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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

     www.pourlecommunisme.com est un site qui s'attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l'idéal communiste, faillite économique, etc...). Il ne fait la promotion d'aucun régime existant ou ayant existé par le passé, s'efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l'avenir.

     Vous êtes anticommuniste et voulez débarasser le monde d'un jeune fou qui, selon vous, risque de faucher à nouveau des millions de vies?

Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis?

Vous voulez simplement parler du communisme?

Alors ce blog est pour vous.

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 20:23

        Leszek Kolakowski, né en 1927 en Pologne et mort en 2009 en Angleterre, était un marxiste émérite, membre du Parti Ouvrier Unifié Polonais, ayant quitté le bloc de l'Est dans les années 1960, et ayant passé le reste de sa vie à dénoncer les totalitarismes, dont bien sûr celui du bloc soviétique. Fin connaisseur du marxisme, il était persuadé que le totalitarisme stalinien n'en était que l'application la plus logique. Il a écrit notamment trois tomes d'une Histoire du Marxisme, et une version résumé dans Le village introuvables, où figure le texte  "Les racines marxistes du stalinisme", texte que vous pouvez lire sur Google Book.

 

http://books.google.fr/books?id=4K_SsfN4Vd8C&pg=PA47&lpg=PA47&dq=Les+racines+marxistes+du+stalinisme&source=bl&ots=xIgCsF8FU1&sig=VrcbNnVol2BAPi7SaDbJZtFdgPY&hl=fr&ei=H_aMTbbCL8G3hQeC3Nm7Dg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&sqi=2&ved=0CB4Q6AEwAQ#v=onepage&q=Les%20racines%20marxistes%20du%20stalinisme&f=true

 

        Pourquoi l'évoquer? Et ce alors que je ne me classe pas moi-même comme marxiste? Tout simplement parce que ces thèses vont dans le sens opposé de celles que je défends dans Pour le Communisme. Les anticommunistes et antimarxistes ont maintes fois tenté de démontrer que le totalitarisme est contenu dans les idées communistes et plus encore dans les idées marxistes. Même sans être marxiste, je m'oppose à cette tendance, car c'est le contexte historique de guerre civile et mondiale qui ont fait que la Révolution Bolchevique a débouché sur une dictature (et ne pouvati qu'aboutir à cela; je ne crois pas du tout en la thèse de l'accident ou de la dégénerescence). Non pas que le marxisme n'ait pas servi de religion officielle à l'URSS, et ait donc contribué à sa consolidation. Mais cette idéologie n'explique pas en soi la nature dictatoriale du régime.

 

         L'autre intérêt du texte de Kolakowski, c'est qu'il est plus construit et l'argumentation plus fine que dans la plupart des textes anticommunistes, qui prennent souvent comme simple argument la notion de "lutte des classes" ou de "dictature du prolétariat" pour conclure à la nature totalitaire du marxisme et du communisme.

 

        J'ai donc lu le texte de kolakowski sur Google, des pages 47 à 72.

        Au-delà de bons rappels sur le totalitarisme stalinien et dans un raisonnement plus construit que ceux de la plupart des anticommunistes, l’auteur présente les arguments suivants pour dire que 1) le stalinisme n’est pas fondamentalement contraire au marxisme, 2) le stalinisme est l’application la plus logique du marxisme.

 

        Les raisonnements sont :


- sur le marxisme et la vérité:


1° le marxisme prétend à la fois être la doctrine qui détient la vérité (qui y mène, plutôt, et sur ce point, Kolakowski commet un raccourci) et être la doctrine qui exprime les intérêts de la classe ouvrière.

 

2° la structure qui porte l’application politique du marxisme et la continuation de sa recherche idéologique, le Parti, a donc nécessairement raison et détient la vérité


Commentaire : Déjà, raccourci entre le fait que le marxisme donne une “position privilégiée” (expression que Kolakowski utilise pourtant lui-même au début de sa démonstration) pour détenir la vérité et qu’il la détient en permanence. Ce n’est pas parce qu’une personne semble plus apte à avoir raison que d’autres en raison de sa culture, de sa logique, et surtout de la plus grande pertinence des concepts et des idées qui l’animent, que pour autant cette personne a toujours raison.

 

3° Les idées dominantes étant celles de la classe dominante, donc la masse du peuple, sous le régime capitaliste, est forcément tentée d’avoir des idées bourgeoises, donc l’enseignement de la vérité ne peut que lui venir de l’extérieur, donc de l’avant-garde qu’est, concrètement, le Parti.


Commentaire : ce que Kolakowski dit sur le marxisme peut aussi se dire sur la démocratie. La plupart des peuples du monde n’ont pas inventé la démocratie, même si on peut considérer que l’aspiration au respect de l’être humain et à une relative liberté est commune à la plupart des humains. Mais la démocratie et la notion d’état de droit, reposant sur des notions complexes et longuement débattues, a forcément dû être enseignée au peuple, et l’accession à la démocratie fut loin d’être spontanée, universelle, et pacifique (la Révolution française en donne un exemple, mais surtout, la notion de démocratie se serait-t-elle répandue dans le monde sans le colonialisme occidental?). Donc, pour la démocratie comme pour le marxisme, il y aura toujours une avant-garde, organisée ou non en Parti, qui enseignera la Voie aux peuples, qui, dans les faits, n’y pensent pas tous seuls.

 

4° Donc forcément, quand le Parti prend le pouvoir, le Parti n’a nullement à être à l’écoute du peuple, puisqu’il détient la Vérité, et que de toute façon le marxisme est l’expression des intérêts du prolétariat.

 
      Même critique que plus haut : que le marxisme soit considéré par les marxistes comme la seule voie vers la Vérité ne signifie nullement que l’on doive penser que le Parti ne se trompera jamais, mais qu’il est le plus indiqué pour ne pas se tromper. C’est plus qu’une nuance : même la personne que l’on estime être la plus capable, la plus lucide, la plus cultivée, la plus pertinente pour réfléchir sur un domaine, a quand même besoin de la critique des autres. Même un Nobel de Médecine a besoin de la critique des autres médecins et scientifiques, tout en étant persuadé qu’il agit pour le bien de l’humanité et en ayant été reconnu comme le meilleur contributeur actuel à cette tâche.
L’auteur commet un autre raccourci en page 65 lorsqu’il passe du Parti à un chef unique, sans expliquer en quoi cette concentration du pouvoir sur un seul homme (Staline, seul interprète du marxisme) est marxisto-compatible. Son explication selon laquelle le pouvoir d’un homme incarnerait la plus haute expression de l’unité de la société (alors qu’elle ouvre à tous les conflits de succession) n’est qu’une interprétation personnelle.

 

5° De plus, puisque le peuple est amené à développer des idéologies bourgeoises, alors le Parti n’a surtout pas intérêt à lui demander son opinion et à en tenir compte.


      Là encore, reprenons la réponse du 3° : le fait que les peuples aient été habitués à (et aient été amenés à justifier) des régimes despotiques traditionnels (monarchie, empires, tribalisme, féodalisme, colonialisme…) et donc qu’il ait historiquement fallu leur enseigner la démocratie et le droit moderne ne signifie nullement que pour cela, il ait fallu ignorer tous commentaires et remarques venant des peuples apprenants, et encore moins toute participation (la dictature pour instaurer la démocratie, donc…).

 
      De plus, l’idéologie dominante étant celle de la classe dominante, le peuple développera donc des idées bourgeoises sous un régime bourgeois, mais sous le pouvoir du Parti communiste, abolissant l’économie capitaliste, les idées dominantes devraient devenir progressivement les idées socialistes – et donc la nécessité supposée du Parti d’ignorer l’avis du peuple s’estompe…

 

- Sur le marxisme et l’unité :


     Il y a de nombreuses façons dont on peut concevoir l’unité du genre humain appelée par Marx. D’abord la fin de la division en classes, par l’abolition du capitalisme. La fin de l’Etat, à la fois parce qu’il résulte, dans l’idéologie marxiste, de l’opposition de classes, et qu’il la perpétue en étant un instrument de l’exploitation de l’homme par l’homme. La fin des nations ou du moins des contradictions entre elles. On est libre de croire en la possibilité de ces abolitions (personnellement, bien que communiste, je ne crois qu’en l’abolition du capitalisme et donc de la propriété privée de l’essentiel des biens de production.

 
     Mais le plus efficace dans l’unification de l’humanité est encore l’unification des idées. Ce qui peut très bien se concevoir par la pédagogie et l’acceptation par une très grande majorité de la population d’un ensemble d’idées : matérialisme, socialisme, marxisme. Si l’on est marxiste et donc convaincu de la pertinence de ces notions et de leur démontrabilité, on ne peut penser – c’est même tout à fait contradictoire avec ses propres convictions – que l’on ne puisse répandre ces idées que par la force.


- Sur la notion de « dictature du prolétariat » :

 

     cette notion ne peut, n’en déplaise à l’auteur, être prise « à son sens immédiat », soit un pouvoir violent et despotique (implicitement vu comme celui d’une petite minorité ne représentant qu’elle-même). Le prolétariat est une classe sociale, majoritaire au sein de la population, majoritaire au sein d’un pays industrialisée, mais déjà bien supérieure aux effectifs du Parti bolchévik dans la Russie de 1917. La dictature du prolétariat ne peut être qu’une limitation de la démocratie à une classe sociale, à l’exclusion des autres. L’équivalent d’une démocratie censitaire mais à l’envers par rapport à ce que la France connaissait avant 1848. Y voir une justification du pouvoir d’une petite minorité est profondément illogique, et même en utilisant la notion d’avant-garde : avoir un avantage dans la connaissance de la vérité que procurerait la formation au marxisme ne signifie pas l’infaillibilité. Et pour qui connait les inépuisables dissenssions entre marxistes, le dogmatisme est bien une marque de fabrique, mais la croyance en l’infaillibilité d’une personne est loin d’être systématique – et assez antimarxiste en fin de compte, puisqu’elle réhabilité l’idée de « grands hommes » alors que ce sont les masses qui sont censées faire l’histoire.

 

      Mais finissons sur l’essentiel : les faits. S’il décrit le totalitarisme stalinien, Kolakowski n’en fait pas moins des oublis voire des inexactitudes sur des périodes cruciales qui expliquent bien mieux le despotisme de l’état bolchevik (non acquis initialement, car le bolchévisme est au contraire le seul gouvernement à organiser des élections constituantes générales, en 1917, parmi tous les gouvernements s’étant succédés au pouvoir depuis 1917). L’auteur oublie la motivation fondamentale du mouvement bolchevik : la fin de la guerre. Car bien avant de disserter sur les motivations de quelques marxistes émérites qui constituaient le cerveau du parti bolchevik, on ne saurait comprendre que le parti ait pu conquérir le pouvoir fin 1917 et survivre à la guerre civile des trois années suivantes sans comprendre les aspirations du combattant, militant bolchevik de base, ou même du russe qui compatissait avec les objectifs de ceux-ci. Le principal prétexte bolchevik pour prendre le pouvoir, c’est la fin de la guerre, des privations qu’elle entraine, et l’officialisation du partage des terres. Les bolcheviks perdent les élections de Décembre 1917, alors qu’ils n’ont pas réalisé la paix ni étendu la révolte aux autres nations belligérantes. La guerre civile survient trois mois seulement après Brest-Litovsk, soit avant que les mesures du « Communisme de guerre » aient pris effet (et les réquisitions ne faisaient que reprendre ce que faisaient les tsaristes en 1916, en moindre quantité), avant la première vague de Terreur en Septembre 1918 (la guerre civile est déjà entamée depuis plusieurs mois)… La guerre civile va coûter des millions de vies à la Russie, dont un million à l’Armée Rouge. Et le retour à la démocratie est ensuite impossible puisque du point de vue des bolcheviks, remettre en cause leur pouvoir par les urnes signifie prendre le risque (et même la certitude) de perdre, et donc non seulement de voir leurs efforts réduits à néant, mais aussi d’encourir la répression de leurs adversaires. Ensuite la nécessité de réindustrialiser un pays dévasté, sans quoi la défense de ce pays au cours d’une nouvelle guerre internationale sera impossible. Fascinés par l’expérience allemande de planification dans la WWI, les dirigeants bolcheviks ont vu là une nécessité d’une planification économique sans remise en cause possible.


       Ces quelques contraintes historiques, en partant des motivations basiques du mouvement bolchevik et de ses dirigeants, expliquent bien mieux l’existence du despotisme en URSS, et dans une certaine mesure le totalitarisme, qu’une exégèse de Marx et d’Engels. Non pas que je nie à la lecture de ces derniers tout intérêt pour comprendre l’URSS, mais ne se référer qu’aux Ecritures marxistes pour analyser l’histoire soviétique me semble aussi pertinent que d’essayer de comprendre 2000 ans de christianisme en ne lisant que la Bible.

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Published by DiadoreCronos - dans Sur le Net
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