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www.pourlecommunisme.com (site actuellement suspendu depuis le 1er Mars, et qui

reparaîtra fin Mai ou en Juin),  rédigé par un militant du PCF,  dans le but de publier plus rapidement des positions et informations liées aux sujets du site. Par la suite, il est également devenu  un blog de suivi (discontinu) de l’actualité du PCF, de réactions à divers sujets n’ayant pas leur place sur le site.

www.pourlecommunisme.com est un site communiste qui s’attaque directement aux critiques faites contre le communisme (millions de morts imputés à l’idéal communiste, faillite économique, etc…). Il ne fait la promotion d’aucun régime ayant existé par le passé, s’efforce de comprendre les faits et de proposer des pistes pour l’avenir.

Vous êtes anticommuniste et voulez débarrasser le monde d’un jeune fou qui, selon vous, risque sinon de faucher à nouveau des millions de vies ?

Vous êtes stalino-maoïste (pardon : marxiste-léniniste-pensée-Mao-Zedong) et voulez écraser la vermine révisionniste que je suis ?

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Samedi 20 juin 2009

 

 



Il y a un mois et demi seulement, avec le 8 Mai, survenait le 64ème anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie, mais aussi de la répression de Sétif. Suite à divers affrontements qui ont abouti à la mort d’une centaine d’européens en Algérie, des dizaines de milliers d’algériens « musulmans » (nom donné génériquement aux non-européens) étaient abattus par l’armée française. 45 000 selon le régime algérien qui devait prendre le pouvoir 17 ans plus tard, 18 000 plus probablement selon les historiens.

Aujourd’hui, des voix s’élèvent pour qu’en plus de la reconnaissance historique, la République Française demande le pardon pour ces actes. Ce qui va, de fait, dans le même sens que les demandes d’excuses lancées par le FLN (par le président algérien Abdelaziz Bouteflika notamment) que la France devrait donner pour l’ensemble de la colonisation de 1830 à 1962.

Bien que classé en rubrique « Histoire » de ce blog, cet article ne va pas discuter les faits historiques, ce qui exclut bien sûr les mensonges tels que le chiffre d’un million et demi de morts qu’aurait fait la guerre d’Algérie parmi une population de neuf millions d’algériens non-européens, les chiffres réels tournant plus entre 300.000 – selon l’historien Charles-Robert Ageron – et 600.000 – selon André Prenant, géographe, qui se base sur des différences démographiques avant et après-guerre pour avancer ce chiffre.

Cela peut paraître surprenant de la part d’un militant de gauche, mais je le dis tel que je le pense : la France, en tant que nation, ni même en tant que République et donc en tant qu’état, n'a pas d'excuses à donner.

Déjà, attardons-nous sur la mentalité de ceux qui peuvent exiger des excuses « à la France » (à présenter à qui ? A l’ « Algérie » ? Aux victimes de cette répression, morts et proches ?). La France est une nation de 64 millions de personnes, et de 40 millions en 1945. L’immense majorité des métropolitains ignoraient les conditions de cette répression et ses effets réels. Et aujourd’hui, la majorité des français sont nés après 1945, et la moitié au moins après 1962. Quant à la République Française, son état donc, elle est présidée par un homme né dix ans après les faits, et conseillé par une majorité de gens qui pouvaient être au mieux enfants à cette époque. L’Algérie, quant à elle, a une grande majorité de ses 35 millions d’habitants qui sont nés après son indépendance.

Vous vous doutez de l’argument, donc ? Oui, j’estime que demander des excuses à « la France » n’a en soi aucun sens, car les générations ne sont plus les mêmes. Facile, me direz-vous ? Oui, aussi facile que de se déclarer non-coupable quand on est effectivement non-coupable, comme la grande majorité des français le sont. Irrespectueux à l’égard des victimes ? Le seul traitement respectueux que l’on peut donner à ces victimes – pour ceux qui sont toujours vivants – est la reconnaissance historique des faits. Le pardon n’a pas de sens, d’autant plus qu’il ne serait pas demandé par les véritables bourreaux.

Ceux qui formulent ces demandes d’excuses raisonnent selon l’idée qu’il y aurait des nations coupables et d’autres victimes, ce qui peut être vrai à une ou plusieurs générations, mais qu’en plus la culpabilité comme la victimisation se transmettraient de génération en génération ! L’idée d’une responsabilité collective est l’une des bases de la pensée dictatoriale, totalitaire même. Les demandeurs d’excuses pourront dire ce qu’ils voudront, par leur démarche, si la France devait donner des excuses, que ce soit en tant que Nation ou en tant que République – dont je suis citoyen, électeur et contribuable-, c’est bien moi, et des millions d’autres gens qui n’avaient pas vu le jour à cette époque, qui devraient s’abaisser à demander le pardon pour ce dont ils ne sont pas coupables. Et demander l’amnistie pour ce dont on n’est pas coupable est l’une dernières ignominies qui soit. La première étape, lorsque l’on veut être démocrate, est de comprendre que la culpabilité est individuelle (même si elle est partagée par un grand nombre de gens), ou encore celle d’un gouvernement, mais elle ne se transmet pas, ni à un contemporain, encore moins à un descendant.

La responsabilité du peuple français d’avant 1962

Vous me direz : ce que tu dis est peut-être valable pour ce qui est d’un massacre ponctuel comme Sétif, mais pas pour l’ensemble de la colonisation de l’Algérie, qui a duré 130 ans, et contre laquelle les français, en métropole, ne se sont jamais soulevé. Et c’est vrai : oui, le peuple français aurait pu, en 1945 mais aussi avant (enfin à l’exception de l’époque précédent le rétablissement de la République en 1870, ainsi que l’Occupation bien sûr), manifester son souhait que l’Algérie puisse bénéficier de l’autodétermination.

A cela près qu’il fallait encore qu’il soit évident que l’Algérie soit pour les français une nation distincte de la leur. Le Parti Communiste Français a lui-même pris du temps avant de s’engager pour l’indépendance algérienne. L’organisation de l’Algérie côtière en départements français, la présence d’une population européenne, la diversité de la population (entre arabophones et berbères) faisaient que l’issue d’une intégration de l’Algérie à la France n’était pas impensable. Si les français avaient dû manifester, ce n’aurait pas été pour l’indépendance de l’Algérie, ni même pour l’autodétermination, mais pour l’intégration des algériens « musulmans » au corps électoral français (où ils auraient été,  à l’époque,  très minoritaires par rapport aux métropolitains). La demande d’autodétermination serait venue ensuite. La réalité coloniale restait celle où presque tous les algériens non-européens restaient exclus des urnes, à l’exception des juifs algériens (implantés depuis plusieurs siècles au moins, d’origine hispanique pour certains d’entre eux) naturalisés français par le décret Crémieux, et de quelques milliers de « musulmans ».

Ajoutons aussi que vouloir l’autodétermination d’un pays n’a de sens que lorsqu’une démocratie peut raisonnablement sortir de ce processus d’autodétermination par une voie démocratique. Donner l’indépendance à une dictature a peu d’intérêt.

Et je soutiens cette position parce qu’au fond, je ne suis pas un « anti-impérialiste ». Je me définis comme communiste, pas comme anti-impérialiste : bien que souverainiste, j’estime qu’il y a des principes dont la défense surpasse le respect des indépendances nationales.

La faute de la République Française est de ne pas avoir proposé l’autodétermination plus tôt qu’à la fin de la guerre d’Algérie. Cela a eu pour conséquence que les mouvements indépendantistes se sont engagés, prétextant de ne pas avoir d’autre voie, dans la violence armée, face à un pouvoir colonial dont la violence était systématique (héritée des débuts de la colonisation, via également les sanglantes campagnes de répression de Bugeaud à la fin du XIXème siècle). Mais les pratiques par lesquelles les indépendantistes algériens – et en premier lieu le FLN- se sont illustrés ne pouvaient que préfigurer ce que serait l’Algérie indépendante : assassinat de civils, de militants algériens déviants, tortures et même massacres répétés à la fin de la guerre (dont Oran en 1962). Ayant commencé sur cette voie, le FLN ne pouvait en aucun cas se soumettre au jugement des civils, et donc la dictature prolongée était inévitable.

Ce qu’aurait pu faire la France dans une histoire parallèle aurait été un suffrage d’autodétermination sous contrôle des armées soit française, soit des Nations-Unies (or le précédent de la guerre de Corée signifiait que les forces de l’ONU ne seraient généralement que celles d’un état occidental), probablement des français sous casque bleu. Et probablement, à la clé, le désarmement voire si nécessaire l’écrasement militaire des factions indépendantistes pour lesquelles le résultat des urnes n’aurait pas désigné le gouvernement voulu.

Donc en conclusion : oui, la majorité des français, « l’opinion publique » des années cinquante et antérieures, porte la responsabilité de son accord passif à la colonisation de l’Algérie. Mais on ne peut leur reprocher de ne pas avoir soutenu l’indépendance de l’Algérie quand son intégration civique à la France aurait pu aussi s’envisager.

Des réparations, mais de qui ?

Mais surtout, cela ne change rien au fait qu’une demande de pardon de la France de 2009 n’aurait aucun sens au nom de la France de 1945 ou même de 1962, principalement pour la raison du changement de génération évoqué plus haut.

Notez qu’à l’inverse, je ne demande pas d’excuses aux allemands – puisque je suis né 40 ans après leur expulsion de France – pour ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre Mondiale. Et pourtant, ces excuses, l’Allemagne fédérale a sans doute dû les fournir, puisqu’elle en a fait à tout le monde. Mais ça ne m’intéresse pas de savoir cela. La seule chose qui compte est de savoir que la menace allemande a disparu, au moins sur le plan militaire, et que la France s’est dotée de moyens de défense beaucoup plus sûrs, à commencer par l’arme nucléaire.

Aussi, la seule question qui devrait, en 2009, être posée concernant les victimes (blessés, parents, proches…) des évènements de Sétif devrait être celle de réparations matérielles. Or, pour rester cohérent avec les idées précédentes, pourquoi le contribuable français de 2009 aurait-t-il quelque chose à verser à des algériens qu’il n’a jamais connu, ni offensé ? On ne peut même pas dire que l’oppression de l’Algérie ait rapporté quelque chose au plus grand nombre des français. Les dépenses militaires, les dépenses d’infrastructure, et à l’inverse le faible peuplement européen outre-Méditerranée faisaient que la France s’enrichissait peu de l’Algérie, en réalité (et perdait de l'argent probablement: ce qui est certain, c'est que l'indépendance algérienne n'a en aucun cas pénalisée l'économie française).

Ceux des français qui, à titre personnel, et de façon plus moins directe, se sentent coupables d’évènements ayant eu lieu en Algérie avant 1962 devraient être autorisés à déposer des excuses individuelles, et pourquoi pas des dons. Mais cette démarche n’aurait aucun sens de la part du chef de l’Etat, et de la République dans son ensemble.

Pour tous les crimes dont les coupables ne sont plus en vie, vu que la culpabilité ne s’hérite pas, on pourrait aussi songer à une indemnisation internationale abondée par tous les états à hauteur de leur revenu intérieur par habitant. Cette idée est bien sûr utopique, aucun état n’acceptera sans doute d’indemniser les survivants de drames causés par d’autres en d’autres lieux. Pourtant, si la France proposait cette solution, il ne s’agirait en aucun cas d’un moyen de se soulager, puisque cette idée pourrait nous mener à envoyer des réparations à des survivants du massacre de Bleiburg (commis par les titistes en Slovénie en 1945) ou de crimes commis sous Staline dans les années 30.

En finir avec les excuses…

Elle nous soulagerait d’une culpabilité morale, et ce à juste titre. Car, une fois encore, je ne suis pas coupable,  comme ceux nés vingt ans avant moins, et aussi, largement, ceux nés vingt ans encore auparavant (c’est-à-dire les français nés en 1945).

Je terminerai cet article justement en posant la question des excuses et du pardon en général. Depuis notre plus tendre enfance, nous apprenons à présenter nos excuses quand nous avons commis une faute. Est-ce juste, en fait ? La reconnaissance de la faute, l’engagement à ne plus la commettre et l’acceptation d’une punition et de l'envoi de réparations ne sont-ils pas suffisants ?

Demander un pardon, c’est se soumettre au mythe de la supériorité morale de la victime sur le coupable. Alors que rien ne prouve que la victime n’est pas également un bourreau interrompu avant exécution… Et cette contrition sert à réintégrer le coupable dans la communauté, alors qu’il y est de toute façon : s’il reconnaît sa faute et accepte sa punition mais refuse de demander le pardon, alors pourquoi le coupable devrait-il être exclu de la société des humains ? Et en quoi une demande de pardon protège-t-elle d'une récidive?

A titre personnel, je ne demande jamais d’excuses à personne, même quand je le pourrais. J’ai trop souvent présenté des excuses à des gens qui ne les méritaient pas, pour des prétextes infondés, mais qui en exigeaient pour satisfaire leur soif de domination morale sur autrui. De la même manière, un algérien qui exigerait de moi des excuses au simple motif que je suis français ne ferait que prouver sa haine de la France.

- Publié dans : Nation
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