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Texte Libre

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 22:59


Magnifique reprise de l'hymne soviétique (et un peu de l'Internationale) par Laibach (album Volk, achetez-le!)



Nation

Qu’est-ce qu’une nation ? (critique de la notion usuelle)

De façon assez classique, nous commençons sur le débat mille fois parcouru opposant la « nation objective » à l’allemande, et la « nation subjective » à la française. La première part de l’idée que les nations existent avant les états, selon des critères culturels identifiables : ainsi, les allemands, malgré leur diversité religieuse (catholiques, réformés, protestants…) se désignaient comme nation parce qu’ils parlent un groupe de langue assez proche, de l’alsacien au bas ou haut-allemand. A cette définition, on rattache souvent le nom de Johann Gottlieb Fichte, et son « Discours à la nation allemande » qui fut prononcé en 1807, alors que la zone germanophone est non seulement divisée entre la Prusse, l’Autriche, et des dizaines d’états de langue allemande, mais en plus l’essentiel de l’actuel territoire allemand est sous la coupe napoléonienne.

            Sur le Net, on trouve des définitions de la nation qui excluent la référence à l’état :

« Une nation c'est un grand groupe de personnes qui sont unies entre elles et qui se reconnaissent des ressemblances découlant d’une culture commune; la langue, en particulier, semble constituer un facteur important de l’existence d’une nation. Une nation n’est pas nécessairement comprise à l’intérieur des frontières politiques d’un État. La divergence entre les limites des nations et les frontières des États constitue un important facteur de tensions politiques. »

(définition de tayo.fr)

La notion « française » part du fait que l’état, la communauté politique existe, et que la nation est l’ensemble du corps populaire (ou « civique ») qui, quelque soit sa diversité culturelle, linguistique ou religieuse, adhère au maintien de cette communauté politique. L’un des principaux promoteurs de cette notion est Ernest Renan, répondant à la précédente conception de la nation dans sa conférence de 1882 « Qu’est-ce qu’une nation ? ».

Extrait de Qu-'est-ce qu'une nation par Ernest Renan :

" Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, Messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. "

 

On trouve aussi sur la Toile des définitions de la nation qui ne reposent que sur la communauté politique :

« une communauté humaine identifiée dans des limites géographiques parfois fluctuantes au cours de l'histoire, mais dont le trait commun supposé est la conscience d'une appartenance à un même groupe »

(définition de Wikipedia)

Le fait que la nation repose sur une communauté culturelle et en même temps sur un adhésion consciente ressort dans d’autres définitions que j’ai pu relever :

« Définitions de la nation : Une nation est une communauté humaine ayant conscience d'être unie par une identité historique, culturelle, linguistique ou religieuse. En tant qu'entité politique, la nation, qui est un concept né de la construction des grands Etats européens, est une communauté caractérisée par un territoire propre, organisée en Etat

(définition de toupie.org )

« Ensemble de personnes vivant sur un territoire commun, conscient de son unité (historique, culturelle, etc.) et constituant une entité politique »

(définition de lemondepolitique.fr )

                Il y a donc au moins un critère qui ressort dans toutes les définitions : celui de la reconnaissance de la nation par ses membres. Même l’on pense que la nation, allemande par exemple, est posée par l’histoire, qu’elle est délimitée par une aire culturelle allemande objective, il faut encore que les allemands se reconnaissent comme tels. Maintenant, examinons les caractères des deux notions : traits culturels communs, volonté de vivre ensemble, libre consentement des membres de la nation…

Que sont des caractères communs ?

Généralement, on entend par « similitudes culturelles » le fait que toute une population suivrait une même religion (même avec des branches différentes, comme le catholicisme et les protestantismes pour la chrétienté, le sunnisme et le chiisme dans l’Islam), partagerait la même langue, ou aurait la même « organisation sociologique » (différenciant historiquement par exemple les bédouins arabes des syriens, tous arabophones et musulmans sunnites pourtant). On peut aussi évoquer la proximité des conceptions politiques (même si le seul exemple d’une nation se scindant pour cause de divergences politiques qui me vient à l’esprit est la sécession –avortée – du Sud des USA en 1860 ; et encore, on ne sait pas). Pourtant, de ce point de vue, on considérerait que la Suisse n’est pas une nation. Celle-ci fait pourtant preuve (malgré des conflits religieux du 16ème siècle jusqu’ay conflit du Sonderbund en 1847) au XXème siècle et aujourd’hui, d’une cohésion nationale très forte, incomparable à celle de la « nation » belge, pour prendre un exemple. L’exemple suisse illustrerait donc davantage la conception « française » de la nation que la notion « allemande ». Mais au fond, ces nations « multiculturelles» comme la Suisse n’en sont pas vraiment. De fait, plus que d’être trilingue, la Suisse est germanophone aux trois quarts de sa population (si l’on tient compte uniquement de la langue principale), et plus encore si l’on tient compte de l’allemand en tant que seconde langue. Le cas des afro-américains aux USA est aussi un exemple d’une minorité qui, culturellement, diffère fortement de la majorité du pays, surtout si l’on remonte aux premières générations d’esclaves. Mais cette minorité, malgré la continuation d’une culture (musicale, littéraire, langagière…) propre, n’en a pas moins intégré la nation américaine (états-unienne si vous préférez). Les afro-américains, en tant qu’artistes, sont même devenus largement exportateurs de la langue de l’état qui fut l’oppresseur de leurs ancêtres.

A l’inverse, une minorité qui refuse son intégration, fut-ce partielle, à la culture majoritaire de son état devient une source de fractionnement de la nation, comme l’est le Québec au sein du Canada. On peut aussi citer les nombreux états ex-coloniaux où la culture qui maintient l’unité politique n’est pas celle d’une majorité, mais l’ex-culture coloniale, sa langue du moins. En Inde, la langue hindi, celle d’au moins 40% des indiens et davantage en seconde langue, a même plutôt été un facteur de division, les états méridionaux du Sud de l’Inde ayant préféré conserver, après l’indépendance, l’anglais comme langue de communication fédérale. Sans cette langue coloniale, les différentes composantes du peuple n’ont plus guère de cohésion (comme l’a montré la guerre du Biafra, et la persécution de la minorité Ibo ; sans ses frontières coloniales et la langue anglaise, le Nigéria ne survivrait pas). De même, la diversité tant vantée des états de l’Amérique latine repose sur le fond commun hispano /lusophone et le catholicisme en partage de plus de quatre cent millions de personnes, qu’ils soient d’ascendance européenne, africaine ou amérindienne.

On peut donc objecter à la notion « subjective » de la nation qu’il n’y a pas de nation qui survive sans un modèle culturel qui en assure la base, et qui n’est pas choisi par les membres de la nation. Et à la notion « objective » de la nation qu’une minorité qui conserve ses particularités peut très bien soutenir ce modèle qui n’est pas a priori le sien. Ainsi, l’existence d’une langue basque qu’on ne peut rattacher à aucun groupe de langues du continent européen ne signifie pas pour autant l’existence d’une nation basque, plutôt que d’espagnols et de français de langue basque.

Peut-on croire à la nation choisie?

La nation vue comme « plébiscite de tous les jours » (expression d’Ernest Renan) m’a toujours amusé : le choix de continuer ou non d’être membre d’une nation est souvent un plébiscite où un seul bulletin de vote est disponible (et il s’agit du bulletin « oui » ; je parle ici de ceux qui restent sur leur terre d’origine, pas des migrants qui eux, « votent avec leurs pieds » pour une autre nation). Une région, une ville ne peuvent changer de nation que si la possibilité historique s’en présente, c’est-à-dire dans un cadre démocratique, largement absent d’Europe à l’époque où écrivait Renan. Même actuellement, les votes en faveur d’une sécession se produisent peu dans les états à longue tradition démocratique (on peut évoquer l’indépendance norvégienne en 1905, celle plus violente de l’Irlande en 1916). Les principales scissions d’états ont surtout eu lieu dans les  ex-colonies (surtout l’Amérique latine, relativement peu d’états sont apparus depuis 1945 en Afrique ou en Asie dont les frontières n’aient pas été dessinées par le colonisateur), et dans le bloc de l’Est. Dans ce dernier cas, l’éclatement des nationalités, en Tchécoslovaquie et URSS a aussi été une conséquence de l’idée qu’en se séparant dès que possible, les états jadis fédérés échapperaient au centralisme mortifère de l’ancien système de Plan. On en a vu les conséquences lors des premières épurations ethniques en Géorgie en 1992, puis en 2008.

Le cas yougoslave est plus particulier : la fin de l’état titiste a été la première occasion, depuis 1918, de remettre en cause les frontières laissées par l’empire Habsbourg (qui délimitaient toujours la Bosnie-Herzégovine occupée par l’Autriche-Hongrie depuis 1878, et donc largement la Croatie et la Serbie). La dénégation du pouvoir fédéral ne pouvait pas se baser sur des territoires ayant une majorité ethnique claire (comme la Slovaquie distincte de la Bohème –Moravie), la Bosnie-Herzégovine n’ayant pas de majorité ethnique du tout, et la Croatie ayant plusieurs régions a majorité serbe (Krajina et Slavonie). Le tout combiné avec le retour des souvenirs de l’état oustachi et des massacres de croates par les titistes en 1945, et l’appui allemand et a fortiori européen pour reconnaître ces futures « nations », donna la détonation que l’on sait.

Les scissions d’états, les proclamations de nouvelles nations, ces moments où il y a au moins deux choix dans le « plébiscite de tous les jours » de Renan, sont donc relativement rares, et interviennent dans des périodes de chaos où il apparaît intéressant, pour des élites politiques locales et une vaste partie de leur électorat, de proclamer l’indépendance. Le fait que les causes indépendantistes régionales, dans les pays démocratiques, se soient souvent arrêtées à des autonomies (comme en Espagne, mais là encore le sentiment autonomiste basque ou catalan est aussi renforcé par réaction au franquisme), ou à la reconnaissance formelle de la « nation » (comme la « nation québécoise », reconnue par le Canada qui avait de toute façon déjà une structure fédérale) montre qu’une nation ne se crée que s’il y a un véritable intérêt politique derrière, et pas uniquement parce qu’un « riche legs de souvenirs » (citation de Renan plus haut). On pourrait dire : c’est le futur qui fait une nation, plus que le passé. On a vu ainsi, à la fin du XXème siècle, vu surgir des nations qui n’avaient soit pas d’antécédents historiques récents (la Biélorussie), ou avaient été très peu longtemps indépendantes (les pays baltes). On était là moins dans la restauration d’un passé glorieux que dans un plan sur l’avenir : s’intégrer à l’Europe capitaliste pour les pays baltes, maintenir un pouvoir de type soviétique en Biélorussie. C’est moins une nation que l’on choisit qu’un projet politique (qui a aussi son contenu de classe : qui imaginerait les peuples baltes refaire une révolution prolétarienne ? Quand bien même ils le voudraient, que pourraient-ils, à huit millions sur trois états ?).

 Quel est le rapport entre nation et état ?

En créant leurs états, bien plus que de ressusciter un héritage, les baltes ou encore les slovènes ont surtout exprimé leur adhésion à une entité politique qui dépasse de loin leur état, qui est l’Europe capitaliste, et a fortiori l’hégémonie américaine. Certains de ces pays, comme la Lettonie, ne disposaient pas même d’armée pour assurer leur défense (alors que le rôle premier d’un état est justement de disposer de la force brute). C’est là que l’on voit apparaître une autre brèche dans l’idée de la nation comme communauté consciente d’elle-même et dont les membres choisissent de rester ensemble.

                Je désignerai par « nation anglo-saxonne », dans la suite du texte, l’ensemble formé par les USA et le Royaume-Uni, de fait également par l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ainsi que le Canada (et on peut y rajouter l’Irlande), soit l’espace appelé par certains géographes « anglosphère », qui, outre la langue anglaise en partage (bémol pour le Canada donc), a fait preuve, sur le long terme, d’une solidarité militaire (qui n’était pas évidente au XXème siècle de par l’isolationnisme américain), et d’une proximité idéologique (qui, sur l’ensemble du siècle, malgré le New Deal aux USA et l’expérience travailliste jusqu’en 1979 au Royaume-Uni, s’est manifestée par le retour à un bipartisme centre droit / droite).

                Il faut distinguer la nation ressentie de la nation de fait. Par exemple, l’Irlande a incontestablement une identité forgée dans le souvenir celte et la lutte contre l’occupant britannique. De fait, pourtant, l’Irlande restera toujours, de par sa taille, dépendante de la puissance militaire anglo-saxonne. C’est au paravent naval britannique que l’Irlande doit sa neutralité tranquille pendant la seconde guerre mondiale. Sur le plan culturel, l’anglais restera la langue de fait de l’Eire. Généalogiquement, il y a un nombre de descendants d’irlandais vivant aux USA dix fois supérieur à la population de la République d’Irlande. Le même constat peut se faire sur les pays d’Europe du Nord, qu’il s’agisse par exemple de la Norvège (qui ne pouvait compter que sur l’aide –infructueuse- de la marine anglo-française pour se protéger de la menace allemande en 1940) ou des autres pays nordiques, qui ont incontestablement des identités culturelles propres, mais, en raison de leur petite taille, ont également conscience d’être des marges arrière de la nation anglo-saxonne (surtout au cours de la guerre froide). Entre 80 et 100% des populations scandinaves sont anglophones, au moins de niveau scolaire, quand ces proportions restent inférieures à la moitié du peuple allemand, ou plus faibles encore des italiens et des français. Rien ne prédestinait cependant par exemple la Suède à être l’un des plus grands exportateurs de musique anglophone dans le monde : elle n’est pas le seul petit pays pour qui l’anglais est une langue étrangère inévitable. Rien n’empêchait l’Irlande de se re-gaëliser, et de redevenir bilingue.

                Le fait que l’Irlande ou l’Europe du Nord ne puissent pas exister militairement, économiquement et politiquement sans l’alliance (et l’hégémonie) anglo-saxonne illustre le fait que la nation ressentie (on se sent irlandais ou suédois) finit toujours par être affectée par la nation de fait (on est habitant d’une marge arrière de la nation anglo-saxonne, et la présence de la culture anglo-saxonne est acceptée bien au-delà du seul « mal nécessaire »).

                Le Royaume-Uni lui-même, qui n’a jamais eu la prétention de fonder sa domination passée autrement que sur les canonnières (et secondairement sur le commerce et la finance), en devenant de plus en plus dépendant militairement des Etats-Unis, est-il vraiment lui-même une nation distincte des USA (dont la langue est en réalité très peu différente de l’anglais britannique) ?

                L’état est un instrument de puissance dont le but premier est de dissuader un pire état de survenir. Des états trop faibles pour exister par eux-mêmes (les petits états d’Europe) ou ne désirant plus agir indépendamment (le Royaume-Uni), s’associent entre eux ou autour d’un état plus grand (les USA), formant une entité politique de fait (les USA et leurs plus proches alliés de l’OTAN, la nation anglo-saxonne, etc…). La nation, au fond, est le versant culturel de l’état, de l’entité politique, ou de la communauté politique potentielle. N’étant pas encore totalement inféodée à la politique des Etats-Unis, disposant encore d’un poids culturel et démographique relativement élevé, la France peut encore prétendre au statut de nation : ce n’est pas tant son identité culturelle qui est affaiblie, loin de là, mais sa puissance politique, médiocre, qui fait qu’une partie de sa population (et la grande majorité de sa classe politique) s’est laissée amadouée par l’idée d’une (super-)nation de remplacement (« l’Europe », ou de fait l’Euro-Amérique via l’OTAN). Les européistes manifestent leur volonté de créer cette sur-nation de façon symbolique (en se dénommant non plus « français », mais en se disant « européen de nationalité française » - la nationalité n’étant plus qu’une formalité administrative pour eux) et par des propositions concrètes (le référendum paneuropéen pour les traités, pour acter d’entrée de jeu la fin de la France en tant que nation souveraine).

                D’autres groupes humains, les kurdes par exemple, n’ont pas d’états, et très peu d’alliés pour en constituer un (même l’alliance avec l’occupant américain en Iraq n’a pas permis d’aboutir à un état kurde – pour l’instant), alors que le poids démographique des kurdes (30 millions de personnes) et la détermination politique (justement renforcée par le fait qu’il n’y a pas d’allié à qui se confier) sont bien présentes pour créer cet état (un Kurdistan regroupant tous les kurdes serait un état de taille tout à fait respectable au sein du Moyen-Orient, dépassé seulement en population par l’Iran, la Turquie et l’Egypte). Les peuples colonisés d’Afrique ou d’Asie ont également reconstitué leurs consciences nationales lorsqu’il devint évident que les conquérants européens n’étaient pas assez nombreux pour submerger leur culture et les empêcher de reconstruire leur puissance au travers d’états indépendants.

                Un pays comme le Japon, qui n’est ni négligeable par sa population ou son originalité culturelle, se trouve dans un cas particulier, qui est celui de la démission de la puissance, depuis 1945. Le Japon (dont la constitution interdit théoriquement d’avoir une armée) n’a envoyé que des contingents très faibles en Irak au côté des USA. Sa force démographique (en grand péril faute de natalité), culturelle et économique font qu’il n’intègre bien sûr pas la nation anglo-saxonne, mais cela n’est permis que par l’absence de menace vitale immédiate (personne n’essaie de conquérir ou coloniser le Japon actuellement). Si tel état le cas, la sécurité japonaise étant remise entre les mains des USA depuis 1945 (ce que la France a en grande partie défait en se dotant de l’arme nucléaire), l’avenir de la nation japonaise s’en trouverait compromis.

                On peut donc conclure sur la relation entre nation et état : de la même manière que l’état a pour but premier la puissance, la nation se doit aussi d’être une puissance culturelle. Lorsque cette puissance est trop faible (cas de la culture gaëlique), elle s’intègre de fait dans une nation plus puissante (anglo-saxonne ou « euroaméricaine »), ou menace de le faire (ce qui n’est pas encore le cas de la nation française). La nation a donc besoin de l’état (ou du système d’états, comme l’est l’OTAN, du moins les états les plus fidèles aux USA) pour exister, sur le long terme. Une nation qui perd l’espoir de recréer un jour une puissance politique autonome cesse d’être une nation. Bien qu’il ait été reconnu formellement comme une nation, on peut se demander si le Québec, qui a renoncé par deux fois à son indépendance (et n’aurait guère eu d’autonomie réelle s’il l’avait votée) est réellement une nation, mais plutôt une minorité de la nation anglo-saxonne. Je passe certes rapidement sur le fait que le vote de la minorité anglophone fut déterminant dans le refus de l’indépendance en 1995. Mais 1) le Québec, pour s’affirmer comme nation, doit aussi rallier ses minorités à ce projet, à moins de vouloir un état « linguistiquement purifié » ; 2) le fait que l’indépendantisme n’ait pas été plus fort chez les francophones montre que la détermination des québécois était insuffisante pour constituer une nation.

                On peut donc répondre à ceux qui veulent enseigner dans les écoles une histoire faite « de plusieurs points de vue », un pour chaque minorité (des bretons aux antillais en passant par les vendéens) que l’histoire d’une nation est avant tout l’histoire d’une puissance. Il est pertinent de vouloir une histoire plus riche en faits sur la violence dans une région, colonie, ou contre une minorité, mais ces faits doivent rester des points de l’histoire de cette puissance. Si l’on enlève ce critère de la puissance, on peut multiplier indéfiniment les points de vue, et il n’y a plus de manuel d’histoire plus pertinent qu’un autre.

Une autre définition de la nation

Résumons : nous avons dit que la nation n’est pas définie par une similitude culturelle sur tous ses membres, mais sur un modèle culturel qui, même s’il n’est que majoritaire, voire simplement hégémonique (comme une langue coloniale), reste approuvé par tous, pour communiquer d’un bout à l’autre de la communauté politique, ainsi qu’entre le particulier et l’état. Ensuite, la nation vue comme communauté de vie est rarement « choisie », puisque cette communauté nait ou disparaît le plus souvent par la force, et dans des périodes de chaos. Enfin, que la nation « de fait », tant sur les plans du pouvoir politique, du « vivre-ensemble » ou même le plan culturel, peut dépasser les états et les frontières linguistiques ou mêmes religieuses, et qu’on peut identifier une nation à l’entité qui est de fait, capable de défendre le modèle culturel hégémonique.

Je propose alors cette définition personnelle de la nation :

« Communauté humaine :

-           regroupant un état, plusieurs états, ou aucun état mais ayant l’espoir d’en (re)constituer au moins un ;

-          qui reconnaît un modèle culturel (linguistique, religieux) comme hégémonique (mais pas forcément généralisé à toute la communauté);

-          et qui dispose ou pourra disposer des moyens matériels pour le défendre ;

-           et dont la grande majorité des membres a conscience de faire partie de cette communauté, et approuve de fait les caractéristiques précédentes».

 

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Published by DiadoreCronos - dans Nation
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