par l’intérêt, monte, tandis que l’investissement devient de plus en plus coûteux et incertain, puisque justement un taux d’intérêt croissant réduit les gains de l’investissement.

Or, qu’a-t-on depuis le début des années 80, plus précisément depuis le « tournant de la rigueur » de 1983 ? Une montée de la rémunération du capital, une hausse de la part du revenu des entreprises prélevé par les propriétaires, et une moindre part des salaires.

Cette politique, mise en place par le gouvernement socialiste, pouvait se justifier à condition que la part croissante des profits serve à financer de nouveaux investissements. Ce qui s’est passé dans les années 80. Mais pas dans les années 1990. Pendant plusieurs années de cette décennie, les entreprises ont été en situation d’autofinancement et même plus : elles disposaient de plus de revenus que nécessaire pour financer leurs investissements. Ou, vu sous un autre angle, les entreprises sous-investissaient.

A la même époque, sous le gouvernement Balladur, était menée la politique dite du « franc fort ». Il fallait que le franc conserve un taux de change relativement stable avec le Deutsche Mark. Or, pour éviter qu’une monnaie se déprécie, il faut soit que le pays fasse plus d’exportations que d’importations (sa monnaie est alors fortement demandée), soit que le taux d’intérêt dans les prêts de cette monnaie soit suffisamment élevé pour que des détenteurs de capitaux du reste du monde soient intéressés à prêter dans cette monnaie.

Pour maintenir la parité du franc avec le mark, les taux intérêts étaient restés à un haut niveau en France pendant la décennie 1990. D’où de plus faibles investissements, de faibles créations d’emploi, le maintien du chômage de masse qui se creusait depuis les années 70. 

       
     Quelques statistiques, mais avant cela quelques définitions :

Définitions statistiques sur les ressources des entreprises

  

        La valeur ajoutée brute (VAB) d’une entreprise est la différence entre la somme de ses ventes (son chiffre d’affaires) et les consommations intermédiaires qu’elle aura dû effectuer. Par consommations intermédiaires, on entend toutes les dépenses matérielles (électricité, matières premières, outils…) mais pas les salaires ni les intérêts des emprunts, ni les impôts sur la production.
         Une fois que l’on retire à la VAB les salaires (avec les cotisations sociales en plus), et les impôts directs sur la production, on obtient l’excédent brut d’exploitation (EBE) qui correspond grosso modo à la marge de l’entreprise.

        L’entreprise utilisera une partie de son EBE pour faire des investissements, c’est-à-dire créer du capital productif : soit en agrandissant ses sites, en en créant de nouveaux, ou en se dotant de nouveaux équipements qui permettront de produire plus sans employer plus de monde ou utiliser plus de ressources. On appelle cette dépense la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF).

        Voyons d’abord comment ont évolué les marges des entreprises depuis 60 ans. Il s’agit ici des sociétés non financières, ce qui exclut les entreprises détenues par une seule personne (entreprises individuelles, rares parmi les grandes entreprises), et les sociétés financières (banques, assurances, gestion de portefeuille, etc…).

 

 

Graphique-EBE-copie-1.jpg


Source : INSEE 2009


        On constate qu’après un recul dans les années 70, les entreprises ont rétabli leurs marges à environ un tiers de leur valeur ajoutée brute depuis le milieu des années 80, après le « tournant de la rigueur » de 1983.

        Voyons maintenant ce qu’elles ont fait de ces marges :

 


Utilisation-marge.jpg
Source : INSEE 2009

 

       On voit que la part de l’investissement (FBCF/EBE) recule nettement sur 60 ans. La part des impôts a été stable, avec une baisse en 1993 (année de récession). La part des revenus de la propriété (dividendes, revenus de terrains ou de gisements, intérêts reçus) augmente globalement, malgré des reculs (à la fin des années 90). Mais cette catégorie « revenus de la propriété » doit être précisée : il s’agit de revenus nets, car les entreprises reçoivent des dividendes et des intérêts d’autres entreprises (en France ou à l’étranger) à qui elles ont fait des prêts ou acheté des parts de capital. On doit donc faire la différence entre les revenus de la propriété que les entreprises versent et ceux qu’elles gagnent : cette différence a été prélevée par les capitalistes sur le travail au sein de l’entreprise, sur la valeur ajoutée.

       Maintenant, distinguons les intérêts (rémunération des créanciers) et les dividendes (revenus des propriétaires de l’entreprise). Contrairement aux dividendes, les intérêts sont à considérer comme des coûts pour l’entreprise :

 


grapheinterets.jpg
Source : INSEE 2009


       On voit qu’à la fin des années 70 et pendant les années 80, les intérêts ont largement dépassé les dividendes. Cette situation a pris fin à la fin des années 90, à la fois parce que le coût des intérêts diminuait, et parce que les dividendes montaient.

       On pourrait donc croire que les intérêts ne sont plus un problème actuellement, que leur coût est devenu suffisamment faible pour qu’ils ne gênent plus l’investissement. Pourtant, on constate que l’investissement baisse (en proportion de la marge) comme on l’a vu dans le deuxième graphique. Et il faut aussi voir ce que l’on appelle le besoin de financement de  l’entreprise. Nous avons vu au début de l’article que les entreprises sont en général en besoin de financement, c’est-à-dire que pour mener leurs investissements, elles empruntent et dépensent de l’argent qu’elles n’ont pas. Cette situation est viable tant que l’investissement est rentable et les taux d’intérêts raisonnables. On pourrait donc croire qu’avec la montée des dividendes et la baisse du coût des intérêts, on aurait eu un plus grand recours à l’emprunt des entreprises. Mais ce n’est pas le cas :

 

besoindefinancement.jpg
Source : INSEE 2009


       Ce graphique montre que, jusqu’au début des années 80, les entreprises avaient des besoins d’emprunts pour financer leurs investissements qui pouvaient représenter 40% de leur marge. En d’autres termes, si vous avez 100 euros de marge, et que vous voulez payer les impôts, les dividendes, vos intérêts de l’année en cours, et que vous voulez faire en plus de cela des investissements, il vous manque 40 euros. Dans les années 80 et 90, ce besoin de financement commence à se résorber : les entreprises ont pratiquement assez d’argent pour tous leurs frais, ce qui est dû à la faiblesse des investissements. Il y a même eu des années (1993, 1996 à 1999) où le besoin de financement était nul, alors que le coût des intérêts baissait.

       On voit que dans le courant des années 2000, les entreprises recommencent de nouveau à emprunter, mais on est loin des niveaux d’avant 1982. Ce n’est pas très étonnant car les petites et moyennes entreprises, qui recourent couramment à l’emprunt bancaire, doivent toujours supporter des intérêts relativement élevés, comme on le voit sur le graphique suivant :

 

 

graphetauxinterets.jpg


Source : INSEE 2009


      On voit, à droite du graphique, que les taux bancaires se sont stabilisés à 6% depuis la fin des années 90, soit bien moins que pendant les années 70 et 80, mais toujours au-dessus des taux des années 60.

     A l’inverse, il est intéressant de noter que les revenus de la propriété des entreprises, principalement les dividendes et les intérêts venant d’autres entreprises, ont fortement augmenté : alors qu’elles ne représentaient que 4% de la marge des entreprises non financières en 1949, ces sommes équivalaient à 82% de cette marge en 2008.


Les fonds régionaux pour l’emploi et la formation


      Les économistes du PCF ont donc émis l’hypothèse qu’en rendant le coût de l’emprunt plus bas pour les investissements véritablement productifs, on inciterait davantage les entreprises à ignorer la tentation des placements financiers.

      Le principe est simple : réunir dans chaque région un fond administré par la présidence du conseil régional, mais aussi par des représentants des salariés, chômeurs et entrepreneurs de la région. Son rôle serait d’abord de demander à l’INSEE une expertise régionale sur les besoins en emplois, et de définir des objectifs chiffrés de créations de postes.

      Il recevrait ensuite les entreprises candidates aux remboursements des intérêts, en retenant celles qui proposeraient les projets les plus riches en emplois durables, incluant un effort de formation et des salaires décents. Les entreprises les plus ciblées seraient les PME (entreprises de moins de 500 salariés). Une fois le projet validé, les intérêts pourraient être pris en majorité ou en totalité en charge par le fonds.

      De quels moyens les fonds disposeraient-ils ? S’ils étaient soutenus par un gouvernement, les fonds régionaux pourraient hériter de tout ou partie des dizaines de milliards d’euros de subventions aux entreprises, par exemple des 30 milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales accordées chaque année aux employeurs.

       En attendant, les régions peuvent toujours utiliser les centaines de millions d’euros de soutien au développement économique que lèvent les régions (141 millions d’euros en Ile de France en 2009). Il faut savoir que si ces sommes sont utilisées pour rembourser des intérêts, elles permettraient de lever des emprunts d’une valeur très supérieure.

      En effet, si le taux d’intérêt est de 5% (pour l’exemple), alors cela veut dire qu’en offrant le remboursement des intérêts pour 100 millions d’euros, ce sont des valeurs 20 fois supérieures qui pourront être empruntées : 2 milliards d’euros, dont le remboursement s’élèvera à 2,1 milliards. Les entreprises n’auront qu’à assumer le remboursement sans intérêt, le reste étant fourni par le fond. Car les banques créent de la monnaie de toutes pièces lorsqu’elles accordent un prêt, et les fonds créés sont annulés au fur et à mesure que la dette est remboursée : il ne reste alors que les intérêts, qui rejoignent la masse monétaire en circulation. C’est donc une très grande injection de liquidités qui pourrait raviver l’activité économique.

       Un autre point qui pourrait être soulevé est l’effet d’aubaine. Qu’est-ce donc ? On appelle effet d’aubaine une situation où l’on offre une aide à quelqu’un qui promet de faire quelque chose de particulier (par exemple créer des emplois) si on lui donne cette aide, et qui accomplit réellement sa promesse, mais dont on s’aperçoit ensuite qu’il n’avait pas besoin d’aide pour le faire. Par exemple, c’est le cas d’une entreprise qui reçoit une subvention pour créer des emplois, qui les crée, mais qui avait en réalité déjà les fonds et le projet pour créer ces emplois. Dans ce cas, l’aide n’est qu’une façon de se remplir les poches (une aubaine).

       A cette faille possible, la commission économique du Front de Gauche pour la région PACA a répondu que « le dispositif du fond régional pour l’emploi et la formation (FREF) a été conçu pour empêcher l’effet d’aubaine car il conditionne le montant de l’aide au nombre de créations effectives et vérifiées de nouveaux emplois. »

      
       Conclusion : faire face aux urgences et préparer l’avenir

       Les fonds régionaux pourraient intervenir en temps de crise (locale ou nationale) pour inciter les entreprises à stopper les plans de licenciements, en proposant des prêts avec remboursement des intérêts pour soutenir les projets générateurs d’emplois. Ils pourront demander chaque année une conférence de salariés, d’élus, de citoyens pour déterminer les grandes lignes de créations d’emplois à soutenir par l’action des fonds régionaux.

 

        Quelques remarques personnelles :

        Je ne suis pas aussi optimiste que les économistes auteurs de la proposition des fonds régionaux sur la capacité à lever des fonds grâce aux prêts bonifiés (c’est-à-dire avec un taux d’intérêt diminué pour l’emprunteur). En effet, il faut se rappeler que les banques ont aussi une limite dans leur émission de monnaie / crédits. Les banques ont en effet l'obligation de respecter des ratios entre leurs fonds propres (qu’elles peuvent obtenir en convertissant une partie de leurs dépôts avec la banque centrale) et le montant des crédits qu’elles accordent. Ces ratios servent à éviter que les banques génèrent des prêts à l’infini. Ce sont donc ces ratios qu’il faut prendre en compte, et pas seulement les taux d’intérêts bancaires, pour savoir combien de crédits pourraient être accordés pour X milliards d’euros d’intérêts remboursés par la collectivité.

        Ensuite, une injection très massive de crédits dans l’économie française fait aussi courir un risque d’inflation redynamisée… On peut défendre une relance de l’inflation pour stimuler la croissance, mais avec modération, ce qui impose une nouvelle limite au projet.

        Pour finir, la citation faite plus haut de la commission économique du Front de Gauche de PACA, extraite du numéro 665 d’Economie Politique (Novembre-Décembre 2009) ne répond pas vraiment à la problématique de « l’effet d’aubaine ». Il ne suffit pas de vérifier qu’il y ait des créations d’emplois pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’effet d’aubaine. Selon la définition de l’effet d’aubaine que j’ai donné dans l’article, il faut vérifier que non seulement des emplois ont été créés, mais qu’ils n’auraient pu être créés sans l’aide.

        Mais il ne semble pas impossible que cette vérification soit faite par les assemblées d’élus, de salariés, de chômeurs etc… Aucune des limites que je viens de préciser ne me semble donc fatale au projet des fonds régionaux.

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Published by DiadoreCronos - dans Economie
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commentaires

Julien 24/02/2010 20:25


Le taux d'intérêt n'a pas nécessairement un fort impact sur le niveau d'investissement. D'après Keynes, et l'évolution de l'investissement ces 20 dernières années semble lui donner raison, le
principal déterminant de l'investissement est la demande anticipée : s'il n'y a pas de débouchés, les entreprises n'investissent pas.


DiadoreCronos 24/02/2010 21:21


Hum, d'après les graphes que je donne, la corrélation entre fort taux d'intérêts et faible investissement est non négligeable... Dans les années 80, les entreprises ont à la fois investi et réduits
leurs emprunts car le taux de marge s'est brutalement relevé, mais par la suite, on retrouve la situation intérêts élevés / investissement bas.

Le marasme de longue durée (cad bien au-delà des crises de 1993 ou 2008) de l'économie française ne vient pas seulement d'une insuffisance de demande, mais aussi d'entraves à l'offre. Par exemple,
dans la seconde moitié des années 90, la consommation progressait, tirant (provisoirement) l'économie, les débouchés ne manquaient pas.