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Texte Libre

      Ce blog est lié au site www.pourlecommunisme.com, rédigé par un militant du PCF, dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Il est également devenu un blog de suivi (discontinu) de l'actualité du PCF, de réactions à divers sujets n'ayant pas leur place sur le site.

     www.pourlecommunisme.com est un site qui s'attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l'idéal communiste, faillite économique, etc...). Il ne fait la promotion d'aucun régime existant ou ayant existé par le passé, s'efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l'avenir.

     Vous êtes anticommuniste et voulez débarasser le monde d'un jeune fou qui, selon vous, risque de faucher à nouveau des millions de vies?

Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis?

Vous voulez simplement parler du communisme?

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 22:07

Comme cela était annoncé, je consacre un article à un sujet apparemment pas très sérieux, mais qui pose une question qui l’est.

Le royaume du Bhoutan, état grand comme la Suisse et situé entre la Chine, l’Inde, et très proche du Bangladesh, fait parler de lui avec un indicateur nommé « Bonheur National Brut ».

http://www.ladepeche.fr/article/2008/11/11/490420-Asie-Bhoutan-le-pays-du-bonheur-national-brut.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bonheur_national_brut

On passe sur le côté carte-postale-fantasme-zen-bons-sauvages-tibétains-qui-vivent-dans-la-misère-mais-qui-sont-tellement-heureux-car-ils-ont-la-spiritualité, et l’impression d’une resucée des mythes hippies des années 70. Non, on va plutôt s’attarder sur quelques questions de base :

Le Produit Intérieur Brut est-il un bon indicateur de richesse ? D’abord, qu’appelez-vous une richesse ?

            Ordinairement, on désigne ainsi tout bien ou service qui représente une utilité non nulle pour quelqu’un qui soit prêt à l’acheter. Le Produit Intérieur Brut (PIB) est, basiquement, cela : la somme des valeurs vendues après soustraction des achats réalisés par les producteurs pour accomplir leur travail, pour éviter les doubles comptes. Une richesse, c’est donc avant tout ce qui se vend.

Il y a déjà tout une littérature critique du PIB, considérant notamment :

-          Qu’on ne compte pas le travail accompli chez soi, ou pour d’autres, sans échange marchand (le travail domestique) ;

-          Qu’on ne comptabilise pas les atteintes à l’environnement ;

-          Qu’on n’évalue pas le « bien-être social », ramenée à des phénomènes tels que l’angoisse du chômage et de la précarité ;

-          Qu’on ne compte pas les activités culturelles non marchandes ;

-          …et qu’on ne mesure pas le « Bien-être en général ».


Le bonheur, un but politique ?

     Le sujet du « bien-être » et même du « bonheur » social est même remonté jusqu’à David Cameron, tête de pont des conservateurs britanniques, et probable futur Premier Ministre.
          

      L’indicateur bhoutanais se propose donc d’évaluer le « bonheur » d’une nation au respect de son environnement, de sa « culture » (dans la mesure où j’écoute nettement plus de musique anglo-saxonne ou scandinave que française, je contribue donc au malheur de mon pays ?), et d’une « bonne gouvernance responsable » (selon des critères dont on se doute qu’ils ne sont pas du tout partisans). De multiples autres indicateurs ont été proposés pour remplacer le PIB, souvent avec des conclusions prévues à l’avance, et qui par exemple nous montrent que le bien-être social aux USA a baissé depuis le début de l’époque reaganienne, sur la pente inverse de celle du PIB… L’indicateur de développement humain, lui-même combinaison (donc forcément avec des pondérations arbitraires) du PIB, des indicateurs d’espérance de vie et d’alphabétisation est l’un des plus connus.

Que le PIB soit un indicateur très partiel ne me rend pas plus sympathiques ces indicateurs de « bien-être ». Et ce tout simplement parce que j’estime que le bonheur n’est pas une question politique.

Je m’explique : il y aura toujours des individus qui trouveront  le moyen d’être malheureux quelque soit le niveau de confort matériel qui leur est fourni (ou qu’ils ont acquis). Le but de la politique n’est pas de garantir le bonheur, mais de faire en sorte que pour chaque individu, le malheur ne soit pas une fatalité. Et la question concerne directement le communisme, car la réalisation du « bonheur » du genre humain, l’inculcation d’un « esprit d’optimisme » a parfois peuplé les discours marxistes-léninistes (voir par exemple sur cet hallucinant –et j’espère unique en France– site maoïste : http://www.contre-informations.fr/?p=544 ).


Le bonheur, un but individuel?

Je me permettrai, comme dans l’article précédent, un petit passage moral : la notion même de bonheur pour évaluer l’état de l’humanité n’est pas pertinente, tout simplement parce qu’il existe quantité d’être humains pour qui la notion de bonheur ne signifie rien, à part peut-être l’absence de malheur. Nous n’avons pas tous la même conception de notre vie : pour certains, sa qualité s’évalue comme la somme des jouissances (morales ou physiques) rencontrées dans l’existence. Cette vision est presque devenue la seule admise, tant dans l’esthétique du capitalisme où le bonheur se réalise dans la consommation, que dans la vision libertaire où la vie-jouissance est préférée à la vie-performance. L’absence de bonheur (même si l’on ne se plaint d’aucun malheur dans le même temps) devient soit un drame, soit une névrose, et le refus de le chercher une maladie mentale. Or, comme je l’évoquais plus haut, il y a eu nombre d’individus, et pas des moindres, pour qui cette notion de bonheur ne permet pas de comprendre leur vie. Prenez l’exemple de Thomas Edison, qui détient, avec plus de mille brevets déposés dans sa vie, le record (ou pas loin) des inventeurs connus à ce jour. Pourtant, une minorité seulement de ses découvertes (l’ampoule, une version améliorée du télégraphe, le gramophone, une version de la caméra inventée juste après les frères Lumière…) aurait suffit à faire de lui un homme riche. Il n’en a pas moins continué à passer sa vie à travailler, quand sa fortune lui aurait permis de profiter de bien d’autres plaisirs terrestres. Le plaisir de la recherche n’est pas forcément une explication, quand on a une idée de la somme de frustrations et d’épuisement que peut représenter la démarche d’un créateur.

 

            Il faudrait que nos psys, plutôt que de nous pondre des articles nous livrant les « secrets du bonheur » dans les grands périodiques nationaux en mal de ventes, s’aperçoivent – et nous avec, qu’une vie envisagée comme la construction d’une œuvre à léguer aux générations futures n’est pas plus gâchée qu’une vie consacrée à la recherche du plaisir individuel. Et qu’en réalité, l’histoire et l’existence même de l’humanité se comprend peu sans l’existence de ces vies-là. Or, une mesure du bonheur ne peut nullement rendre compte de cela.


Estimer les possibilités réelles, pas les achats

           
Cela ne signifie pas que je n’aie pas moi-même d’objections à faire sur le PIB.

            Reprenons à partir de « Une richesse, c’est donc avant tout ce qui se vend. ». On peut contester cette définition : si l’on achète quelque chose, ce n’est pas toujours par choix : nul n’achète la publicité, ni n’a choisi si nous développerions en majorité l’automobile individuelle ou les transports en communs ; les recours juridiques sont aussi des « créations de richesses », même si l’on s’en passerait volontiers dans beaucoup de cas. Comme pour les automobiles, diverses productions pourraient être mutualisées et nécessiter dès lors moins de production matérielle (ordinateurs, livres, disques, etc…). Dès lors qu’on achète quelque chose plus par contrainte ou par inertie que par besoin conscient, alors il ne s’agit pas nécessairement d’une « richesse ».

            On a aussi des gaspillages plus « subjectifs », car ils relèvent d’un jugement moral : est-ce une création de richesses que de construire des résidences secondaires quand des résidences principales salubres font défaut ? Que penser des émissions indigentes des chaînes de télévisions, des productions de série B dans le domaine artistique, de la surconsommation alimentaire ? En réalité, il est probable que beaucoup de gens pourraient dépenser moins, tant sur les plans alimentaire, vestimentaire, ou sur les objets de consommation courante, non pas en se privant, mais en recourant davantage à des activités communes (covoiturage dans les transports), au partage (matériel informatique), à la location…

            Le PIB restera toujours un outil comptable indispensable, mais en lui seul il apprend peu de choses sur le niveau de vie réel d’une population. Ce que j’entendrai par niveau de vie, c’est l’ensemble des actions que les individus ont la possibilité de faire dans leur existence. Par exemple, si deux personnes doivent faire dix kilomètres de trajet quotidien, que l’un le fait en automobile et l’autre en transports en commun parce qu’il n’a pas d’automobile, en y mettant le même temps et sans plus d’entraves, alors les deux sont, sur la question des transports, aussi riches l’un que l’autre, pourtant l’un des deux aura une automobile personnelle et pas l’autre, et généré de ce fait plus de valeur ajoutée. Le fait que l’un ait potentiellement la capacité de se déplacer plus librement avec son véhicule n’a pas de raison de compter dans la balance, s’il le fait rarement ou peu (et surtout on ne peut comparer un déplacement nécessaire avec un déplacement de loisir). Si une personne partage des fichiers musicaux avec une autre, elle est de fait aussi riche qu’une personne possédant les albums correspondants. On pourrait aussi mesurer la richesse vestimentaire, immobilière ou autre non pas en fonction d’objets possédés (en terme d’étendue de garde-robe ou de mètres carrés, ou du moins leurs valeurs marchandes), mais en fonction de l’utilité absolue (c’est-à-dire en retenant que la garde-robe nécessaire pour vivre, travailler, faire du sport ou supporter l’adversité du climat, et l’espace habitable nécessaire pour dormir, s’entretenir, et faire vivre un ménage…).

            En raisonnant ainsi, le fait que le PIB par habitant soit 40% plus élevé aux USA qu’en France ne signifie donc nullement que les américains vivent 40% «mieux » que nous. Et on ne parle même pas là de la qualité de vie en termes de « bonheur » ou de « bien-être », mais en termes de consommation matérielle.

De par cette mesure, l’estimation de la « richesse » serait nettement modifiée. Les partisans du capitalisme et du marché y verront là une pétition de principe : forcément, si nous vivions tous à la spartiate, beaucoup de choses deviendraient du gaspillage ! Sauf que cette évaluation de la richesse permettrait de cerner plus précisément où ce niveau de vie décent n’est pas atteint, et où il est largement dépassé. Le « surplus » entre ce que nous consommons et ce dont nous avons besoin pour vivre peut être vu comme une source de satisfaction supplémentaire, mais en diminuant des gaspillages et en réinvestissant nos efforts dans la recherche, d’autres progrès supérieurs que nous ignorons pour l’instant nous seraient disponibles.

Il ne s’agit donc nullement d’être contre le progrès et d’appeler au retour au Moyen-âge, mais de constater que si un très grand nombre d’inventions voient le jour sous le capitalisme, le trait de ce système et du marché est aussi de démultiplier les exemplaires de ces inventions, alors qu’au contraire, en économisant nos ressources (la plus précieuse étant le temps de travail humain), on pourrait allonger la liste de nos découvertes.

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commentaires

stoni 28/06/2009 13:32

Ton texte m'a fait penser à cet extrait de M. Clouscard, j'espère qu'il rentrera dans le fenêtre de commentaire.Sur l'utilité toute relative des indices socio-politiques, voire économiques."Les sciences humaines (psychologie, sociologie) sont peut-être le modèle du savoir tautologique. Dans un premier moment les « essences saisies » ne sont que la projection empirique du moi concret. Puis, progressivement, elles accè­dent à une méthodologie particulière à chaque intentionnalité cognitive. La sociologie est le discours qui se dit sociologique, discussions de sociolo­gues, la littérature sociologique, la licence de sociologie. La reconnaissance du statut professionnel, c'est-à-dire la promotion politique, a habilité la science sociologique. L'objet du savoir est le savoir de la sociologie. La science cons­tituée justifie un objet de connaissance sans que les fondements de la science, et la nature de cette connaissance, aient été définis par une problé­matique critique. Alors qu'il s'agit de l'homme, de son destin dans et selon les groupements humains !
De même que le moi concret a empiriquement et intuitivement instauré un corpus sociologique, la science constituée prétend définir la personne sociale. La démarche tautologique est exemplaire. On pourrait l'illustrer par certains procédés. Ainsi le questionnaire. D'abord inventé, comme pré-ques­tionnaire, puis confronté à la réalité, celle-ci permet une réévaluation de la problématique, et alors un retour à la pratique. Le résultat est doublement interprété : et par l'individualité du sociologue qui interroge, et par le groupe de sociologues qui déchiffre, interprète. Ce cycle, du sujet empirique de la connaissance au sujet empirique connu, est une inter-subjectivité qui ne peut délimiter la part de l'un et de l'autre. Du questionnaire à la réponse, de la réponse au questionnaire, s'instaure une stratification d'empiries, d'ima­ges, de parcellarités concurrentielles. Mais ainsi ce savoir prend l'autorité qu'est la présence d'une réalité institutionnelle, politique. On identifie alors la valeur de connaissance à la valeur de réalité sociale.
Et c'est le deuxième moment de l'épistémologie husserlienne. De même que le moi concret a sécrété la science empirique d'une empirie (et que l'un se justifie par l'autre), la réalité « scientifique » des sciences humaines va se proposer pour donner le sens des choses humaines. C'est la phase de sou­mission, à la technocratie dirigeante, des sciences humaines appliquées au politique. (Et on peut proposer une illustration de cette phase : les sondages à propos des élections en France. Avant les élections a été proposé le sens, c'est-à-dire la tendance majoritaire. C'était vouloir imposer la chose avant la décision. On indique une loi et on demande la ratification, l'inexistence de l'opposition étant pré-établi. C'est une pression politique sur l'indécis, sur le marais. Et les fourchettes ne font que définir la part de résistance du citoyen aux pressions du pouvoir socio-politique.)"