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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 23:38

 

Laibach, Life is Life, Album Opus Dei, 1986

Ce clip caricatural (d'un groupe qui n'est pas fasciste en fait, et qui parodie une chanson pop en la transformant en air "totalitaire") servira juste à faire jaser tout ceux qui crient au fascisme dès qu'on prononce le mot "nation"...

Il s'agit d'un article que je souhaitais faire depuis longtemps, pour poser quelques remarques et définitions sur ces quatre notions et les liens qu'elles entretiennent. Un commentaire de nationalistejacobin d'il y a quelques semaines sur le rapport entre marxistes et nations m'en a rappelé le projet. Dans ma démarche, je commence par la notion d'Etat. La partie sur la nation, deux fois plus longue, vient demain.

Pourquoi cet article ?

Il va être plus généralement question de tout ce que les gauchistes, anarchistes, « libertaires » haïssent : l’Etat, la Nation, l’identité, et aussi le racisme. Cet article sera un article de définitions, afin de poser clairement ce qui pourrait (ou même devrait) être su par tous. Qui n’a jamais entendu un gauchiste lui expliquer que le monde réellement libre et moderne aurait aboli états et nations ? Combien de gens ont été eux-mêmes ces gauchistes ? Et le marxisme ne prophétise-t-il pas, finalement, l’abolition des états dans la phase révolutionnaire ultime que serait le communisme ?

 

Cette série va surtout service de référence pour ne pas avoir à répéter les mêmes arguments lorsqu’on devra répondre aux questions suivantes :

-       A-t-on besoin d’Etat ? Quel est son rôle admissible ?

-       Qu’est-ce qu’une nation ? En a-t-on besoin ? Quelles causes nationales doit-on défendre ?

-       Qu’est-ce que le racisme, et qu’est-ce qui n’en est pas ?

 

J’écris aussi cet article alors que je lis « Le mythe national » de Suzanne Citron. Cette historienne recense, dans la première partie de son livre, une véritable anthologie de la construction, au travers des manuels d’histoire, de le République, en remontant jusqu’à Jules Michelet, d’un récit qui  fait de la France une entité éternelle, sans commencement, sans fin possible, et présentée comme une personne. L’histoire nationale a été enseignée pendant des décennies comme le roman des rois, des généraux et autres héros bâtissant un pays magnifié, la France « soldat de Dieu », « soldat de la Liberté », « soldat du Monde », porteuse de « la parole de Dieu auprès des autres nations », en faisant l’impasse sur la violence des conquêtes et répressions internes, voire en les justifiant, en minorant voire ignorant certaines minorités, ou des passages entiers de l’Histoire (notamment la colonisation, présentée sous son seul « aspect positif »). L’auteure exprime clairement ses intentions, dans le quatrième de couverture, en écrivant : « Cette nouvelle édition du Mythe National s’attache, en s’appuyant sur la rigueur du travail historique, à revisiter le passé pour donner sens à une France aux multiples racines, membre de l’Union Européenne, morceau de la planète et segment de l’histoire humaine. »

Il est normal, et même banal, de déplorer une histoire « écrite par les vainqueurs ». Mais, sur le fond, si l’on peut s’accorder sur le fait que les manuels d’Histoire pourraient et devraient s’appesantir davantage sur la violence des guerres européennes et coloniales menées par la France, sur la traite négrière, ou plus généralement sur la vie quotidienne des peuples, plutôt de que considérer l’Histoire comme un jeu de souverains maniant des pions sur une carte, il n’en reste pas moins que les indignations de Suzanne Citron laissent parfois songeur.

Pourquoi faudrait-il absolument consacrer des paragraphes  de nos manuels scolaires à chaque minorité ayant participé à l’Histoire de France ? Une page pour les noirs esclaves, une page pour les peuples coloniaux, arabes, noirs, indochinois, une page pour les cathares, les juifs, les protestants, puis pour les basques, corses, bretons, occitans…On imagine l’effroyable foire d’empoigne et la surenchère mémorielle qu’occasionnerait la rédaction d’un manuel d’histoire « juste ». Car, rappelons-le, un manuel destiné aux lycéens et collégiens ne peut avoir la taille d’un bottin. Et surtout cette vision de l’Histoire induirait une vision de la France comme une simple collection ou « métissage » de communautés diverses.

Ensuite, est-il forcément pertinent de vouloir remplacer l’Histoire « franco-centrée » par une histoire « de l’Europe » ou « du Monde » ? Rappelons qu’un cours d’Histoire n’a pas seulement pour vocation d’informer l’élève sur le monde dans le monde où il vit (auquel cas on pourrait même privilégier l’histoire de l’Univers !), mais aussi de l’intégrer à la communauté civique (que ce soit dans un état prolétarien ou bourgeois). A titre personnel, il m’insupporte d’entendre des gens ricaner à propos d’une histoire nationale qui enseigne « nos ancêtres les gaulois » aux enfants antillais et réunionnais. Les élèves doivent avant tout comprendre dans quel état ils vivent, pourquoi le chef-lieu de la Martinique se nomme Fort-de-France, pourquoi ils font cours en français, et d’où vient la déportation des africains dont ils descendent (partiellement). Donc oui, en premier lieu, ils doivent apprendre l’histoire des gaulois, des romains et des francs. Ensuite, est-ce un crime que de préciser que certaines nations ont plus façonné le monde que d’autres ? Que la Grande-Bretagne a joué un rôle plus décisif que l’Afghanistan ou même le Japon ? Que la colonisation n’était pas « européenne » mais britannique, française, ibérique, et plus marginalement allemande, néerlandaise ou italienne ? Que ce sont la France et le Royaume-Uni qui ont un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU, pas « l’Europe » ? Pour avoir un aperçu de l’Histoire du Monde, il faut avant tout comprendre l’histoire de certains états, à commencer par le sien. On peut se contenter d’une très générale « histoire du monde », sans un focus sur certaines puissances nationales. Même si, dans l’idéal, il faudrait pouvoir étudier chaque pays.

                Mais cet idéal est justement inaccessible. Faut-il rappeler à  quel point il est difficile d’inculquer une connaissance basique de l’Histoire à toute la population ? Qu’un quart d’une génération née dans les années 1980 ne se présentera pas au bac, et qu’un tiers ne l’aura pas eu jusqu’à aujourd’hui ? Oui, nous parlons bien de ce fameux baccalauréat « qui ne vaut rien », « qu’on donne à tout le monde », etc…

                Le livre de Suzanne Citron marque une répugnance pour une historiographie  qui justifie les conquêtes de l’état français, royal puis républicain. Pour ma part, cela ne me choque pas. Bien qu’attaché à la paix, je ne peux que constater qu’aucun état ne s’est construit sans violence. Et que le rôle d’un état, c’est avant tout de chercher la puissance (oui oui, c’est au moins aussi important que de fournir la santé et l’éducation). Il y aura toujours des imbéciles pour crier au fascisme dès lors qu’on évoque la « volonté de puissance », mais c’est là qu’est l’enjeu essentiel de l’état. Et pas forcément pour une seule classe, et cet enjeu de la puissance n’est pas nécessairement réductible à la lutte des classes…

               Commençons maintenant nos définitions. Abordons, en premier lieu, non pas la Nation, mais l’Etat

Etat

L’état désigne la structure humaine détentrice d’autorité, appuyée par la force brute, qu’elle est généralement la seule à détenir, et dont la souveraineté vaut sur un territoire plus ou moins précisément délimité.

Les marxistes et l’Etat

C’est en lisant l’Etat et la Révolution de Lénine que j’ai pu confirmer ce que je pensais des convictions des marxistes sur la possibilité d’une société sans Etat : elles sont d’une confondante naïveté. Les marxistes considèrent que l’Etat, dans les sociétés industrielles –ou même féodales- qu’ils étudient, est l’instrument d’oppression utilisé par la classe dominante contre les classes opprimées. En ce point, ils ont raison. Le sophisme est de partir de ce fait actuel pour en déduire que l’Etat n’est que cela, et que dans une société sans classes, l’Etat n’existerait donc plus. Croyance apparemment vérifiée par l’existence de sociétés vivant sans état. Sauf que ces sociétés là sont peu exemplifiées dans le livre de Lénine : quelles sociétés auraient développé des civilisations complexes, une production scientifique poussée, sans état ? Les aztèques, incas, mayas, avaient des formes plus ou moins lâches d’état. Et elles ont fini par s’effondrer sous le coup d’une société (espagnole) hiérarchisée qui avait atteint une puissance militaire supérieure. Les expériences anarchistes modernes (Catalogne, Ukraine – deux cas que Lénine et Marx n’avaient pas pu connaître en écrivant leurs ouvrages) ont fini en déroute militaire. On peut croire que, si l’état n’existait pas, la majorité des êtres humains, débarrassés de l’oppression de classe, respecteraient « naturellement » certaines prescriptions morales, sans y être contraints par une quelconque police autre que la milice ouvrière autogérée. Lénine prend exemple sur le fait qu’on n’a pas besoin de policiers pour que les hommes, dans leur majorité, s’interdisent que « l’on rudoie une femme » (l’Etat et la Révolution). Pour les cas de criminels pathologiques, de déviants que même la société la plus juste et la plus confortable du monde n’aura su dissuader de commettre des crimes, la milice ouvrière assurera l’ordre sans aucun édifice étatique. On peut y croire.

Peut-on vivre sans Etat ?

Le problème, c’est : même dans une société, voire un monde, d’où les états auraient disparu, comment empêcher que les états ne réapparaissent, si une minorité d’individus armés et aguerris décident de les réinstaurer pour devenir la nouvelle classe dominante ? En effet, qui saurait dissuader un groupe d’hommes experts en arts de la guerre de monter des mafias, de s’approprier les biens, les terres, les revenus, les personnes ? S’ils sont bien organisés et offensifs, ils peuvent défaire les milices ouvrières, acheter des complicités, remettre en marche un appareil industrialo-militaire, et étendre leur pouvoir.

Le problème de l’état est le même que celui des armes à feu : la question n’est pas de savoir comment cela se passerait si l’état ou les armes n’existaient pas (nous vivrions dans un monde de paix), mais comment faire sachant que l’état et les armes existent, et qu’il y a au moins une minorité d’individus qui en disposent. Si personne n’avait d’armes, tout serait parfait, mais il y a des gens qui en ont et savent en produire, donc il nous faut en avoir nous même. Il en va de même pour l’état.

Et pourquoi pas un état mondial pour réconcilier l’humanité, comme le proposait Albert Einstein au lendemain de la seconde guerre mondiale ? Ne serait-ce pas là le but final de la révolution socialiste (Einstein était socialiste à cette époque), et le seul moyen de parer au risque de guerre nucléaire ? Je pense exactement le contraire : un gouvernement mondial, même initialement démocratique, signifie la possibilité d’une dictature mondiale. Si un pays, une région, ou même un continent entier décide de se soulever contre un pouvoir autoritaire mondial, elle se retrouve seule contre le reste de la planète. Et pire encore : si les rebelles ne possèdent pas l’arme atomique, au contraire du régime mondial, ce dernier peut sans problème anéantir les rébellions à coup de champignons nucléaires, alors que la coexistence de plusieurs grandes puissances atomiques a jusqu’à présent dissuadé un tel conflit.

               Certains libertariens ont l’absurde idée de compiler les crimes commis par des états, qu’ils fussent staliniens, nazi, fascistes, colonialistes, ou autres, et d’en déduire que l’état est une menace majeure pour l’humanité. Sauf que, sans état, comment bloquer la progression du fascisme ? Sans les états soviétique et américain, comment vaincre l’état nazi ? Sans l’état vietnamien, comment vaincre l’état khmer rouge ?

L’anarchisme porte dans ses propres idées sa défaite. Ce qui me différencie des marxistes est, entre autres choses, que je ne crois pas en la possibilité de la société moderne sans état. Il peut, et un communiste ne peut que le vouloir, y avoir une société sans propriété privée opprimant le prolétariat, et de fait, plus de classe capitaliste pour exploiter la classe prolétaire. Mais la société sans aucune distinction de classes me semble irréalisable, car les fonctionnaires, en tant qu’agents de la puissance publique et donc de son monopole de la violence, seront toujours légèrement distincts des prolétaires par leur mode de rémunération (non-marchand, pas forcément lié au résultat – comment évaluer la productivité d’un militaire en temps de paix ?), même si cette différence deviendra ténue dans le socialisme.

Le pacte premier qui existe entre un état et le peuple, c’est donc la sécurité en l’échange de la discipline des citoyens, sécurité contre les autres états ou tentatives de créer des états adverses par scissions internes. Par « peuple », j’entends en fait en premier lieu la classe dominante (la classe capitaliste), mais aussi les autres classes, car même le prolétariat, en régime capitaliste, a intérêt à se prémunir contre le risque d’invasion. On pourrait même dire : les classes opprimées ont en fait plus besoin encore de cette protection d’état que les dominants : les possédants, eux, ont quelque chose à négocier avec un éventuel envahisseur. Le problème est justement que les classes opprimées ne contrôlent pas cet état. Et, comme nous l’avons vu plus haut, un état mondial unique n’est pas souhaitable. Les prolétaires eux-mêmes, même lorsque les classes capitalistes auraient été dissoutes, auront toujours besoin de plusieurs états luttant chacun pour éviter d’être soumis aux autres. L’existence de l’état n’est donc pas un produit de l’affrontement des classes, mais une nécessité extérieures aux classes (encore une différence avec le marxisme).

Dans un état socialiste, la santé, l’éducation et l’aide sociale en général pourraient être gérées par des travailleurs assemblés distinctement de l’état. Le premier des devoirs de l’état est donc, bien avant la solidarité et l’intervention sociale, le devoir de puissance. Ce qui se heurte d’emblée avec l’existence d’états nains reposant seulement sur une plus ou moins vague « spécificité culturelle » ou « sentiment d’appartenance nationale» des habitants de son territoire. Ainsi, peut-on considérer que la création d’un état peuplé comme un département français (par exemple, l’Estonie) est cohérent avec l’objectif de puissance ?

 

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Published by DiadoreCronos - dans Nation
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commentaires

nationalistejacobin 02/10/2009 17:44


Article très intéressant.

Je voudrais juste préciser, en rapport avec l'ouvrage de Mme Citron, que la façon d'enseigner l'histoire dans le primaire et le secondaire a évolué: on n'enseigne plus "nos ancêtres les Gaulois",
ni "la France éternelle", ni même que Clovis est le 1er roi de France, car cela est faux. D'ailleurs, on ne peut raisonnablement parler de "royaume de France" qu'à partir des IX-X° siècles.

L'accent est également mis, au collège, sur la vie quotidienne des gens, paysans compris. Le problème est que ce que vous dites des états est aussi vrai des personnes: idéalement, il faudrait
toutes les étudier. Mais si on doit faire un choix, le fait est que Philippe Auguste et Louis IX ont joué un rôle sans commune mesure au XIII° siècle, par rapport à un paysan ou bourgeois
lambda.

De plus, je crois que la formation civique des élèves passe nécessairement par l'étude de la construction de l'Etat français. Et lorsqu'ils comprennent que la France est une construction politique
et historique, fruit de la volonté des dirigeants, de leur chance et du hasard pour une part, c'en est fini du mythe de la "France éternelle". J'ai coutume de dire deux choses à mes élèves: 1) "Il
n'y avait pas de fatalité pour que la France existe telle qu'elle est. D'autres combinaisons étaient possibles"; 2) "Croyez-vous qu'un jour, les gens se sont levés en se disant: mais évidemment! On
est français!? Non, tout cela a pris des siècles, s'est fait progressivement, et pas partout en même temps".

J'ai particulièrement aimé votre constat (qui est le mien): quel Etat s'est constitué sans violence? Qu'on m'en présente un, et celui-là pourra juger les autres.

J'attends la suite avec impatience.